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Hte JII\F.11SK. l'IAiSANTE CT «lîCllKVTIVK
HISTOIRE
GEMiL SEIGNEUR
DE BAYART
<:i>Ut<AB>K rAB Ul LOVAI. BBKVmiIIU.
ivuta Mwv Là. «ocuh» A fWrûm aM rkua
Pab m. j. roman
k PARIS
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M DCCC I-XXVIM
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LA TRÈS JOYEUSE, PLAISANTE ET RÉCRÉATIVE
HISTOIRE
DU
GENTIL SEIGNEUR DE BAYART
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IMPRIMERIE GOUVERNEUR, G. DAUPELEY
A NOGENT-LE-ROTROU.
LA
TRÈS JOYEUSE, PLAISANTE ET RÉCRÉATIVE
HISTOIRE
DU
GENTIL SEIGNEUR
DE BAYART
COMPOSÉE PAR LE LOYAL SERVITEUR,
PUBLIÉE POUR LA SOCIÉTÉ UE l'hISTOIRE DE FRANCE
Par m. J. ROMAN
À PARIS
LIBRAIRIE RENOUARD
HENRI LOONES, SUCCESSEUR
LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DE l'hISTOIRE DE FRANGE
RUE DE TOURNON, V9 6
M BGGG LXXYIH
'(|20FEB.1940
\ OFQIIFORO
EXTRAIT DU RÈGLEMENT.
A&T. 44. — Le Conseil désigne les ouvrages à publier, et
choisit les personnes les plus capables d'en préparer et d'en
suivre la publication.
Il nomme, pour chaque ouvrage à publier, un Commissaire
responsable, chargé d'en surveiller l'exécution.
Le nom de l'éditeur sera placé à la tête de chaque volume.
Aucun volume ne pourra paraître sous le nom de la Société
sans Tautorisation du Conseil, et s'il n'est accompagné d'une
déclaration du Commissaire responsable, portant que le travail
lui a paru mériter d'être publié.
Le Commissaire responsable soussigné déclare que Védition
de Lk TRÈS JOYEUSE, PLAISANTE ET RéCRBATIVB HISTOIRE DU GB!fTIL
SEIGNEUR DE Batart, préparée par M. Roman, lui a paru
digne d'être publiée par la SociÉTé de l'Histoire de Frange.
Fait à Paris y le 45 octobre 4878.
Signé Ludovic LALANNE.
Certifié,
Le Secrétaire de la Société de THistoire de France,
J. DESNOYERS.
PREFACE
Pierre Terrail *, seigneur de Bayart*, surnommé le che-
valier sans peur et sans reproche, naquit au château de
Bayart, dans la vallée du Graisivaudan, entre les années
1473 et 1475^, d*une famille assez ancienne, mais qui doit à
lui seul sa véritable illustration. Entré comme page à la
cour du duc de Savoie, grâce à la recommandation de son
oncle Laurent Alleman, évêque de Grenoble, il passa ensuite
à celle de Charles VIII. D'un courage à toute épreuve, d*une
surprenante habileté à manœuvrer le cheval et à manier les
armes, il ne tarda pas à figurer au premier rang parmi las
i . Et non du Terrail comme on Ta souvent écrit à tort.
2. La vraie orthographe de ce nom devrait être fiayard; c'est
ainsi qu'il se trouve écrit dans les titres les plus anciens {loeus
dictus de Bayardo 1404 et 1413) qui font mention du ch&teau
d'où la branche aînée de la famille Terrail tirait son nom ; et depuis
lors jusqu'à nos jours cette orthographe n'a pas varié. Les contem-
porains du bon chevalier récrivaient tantôt Bayard comme 5ym-
phorien Champier, tantôt Bayart comme le Loyal Serviteur. Si noua
avons adopté l'orthographe de Bayart c'est pour nous conformer à
celle que notre héros a consacrée lui-même en signant toujours
ainsi.
3. Le Loyal Serviteur dit en termes exprès que Bayart était sur
la dix-huitième année de son aage lorsqu'il accompagna Charles YIII
à Lyon et prit part au pas d'armes du sire de Vauldray. Cet évé-
nement eut lieu en 1490. Champier écrit de son côté : a Annos
quadraginta octo natus hoc flebili indignoque vulnere diem
obiit 9 {Compendiosa illustrissimi Bayardi vita, fol. 2). Ces rensei-
gnements rendent la date de sa naissance à peu près certaine à
un an ou deux près.
a
îj PRÉFACE.
chevaliers de l'entourage du roi , où l'on comptait cepen-
dant tant d'illustre noblesse et de vaillants capitaines. Il
prit part à toutes les guerres d'Italie, combattit tour à tour
les Espagnols, les Allemands, les Italiens, les Anglais, et
préserva la France d'une invasion germanique par son
illustre défense de Mézières. Il servit sous trois rois,
et fut distingué de chacun d'eux; mais, conmae il était
trop fier pour s'abaisser au métier de courtisan, il vit ses
plus belles actions rester sans récompense et c'est à peine
si, après trente ans d'une vie héroïque, il put devenir lieu-
tenant du gouverneur delà province de Dauphiné, chevalier
de Saint-Michel et capitaine de cent hommes d'armes S bien
faibles honneurs si on les compare aux services rendus. Enfin
il fut mortellement frappé dans la retraite de Biagrassa
(80 avril 1524), en cherchant à sauver les débris de l'armée
de Bonnivet ; il était âgé de cinquante ans environ. Sa mort
est une page d'histoire admirable qu'on ne peut relire sans
être attendri.
L'héroïque simplicité de cette belle vie ne suffirait pas à
expliquer seule l'immense renommée dont le nom de Bayart
est entouré depuis trois cents ans ; elle est due aux qualités
mêmes de l'homme, bien plus qu'aux événements auxquels
il se trouva mêlé.
Le courage, la libéralité, le désintéressement, l'indépen-
dance, la loyauté sont des vertus estimées en tout pays,
mais peut-être plus particulièrement dans le nôtre , et c'est
parce que Bayart les possédait à un degré éminent, qu'il
a dû d'être bien vite connu et apprécié et de devenir, à
juste titre, le type le plus populaire de l'honneur et de la
chevalerie.
1. Bayart fut promu à la Ueutenance du Dauphiné le 20 jan-
vier 1515, il fut fait chevalier de Saint-Michel en 1521 et reçut en
4522 le commandement de cent lances fournies.
PRÉFACE. iij
Brantôme, qui, sans être son contemporain, avait
connu plusieurs de ses compagnons d'armes, nous a laissé
de lui un portrait pris sur le vif ; il nous le fera connaître
en quelques lignes aussi bien et mieux peut-être que ne
pourrait le faire une longue étude. Après avoir constaté que
Bayart n'exerça jamais de grandes charges et eut peu de
part aux largesses royales, il ajoute : « Aucuns ont dict
qu'il n'avoit esté jamais ambitieux de telles charges et que
de son naturel il aimoit mieux estre capitaine et soldat d'ad-
venture et aller à toutes hurtes et adventures de la guerre
ou il lui plairoit et s'enfoncer aux dangers, que d'estre con-
trainct par ime si grande charge et gêné en sa liberté à ne
combatre et mener les mains quand il vouloit Bien
avoit-il cet heur qu'oncques général d'armée de son temps
ne ât voyages, entreprinses ou conquestes qu'il ne fallust
toujours avoir M^ de Bayard avec lui, car sans lui la partie
estoit manquée, et tousjours ses advis et conseils en guerre
estoient suivis plus tost que les autres ; par ainsy l'honneur
lui estoit très-grand, voire plus, si on le veut quasi bien
prendre, pour ne commander pas une armée, mais pour
commander au général, c'est à dire que le général se gou-
vemoit totalement par son advis... A ceux qui l'ont vea
j'ay ouy dire que c'estoit l'homme du monde qui disoit et
rencontroit le mieux, toujours joyeux à la guerre, causoit
avec ses compaignons de si bonne grâce qu'ils en oublioient
toute fatigue, tout mal et tout danger. H estoit de moyenne
taille, mais très belle et fort droicte et fort dispote, bon
homme de cheval, bon homme de pied. Que luy restoitr-ilî
H estoit un peu bizarre et haut à la main quand il falloit et
alloit du sien ^ »
Brantôme effleure à peine le portrait physique de Bayart,
i. Brantôme. Edition de la Soc. de l'bigt. de France. Vol. II,
p. 382.
iv PRÉFACE.
mais Symphorien Champier, son historien et son allié, nous
le représente ainsi : « Bayardus statura erat excelsa, colore
candido, corpore macileto, oculis nigris vegetisque
Blandus, hilaris, non elatus sed modestus^ » La plupart des
portraits de Bayart sont apocryphes ; trois seulement parais-
sent contemporains de leur modèle et présentent un carac-
tère suffisant d'authenticité ; ce sont : 1° le buste en marbre
qui orne son cénotaphe dans l'église de Saint-André à Gre-
noble, œuvre d'un rare mérite due au ciseau d'un sculpteur
habile de l'école française ; 2° un dessin au crayon acquis il
y a peu d'années à Paris par M. H. Gariel, bibliothécaire
de Grenoble, et placé aujourd'hui dans la galerie de por-
traits dauphinois créée par ses soins dans le musée de cette
ville ; 3® une peinture sur bois d'une exécution médiocre,
mais paraissant ancienne, conservée au château d'Uriage,
aujourd'hui propriété de M. le comte de Saint-Ferréol,
jadis possédé par la famille Alleman, étroitement alliée à
celle de Terrail. Dans tous ces portraits, Bayart a le visage
doux, imberbe et allongé ; ses cheveux, coupés carrément
sur le firont, retombent de chaque côté jusqu'au-dessous des
oreilles ; il porte au cou le collier de l'ordre de Saint-Michel.
Le portrait du château d'Uriage est signé des initiales
J. D. M.
La vie de Bayart a été écrite par trois de ses contem-
porains dont l'un était son serviteur, l'autre son allié;
le troisième, conseiller au parlement de Grenoble, l'avait
intimement connu. Ces trois ouvrages, qui se complètent et
se contrôlent mutuellement, sont également dignes de
créance. Parlons d'abord des deux derniers. Celui de Sym-
1. S. Champier. Compendiosa illustrissimi Bayardi vita, fol. 2.
Cet opuscule de quatre feuillets se trouve en général joint à
l'ouvrage de Champier : les Gestes de Bayard, dont nous parlerons
ci-après, et sur le titre on voit Bayart représenté à cheval.
PRÉFACE. V
phorien Champier, que Ton a cru jusqu'ici le premier en date,
est intitulé : Les gestes ^ ensemble la vie du preulœ che^
valier Bayardy avec sa généalogie j comparaisons aiUœ
anciens preulœ chevaliers, etc. *. Champier avait épousé
Marguerite Terrail de Bemin, cousine de Bayart, et cette
alliance lui avait permis de voir de près à plusieurs reprises
le bon chevalier et de le recevoir même à sa table, comme il
ne manque pas d'en tirer vanité. Mais il n'était pas homme
de guerre ; il était médecin érudit et écrivain disert, c'est
dire que son histoire pàche par la pauvreté des renseignements
en ce qui concerne les exploits militaires de Bayart ; aussi,
pour allonger son mince volume, n'a-t-il pas manqué, en
exagérant encore les défauts de son époque, d'y joindre des
comparaisons avec les héros de l'antiquité et les preux du
moyen âge, la biographie des compagnons d'armes de son
héros, des pièces de vers latins et français, autant de hors-
d'œuvre inutiles , qui ne nous apprennent rien de nouveau.
Là même où il raconte les hauts faits de Bayart, on sent
qu'il parle seulement par ouï-dire et sa phrase emphatique
et de mauvais goût est très-éloignée de la simplicité du vrai
style historique.
Aymar du Rivail (ou plutôt Aymar Rival), conseiller au
parlement de Grenoble, a introduit dans son histoire des
Allobroges un résumé très-exact et très-circonstancié de la
vie de Bayart*. L'auteur, né vers 1490, mort en 1557,
avait habité l'Italie pendant plusieurs années, précisément
au moment où Bayart y acquit le plus de .gloire ; sans doute
il l'y avait connu et avait été admis dans son intimité en
1. A Lyon, par Gilbert de Villiers. 1525, pet. in-4% 88 ff. Cet
ouvrage a eu plusieurs éditions au xvr siècle.
2. Son ouvrage intitulé : Aymari Rivallii, Delphinatis, De Allô*
hrogibus, libri twvem, conservé en manuscrit à la Biblioth. nation.,
a été imprimé seulement en 1844 par les soins de M. A. de Terre-
basse (Vienne, in-8*).
yj PRÉFACE.
qualité de compatriote, car nous le voyons, après son
retour en Dauphiné, lorsqu'il eut été nommé conseiller au
parlement de Grenoble (1®"^ septembre 1521), paraître comme
témoin dans l'acte de l'acquisition faite par Bayart des
terres de Grignon et de Saint-Maximin * et dans le contrat
de mariage de sa flUe naturelle ^. Bien placé par ses rela-
tions et sa haute position dans la magistrature pour con-
naître l'histoire de son temps, il doit faire autorité en ce qui
concerne les faits contemporains, de plusieurs desquels il
avait été témoin oculaire. C'est ainsi qu'il nous donne sur le
séjour de Bayart en Dauphiné (1521-1523) ; sur la destruc-
tion qu'il y fit d'une troupe de bandits qui, sous les ordres
d'un chef nommé Mocton, désolait la province ; sur ses rela-
tions avec le connétable de Bourbon et sur la disgrâce qui
en fut la conséquence, des détails très-circonstanciés, évi-
demment véridiques, et que l'on chercherait vainement ail-
leurs. Aussi avons-nous souvent cité cet ouvrage qui s'arrête
à l'année 1535.
L'histoire de Bayart par le Loyal serviteur, que nous
rééditons aujourd'hui', est une lecture des plus attrayantes;
1. 1521, 31 octobre.
2. 1525, 24 août. Bayart avait eu cette fille nommée Jeanne,
d'une Italienne de noble race, Barbe de Tresca : on ignore quelles
circonstances rempôchèrent d'épouser cette femme. Il la tit éle-
ver en Dauphiné, la dota, et ce furent les frères du bon chevalier
qui la marièrent après la mort de son père.
3. L'édition originale est d'une extrême rareté; elle contient
102 ff. in-4®, est intitulée : La très-joyeuse, plaisante et récréative
histoire composée par le Loyal Serviteur, des faiz, gestes, triumphes
et prouesses du bon chevalier sans paour et sam reprouche le gentil
seigneur de Bayart, dont humaines louenges sont espandues par
toute la chrestienté : de plusieurs autres bons, vaillans et vertueux
capitaines qui ont esté de son temps. Ensemble les guerres, batailles,
rencontres et cusaulx qui de son vivant sont survenues tant en
France, Espaigne que Ytalie, et porte à la dernière page la mention
PRÉTAŒ. yij
elle joint toutrintérêt d'un roman de capfe«td'épèeà 1*^0-
titude de Thistoire : il se dégage de ces pages pleines i ià
fois de finesse ei de- naïveté, comme des meilleures œuvres
littéraires du xvi® siècle, un charmfe exquis ; on croit y sentir
palpiter lecœur lui-même du bon chevalier v Lô stylé est simple,'
le récit attachant ; ^on n'y sent nulle part la recherche ni le
travail, et l'historien a atteint sans peihe, et pour ainsi dire
en se jouant, le oomble de l'art qui consiste k nous &ir^ vivi«
dans l'intimité de son héros, à nous le foire connaître et
aimer, plutôt qu'à suivre avec une précision académique le
rigoureux enchaîn^oaent des faits. On- ne trouve dans ce
livre ni parallèles ambitieux, ni remplissage inutile, et l'a^k-
teur ne s'assujditit même pas à tout raiconter ^ On a depuld
tenté bien des fôis d'écrire la vie de Bayart, mais les -mo^
demes sont toajoiirs Testés bien au-dessou^du vieux chroni-
queur qu'il» prétendaient remplacer *. :
suivante : NouveUemenl imprimé à Paris par Nicolaà GouUau pmur
Galliot du Pré, marchant libraire juré de l'Université dudit lieu. Et
fut achevé d'imprimer le XVlïhjour de se^temfyre l'an mil cinq cens
vingt et sept. Brunet «ignalcj Pc^istence d^ln splefndide exemplaire
sur vélin de ceUle édition^ exemplaire déoôré de pe£xi tores,, parmi
lesquelles devait se trouver probablement le portrait de Bayart.
Ge précieux volume4Rait en 1820 dans la bibliothèque d'un
amateur allemand.
1 . Le mérite de rhistoire de Bayart avait été reconnu dès le
xvi« siècle : voici ce qu'en dit Brantôme : « Qui en voudra plus
scavoir lise son roman qui est un au^si- beau livre qu'on sçÀuroit
voir et que la noblesse et jeunesse devroient autant lire... Qai eu
voudra voir la preuve lise le vieux roman, mais tout roman qu'il
est ne parle point mal et en aussi bons mots et termes qu'il ^t
possible. Il y en a deux, ajoute-t*il en faisant allusion au livre de
Ghampier dont nous avons parlé plus haut, mais le plus grand est
le plus beau. » (Vol. H, p. 38^86.)
2. On peut voir dans le toiHiilX (p. 285-287) du Catalogue deâ
imprimés de la Bibliothèque nationale, et dans la Biographie
du Dauphiné, par A. Rochas (Paris, 1856. T. H, p. 448), la liste
des ouvrages consacrés à la vie de Bayart.
Viij PRÉFACE.
...L'-autaur compatriote de Bayart, son compagnon d'armés
4fLQ6 ee& guerres delà les monts, peu1>-etre son secrétaire, et
certaû^ement attaché à sa famille, ravaitintimemeniconnu.
Sa bonne foi est entière, et si on le voit s'étendre parfois avec
trop de complaisance sur les événements dont il fut témoin
oculaire, il passe souvent aous silence ceux auxquels il
n'assistait pas, ou du moins il les raconte brièvement et
8^08 insister^. Il tenait, certainement de Bayart lui-même
le réoit de ses premières années et les a résumées en
quelques chapitre <^rmant6. Dans la Icxigue série des
guerres qui suivent^ il passe rapidement d'un sujet à un
autre, racontant ce qu'il trouve de plus digne de remarque
et ce qu'il croit, de plus capable d'intéresser son lecteur ;
une anecdote, la récit d'une aventure, lui ^fournissent sou-
vent la matière. d'un chapitre, tandis qu'il omet des sièges,
des batailles et consacre à peine quelques pages à l'his-
toire générale. L'intérêt du récit est tel que le lecteur n'est
pas choqué de ce manque de proportions entre les diverses
iwirties de l'ouvrage. J'ai eu Tpcc^siôn de constater plus
d'une fois, au cours des recherches, qpe j'ai dû faire pour
préparer cettenouvelle édition, combien on doit peu suspec-
: i. On ne saurait dduter que le Loyal Serviteur ait été acteur
dans la plupart des événements qu'il raconte ; il suffit de lire les
descriptions très'^xaeies des environs de Padoue et de Vérone
(ohap. XXX et suiv.),da bizarre habillement des cavaliers croates
(Ch..XL), etc., pour être convaincu ^e Fauteur a vu ce dont il
parle. A la page 144, après avoir raconté le suj^lice infligé à deux
nobles Vénitiens, il ajoute : a€ela me semUa une grande cruauté »,
réflexion qui ne peut venir que d'an témoin oculaire. Pendant la
dernière année de la vie de son maître, il dut au contraire rester
en Dauphiné; le récit de la dernière campagne de Bayart est
écourté et celui de sa mort n'est pas digne de la plume qui traça
les belles pages qui piécèdent; c'aai peut^tre le seul passage où le
style du Loyal Serviteur devienne emphatique et déclamatoire.
G*e8t dans les Décades de G. du Bellay qu'il ■ faut lire le récit do
la mort du chevalier sans peur et sans reproche.
PRÉFACE. ix
ter la véracité du Loyal Serviteur : certains faits qui me
paraissaient douteux se sont trouvés confirmés par la
découverte de documents nouveaux ^ ; les personnages mis
•
en scène par Thistorien ne sont pas destinés à servir d'orne-
ment à son récit et à le rendre plus dramatique ; tous, même
les plus obscurs, ont existé et étaient bien en effet là où il
les place au moment où il nou3 les présente'; enfin, on ne
s'aperçoit pas qu'il ait cherché à altérer la vérité pour
complaire à quelque puissant personnage, comme Tout fait
tant de chroniqueurs de son temps.
Nous devons maintenant aborder un problème qui a été
plusieurs fois posé et n'est pas encore résolu ; quel est l'écrir-
vain qui se cache sous le pseudonyme de Loyal Serviteur?
Le P. Lelong a certainement recueilli une tradition
ancienne lorsqu'il écrit : « L'auteur contemporain qui s'ap-
pelle le Loyal Serviteur, était son secrétaire. Il aurait pu se
nommer, si l'on ne considère que son histoire qui est assez
agréable et bien narrée, mais il paraît qu'il n'a pas osé le
fedre à cause qu'il parle avec liberté des grands de son
temps ^. > L'abbé Ladvocat, auteur d'un Dictionnaire his^
tOiHque qui a joui d'une grande vogue au siècle dernier, est
plus explicite : « Symphorien Champier, dilr-il, en a écrit la
vie aussi bien que Jacques de Mailles, mais cette dernière
est plus curieuse et plus intéressante^. » M. A. de Terre-
1. Entre autres, je citerai le récit du siège de Mézières qui con-
corde par£Biitement avec les lettres inédites et contemporaines que
Ton trouvera à l'appendice.
2. C'est en compulsant les volumes de quittances originales con*
serves à la Bibl. nation, que j'ai retrouvé la plupart des person-
nages cités par le Loyal Serviteur : ces documents m'ont été d'un
grand secours pour rédiger les notes biographiques dont j'ai accony
pagné le texte.
3. Bibliothèque historique de la France, tome III, n* 31864.
4. 2« édition, Paris, 1760, au mot Bayard, La phrase que nous
avons citée ne figure pas dans la première édition de ce diction-
X PRÉFACE.
basse, auteur d'une estimable vie de Bayart qui a eu plu-
sieurs éditions S se contente d'écrire dans son introduction :
« Si Ton s'ea rapporte à une note d'une yi6ill#écriture appo-
sée sur le titre d'un exemplaire de Téttifif originale de
l'bistoire de Bayart, le Loyal Senriteor serait un gentil-
homme du Graisivaudan nommé Jacques de Mailles, qui
aurait exercé plus tard la pro&fision de notaire et reçu en
cette qualité le contrat de mariage de la fille de Bayart avec
le sire de Bocsozel le 24 août 1525, un an après la mort de
Bayart. » Où se trouvait cet exemplaire si précieux? M. de
Terrebasse néglige de nous l'apprendre, et malgré mes
recherches en France et à l'étranger, je n'ai pu le retrouver.
Au reste j'ai tout lieu de penser que M. de Terrebasse
n'avait pas eu entre les mains le volume dont il parle, mais
qu'il en avait pris l'indication dans le catalogue alphabé-
tique de l'ancien fonds de la Bibliothèque Mazarine. Il avait
signalé en effet, il y a bien des années, à M. Ludovic
Lalanne, duquel je tiens ce renseignement, l'existence de la
mention suivante répétée deux fois dans ce catalogue aux
articles Bayard et Mailles : « Histoire du chevalier
Bayardy par Jacques de Mailles. Paris, in-é^ y parche^
min. > Cette indication, déjà fort précieuse, est confirmée
et complétée dans le catalogue méthodique, demeuré inconnu
naire (1752) ; et dans la troisième, qui est de 1777, on a remplacé le
nom de Jacques de Mailles par la vague appellation de un de
ses secrétaires, Gorrozet (d'après un dire de M. de Terrebasse
dans la première édition de son Histoire de Bayart)^ aurait nommé
Tauteur Jacques de Meun; comme cette note de M. de Terrebasse
n'est pas suivie de l'indication du volume de Gorrozet d'où il a
extrait cette citation, j'ai dû renoncer à feuilleter, inutilement
peut-être, les 35 ouvrages de cet auteur pour rechercher ce passage
où évidemment Meun n'est qu'une faute d'impression, pour
Mailles.
1. La première est de Ladvocat. Paris, 1828. La dernière de Sa-
vigne. Vienne, 1870, in-8*.
PRÉFACE. XJ
à M. de Terrebasse ; on y lit sous le numéro 17515 A :
« U Histoire récréative du chevalier Bayard, par
Jacques de Mailles^ gentilhomme. Paris, 1514, tn-4®,
parchemin. » La date de 1514 est certainement une faute
de copie ; Bayart mourut en 1524 seulement, et il est impro-
bable qu'on ait songé de son vivant à écrire son histoire ,
surtout en 1514, où il n'avait pas accompli ses hauts faits
les plus éclatants. Le volume ayant disparu de la biblio-
thèque, il subsistera toujours une grande incertitude relati-
vement à sa date véritable, toutefois je pense qu'au lieu de
1514 c'est 1524 qu'Q faut lire.
S'agit- il d'une histoire de Bayart demeurée jusqu'à
présent inconnue aux bibliographes et différente de celle
qui porte le nom du Loyal Serviteur ? Je ne le crois pas :
le rédacteur du catalogue n'a certainement pas reproduit
intégralement le titre du livre qu'il avait sous les yeux,
et suivant son habitude il s'est contenté d'en donner un
extrait sommaire : mais, on le renar^piera, les mots sail-
lants : Histoire récréative se retnwfmt à la fois sur le
catalogue et sur le titre de l'édition de 1527.
Cette édition de 1527 est-elle la première et la seule
ancienne? La date de 1524 donnée par le catalogue de la
Mazarine est -elle une erreur? Le nom de Jacques de
Mailles qui se lit dans ce catalogue est-il dû à quelque
annotation manuscrite? Doit-on penser au contraire qu'il a
existé de V Histoire de Bayart une première édition de
1524 aujourd'hui perdue, sur le titre de laquelle se trouvait
le nom de l'auteur? Autant que l'on peut se prononcer sur
une question aussi délicate, je crois qu'il a dû y avoir en
1524 une première édition de V Histoire de Bayart portant
le nom de l'auteur retranché dans l'édition suivante.
En effet le rédacteur du catalogue de la Bibliothèque
Mazarine n'eût pas fait deux articles distincts aux noms
xij PRÉFACE.
Bayard et Mailles si ce dernier lui eût été fourni seulement
par une annotation manuscrite, et il n'aurait pas fait suivre
le nom de Jacques de Mailles de la mention de gentilhomme
(mention incomplète, il devait y avoir gentilhomme daur-
phinois)j s'il ne l'avait pas lue imprimée sur le titre de
l'ouvrage.
Il est évident du reste pour qui a lu les Gestes de Bayard
par Champier et Y Histoire de Bayart par le Loyal Servi-
teur, que l'un de ces deux ouvrages a servi de modèle à
l'autre. Or il me paraît infiniment plus probable que l'imi-
tateur soit celui qui raconte des événements auxquels il
n'assista pas, et non le témoin oculaire narrant simplement
ce qu'il a vu : s'il y a eu un plagiat, c'est Champier que je
n'hésiterais pas à en croire l'auteur. La première édition des
Gestes de Bayard par Champier étant de 1525, il y a
donc eu une édition de l'Histoire du Loyal Serviteur impri-
mée antérieurement, c'estr-à-dire en 1524, année même de la
mort de Bayart. Nous sommes ainsi nécessairement ramenés
à cette date de 1524 que nous proposons de lire au lieu de
celle de 1514 sur le catalogue de la Bibliothèque Mazarine.
Tous les bibliophiles savent du reste que la disparition
totale et sans cause apparente d'une édition dont l'existence
est absolument certaine, n'est pas un fait aussi rare qu'on
pourrait le croire. Plusieurs livres bien connus ont été ainsi
détruits sans laisser d'autre trace qu'une simple mention
dans un bibliographe ou dans un catalogue ; d'autres exis-
tent seulement à l'état d'exemplaires uniques ^
1. C'est ainsi par exemple que les premières éditions des
Œuvres de Mellin de Saint^ellais (Lyon, 1547), et du Cymbalum
mundi, de Bonaventure Desperiers (Paris, 1537), ne sont plus
connues que par un seul exemplaire. C'est ainsi encore que
la traduction de la Théhdide, par Pierre Corneille, imprimée en
1672, a totalement disparu. Saint-Gellais, Desperiers et Corneille
étaient cependant des personnages autrement considérables que
PRÉFACE. xiij
Nous pouvons donc a£Snner qu'une ancienne tradition
désigne Jacques de Mailles comme l'auteur anonjone de
V Histoire de Bayart : il est en outre permis de conjecturer
que l'édition de 1527, considérée jusqu'ici connue la pre-
mière, a été précédée trois ans auparavant par une édition
portant le nom de l'auteur, de ce même Jacques de Mailles.
Mais il n'est pas sufiSsant de connaître le nom de Jacques
de Mailles, il importe de retrouver des traces certaines de
ce personnage et de sa famille, de savoir s'il a été contem-
porain de Bayart, attaché à sa personne, en un mot s'il a
pu écrire l'ouvrage qui lui est attribué.
Dans cette recherche j'ai été plus heureux que je ne l'es-
pérais tout d'abord ; j'ai rencontré en effet le nom de Jacques
de Mailles dans la montre de la compagnie de Bayart faite
à Cassano en 1523. Deux ans plus tard, c'est-à-dire un an
environ après la mort de Bayart, le même Jacques de
Mailles, qui avait quitté les champs de bataille pour le ca-
binet de tabellion, nous apparaît rédigeant le contrat de
mariage de Jeanne Terrail, fille naturelle du bon chevalier,
avec François de Bocsozel, s' du Châtelart, en présence et
avec l'assentiment des frères du capitaine défunte II est
donc acquis désormais que Jacques de Mailles a existé, a été
attaché à la personne de Bayart et, après sa mort, a été
l'homme d'affaires de sa famille. Dès lors, les affirmations
Jacques de Mailles, et leurs ouvrages, bien plus répandus que le
sien, devaient être plus difficilement détruits. On pourrait mul-
tiplier ces exemples.
1. On trouvera ces deux documents dans l'appendice. M. de Ter-
rebasse, qui a publié un extrait de la montre de compagnie de Bayart,
ne s'est point aperçu de l'existence du nom de Jacques de Mailles
au milieu de ceux des archers de cette compagnie et ne Ta pas si-
gnalé. De môme M. Morin-Pons, en publiant le contrat de ma-
riage de Jeanne Terrail, ne parait pas avoir entrevu Tintérôt que
présentait le nom du notaire qui Ta rédigé.
xiv PRÉFACE.
du P. Lelong et de l'abbé Ladvocàt, aussi bien que les men-
tions des cataloga€0 de la Bibliothèque Mazarine, paraissent
non-seulement possibles, mais vraisemblables. Personne
n'ignore en effet que jusqu'au siècle dernier les capitaines
ne se faisaient aucun scrupule de faire inscrire à l'eSectif
de leur compagnie leurs secrétaires et même leurs valets
pour les faire participer à la distribution de la solde. H est
permis de supposer que Jacques de Mailles resta attaché à la
famille de Bayart et que ce fut à l'instigation des frères et
de la ôUe du chevalier sans peur et sans reproche qu'il
entreprit de composer l'histoire de leur illustre parent*.
J'ai pu me procurer des renseignements assez nombreux
sur la famille de Mailles et retrouver le nom de plusieurs de
ses membres. Cette famille avait donné son nom à une mai-
son forte située dans le mandement de Morestel ; elle était
ancienne, puisque nous trouvons un Richard de Mailles {de
Malles et de Malliis) dès 1219. Plusieurs de ses membres
versèrent leur sang sur les champs de bataille, d'autres
furent châtelains et baillis delphinaux. Au xv« siècle, ils
étaient tombés dans l'indigence et cherchaient néanmoins à se
faire maintenir dans leur noblesse. Au xvr siècle ils embras-
sèrent le protestantisme et la famille s'éteignit en la personne
de Claude de Mailles, maintenu dans la noblesse en 1581 ^
1. J'ai dit plus haut que le portrait de Bayart conservé au châ-
teau d'Uriage portait les initiales J. D. M. : ce sont précisément
celles de Jacques de Mailles. Le Loyal Serviteur était-il à la fois
écrivain, soldat, peintre et notaire ? Ce portrait de Bayart est-il,
soit de sa main, soit de celle d'un des membres de sa famille, ou
bien n'y a-t-il dans ces initiales qu'une simple coïncidence ?
2. Yoici la liste des membres de la famille de Mailles que j'ai
pu retrouver ; elle est tirée des archives de l'Isère, de celles de la
Drôme, de Guy Allard et de V Inventaire des archives des dauphins^
publié par l'abbé Chevalier.
Richard fait hommage au dauphin, 1219.
PRÉFACE. XV
L*édition de 1527 de l'Histoire de Bayart est, ainsi que je
l'ai dit, d'une extrêae rareté et elle n'a jamais été exacte-
ment reproduite. Théodore Grodefroy en a donné au com-
mencement du XYif siècle^ une réimpression, expurgée et
habillée à la moderne, dans laquelle il a supprimé de nom-
breux passages, et ajouté quelques notes d'un médiocre inté-
rêt. Elle a servi de guide et de modèle à toutes celles qui
l'ont suivie; la première en date est due à Louis Yidel,
qui l'a augmentée des commentaires du président Expilly
et de quelques notes de sa façon '. Les commentaires ont
une certaine valeur : on y trouve imprimée pour la première
fois la belle lettre de Bayart à l'évêque de Grenoble, dans
laquelle il raconte la bataille de Ravenne et la mort de
Gaston de Foix^. Les annotations de Videl paraissent avoir
eu pour but principal de publier quelques pièces fabriquées
à plaisir par le président Salvaing de Boissieu pour rehausser
la douteuse illustration de sa maison.
Hugues, châtelain de Briançon, puis d'Avalon (1230-1259), fait
hom., 1266.
Guillaume fait hom., 1286.
Oberjon, tué à la bataille de Varey, 1325.
Richard, mari d'Ambroisine de Morestel, fait hom., 1345.
Guigonne Barrai, veuve de Henri de Mailles, fait hom. au nom
de ses fils, 1365.
Jean habite AUevard vers 1400.
Berjon, Jean, Richard et Pierre, ses fils, se livraient à des actes
mercenaires et rustiques en 1458.
Aymon, habitant Eybens, était dans le même cas en 1448.
Jacques, archer et secrétaire de Bayart, puis notaire, 1523-
1527.
Jean, en son nom et en celui de 200 habitants de l'Albenc, signe
entre les mains d'un notaire de Grenoble une profession de foi
protestante, 1561.
Claude est maintenu dans sa noblesse, 1581.
1. Paris, 1616 et 1619, in.4v
2. Grenoble, Jean Nicolas, 1650, in-8<». Autre édition de 1659.
3. On trouvera cette lettre à l'appendice.
XVJ PRÉFACE.
Depuis un siècle Y Histoire de Bayart a été réimprimée
dans les grandes collections de mémoires, d'abord dans la
Collection universelle des Mémoires particuliers relon
tifs à l'histoire de France (Londres et Paris, 1786 et
suiv., in-8o), où elle figure au tome XIV, puis dans les
collections Petitot-Montmerqué et Michaud-Poujoulat, dans
la Bibliothèque choisie de M. Laurentie (1829, in-12), et
enfin dans le Panthéon littéraire. Mais là, pas plus que
dans les éditions du xvn* siècle , le texte primitif n'a été
fidèlement reproduit, et il y est peu ou point accompagné de
notes.
J'ai essayé de faire mieux que mes devanciers : tout en
m'attachant à reproduire avec une scrupuleuse exactitude
le texte original, j'ai cherché à édaircir les passages qui
demandaient une explication et à compléter le récit du
Loyal Serviteur par des extraits de divers auteurs français
et étrangers du xvf siècle qui ont parlé de Bayart. De
plus, j'ai réuni dans un appendice tout ce que l'on con-
naît de la correspondance de Bayart, un certain nombre
de lettres, la plupart inédites, de ses contemporains, dans
lesquelles il est question de sa personne , et enfin quel-
ques documents relatifs à lui ou à sa famille. On trouvera
également à la fin du volume un index et un glossaire. Je
terminerai en disant que ma tâche m'a été rendue facile par
la bienveillance que j'ai rencontrée partout autour de moi
et par les conseils de M. Ludovic Lalanne, que la Société
m'avait donné pour mon commissaire responsable.
J. Roman.
LA TRÈS JOYEUSE ET TRÈS PLAISANTE
HISTOIRE
DU
GENTIL SEIGNEUR DE BAYART
PROLOGUE DE L'ACTEUR
Pour ce qu'il est moult difBcille, sans la grâce de
Dieu, en ce mortel estre, complaire à tout le monde,
et que les hommes coustumiers d'escripre hystoires et
cronicques font voulentiers leur adresse à aucun
notable personnage, je, qui, sans autrement me nom-
mer, ay en^ris de mettre en avant les faicts et gestes
du bon chevalier sans paour et sans reprouche le sei-
gneur de Bayart, et parmy ses excellentes œuvres y
comprendre plusieurs autres vertueux personnages,
me suis advisé, à ce qu'il ne feust murmuré cy-après
contre moy n'avoir bien et justement fait mon devoir
particulier en laissant l'ung pour prendre l'autre,
1
2 HISTOIRE DE BAYART
attribuer ceste mienne rudde hystoire aux trois estatz
du très excellent, très puissant et très renommé
royaulme de France ; car, pour au vray amplifier les
perfections d'ung homme, ne Fay peu faire autre-
ment, considéré que sans grâce infuse du Sainct-
Ësperit, depuis l'incarnation de nostre sauveur et
rédempteur Jésuchrist, ne s'est trouvé en cronicque
ou hystoire, prince, gentilhomme ne autre, de quel-
que condition qu'il ait esté, qui plus furieusement
entre les cruelz, plus doulcement entre les humbles,
ne -plus humainement entre les petis ait vescu, que le
bon chevalier dont la présente hystoire est commen-
cée. Et combien que de tout temps op ceste douce
contrée de France la grâce de Nostre Seigneur s'est si
grandement espandue que peu de deffault y survient
quant aux nécessitez du corps, qui est une manne
quant à ceste vie mondaine, ung autre inconvénient à
ceste occasion y survient, c'est que la grande ayse
que grans, moyens et petis y soustiennent, les mect
en telle oysiveté qu'ilz ne se peuvent contenir du péché
d'envye, en blasmant aucunes fois à tort et sans cause
les imiocens, et en détenant caché les mérites,
prouesses et honneurs des vertueux. Si s'en trou-
verra-il peu qui sceussent ou ayent voulu dire
chose contre l'honneur d'icelluy bon chevalier, s'ilz
ne l'ont dit à l'emblée ; car en iceulx trois estatz s'est
si vertueusement gouverné qu'il en aura, quant à
Dieu, sa grâce, et quant au monde, verdoyante et
immortelle couronne de laurier, pour ce que touchant
l'église ne s'en est jamais trouvé ung plus obéissant,
quant à Testât de noblesse ung plus deffensible, et à
Testât de labour ung plus piteux ne secourable.
PAR LE LOYAL SERVITEUR.
CHAPITRE PREMIER.
Comment le seigneur de Bayarty père du bon ehevor
lier sans paour et sans reproche^ eut vouloir de
sçavoir de ses ei^f/ns de quel estât Hz voulaient
estre.
Au pays de Daulphiné que possède présentement le
roy de France, et ont fait ses prédécesseurs, depuis
sept ou huyt vingtz ans que ung Daulphin YmbertS
qui fut le derrenier, leur en fist don, y a plusieurs
bonnes et grosses maisons de gentilzhonunes, et dont
il est sorty tant de vertueux et nobles chevaliers que le
bruyt en court par toute la chrestienté ; en sorte que
tout ainsi que Tescarlate passe en couleur toutes
autres tainctures de draps, sans blasmer la noblesse
d'autre région, les Daulphinois sont appeliez par tous
ceulx qui en ont congnoissance, Tescarlate des gentilz-
hommes de France'. Entre lesquelles maisons est celle
de Bayart, de ancienne et noble extraction, etbjjMi
1. Hnmbert II, dernier dauphin de la famille de la Toi
Pin, céda la province de Dauphiné au roi de France le 16 ji
1349; il fut nommé peu après par le pape patriarche d'Alexandrie,
puis arcHBvôque de Paris. Son sceau comme patriarche d'Alexan-
drie porte la légende s. Wfàjayu. hymberti. patriarche, alexan-
DRiNi. DALFnn. viBNENSis. iSmQVioBis. Ses sceaux antérieurs por-
tent tous son nom écrit nvii^ERTi.
2. Notre auteur est le premier qui, à notre connaissance, se
soit servi de cette comparaison entre Pécarlate et les autres cou-
leurs pour qualifier la noblesse du Dauphiné. Depuis lors elle a
été souvent employée.
4 HISTOIRE DE BAYART
Tont, ceulx qui en sont saillis, monstre; car à la jour-
née de Poictiers , le terayeul du bon chevalier sans
paour et sans reprouche mourut aux piedz du roy de
France Jehan; à la journée de Crécy, son bysayeul; à
la journée de Montlehery demoura sur le champ son
ayeul avecques six plaies mortelles, sans les autres ;
et à la journée de Guignegaste fut son père si fort
blessé que oncques puis ne peut guères partir sa mai-
son, où il mourut aagé de bien quatre vingts ans ^ Et
peu de jours avant son trespas, considérant, par
nature qui ja luy deffailloit, ne pouvoir pas faire grant
séjour en ce mortel estre, appella quatre enfans qu'il
avoit, en la présence de sa femme, dame très dévote et
toute à Dieu, laquelle estoit seur de Tévesque de Gre-
noble, de la maison des Âlemans. Ainsi, ses enfans
venuz devant luy, à Taisné demanda, qui estoit en
Taage de dix huyt à vingt ans, (ju'il vouloit devenir ;
lequel respondit qu'il ne vouloit jamais partir de la
maison, et qu'il le vouloit servir sur la fin de ses jours.
€ Et bien ! dist le père, Geoi^es, puisque tu aymes la
maison, tu demoureras icy à combatre les ours. > Au
second, qui a esté le bon chevalier sans paour et sans
rciproche, fut demandé de quel estât il vouloit estre ;
l|({uel, en Taage de treize ans ou peu plus, esveillé
oomme ung esmérillon, d'ung visage riant respondit
i. L'énamération da Loyal Sen^mj!, en ce qui conberne les
membres de la famille Tenrail mMÉtfar les champs de bataille,
n'est ni exacte ni complète. Pbilipi5eYerrail, trisaïeul de Bayart,
fut tué à la bataille de Poitiers en 1356 ; ses deux fils, Jean et
Pierre, périrent, le premier à Verneuil en 1424, le second à Azin-
court en 1415; Pierre, aïeul de Bayart, mourut à la bataille de
Montlhéry en 1465; enfin Aymon, son père, fut dwigereusement
blessé à Guinegate en 1479.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 5
comme s'il eust eu cinquante ans : c Monseigneur mon
père, combien que amour paternelle me tiengne si
grandement obligé que je deusse oublier toutes choses
pour vous servir sur la fin de vostre vie, ce néant-
moins, ayant enraciné dedans mon cueur les bons
propos que chascun jour vous récitez des nobles
hommes du temps passé, mesmement de ceulx de
nostre maison, je seray, s'il vous plaist, de Testât dont
vous et voz prédécesseurs ont esté, qui est de suyvre
les armes, car c'est la chose en ce monde dont j'ay le
plus grant désir, et j'espère, aydant la grâce de Dieu,
ne vous faire ^oint de déshonneur. > Alors respondit
le bon vieillart en larmoyant : t Mon enfant. Dieu t'en
doint la grâce ! jà ressembles-tu de visage et corsage
à ton grant père, qui fut en son temps ung des acom-
plis chevaliers qui fust en chrestienté : si mettray
peine de te bailler le train pour parvenir à ton désir. >
Au tiers demanda quel moyen il vouloit tenir; il
respondit qu'il vouloit estre de Testât de son oncle,
monseigneur d'EsnayS ung abbaye près Lyon. Son
père le luy accorda, et l'envoya par ung sien parent à
son dit oncle qui le feit moyne ; et depuis a esté, par le
moyen du bon chevalier son frère, abbé de Jozaphat,
aux faulxbourgz de Chartres. Le dernier respondit de
mesme sorte, et dist qu'il vouloit estre conune son
oncle monseigneur de Grenoble, à qui il fut pareille-
ment donné, et peu après le fist chaiioyne de l'église
1. Ainay, abbaye de Tordre de Saint-Benoît, fondée à Lyon sur
les bords de la Saône : elle existait déjà au vi* siècle. L'abbé
d* Ainay était Théodore Terrail, fils de Pierre Terrail, s' de Ber-
nin; il gouverna cette abbaye de 1457 à 1505. Il n'était pas oncle
de Bayait, mais son cousin assez éloigné.
6 HISTOIRE DE BAYART
Nostre-Dame ; et depuis, par le mesme moyen que son
frère le moyne fut abbé, il fut évesque de GlandesTes
en Provence*. Or, laissons les autres trois frères là, et
revenons à l'histoire du bon chevalier sans paour et
sans reprouche, et comment son père entendit à son
afl^re.
CHAPITRE IL
Comment le père du bon chevalier sans paour et sans
reprouche envoya quérir son beaurfrère V évesque de
Grenoble pour parler à lutfj parce qu'il ne pouvoit
plus partir de la maison.
Après le propos tenu par le père du bon chevalier à
ses quatre enfans, et parce qu'il ne pouvoit plus che-
vaucher, envoya ung de ses serviteurs le lendemain à
Grenoble, devers Tévesque son beau-frère^, à ce que
son plaisir feust, pour aucunes choses qu'il avoit à luy
dire, se vouloir transporter jusques à sa maison de
1. Les deux frères de Bayart qui embrassèrent Tétat ecclésias-
tique furent successivement évèques de Glandèves : Philippe, de
152... à 1532, et Jacques, de 1532 à 1535.
2. Laurent I Alleman, fils d'Henri AUeman, s^ de Laval, firère
d'Hélène Alleman, mère de Bayart. U fut élu évèque de Grenoble
en 1478, transféré au siège d'Orange, puis revint à Grenoble en
1484 et y mourut en 1518. « Ledict noble Pierre Terrail, dit
€ Ghampier {Les gestes du preux chevalier Bayard, 1525, fol. xiii),
t dès son enfance fut nourri par son père en toutes vertus et
« tenu aux escolles à Grenoble par sondit oncle, seigneur et évoque
c dudit lieu. • Gette affirmation de Ghampier est sujette à cau-
tion ; il est douteux en effet que Bayart sût autre chose que signer
son nom, car il n'existe de lui aucun autographe authentique.
PAR LB LOYAL SERVITEUR. 7
BayartS distant dudit Grenoble cinq ou six lieues; à
quoy le bon évesque, qui oncques en sa vie ne fut las
de faire plaisir à ung chascun, obtempéra de très bon
cueur. Si partit, incontinent la lettre receue, et s'en
vint au giste en la maison de Bayart, où il trouva son
beau-frère en une chaire auprès du feu, comme gens
de son aage font voulentiers. Si se saluèrent Tung
l'autre et firent le soir la meilleur chère qu'ilz peurent
ensemble, et en leur compaignie plusieurs autres
gentilzhommes du Daulphiné qui estoient là assem-
blez ; puis, quant il fut heure, chascun se retira en sa
chambre, où ilz reposèrent à leur aise jusques à len-
demain matin qu'ilz se levèrent, ouyrent la messe
que ledit évesque de Grenoble chanta ; car voulen-
tiers disoit tous les jours messe, s'il n'estoit mal de sa
personne, et pleust à Nostre Seigneur que les prélatz
de présent feussent aussi bons serviteurs de Dieu et
aussi charitables aux povres qu'il a esté en son temps !
La messe ouye, convint laver les mains et se mettre à
table, où de rechief chascun fist très bonne chière, et
y servoit le bon chevalier tant sagement et honneste-
ment que tout honune en disoit bien. Sur la fin du
disner, et après grâces dictes, le bon vieillart sei-
gneur de Bayart conunencea ainsi ces paroUes à
toute la compaignie : c Monseigneur et messeigneurs,
l'occasion pourquoy vous ay mandez est temps d'estre
déclairée, car tous este8;:izies parens et amys; et jà
1. Les raines da château J^JQtasi se voient encore aujour-
d'hui au sommet d'une coUin% aux environs du village de Pont-
charra, dans le Graisivaudan. Il avait été construit par le bisaïeul
du bon chevalier auquel le gouverneur du Dauphiné en avait
donné l'autorisation en 4404 (Arch. de Tlsère).
8 HISTOIRE DE BAYART
voyez-vous que je suis par vieillesse si oppressé qu'il
est quasi impossible que sceusse^ vivre deux ans. Dieu
m'a donné quatre filz, desquelz de chascun ay bien
voulu enquérir quel train ilz veulent tenir ; et entre
autres m'a dit mon fils Pierre qu'il veult suyvre les
armes, dont il m'a fait ung singulier plaisir, car il
ressemble entièrement de toutes façons à mon feu sei-
gneur de père, vostre parent , et si de conditions il
luy veult aussi bien ressembler, il est impossible qu'il
ne soit en son vivant ung grant homme de bien, dont
je croy que ung chascun de vous, conmie mes bons
parens et amys, seriez bien aises. Il m'est besoing,
pour son commencement, le mettre en la maison de
quelque prince ou seigneur, afin qu*il appreigne à se
contenir honnestement, et quant il sera ung peu plus
grant, apprendra le train des armes. Si vous prie,
tant que je puis, que chascun me conseille en son
endroit le lieu où je le pourray mieulx loger. > Alors
dist l'ung des plus anciens gentilzhommes : c II fault
qu'il soit envoyé au roy de France. > Ung autre dist
qu'il seroit fort bien en la maison de Bourbon ; et
ainsi d'ung en autre n'y eut celluy qui n'en dist son
advis. Mais l'évesque de Grenoble parla et dist : c Mon
frère, vous sçavez que nous sommes en grosse amytié
avecques le duc Charles de Savoye, et nous tient du
nombre de ses bons serviteurs ; je croy qu'il le prendra
voulentiers pour ung de ses paiges. Il est à Gham-
béry , c'est près d'icy : ai bon vous semble, et à la
OHnpaignie, je le luy mèneray demain au matin, après
l'avoir très bien mis en ordre et garny d'ung bas et
i. Il y a par erreur scensse dans le texte.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 9
boD pelit roussin que j'ay depuis trois ou quatre jours
en çà recouvert du seigneur d'Uriage*. s Si fut le
propos de l'évesque de Grenoble tenu à bon de toute
la compaignio, cl mesmemeot du dit seigneur de
Bayart, qui luy livra 8on tilz en luy disant : • Tenez,
moDseigngur, je prie à Nostre Seigneur, que si bon
préseoi'te puissez faire, qu'il vous face honneur en
sa vie. > Alors tout incontinent envoya le dit évesque
à la ville quérir son tailleur, auquel il manda apporta
veioux, satin, et autres choses jiécessaires pour habil-
ler le bon chevalier. Il vint et îl|éoQgna toute la ouyt,
de sorte que le lendemain matia fut tout prest, et
après avoir desjeuné, monta sur son roussin, et se pré-
senta à toute la compaignie, qui estoit en la basse
court du chasteau, tout ainsi que si on l'eust voulu
présenter dès^'heure au duc de Savoye. Quant le che-
val sentit si [nilitfès' sur luy, joinct aussi que le jeune
enfant avoit ses espérons dont il le picquoit, conmien-
céa à faire trois ou quatre saulx, de quoy la compai-
gnie eut paour qu'il affollast le garson ; mais en Ueu de
ce qu'on cuydoit qu'il deust ciier à l'ayde, quant il
sentit le cheval si fort remuer soubz luy, d'ung gentil
cueur asseuré, comme ung lyon, luy donna trois ou
quatre coups d'esperon et une carrière dedans ladicte
basse court, en sorte qu'il mena le cheval à la raison
comme s'il eust eu trente ans. Il ne fault pas demander
si le bon vieillart fut ayse ; et soubzriant de joie,
deiAanda à son fîlz s'il avoit point de paour, car pas
1. L'édition origiQBle porte par erreur du Riage : il s'agît ici de
Gnigue Âlleman, b^ dlJriage, époui de Marie Grinde, père du
capitaine Holart, dont il sera si souvent question dans ce volume.
2. Pés, faix, fardeau.
n'avoit quinze jours qu'il estoit sorty de l'inOpUe :
lequel respoadit d'ung visage assuré : c MoQppljn^ur,
j'espère, àl'ayde de Dieu, devant qu'il soit nk ans, le
remuer, luy ou autre, en plus dangereux lieu ; car je
suis icy parmy mesanays, et jepourray eqtce panny
lesennemysduinaistrequejeserviray. — 4^W#I 8"*'
dist le bon évesque de GreD(^e qui estoit prest à
partir ; mon nepveu, mon amy, ne descendez point, et
de toute la compaignie prenez congé. > Lors le jeune
enfant, d'une joyeuse ^pfitenance, s'adressa à son père,
auquel il dist : t MmitËlgneur mon père, je prie à
Nostre Seigneur cfa'il voup doint bonne et longue vie,
et à moy, grâce, avant ^*i1 vous oste de ce monde,
que puissiez avoir bonnes nouvelles de moy. — Mon
amy, dist le père, je l'en supplie. > Et puis luy donna
sa bénédiction. Et après alla prendre congé de tous les
gentUzhommes qui estoient là, l'ung apr^ l'autre, qui
avoie'nt à grant plaisir sa bonne contenance. La povre
dame de mère estoit en une tour du chasteau, qui ten-
drement ploroit; car combien qu'elle feust joyeuse
dont son filz estoit en voye de parvenir, amour de
mère l'admonnestoit de larmoyer. Toutesfois, après
qu'on luy fast venu dire : « Madame, si voulez
venir veoir vostre filz, il est tout à cheval prest à
partir >, la bonne gentil femme sortit par le derrière
de la tour et fîst venir son fils vers elle, auquel elle
dist ces parolles : c Pierre, mon amy, vous allez au
service d'ung gentil prince. D'autant que mère peult
commander à son enfant, je vous commande trois
dioses tant que je puis, et si vous les faictes, soyez
asseuré que vous vivrez triumphamment en ce monde.
La première, c'est que, devant toutes choses, vous
PAR LE LOYAL SIRVTTEm. 41
aytaez, craignez et servez Dieu, sans aucunement
l'c^Eeoser, s'il vous est possible, car c'est celluy qui
tous nous a créez, c'est luy qui nous fait vivre, c'est
celluy qui. nous saulvera, et sans luy et sa gr&ce ne
scaurions ftôra-une seulle bonne œuvTE^w ce monde ;
tous les matin* et tous les soirs, reconpnndez-vous i
luy, et il vaU| aydt^. La seconde, c'est que vous
soyez doutx et courtois à tous gentilzhommes, en
ostant de vous tout oi^eil. Soyez humble et serviable
à toutes gens ; ne soyez maldisant ne menteur; main-
tenez-vous sobrement quant au boire et au manger ;
tuyez envye, car c'est uog vilain vice. Ne soyez flateur
ne reporteur , car telles manières de gens ne vienent
pas voulentiers à grande perlcctioD. Soyez loyal en
faictz et dictz, tenez vostre parolle. Soyez secourable
à povres veufVes et aux orphelins, et Dieu vous le
guerdonnera. La tierce, que des biens que Dieu vous
donnera vous soyez charitable aux povres nécessiteux ,
car donner pour l'honneur de luy n'apovril oncques
homme; et tenez tant de moy, mon enfant, que
telle aulmosoe pourrez-vous faire qui grandement
vous proufRtera au corps et k l'&me. Velà tout ce que
je vous encharge. Je crois bien que vostre père et
moy ne vivrons plus guères; Dieu nous face la grftce, à
tout le moins tant que serons en vie, que tousjours
puissions avoir bon rapport de vous. »
Alors le bon chevalier, quelque jeune aage qu'il
eust, luy respondit : c Madame ma mère, de vostre
bon enseignement, tant humblement qu'il m'est pos-
sible, vous remercie, et espère si bien l'ensuyvpe que,
moyennant la gr&ce de celluy en la garde duquel me
recommandez, en aurez contentement. Et au demou-
13 mSTOQtE DE BAYART
rant, après m'estre très humblenient recommaadi à
vostre bonne grâce, je voys prendre congé de vous. >
Alors la bonne dame tira hors de sa manche une
petite bourcette, en laquelle avoit seulement six escus
en or et ung en monnoye qu'elle donna à son filz ; et
appella ung àf& serviteurs de l'éveaque de Grenoble,
son frère, auquel elle bailla une petite malette en
laquelle avoit quelque Unge pour la nécessité de son
filz, le priant que, quant il seroit présenté à monsei-
gneur de Savoye, il voulsist prier le serviteur de l'es-
cuyer, soubz la charge auquel il seroit, qu'il s'en
voulsist ung peu donner de garde jusques à ce qu'il
feust en plus grant aage, et luy bailla deux escus pour
luy donner. Sur ce propos print l'évesque de Grenoble
congé de la ctwp^ignie, et appella son nepveu, qui
pour se trouver dèsois son gentil roussin, pensoit estre
en ung paradis. Si commencèreiil à marcher le che-
min droit à Ghambéry, où pour lors estoit le duc
s de Savoye'.
CHAPITRE m.
Comment l'évesqae de Grenoble présetUa sort nepveu, le
bon chevalier sans paour et sans reproucke, au duc
Charles de Savoye, qui le reçut joyeusement.
Au départir du chasteau de Bayart, qui fut par ung
samedy après le desjeuner, chevaucha ledit évesque de
1. CharleB I, duc de Savoie (1482-1490}, file d'Ame IX et de
lolande de France, mari, de Blanche Paléologne, duchesse do
Moatfemtt.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 13
Grenoble de sorte qu'il arriva au soir dans la ville de
Ghambéry, où le clergié alla au devant de luy ; car
ladicte ville est de toute ancienn^ de Tévesché de
Grenoble, et y a son officiai et sa courte II se logea
sm^.^ling notable bourgeois. Le duc estoit logé en sa
avecques bon nombre de seigneurs et gentilz-
tant de Savoye que de Pyémont. Le soir
'ledit évesque de Grenoble à son logis, sans
s^iottonstrer à la court, coipbien que le duc fiist assez
ififormé qu'il estoit à la ville , dont il fust très joyeux^
parce que icelluy évesque estoit (si ainsi on les peult
appeller en ce monde) ung des plus sainctz et dévotz
personnages que l'on sceust. Le lendemain, qui fut
dimenche, bien matin se leva et s'en alla pour faire la
révérence au duc de Savoye, qui le receut d'ung riant
visage, luy donnant bien à congnoistre que sa vefeue luy
plaisoit très fort. Si devisa avecques luy tout au long
du diemin, depuis son logis jusques à l'église où il alla
ouyr messe, à laquelle îl servit ledit duc, conmie à telz
princes appartient, à luy bailler à baiser l'évangille et
la paix. Après la messe dicte, le duc le mena par la
main disner avecques luy, où, durant icelluy, estoit
son nepveu le bon chevalier, qui le servoit de boire
très bien en ordre, et très mignonnement se conte-
noit; ce que regarda le duc, pour la jeunesses qu'il
voyoit en l'enfant, de sorte qu'il demanda à l'éves-
que : c Monseigneur de Grenoble, qui est ce jeune
enfant qui vous donne à boire? — MoiiaeigiMSi|ri res-
ponditril, c'est ung honmie d'armes que je vous suis
1. L'évêché de Ghambéry fut créé par une bulle du 18 août
4779. Jusqu'à cette époque cette ville faisait partie du diocèse de
Grenoble.
1& HISTOIRE DE BAYART
venu présenter pour vous servir se il vous plaist, mais
il n'est pas en Testât que je le vous veulx donner.
Après disner, si c!B6t vostre plaisir, le verrez. — •
Vrayement, ce àiû \é duc qui desjà Teut
amour, il seroit bien estrange qui tel préi
roit. > Or le bon chevalier, qui desjà avaÊrj^^j
nance de son oncle en l'entendement, ne s!i
guères aiilx mor&eaulx après Fe disner, ains s'eaiÉMtu
logis faire sceller son roussin, sur lequel, aprèél^a'^ir
bien mis en ordre, monta, et s'en vint le beau petit
pas en la court de la maison dudit duc de Savoye, qui
desjà estoit sorty de sa salle, appuyé sur une gallerie.
Si veit entrer le jeune enfant qui faisoit bondir son
dieval, de sorte qu'il sembloit honune de trente ans, et
qui toute sa vie eust veu de la guerre. Lors s'adressa à
l'évescfde de Grenoble, auquel il dist : c Monseigneur
de Grenoble, je croy que c'est vostre petit mignon
qui si bien chevauche se cheval? — • Qui respondit :
Monseigneur, c'est mon S il est mon nepveu, et de
bonne rasse où il y a eu de gentilz chevaliers. Son
père, qui, par les coups qu'il a receuz es gueres et
batailles où il s'est trouvé, est tant myné de foiblesse
et de vieillesse qu'il n'est peu venir devers vous, se
reoomiltt^de très humblement à vostre bonne grâce,
et vpife en fait qng présent. — En bonne foy, respon-
dit Te duc, j^'FMiepte voulentiers ; le présent est beau
et hoil9iâHe(. - uAu le face preudhomme ! » Lors com-
manda k^éûà sien escuyer d'escuyne, en qui plus se
fioit, qu'il pirint en sa garde le jeune Bayart et que à
son oppinion, seroit une fois honmie de bien.
1. C'est mon, vraiment.
PAR LE LOYAL SSiiVn»IR. 15
Ne tarda guères après ce propos q^l'évesque de
Grenoble, qui remercié eut très huml^Ésn^rt le duc de
Savoye, ne priât congé de luy pour s'en retourner à
sa maison ; et ledit duc demoura à Ghambéry juê(}ues
à quelque temps après qui se délibéra d'aller veoir le
roy de France, Gharles huytiesme, qui estoit en la ville
de Lyon, où il se donnoit dîijbon temps à faire joustes,
tournois et tous autres passe temps.
GHAPITRE IV.
Comment le duc de Savoy e se partit de Chambéry pour
aller veoir le roy de France Charles huyOesme^ 0
sa ville de Lyon, et mena avecques luy le bon chevOr
lier sanspaour et sans reprouche, lors son paige.
Le bon chevalier demoura page avecques le duc
Gharles de Savoye bien l'espace de demy an, où il se
fist tant aymer de grans, moyens et petis qu'oncques
jeune enfant ne le fut plus. Il estoit serviable aux sei-
gneurs et dames tant que c'estoit merveilles. En toutes
chodisn'y avoit jeune page ne seigneur qui feust à com-
parer à luy; car il saultoit, luy toit, gectoit la barre
selon sa grandeur et entre autres choses chevauchoit
ung cheval le possible , de sorte que son bon mais-
tre le print en aussi grande amour que s'il eust esté
son filz. Ung jour, estant le duc de Savoye à Gham-
béry, faisant grosse chère, se délibéra d'aller veoir le
roy de France à Lyon, où pour lors estoit parmy ses
princes et gentikhoiQmes, menant joyeuse vie à faire
joustea et tournoys chascun jour, et au soir dancer et
16 qiSTOIRE DE BAYART
baller aaGMOPMJcs dames du lieu, qui sont voulentiers
belles et de^Mime grâce. Et à vérité dire, ce jeune
roy Charles estoit ung des bons princes, des courtois,
libéraulx et charitables qu^on ait jamais veu ne leu. Il
aymoit et craignoit Dieu, ne ne juroit jamais que par la
foy de mon corps! ou autca petit serment. Etfiitgrant
doimnage dont mort le piint si fost conune en Faage
de xxvm ans; car, si longuement eust vescu, achevé
eust de grans choses. Ledit roy Charles sceut com-
ment le duc de Savoye le venoit veoir, et que jà
estoit à la Verpillière *, et s'en venoit coucher à Lyon.
Si envoya au devant de luy ung gentil prince de la
maison de Liùcembourg, qu'on appelloit le seigneur de
B%ny', avecques plusieurs autres gentilshommes et
archiers de sa garde, qui le trouvèrent à deux lieues
ou environ dudit Lyon. Si se firent grant chère lesditz
duc et seigneur de Ligny, car tous deux estoient
assez remplis d'honneur. Ilz vindrent longuement
parlans ensemble, et tellement que le seigneur de
Ligny gecta son œil sur le jeune Bayart, lequel estoit
sur son roussin qui trotoit fort mignonement, et le
faisoit merveilleusement bon veoir. Si dist le seimeur
de Ligny au duc de Savoye : c Monseigneur, vous
avez là ung page qui chevauche ung gaillart cheval,
et davantage il le scet manyer gentement. — Sur ma
foy, dist le duc, il n'y a pas demy an que l'évesque de
Grefioble m'en fist ung présent, et ne faisoit que sortir
'9
4 . La Verpillère, chef-lien de canton, département de Tlsëre.
2. Louis de Luxembourg, comte de Ligny, prince d'Altamura,
grand chambellan de Louis XII, cousin germain du duc de Savoie
par Marie de Savoie sa mère. Il était fils de Louis de Luxembourg,
comte de Saint-Pol, connétable de France. Il mourut en 1505.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 17
de TescoUe ; mais je oe veiz jamais jeune garson qui
plus hardiement de son aage se maintint , ny à cheval
ny à pied, et y a fort bonne grâce. Bien vous
advise, monseigneur mon cousin, qu'il est d'une rasse
où il y a de gaillars et hardiz gentilzhonmies ; je croy
qu'il les ensuyvra. » Si dist au bon chevalier :
€ Bayart, picquez ! donnez une carrière à vostre che-
val! » Ce que le jeune enfant, qui pas mieulx ne
demandoit, fist incontinent, et très bien le sceut faire ;
et si, au bout de la course, fist bondir le cheval, qui
estoit fort gaillard, trois ou quatre merveilleux saulx,
dont il résjouyt toute la compaignie. c Sur ma foy.
Monseigneur, dist le seigneur de Ligny, velà ung
jeune gentilhomme qui sera à mon oppinion gentil
galant, s'il veit, et m'est ad vis que ferez bien du page
et du cheval faire présent au roy, car il en sera bien
aise , pour ce que le cheval est fort bel et bon , et le
page, à mon advis, encores meilleur. — Sur mon âme,
dist le duc, puisque le me conseillez, je le feray. Le
jeune enfant pour parvenir ne sçauroit apprendre en
meilleur escolle que la maison de France, où de tout
temps honneur fait son séjour plus longuement qu'en
toutes autres maisons de prince. >
Ainsi en propos cheminèrent si avant qu'ilz entrè-
rent dedans Lyon, où les rues estoient pleines de
gens, et force dames aux fenestres pour les veoir
passer; car, sans mentir, ce duc de Savoye estoit fort
beau et bon prince, très bien acompaigné; et à veoir
sa contenance, sentoit bien son prince de grosse mai-
son. Si s'en alla pour le soir, qui fut ung mercredy
descendre à son logis où il retint le seigneur de
2
18 HISTOIRE DE BAYART
Ligny et ung autre appelé monseigneur d' Avenes ^ filz
du sire d'Albret, et frère du roy de Navarre, qui estoit
alors ung fort honneste et acomply seigneur, à àoup-
per avecques luy, et plusieurs autres seigneurs et
gentilzhonunes, ou, durant icelluy, y eut force mé-
nestriers et chantres du roy qui vindrent resjouyr la
compaignie. Le soir ne partit point le duc de Savoye
de son logis, ains il fut joué à plusieurs jeux et passe-
temps, et tant qu'on apporta vin et espices ; lesquelles
prises, chascun se retira à son logis jusques à lende-
main au matin.
CHAPITRE V.
Comment le duc de Savoye alla faire la révérence au
roy de France à son logis ^ et du grant et honneste
recueil qui luy fut faict.
Le jeudy matin se leva le duc de Savoye, et, après
soy estre mis en ordre, voulut aller trouver le roy ;
mais ainçois^ son partement arrivèrent à son logis
lesditz seigneurs de Ligny et d'Avesnes avecques le
mareschal de Gié^, qui pour lors avoit gros crédit en
1. Gabriel d'Albret, s' d'Avennes, frère de Jean d'Albret, roi
de Navarre : ils étaient fils d'Alain d'Albret, comte de Dreux,
8' d'Avennes, surnommé le Grand, et de Françoise de Bretagne.
2. Ainçois, avant.
3. Pierre de Roban, maréchal de Gié, comte de Marie, mort en
4513. n était fils de Louis de Roban, s' de Guéméné, et de Marie
de Montauban. Il épousa Françoise de Penhoêt, puis Marie d'Ar-
magnac.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 19
France, ausquelz il donna le bon jour ; et après mar-
chèrent jusques au logis du roy, qui desjà estoit prest
pour aller à la messe en ung couvent de cordeliers
qu'il avoit fait construire à la requeste d'ung dévot
religieux appelé frère Jehan Bourgeois, au bout d'ung
faulxbourg de Lyon appelle Veize. fit y avoit ledit sei-
gneur beaucoup donné du sien , aussi avoit fait sa
bonne et loyalle espouse Anne, duchesse de Bretaigne.
Si trouva le duc de Savoye le roy, ainsi qu'il vouloit,
sortir de sa chambre, auquel il fist la révérence, telle
et si haulte que à si grant et noble prince appartenoit.
Mais le bon roy, qui filz estoit d'humilité, le print et
l'embrassa en luy disant : c Mon cousin, mon amy,
vous soyez le très bien venu ! Je suis joyeulx de vous
veoir , et sur mon âme, vous avez bien fait, car si ne
feussiez venu, j'estois délibéré vous aller veoir en voz
pays, où je vous eusse porté beaucoup plus de dom-
mage. » À quoy respondit le bon duc : c Monseigneur,
il est difficile que à ma voulenté sceussiez porter dom-
mage. Tout le regret que j'auroye à vostre arrivée en
voz pays et miens seroit seulement que ne pourtjtt
estre receu comme appartient à si hault ne rnayH^
nime prince que vous estes ; mais bien vous advise
que le cueur, le corps, l'avoir et le sçavoir, si Dieu y
en a aucun mis, sont en vostre disposition autant que
le moindre de voz subjeets. > Dont le roy, en rougissant
ung peu, le remercia. Si montèrent sur leurs mulles,
et allèrent ensemble devisans le long de la ville jusques
audit couvent des cordeliers, où ilz ouyrent dévote-
ment la messe ; et quant vint à l'ofirande, fut baillé
par le duc de Savoye au roy l'escu pour offrir à Nostre
20 HISTOIRE DE BAYART
Seigneur, ainsi que chascun jour ont acoustumé
faire les roys de France, comme au prince à qui on
vouloit plus faire d'honneur. Après la messe ouye,
remontèrent sur leurs mulles pour retourner au logis,
où le roy retint le duc de Savoye à disner avecques
luy, et pareillement lesditz seigneurs de Ligny et
d'Avesnes. Durant le disner y eut plusieurs propos
tenuz, tantdechiens, d*oyseaulx, d'armes que d'amours.
Et entre autres, le seigneur de Ligny dist au roy :
€ Sire, je vous jure ma foy que monseigneur de Savoye
a vouloir de vous donner ung paige qui chevauche
ung bas roussin fort gaillard aussi bien que jeune
garson que je veiz jamais ; et si ne pense point qu'il
ait plus de quatorze ans, mais il mène son cheval à la
raison comme ung homme de trente. S'il vous plaist
aller ouyr vespres à Esnay, en aurez votre passe-
temps. — Par la foy de mon corps ! dist le roy, je le
vueil. > Et puis regarda le duc de Savoye en luy
disant : c Mon cousin, qui vous a donné ce gentil paige
que dit le cousin de Ligny? > A quoy respondit ledit
duc : c Monseigneur, il est de voz subjectz et d'une
i0liiaison en vostre pays du Daulphiné, dont il est sorty
de gaillars gentilzhommes ; son oncle, l'évesque de
Grenoble, puis demy an m'en a fait ung présent;
monseigneur mon cousin l'a veu, il en dit du bien
tant qu'il luy plaist , vous vUlftez à vostre plaisir le
paige et le cheval en la prayne d'Esnay. > Alors n'e&-
toit pas le bon chevalier en présence; mais tantost
luy fut racompté, et comment le roy le vouloit veoir
sur son cheval, et croy que, s'il eust gaigné la ville de
Lyon, n'eust pas esté si aise. Il s'en alla incontinent au
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 21
maistre palefrenier du duc de Savoye, nommé Pizou
de Ghenas, auquel il dist : c Maistre, mon amy, j'en-
tendz que le roy a dit à monseigneur qu'il veult veoir
mon roussin après disner, et moy dessus. Je vous
prie tant que je puis que le vueillez faire mettre en
ordre, et je vous donneray ma courte dacgue de bon
cueur. » Le maistre palefrenier, qui veit la bonne vou-
lenté du jeune garson, luy dist : c Bayart, mon amy,
gardez vostre baston, je n'en veulx point, et vous
mercye ; allez vous seulement peigner et nectoyer, car
vostre cheval sera bien en ordre, et Dieu vous face
cest heur, mon amy, que le roy de France vous
preingne en grâce, car il vous en peult advenir beau-
coup de biens, et quelquefois, avec l'ayde de Dieu,
pourrez estre si grant seigneur que je m'en sentiray.
— Sur ma foy ! maistre, dist le bon chevalier, jamais
je n'oublieray les courtoysies que m'avez faictes
depuis que je suis en la maison de monseigneur, et si
Dieu me donne jamais des biens, vous en apperce-
vrez. > Incontinent monta en la chambre de son
escuyer, où il nectoya ses habillemens, se peigna et
acoustra au plus joliement qu'il peut, en attendant
qu'il eust quelques nouvelles, qui ne tardèrent guères ;
car, sur les deux ou trois heures, vint l'escuyer d'es-
cuyrie de monseigneur de Savoye, lequel gouvernoit
Bayart, qui le vint demander, et tout prest le trouva.
Si luy dist tout fasché : c Bayart, mon amy, je voy
bien que je ne vous garderay guères, car j'entendz
que monseigneur a desjà fait ung présent de vous au
roy, qui vous veult veoir sur vostre roussin en la
prairie d'Ësnay. Je ne suis pas marry de vostre avan-
22 HISTOIRE DE BAYART
cernent, mais, sur ma foy ! j'ay grant regret de vous
laisser. » A quoy respondit le jeune Bayant : c Mon-
seigneur Fescuyer, Dieu me doint grâce de continuer
es vertus que m'avez monstrées depuis l'heure que
monseigneur vous bailla chaîne de moy! si je puis,
moyennant son ayde, n'aurez jamais reprouche de
chose que je face ; et si je parviens en lieu pour vous
faire service, cognoistrez par effect de combien je me
sens vostre obligé. » Après ces paroUes dictes, n'y eut
plus de dilations car l'heure s'approchoit. Si monta
Fescuyer sur ung cheval et fist monter le bon cheva-
lier sur son roussin, lequel estoit si bien peigné et
acoustré que riens n'y deffailloit , et s'en allèrent
attendre le roy et sa compaignie en la prairie d'Esnay;
car le prince s'estoit mis par eaue sur la Sosne. Incon-
tinent qu'il fut hors du bateau, va veoir sur la prée
le jeune Bayart sur son roussin avecques son escuyer.
Si luy commencea à crier : c Page iiion amy, donnez
de l'esperon à vostre cheval! » ce qu'il fist inconti-
nent. Et sembloit, à le veoir départir, que toute la vie
eust fait ce mestier. Au bout de la course, le fist
bondir deux ou trois saulx, puis sans riens dire s'en
retourna à bride abatue pareillement devers le roy, et
s'arresta tout court devant luy en faisant remuer son
dieval, de sorte que non-seulement le roy, mais toute
la compagnie, y print ung singulier plaisir. Si com-
mencea le roy à dire à monseigneur de Savoye : c Mon
cousin, il est impossible de mieulx picquer ung che-
val. » Et puis s'adressant au page, lui dist : c Picque,
i. Dilation, retard.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. ' 23
picque encores ung coup. > Après les parolles du roy,
les pages lui crièrent : c Picquez! picquez! » de
façon que depuis par quelque temps fut surnommé
Picquet. c Vrayement, dist encores le roy au duc, je voy
devant mes yeulx ce que le cousin de Ligny m'a dit à
disner ; je ne veulx pas attendre que me donniez
vostre page ne vostre cheval, mais je le vous demande.
— Monseigneur, respondit le duc de Savoye, le maistre
est vostre, le reste y peult bien estre. Dieu luy doint
grâce de vous faire quelque service agréable ! — Par
la foy de mon corps ! dist le roy, il est impossible
qu'il ne soit honmie de bien. Cousin de Ligny, je vous
baille le page en garde ; mais je ne veuk pas qu'il
perde son cheval , il demourera tousjours dans vostre
escuyrie. » Dont ledit seigneur de Ligny remercia
très humblement le roy, se sentant très bien satisfait
d'avoir ce présent ; car il estimoit bien qu'il en feroit
ung honmie dont il auroit une fois gros honneur, ce
qui fut acomply depuis en maintz lieux. Trois ans seu-
lement fut page le bon chevalier en la maison du sei-
gneur de Ligny, lequel l'en mit hors sur l'aage de dix
sept ans, et l'appoincta en sa compaignie ; toutesfois
tousjours fut -il retenu des gentilzhonunes de sa
maison.
CHAPITRE VL
Comment ung gentilhomme de Bourgongne^ nommé
messire Claude de Vauldray^ vint à Lyon far le
vouloir du roy de France faire faictz d'armes tant à
cheval comme à pied, et pendit ses escuz pour par
24 ' HISTOIRE DE BAYART
ceulx qui y toucheroient estre par lui receuz au com-
bat ; et comment le bon chevalier ^ trois jours après
qu'il fut mis hors de pagCy toucha à tous les escus.
Quelque temps demoura le duc de Savoye à Lyon,
où il fist fort bonne chère, tant avecques le roy que les
princes et seigneurs de France. Si advisa qu'il estoit
saison de retourner en ses pays, parquoy il demanda
congé, qui luy fut donné bien en vis ^ ; toutesfois il n'est
si bonne compaignie qu'il ne conviengne départir. Le
roy lui fist de beaulx et honorables présens, car de
libéralité estoit assez remply. Ainsi s'en retourna le
bon duc Charles de Savoye en ses pays. Le roy de
France alla visitant son royaulme; et deux ou trois
ans après se retrouva audit Lyon ', où il arriva ung
gentilhomme de Bourgongne, qu'on nommoit messire
Claude de Vauldray% appert homme d'armes, et qui
désiroit à merveilles de les suyvre. Si fist supplier au
roy que, pour garder d'oisiveté tous jeunes gentilz-
hommes, luy voulsist permettre de dresser ung pas,
tant à cheval comme à pied, à course de lance et
coups de hache , ce qui luy fut accordé, car le bon roy
ne demandoit, après le service de Dieu dont il estoit
assez songneux, que joyeulx passe-temps. Si dressa son
affaire icelluy messire Claude de Vauldray le mieulx
1. Envis, à regret; invité.
2. Le deuxième séjour de Charles VUI à Lyon et le pas d'armes
de Vaudray eurent lieu au mois d'avril 1491.
3. Claude de Vaudray, s' dé TAigle et Chilli, chambellan du
duc de Bourgogne, bailli de IfoMigne, fils d'Antoine de Vau-
dray et de Marguerite de Chanflbiirg, épousa Marie de Challant et
mourut sans enfants en 1515.
1
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 25
qu'il peut, et fist pendre ses escuz, où tous gentilz-
hommes qui avoient désir d'eulx moustrer venoient
toucher, et se fiedsoieut inscripre au roy d'armes qui en
a voit la charge, llog jour, passoit par devant les escuz
le bon chevalier, qui desjà, par le nom que le roy luy
donna à Eanay , eatoit de chascun appdUé Piequet , si
va penser en soy menv^,: c Hélas, mon Dieu! si je
sçavoye^^popment mf^ mettre en ordre, tant voulen-
tiers je toueheroye à ses escuz, pour sçavoir et appren-
dre des armes ! » Et sur cela s'arresta tout coy et
demeura pensif. Avecques luy estoit ung sien com-
paignon, de la nourriture du seigneur de Ligny,
appelle BellabreS qui luy dist : c En quoy songez-
vous, compaignon , vous me semblez tout estonné? —
Sur ma foy ! respondit-il, mon amy, aussi suis-je, et
je vous en diray présentement la raison. II a pieu à
monseigneur me mettre hors de paige, et de sa grâce
m'a accoustré et mis en ordre de gentilhonmie. Vou-
loir me semond de toucher aux escuz de messire
Claude, mais je ne say, quant je l'auroye fait, qui me
fourniroit après de hamoys et de chevaulx. » Alors
respondit Bellabre, qui plus estoit aagé que luy et fort
hardy gentilhonmie (car d'une chose veulx advertir
tous lysans ceste hystoire, que de la nourriture de ce
gentil seigneur de Ligny sont sortiz cinquante gentilz-
honmies, dont trente ont esté tous vaillans et vertueux
cappitaines en leur vie) : c Mon compaignon, mon
amy, vous souciez-vous de cela? N'avez-vous pas
i . Pierre de Pocquières, 8' de Bellabre et de la Marche, un des
plus chers compagnons de Bayart, qu'il accompagna dans la plu-
part de ses expéditions.
S6 HISTOIRE DE BAYÀRT
vostre oncle, ce gros abbé d'Esnay? Je faiz veti à
Dieu que nous yrons à luy, et s'il ne veult fournir
deniers, nous prendrons crosse et mictre ; mais je croy
que, quant il cognoistra vostre bon vouloir, il le fera
voulentiers. » Et sur ces paroles il va toucher aux
escuz. Montjoye, roy d'armes, qui estoit là pour
escripre les noms, luy commenoea à dire : c Gomment,
Picquet, mon amy, vous n'aurez barbe de trois ans,
et entreprenez-vous à combatre contre messire Claude,
qui estung des plus rudes chevaliers qu'on sache? >
Lequel luy respondit : c Montjoye, mon amy, ce que
j'en faiz n'est pas orgueil ne oultrecuydance, mais seul-
lement désir d'aprendre les armes peu à peu avecques
ceulx qui me les peuvent monstrer, et Dieu, si luy
plaist, me fera la grâce que je pourray faire quelque
chose qui plaira aux dames. » De quoy Montjoye se
prist à rire et s'en contenta très fort.
Si courut incontinent par tout Lyon le bruit que
Picquet avoit touché aux escuz de messire Claude , et
vint jusques aux oreilles dudit seigneur de Ligny, qui
n'en eust pas voulu tenir dix mille escuz. Si s'en alla le
dire au roy incontinent, qui en fut très joyeulx, et luy
dist : c Par la foy de mon corps ! cousin de Ligny,
votre nourriture vous fera une fois de l'honneur, car le
cueur le me juge. — Nous verrons que ce sera, res-
pondit le seigneur de Ligny, il est encores bien jeune
pour endurer les coups de messire Claude. > Or ne fut-
ce pas le plus fort pour le bon chevalier d'avoir touché
aux escuz, mais de trouver argent pour avoir chevaulx
et acoustremens. Si vint à son compaignon Bellabre
auquel il dist : c Mon compaignon, mon amy, je vous
prie estre mon moyen envers monseigneur d'Esnay,
PAR LE LOYAL SERVITEUR. S7
mon oncle, qu'il me donne de l'argent ; je scay bien
que si mon don^ oncle monseigneur de Grenoble estoit
icy , il ne me laisserait pour riens , mais il est en son
abbaye de Sainct-Surnyn à Thoulouze'. C'est bien
loing ; jamais ung honune n'y serait allé et venu à
temps. — Ne vous chaille', dist Bellabre, nous yrons
vous et moy demain matin parler à luy, et j'espère
que nous ferons bien nostre cas. > Gela resjouyt quelque
peu le bon chevalier, toutesfois il ne reposa guères la
nuyt. Bellabre et luy couchoient ensemble, levèrent
matin, et puis se misrent en ung de ses petis bateaux
de Lyon, et se firent mener à Esnay. Eulx diescenduz,
le premier homme qu'ilz trouvèrent dedans le pré, ce
fut l'abbé qui disoit ses heures avecques ung de ses
religieux. Si l'allèrent saluer les deux gentilzhommes ,
mais luy, qui desjà avoit ouy parler conmient son
nepveu avoit touché aux escuz de messire Glaude, et
se doubtoit bien qu'il fauldroit foncer^, ne leur fîst pas
grand recueils mais s'adressa à son nepveu et luy
dist : c Hé! maistre breneux, qui vous a donné
ceste hardiesse de toucher aux escuz de messire
Glaude de Vauldray? Il n'y a que trois jours
qu'estiez paige, et n'avez pas dix-sept ou dix-huit ans.
On vous deust encores donner des verges; qui montez
1. Don, seigneur.
2. Laurent Alleman, évoque de Grenoble, était également abbé
de Saint-Semin. On trouvera à Pappendice une lettre de Bayart
où il est question de lui en cette qualité.
3. Ne vou$ chaillêy qu'il ne vous importe.
4. Poncer, financer.
5. Recueil^ accueil. ''■
28 HISTOIRE DE BAYART
en si grant orgueil . » A quoy respondit le bon cheva-
lier : c Monseigneur, je vous asseure ma foy qu'ono-
ques orgueil ne me le fîst faire , mais désir et vouloir
de parvenir par faietz vertueux à l'honneur que voz
prédécesseurs et les myens ont fait, m'en ont donné la
hardiesse. Si vous supplie, monseigneur, tant que je
puis, veu que je n'ay parent ny amy à qui je peusse
présentement avoir recours, sinon à vous, que vostre
bon plaisir soit m'ayder de quelques deniers pour
recouvrer ce qu'il m'est nécessaire. — Sur ma foy,
respondit l'abbé, vous yrez chercher ailleurs qui vous
prestera aident ; les biens donnez par les fondateurs
de ceste abbaye a esté pour y servir Dieu et non pas
pour dépendre en joustes et tournoiz. > Laquelle
parolle dicte par l'abbé, le seigneur de Bellabre reprint
et luy dist : c Monsagneur, n'eust esté les vertuz et
les prouesses .d^. voz prédécesseurs, vous ne feussiez
pas abbé d'Emi^^,£ar par leur moyen et non par
autre y estes parvenu. Il &ult avoir congnoissance des
biens qu'on a receuz par le passé, et espérance d'avoir
quelque rémunération de ceulx qu'on fait. Yostre
nepveu, mon compaignon, est de bonne rasse, bien
aymé du roy et de monseigneur nostre maistre , il a
vouloir de parvenir, dont deussiez estre bien joyeulx.
Si est besoing que luy aydez , car il ne vous sçauroit
couster deux cens escus pour le mettre en bon ordre,
et il vous pourra faire de l'honneur pour plus de dix
mille. » Si y eut réplicquepar l'abbé et plusieurs autres
propos tenuz, mais enfin condescendit qu'il ayderoit
audit bon chevalier.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 29
CHAPITRE VD.
* . ^
Cmnment Vahbé d'Esnay bailla cent escus au bon che-
Miter pour avoir deux chevauUcj et escripvit unes
40lÊfe à ung marchant de Lyon pour luy délivrer ce
qui luy seroit nécessaire.
Il y eut plosieurs propos entre Tabbé et les deux
gentîlzhommes , mais à la fin il les mena à son logis,
et fist ouvrir une petite fenestre, où d'une bourse qui
dedans estoit, tira cent escuz, lesquelz il bailla à
Bellabre, et lui dist : c Mon gentilhomme, velà cent
escus que je vous baille pour achapter deux chevaulx
à ce vaillant gendarme, car il a encores la barbe trop
jeune pour manyer deniers. Je m'en vois escripre ung
mot à Laurencin ^ pour luy bailler les habillemens qui
luy seront nécessaires. — C'est très bien fait, monsei-
gneur, dist Bellabre; et je vous asseure que, quant
chascun le sçaura, vous n'y aurez sinon honneur. » Si
fut demandé incontinent ancre et papier pour escripre
à Laurencin, auquel il manda bailler à son nq>yeu ce
qui luy seroit nécessaire pour s'acQttskrer à ce tour-
noy, ymaginant en soy-mesmes qu'il ii^^çiittxût avoir
à besongner pour cent francs de mardiaiidiie , mais il
i. La famille Laurencin comptait au commencement du
XTi* siècle parmi les plus considérables du commerce lyonnais :
ce fut par son intermédiaire que Fabrice Garette, grand maître
de Rhodes, se procura en 1513 les canons qui servirent si utile-
ment dans le siège soutenu par son successeur contre Soliman.
(Vertot, Histoire des chevaliers de Malte, 1722, vol. II, p. 1412.)
30 HISTOIRE DE BAYÀRT
alla bien autrement, comme vous orrez cy-après.
Incontinent que les gentilzhommes eurent leur lettre,
après avoir pris congé de l'abbé, et par le bon cheva-
lier l'avoir très humblement remercié de la courtoysîe
qu'il luy faisoit, s'en retournèrent dedans loir petit
bateau, pour revenir à Lyon, fort joyeulx de oe qu'ilz
avoient si bien besongné. Si commença à parler
Bellabre et à dire : c Sçavez-vous qu'il y a, compai-
gnon ? Quant Dieu envoyé de bonnes fortunes aux gens,
il les fault bien et sagement conduyre. Ce qu'on des-
robe à moynes est pain beneist. Nous avons une lettre
à Laurencin pour prendre ce qu'il vous fauldra, allons
vistement à son logis avant que vostre abbé ait pensé
à ce qu'il a fait , car il n'a point limité en sadicte lettre
jusques à combien d'argent il vous baille d'acoustre-
mens. Par la foy de mon corps ! vous serez acoustré
pour le toumoy, et pour d'icy à ung an, car aussi bien
n'en aurez-vous jamais autre chose. > Le bon cheva-
lier, qui ne demandoit pas mieulx, se print à rire et
luy dist : c Par ma foy ! mon compaignon, la chose
va bien ainsy, mais je vous prie, hastons-nous, car
j'ai grant paour que, s'il s'apperçoit de ce qu'il a fait,
incontinent n'envoyé ung de ses gens déclairer pour
combien d'ai^ent il entend qu'on me baille d'habille-
mens. » Très bonne fut leur conception, comme vous
entendrei« Si firent diligenter la pontonnière qui les
rendit jusques auprès des Changes où ilz se misrent à
bort, et incontinent marchèrent droit au logis de Lau-
rencin, qui estoit en sa boutique, lequel saluèrent, et
il, qui estoit fort honneste et bon marchant, leur rendit
le semblable. Bellabre commença la parolle et dist :
c Par mon âme! sire Laurencin, mon compaignon et
t
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 31
moy venons de veoir ung honneste abbé ; c'est mon-
seigneur d'Esnay. — Je vous prcnnetz, c'est mon, dist
Laurencin; c'est ung grant honmie de bien, et me
tiens du nombre de ses bons serviteurs. J'ai eu en ma
vie afaire à luy de vingt mille francs, mais jamais ne
trouvay ung plus rond homme. — Mais ne savez-vous
Thonnesteté qu'il a faicte à son nepveu, mon compai-
gnon que vecy, dit Bellabre? U a sceu qu'il avoit tou-
ché aux escus de messire Claude de Vauldray, et qu'il
se vouloit esprouver, pour honneur acquérir, conmie
ont fait ses ancestres, et sachant que nous couchions
ensemble, tous deux nous a envoyez quérir ce matin,
et estre arrivez, après nous avoir fait très bien desjeu-
ner, a donné trois cens beaulx escuz à son nepveu
pour avoir des chevaulx, et davantage pour s'acous-
trer, de sorte qu'il n'y ait honmie en la compaignie
mieulx en ordre que luy, nous a baillé une lettre à
vous adressant, pour lui bailler ce qu'il luy sera néces-
saire. > Si luy monstra la lettre : il congneut inconti-
nent le seing de monseigneur l'abbé, c Je vous assure,
messeigneurs, dist Laurencin, qu'il n'y a riens céans
qui ne soit à vostre conunandement et de monseigneur
qui m'escript. Regardez seulement qu'il vous fault. »
Si firent incontinent desployer draps d'or, d'argent,
satins brochez, veloux et autres soyes, dont ilz prin-
drent pour le bon chevalier jusques à la valleur de sept
ou huyt cens francs, et puis prindrent congié de luy
pour s'en aller à leur logis, et incontinent envoyèrent
quérir tailleurs pour faire leur cas.
Or retournons ung petit à l'abbé, qui fut bien aise
quant il se veit despesché^ de son nepveu. Si com-
1. Despeschéy débarrassé.
32 HISTOIRE DE BAYART
manda qu'on apportas! à disner où il eut de la com-
paignie; et entre autres propos conimencea à dire
tout hault : c J'ay eu une terrible estrayne à ce matin :
ce garson mon nepveu de Bayart a esté si fol que
d'aller toucher aux escuz dé messire Claude , et pour
s'acoustrer est venu à ce matin demander de l'argent :
j'en ai esté pour cent escus. Et encores n'esse pas tout,
car j'ay escript à Laurencin luy bailler ce qu'il luy
demandera pour s'acoustrer sur le harnois. > A quoy
respondit le secretain de léans ^ : t Sur ma foy !
monseigneur, vous avez bien fait. Il veult suyvre les
piTouesses de monseigneur vostre grant père, qui fut
si vaillant homme, et tous ses parens. Je ne voy mal
en cecy que ung : il est jeune et voluntaire , vous avez
escript à Laurencin qu'il luy baille ce qu'il luy deman-
dera, je suis seur qu'il le fera quant il seroit question
de deux mil escus. J'ay peur qu'il n'en preigne plus
que vous n'entendez. » L'abbé va incontinent penser
là dessus et respondit : c Par saint Jacques! secretain,
vous dictes vray, car je n'ay point escript jusques à
combien. » Si dist : c Qu'on m'appelle le maistre
d'hostel, > qui vint sur l'heure.
c Acoup', Nicolas, distl'abbé, ung autre servira bien
pour vous. Allez à la ville chez Laurencin, et luy
dictes que je luy ay escript à ce matin bailler quelques
habillemens à mon nepveu de Bayart pour le tournoy
de messire Claude , qu'il luy en baille pour cent ou six
vingtz francz, et non pour plus ; et ne faictes que aller
et venir. » Ledit maistre d'hostel alla bientost, mais
il partit bien tard. Quant il fut chez Laurencin, il estoit
i . Secretain de léans, sacristain de céans.
2. A coup, à coup sûr, pour cette fois.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 33
à table, mais pour ce qu'il estoit assez privé de
léans, monta en hault et salua la compaignie qui luy
rendit le semblable, c Monseigneur le maislre, dist
Laurencin, vous venez à bonne heure ; lavez la main
et venez faire comme nous. — Je vous mercye, res-
pondit-il, ce n'est pas ce qui me meine. Monseigneur
m'envoie icy parce qu'il vous a escript aujourd'huy
bailler à son nepveu de Bayart quelques acoustre-
mens. > Laurencin n'attendit pas qu'il eust achevé, et
dist : c Monseigneur le maistre, j'ay desjà fait tout
cela, je vous asseure que je l'ay bien mis en ordre.
C'est ung très honneste jeune gentilhomme ; monsei-
gneur fait bien de luy ayder. — Et pour combien luy
en avez-vous baillé? dist le maistre d'hostel. — Je ne
scay, sur ma foy ! luy dist-il, si je ne veoye mon papier
et son récépissé au dos de la lettre de monseigneur,
mais il m'est advis qu'il en y a pour environ huy t cens
francz. — Hà, par Nostre-Dame! vous avez toutgasté!
— Pourquoy? dist Laurencin. — Pour ce, respondit
le maistre d'hostel, que monseigneur vous mandoit
par moy ne luy en bailler que pour cent ou six vingtz
francz. — Sa lettre ne dit pas cela, dist Laurencin, et
quant il en eust demandé plus largement, plus en eust
eu, car ainsi me le mandoit monseigneur. — Or, il
n'y a remède, fist le maistre d'hostel. A Dieu vous
command. »
Si s'en retourna à Esnay, et trouva encores la com-
paignie où il l'a voit laissée. Quant l'abbé veit son
maistre d'hostel, luy dist : « Et puis, Nicolas, avez-
vous dit cela à Laurencin? — Ouy bien, monseigneur,
mais je suis allé trop tard , vostre nepveu avoit desjà
3
34 HISTOIRE DE BAYART
fait sa foyre, et en a seulement pris pour huyt cens
francz. — Pour huyt cens francz ! saincte Marie ! dist
l'abbé, velà ung mauvais paillardeau. A coup vous
sçavez bien son logis, allez le trouver, et luy dictes
que, s'il ne va vistement rendre sur Laurencin ce
qu'il a pris, que jamais de moy n'amendera d'ung
denier. » Le maistre d'hostel fîst le commandement de
monseigneur, et s'en vint à Lyon , cuydant trouver
son homme, qui paravant c'estoit bien doubté de
l'encloueure et avoit dit à ses serviteurs : c Si personne
des gens de monseigneur d'Esnay me viennent de-
mander, qu'on face force excuses, en sorte que je ne
parle point à eulx. » Et pareillement en fit advertir
tous ceulx du logis.
Quant le maistre d'hostel le vint demander, on luy
fist response qu'il estoit chez monseigneur de Ligny ;
il y va et ne le trouva pas. Si retourna au logis, on
luy dist qu'il estoit allé essayer des chevaulx delà le
Rosne. Bref, il y fut plus de dix fois, mais jamais ne le
peut trouver. Si s'en retourna, car il veit bien que
c'estoit une mocquerie. Quant il fut à Esnay, il dist à
monseigneur que c'estoit temps perdu de chercher
son nepveu, car plus de dix fois avoit esté à son logis ;
mais possible n'estoit de le trouver, car il se faisoit
celer. Si dist l'abbé : t Par mon serment! c'est ung
mauvais garson, mais il s'en repentira. » Son cour-
roux se passa quant il voulut, mais il n'en eut autre
chose. Si laisserons à parler de luy, et retournerons
au bon chevalier et à son compaignon, et comment ilz
exploictèrent en leurs affaires.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 35
CHAPITRE VIII.
Comment le bon chevalier sans paour et sans reprouche
et son compaignon se montèrent de chevaulx et gar-
nirent d' acoustremens ; et comment ledit bon che-
valier se porta gentementy selon sa puissance^ contre
messire Claude de Vaudray.
Vous pouvez assez entendre que, incontinent que
le bon chevalier et son compaignon eurent de Lau-
rencin ce qu'ilz demandoient , ne firent pas grant
séjour en sa maison, doubtant ce qui advint
depuis , ains si bonne diligence mirent en leur affaire
qu'ilz furent pourveuz de ce qu'il leur falloit. Hz se
retirèrent en leur logis, où soubdainement envoyèrent
quérir tailleurs, pour faire à chascun trois acoustre-
mens sur le harnoy s , car le bon chevalier vouloit que
son compaignon feust de sa livrée ; aussi n'avoient-ilz
riens party* ensemble. Après ce qu'ilz eurent donné
ordre quant aux habillemens, Bellabre dist : c Com-
paignon, il fault que nous allions veoir des chevaulx.
Je say ung gentilhomme de Pyémont logé en la Gre-
nète', qui a ung bas roussin bien relevé et bien
remuant, ce sera bien vostre cas; et il me semble
aussi qu'il a ung petit courserot^ bay qui est fort
adroit. L'on m'a dit qu'il les veult vendre, parce que,
puis huyt jours, en les chevauchant s'est rompu une
i. Parti, divisé.
2. Grenète^ marché aux grains.
3. Courserot, jeune cheval de bataille.
36 HISTOIRE DE BAYART
jambe. Allons veoir que c'est. — C'est bien advisé, >
respondit le bon chevalier. Si s'en allèrent passer
l'eaue vers Nostre-Dame de Confort, puis se tirèrent
au logis de ce gentilhomme piémontoys qu'ilz trou-
vèrent en sa chambre fort mal acoustré de sa jambe.
Uz le saluèrent, et il leur rendit le semblable, comme
courtois chevalier. Bellabre prist la parolle et dist :
c Mon gentilhomme, vecy mon compaignon qui a
désir de recouvrer une couple de chevaulx que vous
avez, parce qu'on nous a rapporté que les voulez
vendre, au moyen de l'inconvénient qui vous est
advenu, dont il nous déplaist. — Sur ma foy! mes-
seigneurs, respondit le gentilhomme, il est vray, et
m'en fait grand mal, car les chevaulx sont beaulx et
bons. Mais, puisqu'il plaist à Dieu, je voy bien que
de trois moys ne sçaurois partir ceste ville. Les
vivres y sont chers, mes chevaulx se mangeroient en
l'estable. Vous me semblez honnestes et gaillars gen-
tilzhommes, j'aime beaucoup mieulx que mes che-
vaulx tumbent entre voz mains que ailleurs ; montez
dessus et les allez veoir hors la ville avecques ung de
mes gens, et au retour, s'ilz vous plaisent, nous en
ifgQùs marché. > Ilz trouvèrent le propos honneste,
et incontinent furent les chevaulx seelez, sur lesquelz
le bon chevalier et son compaignon montèrent , et les
menèrent jusques à la prairie près la Guillotière S où ilz
les coururent et trotèrent de sorte qu'ilz s'en tindrent
pour contens. Si retournèrent au logis du gentil-
homme pour faire le marché et luy demandèrent le
1. Situé sur la rive gauche du Rhône, ce faubourg de Lyon
faisait partie de la province de Dauphiné.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 37
pris qu'il les vouldroit vendre, t Par ma foy ! dist-il,
si j'estois sain, il n'y a homme sur la terre, si je ne
luy en vouloye faire présent, qui les eust pour deux
cens escus , mais, pour l'amour de vous, je suis con-
tent de les vous laisser, le roussin pour soixante escus,
et le courserot pour cinquante; ce sont cent dix
escus, et n'en auray pas moins. > Ilz virent bien
qu'il estoit raisonnable, et ne dirent autre paroUe
sinon : « Mon gentilhomme, vous les aurez, et toute
nostre vie deux gentilzhommes à vostre conmiande-
ment, > dont il les remercia. Ilz mirent la main à la
bourse et luy baillèrent ses cent dix escus, et deux
pour le vin des serviteurs. Les chevaulx furent menez
par leurs gens à leur logis , lesquelz firent très-bien
penser et acoustrer, car plus n'y avoit que trois
jours à conunencer l'emprise qu'avoit faicte messire
Claude de Yaudray, parquoy tout honune s'appa-
reilloit selon sa puissance. Si ouvrit icelluy messire
Claude son pas, selon l'ordonnance qu'il avoit, par le
congé du roi de France, fait publier, et par ung
lundy se mist sur les rencs, où contre luy s'essayèrent
plusieurs bons et gaillards gentilzhommes de la
maison du bon roy Charles, telz que le séneschal
GalyotS pour lors fort gaillart et appert honune
d'armes, le jeune Bonneval, Saudricourt, Chastillon,
Bourdillon^, qui estoient des plus privez de la per-
1. Jacques de Genonillac de Galiot, 8' d'Acier, sénéchal d'Ar-
magnac et de Quercy, depuis grand écuyer, maître de Tartillerie
de France et chambellan du roi.
2. Germain de Bonneval, s' dudit lieu.
Louis de Hedouville, seigneur de Sandricourt, célèbre par le
tournoi qu'il donna en 1493, qui garda le nom de Pas de Sandri"
court et le ruina. Voy. Bibl. nation, ms. Brienne, vol. 272.
38 HISTOIRE DE BÀYART
sonne du roy, et plusieurs autres, où chascun, comme
povez penser, fîst le mieulx qu'il peut. Or, estoit
telle Tordonnance que, quant chascun a voit fait ce
en quoy il estoit tenu , convenoit que le long de la
lice feust mené veue découverte, afïîn que l'on con-
gneust lequel c'estoit qui avoit bien ou mal fait. Par-
quoy à ceste raison povez penser qu'il n'y avoit
celluy qui ne se mist en son effort de bien faire. Le
bon chevalier, siir le dix-huitiesme an de son âge (qui
estoit fort grande jeunesse, car il commenceoit
encores à croislre, et de sa nature estoit meigre et
blesme), se mist sur les rencs pour essayer à faire
comme les autres; et là faisoit son jeu d'essay, qui
estoit assez rudement commencé , car il avoit afaire
à ung des plus appers et duytz ^ chevaliers de guerre
qui feust au monde. Toulesfois, je ne scay comment ce
fut ou si Dieu luy en vouloit donner louenge, ou si
messire Claude de Vaudray prist plaisir avecques luy,
mais il ne se trouva homme en tout le combat, tant à
cheval comme à pied, qui fist mieulx ne si bien que
luy ; et de ce, les dames de Lyon luy en donnèrent le
los; car, comme desjà a esté dit dessus, il falloit,
après avoir fait son debvoir, aller le long de la lice
veue descouverte; parquoy, quant il convint que le
bon chevalier le fist, assez honteux, les dames en leur
Jacques de Goligny, s' de Ghâtillon, chambellan du roi, prévôt
de Paris, ûls de Jean de Goligny et d^Éiéonore de Gourcelles; il
épousa Anne de Ghabannes et Blanche de Bourbon, et mourut en
1512 d'une blessure reçue à Ravenne.
Philibert de la Platière, s^ de Bordes et Bourdillon, fils d'Im-
bert de la Platière, épousa Marie de Fontenay.
1. Duyt, habile, instruit.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 39
langaige lyonnois luy donnèrent Thonneur en disant :
c Vey-vo cestou malotru ! il a mieulx fay que tous los
autres. > Et de tout le reste de la compaignie acquist
si bonne grâce que le bon roy Charles dist à son
soupper, pour plus Thonnorer : < Par la foy de mon
corps! Picquet a ung conmiencement dont à mon
oppinion fera saillie à bonne fin. > Et dist alors au
seigneur de Ligny : c Mon cousin, je ne vous feiz de
ma vie si bon présent que quant je le vous donnay. >
A quoy respondit ledit seigneur : c Sire, s'il est
homme de bien, y aurez plus grant honneur que moy,
car le bon los que luy avez donné l'a fait entre-
prendre tout cecy. Dieu vueille qu'il puisse conti-
nuer ! mais son oncle, l'abbé d'Esnay, n'y prent pas
grant plaisir, car il a eu ses escus et ses acoustre-
mens à son crédit; > dont desjà estoit le roy assez
informé. Si se prent à rire, et toute la compaignie.
CHAPITRE IX.
Comment le seigneur de Ligny envoya le bon chevalier
en garnison en Picardie où estoit sa compaignie^ et
fut logé en une jolye petite ville appellée Ayre^ et
commenty à son arrivée^ ses compaignons allèrent au
devant de luy.
Après le tournoy finy, le seigneur de Ligny ung
matin appeUa le bon chevaUer sans paour et sans
reprouche, auquel il dist : c Picquet, mon amy, pour
vostre conunencement avez assez eu belle et bonne
fortune ; les armes se veulent continuer, et encores
40 HISTOIRE DB BAYART
que je vous retiengne de ma maison à trois cens
francs par an et trois chevaulx à livrée, je vous ay
mis de ma compaignie. Si vueil que vous aillez à la
garnison veoir voz compaignons, vous advisant que
vous y trouverrez d'aussi gaillards hommes d'armes
qu'il y en ait point en la chrestienté, et qui souvent
exercent les armes en faisant joustes et tournoys pour
l'amour des dames et pour honneur acquerre. Si me
semble, attendant quelque bruyt de guerre, que ne
pourriez mieulx estre. » Le bon chevalier, qui autre
chose ne demandoit, respondit : c Monseigneur,
de tous les biens et honneurs que m'avez faitz et
faictes chascun jour, ne sçauriez pour le présent tirer
de moy que très humbles remerciemens, et prier
Nostre Seigneur qu'il le vous vueille rendre; mais
c'est aujourd'huy le plus grant désir que j'aye d'aller
veoir la compaignie que dictes , car je ne sçauroye si
peu demourer, aux biens que j'en ay ouy dire, que
je n'en vaille mieulx toute ma vie ; et si c'est vostre
bon plaisir, je partiray demain. » Le seigneur de
Ligny dist : « Je le vueil bien , mais premier veubc
que preniez congé du roy, et je vous y mèneray après
disner. > Ce qui fut fait, et trouvèrent le roy comme
il se vouloit lever de table; auquel le seigneur de
Ligny dist en telle manière : c Sire, vecy vostre Pio-
quet qui s'en va veoir ses compagnons en Picardie,
il vient prendre congé de vous. > Si se mist d'ung
asseuré visaige le bon ciievalier à genoulx, que le
roy voulentiers regarda, et en soubzriant luy dist :
« Picquet, mon amy. Dieu vueille continuer en vous
ce que je y ay veu de conunencement, et vous serez
preudhomme ; vous allez en ung pays où il y a de
PAR IM LOYAL ^«aVITlUR. 41
belles dame$ , faictes tant que vous aoftiérez leur
grâce. £t idîeo^ aion amy. — Chrant msrcfi fiîre, »
dist le bon dMtrvattQr* Si fut inooutkieot tsoèrassé de
tous les jpriDces et; eçigneors au dire adieu, avecques
plusieurs gentilzhotiaiiies qui avoient grant regret de
quoy il Idçssoit la court ; mais non avoit pas luy, ains
luy tardoit trop à son advis qu'il n'estoit desjà au
lieu où il devoit aller. Le roy fist appeller ung de ses
varletz de chambre qui avoit quelques deniers en ses
coflBres, auquel conmianda bailler au bon chevalier
trois cens escuz, et pareillement luy fist déUvrer ung
des beaubc coursiers qui iust en son escuyrie. Il donna
au varlet de chambre trente escuz, et dix à celluy
qui luy mena le coursier, dont tous ceulx qui le
sceurent louèrent sa libéralité à merveilles. Le sei-
gneur de Ligny le ramena à son logis, et le soir le
prescha comme s'il eust esté son enfant, lui recom-
mandant sur toutes choses avoir toujours l'honneur
devant les yeulx; mais il a toujours bien gardé ce
conmiandement jusques à la mort. Enfin, quand il fut
temps d'aller coucher, ledit seigneur de Ligny luy
dist : c Picquet, mon amy, je croy que vous partirez
demain plus matin que ne seray levé. A Dieu vous
command. » Si l'embrassa les larmes aux yeulx, et
le bon chevaUer, le genoil en terre/'^drist congé de luy
et s'en alla à son logis, où il fut convoyé ^ de tous ses
compaignons, desquelz le congé ne fut pas pris sans
grans embrassemens. Il monta en sa chambre où il
trouva le tailleur dudit seigneur de Ligny, qui avoit
1. Convoyé, accompagné.
42 HISTOIRE BR BAYART
deux habillemens completz que son bon maistre luy
envoyoit; si luy dist : c Mon firère, mon amy, si
j'eusse sceu ce beau présent, j'en eusse remercié
monseigneur qui m'a tant &it d'autres biens que
jamais vers luy ne le sçauroye mériter. Vous ferez
s'il vous plaist cela pour moy. » Si tira à sa bourse et
luy donna vingt escus. Ung des serviteurs d'ioelluy bon
chevalier luy dist : c Monseigneur, Guillaume le pale-
frenier a amené en vostre estable le bon roussin de
monseigneur, et m'a dit que mondit seigneur le vous
donnoît, mais il s'en retourne parce qu'on le deman-
doit et dit qu'il viendra demain matin parler à vous.
— Il ne me trouverra pas, distnl, car je veulx estre
à cheval à la pointe du jour. » Si regarda le tailleur,
auquel il bailla dix escus et luy dist : c Mon amy, je
vous prie, baillez cela à Guillaume le palefrenier, et
au demourant, s'il vous plaist, me saluerez toute la
belle et noble compaignie de la maison de monsei-
gneur de par moy; » ce que promist faire le tailleur.
Lequel party de sa chambre, le bon chevalier fist
faire ses coffres et acoustrer son cas pour partir de
bon matin, et puis se mist dedans le lict où peu
reposa, car il estoit près de minuyt quand il s'i mist.
Levé qu'il fut, premier fist partir ses grants che-
vaulx, dont il avoit six par excellence, avecques son
cariage^ Luy, avecques cinq ou six beaux et trium-
phans courtaulx, se mect après, quant il eut prins
congé de son hoste et de son hostesse, et très bien
contentez de ce qu'il avoit esté en leur maison.
i. Cariage, bagage.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 43
Son compaignoD Bellabre fut aussitost prest que luy,
lequel le fut acompaigner jusques à la Breesle ^ où fut
leur disnée , et là prindrent congé Tung de l'autre ;
mais il n'y eut pas grant mistère, car dedans trois ou
quatre jours après faisoit son compte ledit Bellabre
de suyvre son compaignon, et n'attendoit seuUement
que une couple de grans chevaulx qui luy venoient
d'Ëspaigne. Le bon chevalier s'en alla tousjours à
petites journées, parce qu'il faisoit mener grans che-
vatilx^, toutesfois il fit tant qu'il arriva à trois petites
lieues de la ville d'Âyre^, où de là envoya ung de ses
gens pour avoir logis. Quant les gentilzhommes
de la compaignie sceurent que Picquet estoit si près,
montèrent tous ou la pluspart à cheval pour lu]f aller
au devant, tant grant désir avoient de le veoir, car
chascun estoit desjà abreuvé de ses vertus. Si estoient
plus de six vingtz, tous jeunes gentilzhonunes, qui
trouvèrent leur compaignon à demye Ueue de la ville.
Il ne fault pas demander s'ilz se firent grant chère ,
et le menèrent, joyeusement devisans de plusieurs
choses, jusques dedans la ville, où aux fenestres
estoient les dames, lesquelles avoient desjà entendu
la noblesse du cueur du bon chevalier Picquet ; chas-
cune désiroit à le congnoistre. Ilz le virent, mais non
pas si à leur ayse qu'elles firent depuis. Icelluy bon
chevaUer fut mené par ses compaignons à son logis,
où le soupper estoit desjà prest, car ainsi l'avoit
1. L'Arbresle, chef-lieu de canton du département du Rhône. ^
2. Les voyages se fiaisaient généralement sur des courtauds àa
chevaux de moindre valeur, tandis que les grands chevaux on
chevaux de bataille étaient conduits en main.
3. Aire^sur-'la'Lys (Pas-de-CSalais).
44 HISTOIRE DE BAYART
ordonné à son homme qu'il avoit envoyé devant. Si
demourèrent une partie de sesditz compaignons
avecques luy, qui menèrent joyeuse vie, luy deman-
dant de son estât et comment il estoit bien heureux à
son commesQcement d'avoir si bien fait contre mes-
sire Claude dé Yaudray, et le louoient à merveilles.
Mais oncques le bon chevaUer ne monstfft semblant
d'en avoir joye, ains respondoit courtoysement à
leurs paroUes, et disoit : c Messeigneurs mes compai-
gnons, le los qu'on me donne est à grant tort, il li'y
a pas encores tant de bien en moy que je sceusse
monter à grant pris; mais s'il plaist à Nostre Sei-
gneur, moyennant vostre bonne ayde, je parviendray
à estre ou noiobrê des gens de bien. » Or fut ce
propos laissé^ et parla on d'autres matières. Si com-
mencea à dire Tung des gentilzhonunes de la compai-
gnie, appelle Tardieu S honune joyeulx et facécieux,
adressant ses parolles au bon chevalier : c Gompai-
gnon, mon amy, je vous advise qu'en toute la Picar-
die n'y a point de plus belles dames qu'en ceste ville,
dont vostre hostesse, que n'avez encores veue, en est
l'une. Elle est allée aux nopces d'une sienne niepce,
demain retournera, si la verrez à vostre ayse. Il est
impossible que soyez venu tenir garnison sans escuz ,
il fault, à vostre arrivée, faire parler de vous, et par
bien faire puissez aquérir la grâce des dames de ceste
contrée. Il y a longtemps qu'il n'y eut pris donné en
ceste ville ; je vous prie tant que je puis qu'en vueillez
' i. Jean Tardieu, gentilhomme du Rouergue, qui suivit Bayart
dans les guerres d'Italie. Le lieutenant criminel Tardieu dont a
parlé Boileau dans sa x« satire, et qui fut assassiné ainsi que sa
femme par des voleurs en 1666, était un de ses descendants.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 45
donner ung entre cy et huyt jours, et ne me reffusez
pas, s'il vous plaist, pour la première requeste que je
vous ay jamais faicte. > A quoy respondit le bon che-
valier : <i Sur ma foy ! monseigneur de Tardieu, quant
me demanderiez une beaucoup plus grosse chose,
croyez que n'en seriez pas esconduyt;' comment le
seriez-vous de ceste cy, qui me plaist autant ou plus
que à vous? et s'il vous vient à plaisir de m*envoyer
demain matin la trompette, et que nous ayons congé
de nostre cappitaine, je feray en sorte que serez con-
tent. > Tardieu lui dist ; « Ne vous souciez de congé ,
le cappitaine Loys d'Ars' le nous a donné pour tous-
jours, car ce n'est point pour mal faire. Il n'est pas à
présent icy, mais il y sera dedans quatre jours; si
mal y a, j'en prens la charge sur moi. — Et bien!
doncques, respondit le bon chevalier, demain sera
exécuté vostre vouloir. > Longuement demoura en
propos la compaigoie tant qu'ilz ouyrent sonner
mynuyt. Si prindrent congé les ungs des autres
jusques à lendemain matin, que ledit Tardieu n'oublia
pas à venir au logis du bon chevalier, son nouveau
compaignon, et luy amena une trompette de la com-
paignie, et le premier bonjour qu'il lui donna ce fut :
c Compaignon, ne vous excusez plus, vecy vostre
homme. >
1. Louis d'Ara, seigneur d'Ars, de Voaves et de Plaisance,
capitaine de cent dix lances, d'une vieille AuDille daBeiry. Uns
quittance de lui datée d'octobre 1&20 et conservée dans le vol.
36117 des mss. fr. de la Bibl. Nat. [a' 498), est mnnie de son
grand sceau, snr lequel on lit : Lors. d'abs. d. dbib. beor. db.
VYOVBB. d'arb. aotonr de souécusson. Plusieurs autres quittances,
également avec sceaux, se trouvent an vol. t06 des pièces origi-
nales dn cabinet des titres.
46 HISTOIRE DE BAYART
CHAPITRE X.
Comment le bon chevalier fist crier dedans Ayre ung
toumoy pour V amour des damss^ où il y avoit pour
le mieulx faisant ung bracelet d\Qr rt ung bel dyor-
ment pour donner à sa dame.
Combien que grant besoing eust de repos le bon
chevalier sans paour et sans reprouche à cause du
long travail, pour le propos que luy avoit tenu son
compaignon Tardieu ne dormit pas trop la nuyt , ains
pensa conmient seroit fondé son tournoy , ce qu'il mist
en son entendement et délibéra en soy-mesme de
l'exécuter comme vous orrez. Car, quant Tardieu
le vint veoir le matin et luy amena la trompette,
trouva desjà par escript l'ordonnance comment deb-
voit estre ledit tournoy qui estoit telle : c'est que
Pierre de Bayart, jeune gentilhomme et apprentif des
armes, natif du Daulphiné, des ordonnances du roy
de France, soubz la charge et conduicte de hault et
puissant seigneur monseigneur de Ligny, faisoit crier
et pubUer ung tournoy au dehors de la ville d'Ayre,
et joignant les murailles, à tous venans, au vingtiesme
jour de juillet, de trois coups de lance sans Uce, à fer
esmolu et en harnoys de guerre, et douze coups
d'espée, le tout à cheval ; et au mieulx faisant don-
noit ung brasselet d'or esmaillé de sa livrée et du poix
de trente escuz. Le lendemain seroit combatu à pied à
poux^ de lance, à une barrière de la hauteur du
i. Je n'ai trouvé ce mot dans aucun glossaire. D'après le
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 47
D<mibril, et après la lance rompue, à coups de hache
jusques à la discrétion des jug^et de ceulx qui garde-
roient le camp ; et au mieulx* ÉOsant donnoit ung
dyament du pris de quarante escus. Quant Tardieu
eut veu l'ordonnance, il dist : c Pardieu ! compaignon,
jamais Lancelot, Tristan ne Gauvain^ ne firent mieulx.
Trompette, allez crier cela en ceste ville, et puis yrez
de garnison en garnison d'icy à trois jours pour en
advertir tous noz amys. » Il fault entendre qu'en la
Picardie y avoit pour lors sept ou huyt cens honmies
d'armes, conune la compaignie du mareschal des
Cordes^, celles des Ëscossoys, du seigneur de la
Palisse^, vertueux et triumphant cappitaine, et de
plusieurs autres, qui par ladicte trompette furent
informez du tournoy. Si se misrent en ordre ceulx qui
s'i voulurent trouver, car le terme n'estoit que de
huyt ou dix jours ; toutesfois il ne s'en trouva pas si
peu qu'ilz ne feussent quarante ou cinquante honunes
d'armes sur les rencs. En ces entrefaictes et en atten-
dant le désiré jour, arriva ce gentil chevalier, le cap-
pitaine Loys d'Ars, lequel fut très joyeulx d'estre
venu d'heure pour en avoir son passe-temps. Sa
sens de cette phrase et d'aatres encore où il est employé, il doit
signifier à longueur ou à portée de lance.
1. Lancelot dn Lac, Tristan et Gauvain, chevalière de la Table-
Ronde.
2. Philippe de Grèvecœur, s' de Querdes , maréchal de France,
mort en 1494. U était fils de Jacques de Grèvecœur et de Jeanne
de Créqui. •
3. Jacques de Ghabannes, s' de la Palisse, grand-maître de
l'artillerie, maréchal de France, fils de Geoffroy de Ghabannes,
sénéchal du Rouergue, et de Gharlotte de Prie. Il fut tué en
1525 à la bataille de Pavie. Il avait épousé en premières noces
Jeanne do Montberon et en secondes Marie de Melun.
48 HISTOIRE DE BAYART
venue sceue par le/i)on chevalier, luy alla &ire la
révérence, et se ftrent grant chère Tung à Tautre.
Encores pour taiS/pi renforcer la feste, le lendemain
arriva son compàignon Bellabre, qui donna grant
esjouyssement à toute la compaignie. Si se délectoient
tous les jours à essayer leurs chevaulx et faire bano-
quetz aux dames, où entre autres le bon chevalier fist
très bien son debvoir ; de sorte que les dames de la
ville et plusieurs autres de alentour, qui estoient
venues pour estre au tournoy, luy donnoient le los
sur tous les autres, dont toutesfois ne se mettoit en
orgueil. Or, vint le jour ordonné pour commencer
ledit tournoy que chascun se mist sur les rencs. L'ung
des juges estoit le bon cappitaine Loys d'Ârs, et le
seigneur de Sainct-Quentin, Escossoys, l'autre . Si se
trouvèrent les gentilzhonunes sur les rencs qui furent
nombrez à quarante-six, et par sort, sans tromperie ,
furent partis vingt et trois d'un costé et vingt et trois
d'ung autre. Et eulx estans pretz pour commencer à
bien faire, la trompette va sonner, et après déclaira
de point en point l'ordre du tournoy. Si convint au
bon chevalier se présenter le premier sur les rencz,
et contre luy vint ung sien voisin du Daulphiné,
nommé Tartarin*, qui estoit fort rude homme
d'armes. Si laissèrent courre l'ung à l'autre, de sorte
que ledit Tartarin rompit sa lance à demy pied du
fer, et le bon chevalier l'asséna au hault du grand
garde-bras et mist sa lance en cinq ou six pièces;
i. Thierry d'Eurre, s' de Portes, surnommé Tartarin, gentil-
homme du Valentinois. U fut un des compagnons de Bayart
dans les guerres dltalie.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 49
dont trompettes sonnèrent impétueusement, car la
jouste fut belle à merveilles. Et après avoir parfourny
leur poindre*, retournèrent pour la seconde, et fut
telle Tadventure de Tartarin que de sa lance faulsa le
garde-bras du bon chevalier à Tendroit du canon ; et
cuydoient tous ceulx de la compaignie qu'il eust le bras
percé. Ledit bon chevalier luy donna au dessus de la
veue' et lui emporta ung petit chapelet plein de
plumes'. La tierce lance fut aussi bien ou mieulx
rompue que les deux autres. Leurs courses faictes,
vint Bellabre, et contre luy se prépara ung homme
d'armes escossoys, qu'on nonmioit le cappitaine
David de Fougas, qui pareillement firent de leurs trois
lances ce qu'il estoit possible à gentilzhommes de faire.
Et ainsi deux contre deux joustèrent jusques à ce que
chascun eust parfourny ses courses. Après convint
combatre à Tespée. Et commencea selon la première
ordonnance le bon chevalier, qui du troisiesme coup
qu'il donna, rompit son espée en deux pièces ; et du
reste fist si bien son debvoir, jusques au nombre des
coups ordonnez, qfue mieulx n'eust sceu faire. Après
vindrent les autres selon leur ordre; et pour ung
jour, au rapport de tous les voyans, mesmes ainsi
que dirent les deux juges, ne fut jamais mieux couru
de lance ne combatu à l'espée. Et combien que chas-
cun le fist fort bien, les mieuhc faisans furent le bon
chevalier, Bellabre, Tartarin, le cappitaine David,
1. Parfourny leur poindre, fourni leur course.
2. Vue, visière treillissée du casque.
3. Chapelet, petit chapeau orné de plumes : c'était probable-
ment un chaperon emplumé servant de cimier au heaume de
Tartarin.
50 HISTOIRE DE BATART
ung de la compaignie de monseigneur des Cordes,
nommé le bastard de GhimayS et Tardieu. Quant vint
sur le soir, que cbascun eut fait son debvoir, se reti-
rèrent tous au logis du bon chevalier qui avoit fait
dresser le soupper triumphamment, où il y eut force
dames ; car de dix lieues à l'entour, toutes celles de
Picardie, ou la pluspart, estoient venuz veoir ce beau
tournoy; et y fut fait grande et triumphante chère.
Après le soupper y eut dances et plusieurs autres
esbatemens, tant qu'il fut si tard, avant que personne
se voulsist ennuyer, que une heure après minuyt
sonna. Alors s'en allèrent les ungs après les autres à
leurs logis, menans les dames jusques au Ueu où ilz
dévoient reposer. Si iust assez tard le lendemain avant
qu'elles feussent bien esveillées. Et croyez qu'il n'y
en avoit nulles qui se lassassent de donner merveil-
leuse louenge audit bon chevalier, tant des armes que
de l'honnesteté qui estoit en luy ; car nul plus gra-
cieux ne courtois gentilhomme n'eust-on sceu trouver
en ce monde. Or, pour parfaire ce qui estoit com-
mencé, le lendemain, les souldars tous ensemble se
trouvèrent au logis de leur cappitaine Loys d'Ars, où
estoit desjà le bon chevalier, qui Testoit venu prier
de disner en son logis avecques le seigneur de
Sainct-Quentin, en la compaignie des dames du soir
précédent, qui luy fut accordé. Il convint aller ouyr
messe, laquelle chantée, eussiez veu les jeunes gen-
tilzhommes prendre les dames par dessoubz les bras,
et icelles mener, parlans d'amours et autres joyeulx
i . Probablement fils aatarel de Charles de Groy, fait prince de
Ghimay par l'empereur Maximiiien en 1486.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 51
devis, jusques au logis dudit bon chevalier, où, s'ilz
avoient fait bonne chère le soir devant, à disner la
firent encores meilleur. Guères ne demourèrent sei-
gneurs ne dames au logis depuis le disner, car
environ les deux, heures, chascun qui estoit du
tournoy se tira sur les rencs pour achever l'ordon-
nance du second jour, où celluy qui. à son penser,
n'estoit pas pour avoir le pris de la première jour-
née, espéroit avoir la seconde. Les juges, seigneurs et
dames arrivez sur le heu, commenoea le bon cheva-
lier sans paour et sans reprouche le pas ^ en la manière
acoustumée; et contre luy vint ung gentilhomme de
Haynault, fort estimé, qui s'appelloit Hanotin de
Sucre^, qui par^lessus la barrière, à poux de lances,
se ruèrent de grans coups, et jusques à ce qu'ilz
feussent par pièces; après prindrent leurs haches
qu'ilz avoient chascun de leur costé et se ruèrent de
grans et rudes horions, tellement qu'il sembloit la
bataille estre mortelle ; toutesfois enfin le bon cheva-
her donna ung coup sur son adversaire à l'endroit de
l'oreille, de sorte qu'il le fist tout chanceler, et qui pis
est, agenouiller des deux genoulx, et en rechargeant^
par-dessus la barrière, luy fist baiser la terre, voulsist
ou non. Quoy voyant par les juges cryèrent : c Holà !
holà ! c'est assez; qu'on se retire. > Après ses* deux
vindrent Bellabre et Arnaulton de Pierre-Forade, ung
gentilhonune de Gascongne, lesquelz firent merveilles
1. Pas, joate, tournois.
2. Hannotin de Sucker, capitaine de lansquenets, qui fit avec
Bayart la plupart des campagnes d'Italie.
3. Rechargeant, revenant à la charge.
4. Ses, ces.
52 msToms de bayart
aux lances, qui furent incontinent rompues; puis
vindrent aux haches et se donnèrent de grans coups ;
mais Bellabre rompit la sienne, par quoy les juges les
départirent * . Après ces deux vindrent sur les rencs
Tardieu et David l'Escossoys, qui firent très-bien leur
devoir. Si fist chascun en son endroit, de sorte qu'il
estoit sept heures devant que chascun eust achevé, et,
pour ung petit toumoy, ceulx qui y estoient veirent
aussi bien faire qu'ilz avoient veu de leur vie. Quant
tout fut achevé, chascun se retira à son logis pour soy
désarmer ; puis après vindrent tous à celluy du bon
chevalier, où estoit le bancquet appresté, et jà y
estoient les deux juges, les seigneurs d'Ârs et de
Saine t-Quentin, et toutes les dames. S'il y eut devise ^
des deux journées ne fault pas demander ; chascun en
disoit ce qu'il luy sembloit. Toutesfois, après le soupper
convint en donner résolution^, et par les juges déclairer
qui devoit avoir les pris. Si en demandèrent à plu-
sieurs gentilzhonunes expérimentez aux armes en
leur foy, et puis après aux dames en leur conscience
et sans favoriser l'ung plus que l'autre. Enfin, tant
par les gentilzhonunes que par les dames fut dit que,
combien que chascun eust fait si bien son devoir que
mieulx ne pourroit, ce néantmoins, à leur jugement,
de toutes les deux journées le bon chevalier avoit esté
le mieulx faisant; par quoy remectoient à luy-mesme,
conune celluy qui avoit gaigné les pris, de donner ses
présens où bon luy sembloit. Si y eut grande alterca-
tion entre les deux juges à qui prononceroit la sen-
1. Départirent, séparèrent.
2. Devise, devis, entretien.
3. Résolution, solution.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 53
tence; mais le bon cappitaine Loys d'Ars pria tant
le seigneur de Sainct-Quentin qu'enfin promist de
le faire. Si sonna la trompette pour faire silence, qui
fut faicte. Si dist ledit seigneur de Saint-Quentin :
c Messeigneurs qui estes icy tous assemblez, et mes-
mement ceulx qui ont esté du tournoy dont messire
Pierre de Bayart a donné le pris par deux journées,
Monseigneur d'Ars et moy, juges déléguez par vous
tous à donner sentence raisonnable où seront lesditz
pris mieulx employez, vous faisons assavoir : que
après nous estre bien et deuement enquis à tous les
vertueux et honnestes gentilzhonunes qui ont esté
présens à veoir faire voz armes, et semblable-
ment aux nobles dames que voyez cy en présence,
avons trouvé que chascun a très bien et très honnes-
tement fait son devoir; mais sur tous la conunune
voix est que le seigneur de Bayart, sans blasmer les
autres, a esté de toutes les deux journées le mieulx
faisant ; parquoy les seigneurs et dames luy remettent
rhonneur à donner le pris où bon luy semblera. » Et,
s'adressant au bon chevalier, luy dist : c Seigneur de
Bayart, advisez où vous les délivrerez. > Il en fut tout
honteux, et demoura ung peu pensif; puis après dist :
c Monseigneur, je ne sçay par quelle faveur cest hon-
neur m'est fait. Il me semble qu'il en y a qui l'ont
trop mieuhc mérité que moy; mais puisqu'il plaist
aux seigneurs et dames que j'en soyes juge, suppliant
à tous messeigneurs mes compaignons, et qui ont
mieulx fait que moy, n'en estre desplaisans, je donne
le pris de la première journée à monseigneur de
Bellabre, et de la seconde au cappitaine David l'Escos-
soys. » Si leur fist incontinent délivrer les présens,
54 mSTOIRE DE BAYART
ny depuis homme ne femme n'en murmura, ains
commencèrent les dances et passetemps. Et ne se
pouvoient saouller les dames de bien dire du bon
chevalier, qui tant fut aymé en la Picardie qu'oncques
hommes ne le fut plus. Il y fut deux ans, durant
lequel temps se fist plusieurs tournois et esbatemens
où en la pluspart emporta tousjours le bruyt. Et la
plus grande occasion pourquoy tout le monde Tay-
moit, c'estoit pour ce que de plus libéral ne gracieuse
personne n'eust-on sceu trouver sur la terre; car
jamais nul de ses compaignons n'estoit desmonté qu'il
ne remontast; s'il avoit ung escu, q|iascun y partis-
soit^ Quelque jeunesse qu'il eust, la première chose
qu'il faisoit quand il estoit levé, c'estoit de servir
Dieu. Il estoit grant aulmosnier, et ne se trouva
durant sa vie honune qui sceust dire avoir esté ref-
fusé de lui en chose dont il ait esté requis, s'il a esté
en son possible. Au bout des deux ans, le jeune roy
de France Charles entreprint son voyage de Naples,
où le seigneur de Ligny alla : parquoy envoya de
bonne heure quérir le bon chevalier, car congnois-
sant ses vertus et les honnestes propos qu'on tenoit
de luy, ne le vouloit pas laisser derrière.
CHAPITRE XL
Comment le roy de France Charles huytiesme fist son
appareil pour aller à la conqueste du royaulme de
i . Partissoit, avait sa part.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 55
Napks^ lequel il gaigna par sa prouesse et vaillance,
sans grande effusion de sang.
Deux ans après ^ ou environ, délibéra le bon roy
Charles d'aller conquester le royaulme de Naples. Les
occasions et moyens pourquoy il entreprint le voyage
sont assez contenuz en autres histoires et cronicques ,
parquoy d'en faire icy long récit ne seroit que ennuyer
les escoutans et gaster papier. Ce néantmoins, comme
chascun peult avoir clèrement leu et entendu, ledit
bon roy Charles fist sondit voyage tant honnorable-
ment que impossible seroit de plus; planta ses jus-
tices dedans Rome, fist venir le pape à raison, et
entièrement gaigna le royaulme de Naples, et y laissa
pour son lieutenant général et vis-roy le seigneur de
Monpensier^, puis se mist au retour pour venir en
France et n'eut nul empeschement jusques en ung
lieu appelle Fournoue^, où il trouva bien soixante mille
fX)mbatans tous Italiens, et de plusieurs potentatz,
conune du pape, des Vénitiens, du duc de Milan et
i. A la fin de 1494.
2. Gilbert de Bourbon, comte de Montpensier, surnommé le
comte Dauphin, \ice-roi de Naples, duc de Sessa, fils de Louis
de Bourbon, comte de Montpensier, etde Gabrielle de la Tour,
épousa Glaire de Gonzague et mourut ï Pouzzoles le 5 octobre
1496.
3. La bataille de Fomoue eut lieu le 6 juillet 1495. Jean-Fran-
çois de Gonzague, marquis de Mantoue, qui commandait à qua-
rante mille Italien^, y hit battu par quinze mille Français et dut
à la vitesse de son cheval de n*ôtre pas pris ou tué. U n'en per-
sista pas moins à se proclamer victorieux et commanda à Mantegna,
en mémoire de son prétendu triomphe, le célèbre tableau connu
sous le nom de Vierge de la Victoire, qui fait actuellement partie
de la galène du Louvre (n* ^1. École italienne).
56 HISTOIRE DE BAYART
plusieurs autres seigneurs, lesquelz estoient délibérez
deffaire le bon roy à son retour et le prendre prison-
nier, parce qu'ilz estoient asseurez qu'il avoit laissé
une partie de sa puissance au royaulme qu'il venoit de
conquérir, et n'avoit avecques luy point plus de dix
mille hommes. Ce néantmoins le bon et gentil prince
qui avoit cueur de lyon, comme certain d'estre bien
servy de sy peu qu'il avoit de gens, se délibéra les
attendre et les combatre, ce qu'il fist avecques l'ayde
de Nostre - Seigneur . Et y eurent sesditz ennemys
lourde honte et grosse perte, et luy gloire inesti-
mable, car il ne perdit point sept cens de ses gens.
Les ennemys en perdirent huyt ou dix mille et des
plus apparens ; mesmement les plus grans cappitaines
de la seigneurie de Venise y demourèrent et plusieurs
de la maison de Gonzague, dont est chief le marquis
de Mantoue, qui pareillement y estoit ; mais ses espé-
rons luy aidèrent bien, et le bon cheval sur quoy il
estoit monté, et n'eust esté que une petite rivière creut
merveilleusement, il y eust eu plus gros eschec. A la
première charge le bon chevalier sans paour et sans
reprouche se porta triumphamment par dessus tous
en la compaignie du gentil seigneur de Ligny, son bon
maistre, et luy fut tué deux chevaulx soubz luy le
jour. Le roy en fut adverty qui luy fist donner cinq
cens escuz , mais en récompense le bon chevalier luy
présenta une enseigne de gens de cheval qu'il avoit
gaignée à la chasse. De là le roy s'en vint par ses
journées jusques à Verseil, où il trouva une belle
troppe de Suysses qui estoient descenduz pour le
secourir s'il en avoit besoing. Il demoura là quelques
jours avecques son camp, car il vouloit secourir le
PAR LB LOYAL SBRVITEUR. 57
duc d'Orléans ^^ son l>6a4Hfrëref que le ém de Milan,
Ludovic Sforce^, ^ J^ Véokdens tenoîeXil^ assiégé
dedans Novarre. Il y eut pHweurs allées et venues
par gens qui se mesleiéBfe de faire la paix, de façon
qu'enfin se traicta quefque appoinctement, par quoy
le roy s'en retourna par ses journées à Lyon, où il
trouva la bonne roy ne sa loyalle espouse, et en sa
compaignie la duchesse de Bourbon ^ sa seur. Il y eut
plusieurs gentilzhonmies qui n'apportèrent pas de
grans biens de ce voyage de Naples. Aucuns aussi
en apportèrent quelque chose dont ilz se sentirent
toute leur vie, ce fut une manière de maladie qui eut
plusieurs noms; d'aucuns fut nommée le mal de
Naples, la grosse véroUe , les autres l'ont appellée le
mal François et plusieurs autres noms a eu ladite ma-
ladie, mais de moy je l'appelle le mal de celluy qui
l'a. Le bon roy de France partit de Lyon pour s'en
aller à Sainct-Denys en France visiter le bon patron
où ses prédécesseurs sont ensépulturez, et fut deux
ans ou trois visitant son royaulme de çà et de là,
menant très bonne et saincte vie, et maintenant jus-
tice tant que tous ses subjectz en avoient contente-
ment ; car luy-mesmes séoit en chaire de justice deux
i . Plus tard Louis XII. Assiégé après la bataille de Fornoue
dans Novare par Ludovic le More, il en sortit en octobre de la
même année, grâce à un traité conclu entre Gbarles YUI et le
duc de Milan. -^
2. Ludovic Sforce surnommé le More : d*abord tuteur de Jean
Galeas, duc de Milan, son neveu, il finit par s'emparer du duché
après en avoir fait empoisonner le légitime possesseur (1494).
3. Anne de France, duchesse de Bourbon, dame de Beaujeu,
fille de Louis XI, femme de Pierre II duc de Bourbon : elle
mourut le 14 novembre 1522.
58 msTomE de bayaat
fois la sepinaine pour ouyr les plainctes et doléances
d'uDg chascun, et les plus povres expédioit. Il eut
nouvelles comment les Néapolitains c'estoient révoltez
pour Ferrand, filz du roy Alphonse S et aussi de la
mort de son lieutenant général le conte de Monpen-
sier, et que tous ses cappitaines s'en retournoient en
France. Si proposa y retourner luy-mesmes en per-
sonne, mais ^ qu'il veist le temps oportun. Cependant
vesquit en son royaulme très vertueusement, et de sa
femme eut trois enfans, mais ilz moururent. Ou mois
de septembre mil quatre cens quatre-vingtz dix-sept,
le bon prince partit de Tours pour tirer à Lyon, cuy-
dant faire son voyage de Naples, mais il se rompit,
ne scay à quelle occasion. Il s'en retourna à Amboise,
et le septiesme jour d'avril oudit an, en une gallerie
où il regardoit jouer à la paulme, lui print une foi-
blesse dont il mourut tantost après, qui fut ung
dommage irréparable pour le royaulme de France;
car depuis qu'il y a eu roy, ne s'en est point trouvé
de meilleur nature, plus doulx, plus gracieux, plus
clément, ne plus pitoyable. Je croy que Dieu l'a retiré
avec les bienheureuz, car le bon prince n'estoit
taché d'ung tout seul villain vice. Je n'ay pas fait
grant discours de sa vie, car elle est assez escripte
ailleurs.
1. Alphonse d'Aragon, roi de Naples, qni avait succédé en 1494
à Ferdinand 1^. A rapproche des Français il se réfugia en Sicile
et abdiqua (27 janvier 1495) en faveur de son ûls Ferdinand II.
Après la bataille de Fomoue celui-ci se présenta devant Naples
avec dix-huit vaisseaux et força les Français de capituler. Il mou-
rut peu après, en 1496, ayant reconquis sur les Français la plus
grande partie de son royaume.
2. Mais quBy pourvu que.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. S9
CHAPITRE XII.
Comment LoySy duc d^Orl^ns, vint à la couronne
comme le plus prochain hoir^ et fut appelé Loys
douziesme.
Par le trespas du bon roy Charles et au moyen
de ce qu'il n'avoit point d'hoir masle, Loys, duc
d'Orléans, plus prochain de la couronne, succéda au
royaulme, et fut sacré à Reims le xxviP jour de mai
mil cccc nn" xvm, et print sa couronne à Sainct-
Denys en France, le premier jour de juillet èi^uyvant.
Il avoit espousé madame Jehanne de France, sèur de
son prédécesseur ; mais au moyen de ce qu'on tenoit
que d'elle ne pourroit sortir lignée, et que par force
l'avoit espousée, craignant la fureur du roy Loys
unziesme son père , la fist appeller en justice , et à
ceste occasion le pape délégua juges qui firent et par-
firent le procès, et enfin adjugèrent qu'elle n'estoit
point sa femme. Parquoy, après luy avoir laissé le
duché de Berry pour son estât, espousa la royne du-
chesse de Bretaigne, veufve du feu roy Charles. Si ce
fut bien ou mal fait. Dieu est tout seul qui le congnoist.
La bonne duchesse de Berry, Jehanne de France, a
toute sa vie vescu en saincteté ; et a l'on voulu dire
depuis son trespas que Dieu fait des miracles pour
l'amdur d'eUe*.
i . Louis, encore duc d'Orléans, contraint d'épouser Jeanne, fille
de Louis XI, eut soin de fiedre une protestation secrète devant
deux prélats et deux notait^. Arrivé au trône, il obtint son divorce
60 HISTOIRE DE BAYART
A radvénement du roy Loys XII*, voulut vendre
tous les offices royaulx qui n'estoient point de judi-
cature, et en retira plusieurs deniers, car il crai-
gnoit à merveilles de fouller son peuple par tailles ne
autres subsides. Il avoit tousjours son vouloir, sur
toutes choses, de recouvrer sa duché de Milan, qui luy
appartenoit à cause de madame Valentine, sa grant-
mèreS que pour lors luy détenoit Ludovic Sforce et
paravant son père ; mais ceulx de la maison d'Orléans,
au moyen des guerres qui si longuement ont duré en
France contre les Ânglois, et aussi la querelle de la
mort tant du duc d'Orléans que du duc de Bour-
gongne, n'y avoient jamais peu entendre. Or à présent
se voyoit-il en estât d'avoir la raison de son ennemy.
Il alla faire entrée à Lyon le dixiesme jour de juillet
mil GGGG nn" iqpiL, puis fist passer son armée en
l'Astizanne^, soubz la conduite du seigneur Jehan
Jacques de Trevolz et du seigneur d'Aubigny^, qui
du pape. Jeanne se retira en Berry, y fonda l'ordre de PAnnon-
ciade et y mourut six ans après sa répudiation (4 février 1505),
dans la pratique de toutes les vertus. Son corps, enseveli à Bourges,
fut brûlé en 1562 par les protestants.
1. Valentine Visconti, femme de Lbuis duc d'Orléans, fille de
Jean Galeas Visconti, duc de Milan, morte en 1408.
2. Âstesan, province d'Asti.
3. Jean-Jacques Trivulce, seigneur de Yigevano, maréchal de
France, gouverneur du Milanais, mort le 5 décembre 1518 à 74 ans.
Il était fils de Jean Trivulce et de Françoise Visconti. En récom-
pense de sa fidélité à la cause de la France, il reçut de Louis XII
le droit de battre monnaie dans son marquisat de Yigevano, où il
frs^pa des écus d'or.
Ifobert Stuart, dit Beraut, seigneur d'Âubigny, capitaine de
cent lances écossaises, conseiller et chambellan du roi. Dans le
manuscrit français de la Bibliothèque nationale n^ 2611 6, sous
le no 348, et 26117, n^ 481 et 499, on trouve des quittances de
PAR LE LOYAL 8BRVITBUR. 61
estoient deux sages et vaillans chevaliers, lesquelz
d'entrée prindrent et misrent à sac deux petites
places appelées Non et la Rocque^ De là tirèrent à
Alexandrie et assiégèrent ceulx qui estoient dedans
pour le seigneur Ludovic, qui fort bien se deffendirent ;
maïs enfin elle fut prinse^. Geulx de Pavye de ce ad-
^i^s se misrent en Tobéyssance du roy de France.
Ledit seigneur Ludovic, se voyant en ce party ainsi
délaissé de ses subjectz, habandonna Milan et se retira
en Almaigne devers le roy des Romains Maximilian,
qui le receut joyeusement , car de tout temps avoient
eu grandes aUances ensemble. Incontinent après son
partement, ceulx de Milan se rendirent aux François,
dont nouvelles allèrent au roy de France, qui à dili-
gence y alla faire son entrée. Et peu de jours après
fut trouvé expédient par force de deniers et autres
promesses d'avoir le chasteau^ de celluy qui l'avoit en
garde du seigneur Ludovic, qui fist ung lasche et
mescbant tour à son maistre, car par là espéroit tous-
jours ledit seigneur recouvrer la duché ^. Quant les
lui encore munies de son sceau avec la légende sceel de
ROBERT STVART CHEVALIER, eutOUrant SOU écU.
1. Annona^ petite ville sur la route d'Asti, et Rocca d'Arrezo,
place forte sur les rives du Tanaro, furent prises en deux jours.
2. Galeas de San-Severino, gendre de Ludovic le More, avait
une garnison de six mille hommes pour défendre Alexandrie :
au bout de quelques jours de siège il s'enfuit, lui trentième, à
Milan, en descendant des remparts par le moyen d'une corde. Le
lendemain la ville se rendit et fut pillée. Galeas entra au service
du roi de France.
3. Bernard Gorte vendit le château de Milan aux Français
pour mille écus d'or ; quelques jours après il se tua, voyant que sa
trahison avait encouru le mépris de ceux-là mêmes auxquels elle
profitait.
691 HISTOIRE DE BAYART
autres places entendirent le chasteau de Milan estre
rendu, n'eurent plus d'espoir et se misrent toutes en
l'obéyasance du roy de France, mesmement ceulx de
Gennes, ausquelz il bailla pour gouverneur le seigneur
de RavastainS son prochain parent du costé maternel.
En l'année mesme et le quatorziesil^JW' d'octobre
acoucha la royne de France d'une J|kdw fille qui fut
nommée Claude^. Guères ne séjourna le roy en la
duché de Milan, mais après y avoir laissé gouverneur
le seigneur Jehan Jacques, la garde du chasteau au
seigneur d'Espy^, et la Rocquete à ung gentilhomme
escossoys, prochain parent du seigneur d'Aubigny,
s'en retourna à Lyon. Si bien fist-il en la duché avant
son partement qu'il amoindrit les daxes^ et impositions
de la tierce partie, dont tout le peuple le loua mer-
veilleusement et en attira beaucoup le cueur d'aucuns.
Guères ne séjourna ledit seigneur à Lyon, mais marcha
plus avant en son royaulme, vint jusques à Orléans,
où il appoincta certain différend entre les ducz de
Gueldres et de Julliers pour le blason de leurs armes
et les fist amys.
i. Philippe de Glèves, seigneur de Ravenstein, fils d'Adolphe
de Glèves, neveu de Jean I duc de Glèves.
2. La reine accoucha à Romorantin le 14 octobre 1499 de Glande
qui devint femme de François d'Angoulôme, plus tard François I*',
et qui mourut le 20 juillet 1524.
3. Paul de Beusserade, seigneur d'Ëspy, fils de Jean de Beus-
serade et de Jeanne de Ligny. Il était Flamand : créé grand
maître de Tartillerie de France en 1495, il mourut à la bataille de
Ravenne (1512).
4. Daxes, taxes.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 63
CHAPITRE Xm.
Commentj après la conqueste de la duché de Milauy le
ban chevalier demoura en Ytalie^ et comment il dressa
ung toumay en la ville de Carignan en Pyémantj dont
il emporta le pris.
Au retour d'Ytalie, que fist le roy de France,
Loys XII*, en joye et lyesse, pour avoir conqueste
sa duché de Milan et rendu son ennemy, Ludovic
Sforce, fuytif ^ dedans les Almaignes, cherchans secours
vers le roy des Romains, demourèrent les garnisons
des François en la Lombardie en tout plaisir, à faire
joustes, toumoys et tous autres passetemps. Le bon
chevalier qui, en son jeune aage, avoit esté nourry en k
maison de Savoye, alla visiter une vaillant dame qui
avoit espousé son premier maistre, le duc Charles de
Savoye. Blanche ^ s'appelloit la dame, et se tenoit ou
Piémont en une ville de son douaire, dicte Carignan.
Elle, qui de toute courtoysie estoit remplie, le receut
joyeusement et le fist traicter comme s'il eust esté pa-
rent de la maison. Or, fault-il entendre que pour lors
n'y avoit maison de prince ne princesse en France,
Ytalieny ailleurs, où tousgentilzhommes feussent mieulx
receuz ne où il y eust plus de passetemps. Léans avoit
une fort honneste dame qui l'avoit gouvernée de jeu-
1. Fuytif, fugitif.
2. Blanche Paléologae, fille de Guillaume YI Paléologue, mar-
quis de MontfeiTat, et d'Elisabeth Sforce, femme de Charles I*' duc
de Savoie.
64 mSTOIRE DE BAYÀRT
nesse, et faisoit encores, laquelle se nommoit madame
de Fluxas^ ; elle I àtoit aussi son mary, honneste gen-
tilhomme, soubz'li^uel se manyoit toute la maison. Il
fault sçavoir que quant le bon chevalier Ait donné
paige au duc Charles de Savoye, ceste dame de Fluxas
estoit jeune damoyselle en la maison avecques sa
femme ; et ainsi conmie jeunes gens fréquentent vou-
lentiers ensemble, se prisrent en amour Tung l'autre,
voire si grande, gardant toute honnesteté, que s'ilz
eussent esté en leur simple vouloir, ayant peu de re-
gard à ce qui s'en fust peu ensuyvre, se feussent pris
par nom de mariage. Mais vous avez entendu par cy-
devant conunent le duc Charles alla à Lyon veoir le roy
de France Charles VIII% et luy donna icelluy bon cheva-
lier pour son paige, qui fut occasion dont les deux
jeunes amans se perdirent de veue pour long-temps,
car cependant le voyage de Naples se fist et plusieurs
autres choses se desmeslèrent, qui durèrent trois ou
quatre ans sans eulx veoir sinon par lettre. Durant ce
temps fut mariée ceste damoyselle à ce seigneur de
Fluxas qui avoit beaucoup de biens, et il la prist pour
sa bonne grâce, car des biens de fortune n'en eut pas
grandement ; mais conrnie fenune vertueuse, voulant
donner à congnoistre au bon chevalier que l'amour
honneste qu'elle luy avoit porté de jeunesse duroit
encores, à son arrivée à Carignan luy fist toutes les
gracieusetez et courtoysies que possible eust esté faire
à gentilhomme, et devisèrent longuement de leur jeu-
1. De Frussasco. Bayart se chargea d'initier au métier des
armes le fils de son amie. Dans la montre de sa compagnie (voy.
l'Appendice)^ on trouvera parmi les noms de ses hommes d'armes
celui de Gaspard de Frussas.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 65
nesse et plusieurs autres choses. Geste gente dame de
Fluxas estoit autant acomplie en beaulté, doulx et gra-
cieux parler, que femme qu'on eust sceu trouver. En
son langaige louoit si très fort le bon chevalier que
possible n'eust esté de plus. Elle luy ramentevoit son
bien faire, quand il s'essaya à messire Claude de
Vaudray, le tournoy qu'il gaigna à Ayre en Picardie,
et l'honneur qu'il receut à la journée de Fournoue ,
dont de tout ce estoit si grant bruyt en France et Ytalie,
et tellemei3t le louoit et blasonnoit ^ , que le povre gen-
tilhomme en rougissoit de honte ; puis en après luy
disoit : c Monseigneur de Bayart, mon amy, vecy la
première maison où vous avez esté nourry, ce vous
seroit grant honte si ne vous y faisiez congnoistre aussi
bien qu'avez fait ailleurs. » Le bon chevalier respondit :
c Madame, vous sçavez bien que dès ma jeunesse vous
ay aymée, prisée et honnorée, et si vous tiens à si sage
et bien enseignée que ne voulez mal à personne, et
encores à moy moins que à ung autre : dictes-moy,
s'il vous plaist, que voulez que je face pour donner
plaisir à madame ma bonne maistresse, à vous sur
toutes, et au reste de la bonne et belle compaignie qui
est céans. » La dame de Fluxas luy dist alors : c II
me semble, monseigneur de Bayart, mais que je ne
vous ennuyé point, que ferez fort bien de faire quelque
tournoy en ceste ville pour l'honneur de madame, qui
vous en sçaura très bon gré ; vous avez icy à l'entour
force de voz compaignons gentilzhonunes firançois, et
autres gentilzhonunes de ce pays, lesquelz s'i trou-
verront de bon cueur, et j'en suis asseurée. — Vray-
i. Blasonnoit y louait.
66 HISTOIRE DE BAYART
ment, dist le bon chevalier, puisque vous lé voulez, il
sera fait. Vous estes la dame en ce monde qui a pre^
mièrement conquis mon cueur à son service par le
moyen de vostre bonne grâce , je suis tout asseuré que
je n'en auray jamais que la bouche et les mains, car de
vous requérir d'autre chose, je perdrois ma peine;
aussi, sur mon ame, j'aymerois mieulx mourir que
vous presser de déshonneur. Bien vous prie que vous
me veuillez donner ung de voz manchons S car j'en ay
à besongner. » La dame, qui ne sçavoit qu'il en vouloit
faire, le luy bailla, et il le mist en la manche de se»
pourpoint sans en faire autre bruit. Le soupper fut
prest, où chascun fist bonne chère, puis après com-
mencèrent les dances, où tout homme s'acquita le
mieulx qu'il peut. Madame Blanche devisa longuement
avecques sa nourriture ^ le bon chevalier, tant que la
minuyt sonna qui fut temps de se retirer. Hais il fault
penser qu'il ne dormit pas toute la nuyt ; car il songea
à ce quH-avoit à faire, et fut résolu du tout en son
entendement, car le matin envoya une trompette, à
toutes les villes de là à l'entour où il y avoit garnisons,
signifier aux gentilzHbmmes que, s'ilz se vouloient
trouver dedans quatre jours après, qui estoit ung
dimenche, en la ville de Garignan, et en habillement
d'homme d'armes, il donnoit ung pris, qui estoit ung
menchon de sa dame où il pendoit ung ruby de l'esti-
mation de cent ducatz, à celluy qui seroit trouvé le
mieulx faisant à trpis courses de lance sans lice ^ et à
douze coups d'e^pée. La trompette fist son devoir, et
1. Manchon, manchette.
2. Sa nourriture, celui qui avait été élevé dans sa maison.
3. Lice, barrière.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 67
rapporta par escript quinze gentilzhommes qui avoient
promis eulx y trouver. Gela vint à la congnoissance de
madame Blanche, qui en fut très joyeuse, et fist
acoustrer son eschauffault sur la plaoe où se dévoient
faire les courses et le combat. Le jour assigné, environ
une heure après midy, se trouva sur les rencs le bon
chevalier armé de toutes armes, et trois ou quatre de
ses compaignons, comme le seigneur de Boiivent, le
seigneur de Mondragon^ et autres, où guères ne furent
que tous ceulx qui dévoient courir ne se présentassent.
Premier commença le bon chevalier, et contre luy vint
le seigneur de Rovastre, ung gaillart gentilhonupe qui
portoit l'enseigne du duc Philbert de Savoye^, fort
hardy et adroit chevalier, qui donna ung beau coup
de lance, car il en fist trois ou quatre pièces; mais le
bon dievalier luy bailla si grant coup sur le haùlt de
sa grant buffe^ qu'il l'en désarma, k perça à jour, et
fist voUer sa lance en cinq ou six pièces. Ledit seigneur
de Rovastre reprist sa grant buffe et courut la seconde
laoee dont il fist très bien son devoir, car il la rompit
aussi bien ou mieulx que la première ; mais le bon
dievalier luy donna dedans la veue, et luy emporta
de ce coup son panache et le fist tout chanceler;
toutesfbis il demoura à cheval. A la tierce lance croysa^
le seigneur de Rovastre, et le bon chevalier rompist la
1. Janus de Bouvans, seigneur de Giriés. Jacque3 de MoQ^dra-
gOD, co-seigneur des Eycottières, d'une famille de Savoie.
2. Philibert le Beau, duc de Savoie, fils de Philippe, comte de
Baugé, puis duc 4e Savoie, et de Marguerite de Bourbon, épousa
Yolande de Savoie et mourut sans postérité en 1504, âgé de 2i ans.
3. Grande buffleterie servant à garantir le bras qui tenait la
lance.
4. Croysa^ manqua son but.
68 HISTOIRE DE BAYART
sienne, qui s'en alla par esclatz. Après eux vindrent
Mondragon et le seigneur de Chevron, qui tant bien
firent leurs courses que tout le inonde les loua. Deux
autres les suyvirent ; et finablement tous se portèrent
si bien que la compaignie s'en contenta. Les lances
rompues, convint venir aux espées ; mais le bon che-
valier ne frappa que deux coups qu'il ne rompist la
sienne, et qu'il ne fist voUer hors des poings celle que
tenoit celluy qui combatoit contre luy. Puis les ungs
après les autres vindrent sur les rehcs , et si bien firent
tous que possible n'eust esté de 'l'amender; et fut fort
tard quant chascun eut achevé. Madame fist, par le
seigneur de Fluxas, convoyer^ tous les gentilzhonmies
pour aller soupper au chasteau, qui ne re£Pusèrent pas
la prière; et croyez qu'ilz furent bien traictez, car
léans jen savoit-on bien la manière. Après soupper
commencèrent à sonner les haulxbovs et ménestriers,
où avant que l'en se mist en train de dancer, convint
donner le pris à celluy qui par raison l'avoit gaigné.
Les seigneurs de Grantmont^ et de Fluxas, qui juges
en estoient, demandèrent à tous les assistans, tant gen-
tilzhommes, dames, que aux combatans mesmes, mais
tous furent d'oppinion que le bon chevalier avoit, par
le droit des armes, gaigné le pris ; parquoy lesditz juges
le luy vindrent présenter; mais, tout rougissant de
honte le refiiisa, en disant que à tort et sans cause luy
estoit attribué cest honneur, mais que s'il avoit aucune
chose bien faicte, madame de Fluxas en estoit cause,
qui luy avoit preste son menchon, et que à elle, pour
1. Convoyer, convier.
2. Pierre Barthélémy, seigneur de Grammont en Rouergae,
bailli de Garladès.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 69
luy, remectoit de donner le pris où bon luy sembleroit.
Le seigneur de Fluxas, qui congnoissoit la grande hon-
nesteté du bon chevalier, n'en entra aucunement en
jalousie, et vint droit à sa femme avecques le seigneur
de Grantmont, qui luy dist : c Madame, présent votre
mary que vecy, monseigneur de Bayart, à qui on donne
le pris du tournoy, a dit que c'est vous qui l'avez gai-
gné au moyen de vostre menchon que luy donnastes ;
parquoy il le vous envoyé pour en faire ce qu'il vous
plaira. » Elle qui tant sçavoit d'honneur que merveilles,
ne s'en effiraya aucunement, ains très humblement
remercia le bon chevalier de l'honneur qu'il luy faisoit^
et dist ces mStz : c Puis qu'ainsi est que monseigneur
de Bayart me fait ce bien, de dire que mon menchon
luy a fait gaigner le pris, je le garderai toute ma vie
pour l'amour de luy; mais du ruby, puisque pour le
mieulx faisant ne le veult accepter, je suis d'advis qu'il
soit donné à monseigneur de Mondragon ; car on tient
que c'est celluy qui a mieulx fait après luy . ». Ainsi qu'elle
ordonna fut acomply, sans ce qu'on en ouysi aucun
murmurer. Si fut madame Blanche bien joyeuse d'avoir
fait telle nourriture que du bon chevalier, dont tout le
monde disoit bien. Le pris donné, les dances conmien-
oèrent et durèrent jusques après mynuyt que chascun
se retira. Les gentilzhonunes françois furent encores
cinq ou six jours à Garignan en joye et desduyt ^ , faisans
grant chère, puis s'en retournèrent en leurs garnisons.
Le bon chevalier print aussi congé de madame sa
bonne maistresse, à laquelle il dist qu'il n'y avoit
prince ne princesse en ce monde, après son souverain
i. Desduyt, passe-temps.
70 HISTOIRE DE BAYART
seigneur, qui eust plus de commandement sur luy
qu'elle y en avoit, dont il fut remercié grandement.
Ce fait, convint aller prendre congé de ses premières
amours, la dame de Fluxas, qui ne fut pas sdans tumber
larmes de la part d'elle, et de son costé estoit le cueur
bien serré. L'amour honneste a duré entre eulx deux
jusques à la mort, et n'estoit année qu'ilz ne s'en-
voyassent présens l'ung à l'autre. En la ville de Gari-
gnan ne au chasteau durant ung mois ne fut autre
propos tenuz que de la prouesse, honneur, doulceur
et courtoisie du bon chevalier, et estoit autant prisé et
aymé léans que s'il en eust deu estre héritier ^ Il y
trouva, luy y estant, servant en quelque office, Pizou
de Ghenas^, qui avoit esté maistre palefrenier du duc
Charles de Savoye son maistre, et duquel il avoit eu
autresfois du plaisir, ce qu'il vouloit alors recon-
gnoistre ; car après l'avoir mené à son logis et fait bien
traicter, luy donna ung cheval qui valloit bien cin-
quante escus, dont le bonhonmie de bon cueur le
remercia. Il luy demanda qu'estoit devenu son escuyer
du temps qu'il estoit en la maison de monseigneur de
Savoye. Pizou de Chenas luy dist qu'il se tenoit à
Moncallier^, où il estoit maryé et retiré, et qu'il estoit
devenu fort goûteux. Le bon chevalier, non ingrat de
gracieusetez que par le passé lui avoit faictes, par ledit
1. Etienne Pasquier dans ses Recherches de la France (1. VI,
ch. 19) a reproduit cet épisode de la vie de Bayart sons le titre
de : L'honneste amour du capitaine Bayar envers une dame,
2. On a vu au chapitre V des détails sur le service que ce
maître palefrenier avait rendu à Bayart quand il était encore à la
cour de Savoie.
3. Moncalieriy à deux lieues au S. de Turin.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 71
Pizou mesmes luy envoya une fort bonne et belle muUe ;
et monstroit bien en ce faisant, qu'il n'avoit pas mis en
oubly les biens qu'on luy avoit faits en jeunesse.
CHAPITRE XI¥.
Comment le seigneur Ltdovic Sforce retourna d^AU
maigne avecques bon nombre de lansquenets^ et
reprint la ville de Milan sur les François.
Vous avez entendu comment le seigneur Ludovic se
retira en Almaigne devers le roy des Romains. Et
fault entendre qu'il n'y alla pas sans porter deniers,
car au faict qu'il vouloit entreprendre en avoit bien à
besongner, et le monstra par effect ; car, peu de temps
après son chassement, retourna en Lombardie avecques
bon nombre de lansquenetz et quelques Suysses, au-
cuns honunes d'armes Bourgongnons, et force che-
vaulx d' Almaigne. Et, le troisiesme jour de janvier,
par quelque intelligence, reprint la ville de Milan, dont
furent les François chassez, combien que le chasteau
demoura tousjours entre tes mains du roy ^ . A l'exemple
de Milan, se révoltèrent plusieurs villes en la duché,
entre les autres toutes celles du chemin de Gennes,
conune Tortonne, Vaugayre^ et plusieurs chasteaulx.
1. Ludovic le MoreTtntra dans Milan deux mois après en avoir
été chassé par les Français (février i&OO).
2. Tortona, à neuf lieues 8.-0. de Pavie. — Voghera^ à quatre
lieues N.-E. de Tortona.
^% HISTOIRE DE BAYART
Quant le roy de France eut entendu le trouble de sa
duché, comme prince magnanime et vertueux, dressa
une grosse armée pour y envoyer, dont il fist chiefz le
seigneur de Ligny et le seigneur Jehan-Jacques, qui
assemblèrent leur armée en TAstizanne, et conmien-
cèrent à marcher*.
Or, durant que le seigneur Ludovic fut dedans
Milan, et peu après qu'il Teut repris, fault que
je vous face ung compte du bon chevalier sans
paour et sans reprouche. Il estoit demouré, par le
congé de son maistre, en Ytalie quant le roy de France
s'en retourna pour ce qu'il desiroit sur toutes choses
les armes et ymaginoit bien qu'il ne pouvoit demourer
longuement que le seigneur Ludovic qui estoit allé
chercher secours en AUemaigne ne retournast avecques
puissance, et par ce moyen y auroit combatu, car à la
première conqueste de la duché ne s'estoit pas fait
grans armes. Il estoit en garnison à vingt mille de Milan
avecques d'autres jeunes gentilshommes, et faisoient
chascun jour courses les ungs sur les autres, belles à
merveilles. Ung jour fut ledit bon chevalier adverty
que dedans Binaz^ y avoit trois cens chevaulx qui
seroient bien aysez à defTaire, si pria ses compaignons
que leur plaisir feust luy tenir compaignie à les aller
visiter. Il estoit tant aymé de tous que facillement luy
fut sa requeste accordée. Si s'apprestèrent de bon ma-
1. Louis XII envoya au duché de Milan Louis de la Trémouilie,
avec 6000 hommes de pied et 600 lances ; il fit en outre revenir
de Romagne- Yves d'Aiègre qui y avait mené quelques troupes à
César Borgia.
2. Binasco, à quatre lieues S.-O. de Milan.
^ PAR LE LOYAL SERVITEUR. 73
tin, et s'en, allèrent jàaiiiies au nombre de quarante ou
cinquante hc^nmes d'armes jpour esiiajri^ s'ilz feroient
quelque bonne chose» J^q éappitaine ^i estoit dedans
Binaz estoit très gentil chevalier, sage et ad visé à la
guerre, et s'appelloit messire Jehan Bernardin Gazache.
Il avoit bonnes espies par lesquelz il entendit comment
les François chevauchoient pour le venir trouver. Il ne
voulut pas attendre d'estre pris au nyt , si se mist de
sa part en ordre, et se tira hors des barrières, la por-
tée de deux ou trois getz d'are. Si va ad viser ses
ennemys, qui luy donnèrent grant joye, car^ selon son
jugement, aU peu de nombre qu'ilz estoient, pensoit
bien qu'ilz ne luy feroient point de déshonneur. Ilz
commencèrent à approcher les ungs contre les autres
crians : France! France! More! More! et à l'abor-
der y eut grosse et périlleuse charge, car de tous les
deux costez en fut porté par terre qui remontèrent à
grant peine. Qui eust veu le bon chevalier faire faictz
d'armes, entamer testes, coupper bras et jambes, eust
plustost esté pris pour lyon furieux que pour daipoi^el
amoureux. Brief, ce combat dura une heure (pi*Àn
n'eust sceu dire qui avoit du meilleur, qui faschoit fort
à icelluy bon chevalier, lequel parla à ses compaignons,
disant : c Hé ! messeigneurs, nous tiendrons tout au-
jourd'huy ce petit nombre de gens ! Si ceulx qui sont
dedans Milan en estoient advertiz, jamais nul de nous
ne se sauveroit; à coup, prenons courage, je vous
supplie, et poussons cecy par terre. > Â&x paroUes du
bon chevalier s'esvertuèrent ses compaignons ; et, en
cryant tous d'une voix : France! France! livrèrent
ung aspre et merveilleux assault aux Lombars, les-
74 msTomE de bayart
quelz commencèrent à perdre place et à eulx reculler
tousjours eulx deffendans très bien ; mais en ce recul-
lement firent plu^ de quatre ou cinq mille, tirant vers
AGlan, où quant ilz se veirent si près, tournèrent bride,
et à course dé cheval, à qui mieulx mieulx, prindrent
la fuyfe vers la ville. Les« François chassèrent tant
qu'ilz en furent bien près. Alors tut cryé par quelc'un
des plus anciens, et qui fort bien entendoit la' guerre :
c Tourne, homme d'armes, tourne ! » à quoy chascun
entendit, excepté le bon chevalier qui, tout eschauffé,
tousjours chassoit'et poursuyvit ses eonemys, de sorte
que pesle-mesle parmy eulx entra dedans Milan, et les
suyvit jusques devant le palais où estoit logé le sei-
gneur Ludovic , et pour ce qu'il avoit les croix blan-
ches, tout le monde cryoit après luy : Pille ^ pille. 11
fut environné de toutes pars et prins prisonnier du
seigneur Jehan-Bernardin Gazache, qui le mena à son
logis et le fist désarmer. Si le trouva fort jeune gentil-
homme, comme de Taage de vingt et deux à vingt et
trois ans, dontils'esmerveilla, et mesmement comment
en tel aage pouvoit avoir en luy tant de prouesse qu'il
en avoit congneue. Le seigneur Ludovic, qui avoit ouy
le bruyt, demanda que c'estoit. Aucuns qui avoient
entendu l'affaire le luy comptèrent, et conunent le
seigneur Jehan Bernardin, estant à Bynas, avoit esté
chargé des François, qui enfin Tavoient repoussé jus-
ques dedans Milan ; et parmy eulx, à la chasse, est^t
entré pesle-mesle ung desditz François, qu'on tenoit à
merveilles, vaillant et hardy gentilhonmie, et n'estoit
riens si jeune. Alors commanda qu'on l'allast quérir et
qu'il luy feust amené, ce qui fut fait incontinent.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 75
tJÇr
s
CHAPITRE XV.
Comment le seigneur Ludavioitfimut vedr le bon cheval-
lier sans paour et sans reproUchej et comment^ après
avoir devisé avecques Iny^ le renvoya^ et luy fist
rendre son cheval et ses armes.
On alla incontinent au logis du seigneur Jehan Ber-
nardin cherdier son prisonnier pour l'amener au sei-
gneur Ludovic qui le demandoit. Il eut paour Ofie en
la' fureur iceiluy seigneur Ludovic luy fist faire -qât^llie
desplaisir. Il estoit courtois et gracieulx gentilhomme ,
si le voulut mener luy-mesmes après l'avoir vestu d'une
de ses robes et mis en estât de gentilhonune. Si le vint
présenter au seigneur, qui s'esmerveilla quant il le
veit si jeune, et on luy donnoit si grant los : toutesfois
lui adressa son parler en disant : c Venez ^, mon
.gentilhomme , qui vous a amené en ceste ville? » Le
bon chevalier, qui ne fut de riens esbahy, luy respon-
dit : c Par ma foy ! . monseigneur, je n'y pensois pas
entrer tout seul, et cuydois bien estre suyvy de mes
compaignons, lesquelz ont mieulx entendu la guerre
que moy; car s'ilz eussent fait ainsi que j'ay, ilz
feussent comme moy prisonniers. Toutesfois, après
mon inconvénient, je me loue de fortune de m'avoir
fait tumber entre les mains d'ung si bon maistre que
celluy qui me tient , car c'est ung très vaillant et advisé
chevalier. » Après luy demanda le seigneur Ludovic,
76 HISTOIRE DE BAYART
par, sa foy, de combien estoit Farmée du roy de
France, c Sur mon âme! monseigneur, à ce que je
puis entendre, il y a quatorze ou quinze cens hommes
d'armes et seize ou dix-huyt mille hommes de pied ;
mais ce sont tous g^ d'eslite qui sont délibérez si
bien besongner à ceste fois qu'ilz asseureront Testât
de Milan au roy nostre maistre. Et me semble, mon-
seigneur, que seriez bien en aussi grande seureté en
Âlmaigne que vous estes icy, car voz gens ne sont pas
pour nous combatre. > Tant assuréement parloit le
bon chevalier que le seigneur Ludovic y prenoit grant
plaisir, ce néantmoins que son dire feust assez pour Tes-
tonner ; mais pour monstrer qu'il ne se soucioit pas
gipidement du retour des François, luy dist comme
par risée : c Sur ma foy ! mon gentilhomme, j'ai belle
envie que l'armée du roy de France et la mienne se
trouvent ensemble, à celle fin que par la bataille se
puisse congnoistre à qui de droit appartient cest héri-
tage, car je n'y voy point d'autre moyen. — Par mon
sermeht ! monseigneur, dist le bon chevalier, je voul-
drois que ce feust dès demain, pourveu que je feusse
hors de prison. — Vrayment à cela ne tiendra pas,
respondit le seigneur, car je vous en metz dehors pré-
sentement et feray à vostre maistre ^ ; mais davantage
demandez-moy ce que vous vouldrez et je le vous don-
neray. » Le bon chevalier, qui le genoil en terre
remercia le seigneur des offres qu'il luy faisoit, comme
estoit bien raison, luy dist : c Monseigneur, je ne vous
1. Je feray, il faut probablement lire : c Je feray recompense à
vostre maistre. » C'est-à-dire : Je dédommagerai celui qui yous a
pris.
PAR LE LOYAX. SERVITEUR. 77
demande autre chose sinon que, si vostre courtoisie
se vouloit tant estendre que de me faire rendre mon
cheval et mes armes que j'ay apportées dedans ctste
ville, et m'en envoyer ainsi devers ma garnison, qui
est à vingt mille^ d'içy, me feriez ung très grant bien,
doqt toute mà\i^die sentiroys obligé à vous, et hors
le service du roy.mQp maistre, et mon honneur saufve,
le vouldroys recongnoistre en ce qu'il vous plairoit me
conunander. — En bonne foy ! dist le seigneur Ludo-
vic, vous aurez présentement ce que demandez. > Si
dist au seigneur Jehan Bernardin : c  coup, cappi-
taine, qu'on luy trouve cheval, armes et tout son cas.
— Monseigneur, dist le cappitaine, il est bien aisé à
trouver, tout est à mon logis. )> Si y envoya inconti-
nent deux ou trois serviteurs, qui apportèrent ses
armes et amenèrent son chevaJ , et le fist armer le
seigneur Ludovic devant luy. Quant il fut acoustré
monta sur son cheval sans mettre pied à Testrief ; puis
demanda une lance qui luy fiit baillée, et levant sa
veue, dist au seigneur : c Monseigneur, je vous remer-
cie de la courtoysie que m'avez faicte ; Dieu le vous
vueille rendre ! » Il estoit en une belle grande court.
Si commença à donner de l'esperon au cheval, lequel
fist quatre ou cinq saulx tant gaillardement que impos-
sible seroit de mieulx , et puis luy donna une petite
course en laquelle contre terre rompit sa lance en cinq
ou six pièces, dont le seigneur Ludovic ne s'esjouyt
pas trop, et dist tout hault se^ parolles : c Si tous les
hommes d'armes de France estoient pareilz à cestuy-cy ,
j'aurois mauvais party . » Ce néantmoins luy fist bailler
une trompette pour le conduyre jusques à sa garnison,
78 HISTOIRE DE BAYART
mais il ne fut pas si avant, car jà estoit Tarmée des
François à dix ou douze mille de Milan , qui estoit
toute abreuvée^ de ce que le bon chevalier estoit
pris par sa hardiesse, toutesfois il y avoit eU de la
jeunesse meslée parmy^. Quant il tuk arrivé au camp,
8*en alla incontinent devers son boà fm)f^ le seigneur
de Ligny, qui en riant luy dist : t-Hé! comment,
Picquet, qui vous a mis hors de pnson? Avez-vous
payé votre rançon? Vrayement je voulois envoyer ung
de mes trompettes pour vous chercher et la payer. —
Monseigneur, dist le bon chevalier, je vous remercie
très humblement de vostre bon vouloir ; le seigneur
Ludovic m'a délivré par sa grande courtoysie. » Si
leur compta de point en point comme tout estoit allé
de sa prinse et de sa délivrance. Tous ses compaignons
le vindrent veoir, qiâ luy firent grant chère. Le sei-
gneur Jehan-Jacques luy demanda s'il espéroit, à veoir
la contenance du seigneur Ludovic et à l'ouyr parler,
s'il donneroit la bataille ; à quoy il respondit : c Mon-
seigneur, il ne m'a pas tant déclairé de ses affaires ne
si avant ; toutesfois, à le veoir, il est homme qui pour
peu de chose n'est pas aysé à estonner : vous verrez
que ce pourra estre en peu de jours. De luy ne me
scauroye plaindre, car il m'a fait très bon et hon-
neste party ; la pluspart de ses gens sont dedans
Novarre, il a délibéré les faire venir à Milan ou aller
à eulx. 9
1. Abreuvée^ triste, désolée.
2. Le Loyal serviteur veut dire qu'il y ent de la hardiesse, il est
vrai, mais aussi de Tinexpérience et de la jeunesse dans la con-
duite de Bayart en cette occasion.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 79
/;.
GBAnTB£ XYI.
Comment le seigneur Ludovic se retira dedans Novarre^
doubtant que les François entrassent dedans Milan
par le chasteauj et comment il fut prins.
Quant le seigneur Ludovic congneut l'armée du roy
de France si près de Milan, et que le chasteau estoit
hors de ses mains, il se doubta d'estre surpris dedans
la ville, si se desroba de nuyt avecques ce qu'il avoit
de gens dedans Milan; au moins peu y en laissa
avecques son frère le cardinal d'Escaigne, et s'en
alla veoir son armée qui estoit dedans Novarre. Où
quant il fut sceu au camp du roy de France, ses lieux-
tenans, où peu de jours avoit que le seigneur de la Tri-
moille * y estoit arrivé, délibérèrent l'aller assaillir aiidit
lieu de Novarre. Le seigneur Ludovic avoit beaucoup
de gens, mais ilz estoient de nations fort différentes,
comme Bourgongnons^, lansquenetz et Suysses, et par
ce, trop plus mal aysez à gouverner; car en quelque
sorte que les choses allassent, peu de jours après fut
rendue la ville de Novarre es mains des lieux-tenans
dudit roy de France. Et pour ce qu'on faisoit courir
1. Louis de laTrémouille, amiral de Guienne et Bretagne, cham-
bellan de Charles VIII et de Louis XII, gouverneur de Bourgogne
et du Milanais, dit le Chevalier sans reproche, mari de Gabrielle
de Bourbon-Montpensier. Tué en 1525 à la bataille de Pavie.
2. La cavalerie bourguignonne était commandée par le môme
Claude de Yaudrey, qui fut Toccasion du premier fait d'armes du
bon chevalier (voir plus haut chap. VI, VII et YIII).
80 HISTOIRE DE BAYART
le bruyt que le seigneur Ludovic n'estoit pas dedans
la ville et qu'il s'eç^it retiré^ jeu Àlmaigne pour la
seconde fois, fiit ordonné que les gens de pied passe-
roient par dessoubz la picque, ce qu*ilz filant; et
parmy eulx fut congneu le povre seigneur Ludovic,
qui se rendit, quant il veit que force lui estoit, au sei-
gneur de Ligny. Je ne say qui fist l'affaire, mais il fut
plus que mal servy ; ce fut le vendredy devant Pasques
flories, oudit an mil cinq cens^ Le reste de son armée
s'en alla bagues^ saufvres. Je croy bien qu'ilz eurent
quelliue payement , car on disoit que les Suy sses que le
seigneur Ludovic avoit avecques luy s'estoient mutinez
à faulte de payement ; mais depuis j'ay entendu du con-
traire, et que le bailly de Dyjon^, qui avoit gros crédit
avecques eulx, les avoit gaignez, joinct aussi qu'en
l'armée du roy y en avoit beaucoup plus gros nombre
qu'ilz n'estoient dedans Novarre et s'excusoient de ne
combatre point les ungs contre les autres. J'ay veu
advenir plusieurs fois cela, qui a porté beaucoup de
donunage en France. Or, quoyqlie ce feust, le seigneur
Ludovic demoura prisonnier, fut mené en France droit
à Lyon, depuis au Liz Sainct-George, et enfin au chas-
teau de Loches ouquel il a fine ses jours ^. Ce fut une
1 . Ludovic le More avait obtenu à force de prières de pouvoir
se glisser au milieu des Suisses, habillé comme eux; mais un de
ces mercenaires ayant trahi sa présence, le duc fut saisi par les
soldats français (10 avril 1500). Yoy. Jean d'Anton, Chronique de
Louis XII.
2. Bagues, bagages.
3. Antoine de Bessey, baron de Trichote, bailli de Dijon, fils de
Jean de Bessey et de Jeanne de Saulx : il épousa Jeanne de
Lenoncourt.
4. Ludovic le More fut d'abord enfermé au château du Lys-Saint-
Georges (Indre), puis à la tour de Bourges et enfin au château de
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 81
grosse pitié, car il avoit esté triomphant prince en sa
vie y mais fortune luy monstra auderrenier son rigoureux
visage. Le cardinal d'Ëscaigne, son frère, lequel estoit
demouré dedans Milan, quand il sceut l'inconvénient,
feist saulver en Almaigne ses deux nepveux, enfans
dudit seigneur Ludovic, devers le roy des Romains, et
de luy se mist en fuyte bien et grossement acompaigné,
comme de quatre à cinq cens chevaulx vers Boulongne ;
mais en chemin par ung cappitaine vénicien, nonuné
Soussin de Gonzago^ fut pris prisonnier, et depuis le
mist entre les mains des François ; mais il ne rendit
pas les meubles et son cariage qu'on estimoit valloir
deux cens mille ducatz. Ne demoura guères de temps
après quant ceulx de la duché de Milan sceurent la
prinse de leur seigneur, j'entendz ceulx lesquelz à son
retour s'estoient révoltez, ne se retournassent Fran-
çois , en grant crainte d'estre pillez et sacayez ; mais
ilz y trouvèrent toute doulceur et amytié, car ilzavoient
affaire à bon prince et à vertueulx cappitainj^.
CHAPITRE XVIL
Comment le seigneur de Ligny alla visiter Vaugayre,
Tortonney et autres places en la duché de Milan y
Loches où il vécut dix ans très-étroitement resserré. Il y mourut
en 1510, âgé de 57 ans.
1. Go personnage, parent des Sforce, s'empara de leur personne
sur le territoire de Rivolta (duché de Plaisance), dont il était
seigneur. Le cardinal Ascanio, plus heureux que son frère, obtint
la liberté peu après la mort du pape Alexandre VI. Il mourut de
la peste à Rome en 1505.
6
82 mSTOIRE DE BAYART
que le roy luy avait données; et d'ung gentil tour
que fiât le ban chevalier.
Il fault entendre que quant le roy de France eut fait
sa première conqueste de la duché de Milan, il voulut
récompenser ses bons serviteurs en leur donnant terres
et seigneuries oudit duché, mesmement au seigneur de
Ligny, Tortone, Yaugayre et quelques autres places où
ilz s'estoient révoltez quant le seigneur Ludovic revint
d'Âlmaigne, qui avoit fort fasché audit seigneur de
Ligny. Si se délibéra de les aller veoir, et mena en
sa compaignie le vertueux cappitaine Loys d*Ârs, son
lieutenant, le bon chevalier sans paour et sans re-
prouche qui portoit son guydon alors, et plusieurs
autres gentilzhommes. Si vint jusques à Alexandrie,
et faisoit courir le bruyt qu'il mettroit Tortonne et
Yaugayre au sac, combien qu'il n'en avoit nulle vou-
lenté, car il estoit de trop bonne nature. Quant ses
subgectz sceurent sa venue et le bruyt qui couroit de
leur destruction, furent, et non sans cause, bien eston-
nez. Si eurent conseil ensemble qu'ilz envoyeroient au
devant de leur seigneur le plus humblement qu'ilz
pourroient, pour impétrer miséricorde, ce qu'ilz
firent, et jusques au nombre de vingt des plus appa-
rens le vindrent trouver à deux mille de Vaugayre,
pour luy cuyder faire la révérence et eulx excuser ;
mais combien qu'on les monstrast audit seigneur de
Ligny et qu'il les congneust assez, ne fist pas semblant
de les veoir, et tira oultre jusques dedans la ville au
logis qui estoit pris pour luy. Les povres gens qui
estoient allez au devant furent bien estonnez de si
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 83
estrange recueil. Si se retirèrent en leur ville le plus
doulcement qu'ilz peurent et cherchèrent moyen de
parler au cappitaine Loys d'Ars, pour faire leur
appoinctement ^ envers le seigneur; ce qu'il promist
à son possible faire, car jamais ne fut gentilhonune de
meilleur nature. Si leur assigna jour à lendemain ; cepen-
dant alla faire ses remonstrances au seigneur de Ligny,
iuy suppliant qu'en sa faveur il les voulsist escouter,
qui Iuy fut accordé. Et le lendemain, après le disner,
cinquante des plus apparens de la ville vindrent à son
logis, et testes nues se gectèrent à genoulx devant Iuy
en criant miséricorde. Puis commencea à parler l'ung
d'entre eulx, homme fort éloquent, et en langage yta-
lien proféra telles ou semblables paroUes : c Monsei-
gneur, voz très humbles et très obéyssans subjectz et
serviteurs de ceste povre ville vostre, de tout leur
cueur se recommandent très humblement à vostre
bonne grâce, vous suppliant par vostre gentillesse leur
vouloir pardonner l'offense qu'ilz ont faicte, tant envers
le roy de France leur souverain que vous, pour eulx
estre révoltez. Et ayez à considérer en vostre cueur
quç la ville n'est pas pour tenir contre une puissance,
et que quelque chose qu'ilz ayent faicte, leur cueur
n'est jamais mué qu'il ne soit demeuré bon françois ;
et si par leur povreté d'esperit ilz ont fait une lourde
faulte, par vostre grant bonté leur vueille estre appai-
sée, vous asseurant, monseigneur, que jamais plus ne
les y trouverrez, et ou, comme de Dieu babandonnez,
une autre fois ilz retourneroient, se mectent eulx,
leurs enfans et fenmies avecques tous leurs biens, pour
i. Appoinctement, accommodement.
84 HISTOIRE DE RAYART
en disposer aiosi qu'il vous plaira. Et en signe qu'ilz
veullent demourer envers vous telz que je vous dis,
vous font en toute humilité ung petit présent selon leur
puissance, qui est de trois cens marcs de vaisselle
d'ai^ent, lequel il vous plaira prendre, en démons-
trant que vôstre yre est cessée sur eulx. » Alors se
teut et fist apparoistre sur deux tables, bassins, tasses,
gobeletz et autre manière de vaisselle d'ai^ent que
ledit seigneur de Ligny ne daigna regarder, mais en
homme courroucé fièrement respondit : c Ck)mment,
meschans, lasches et infâmes, estes- vous si hardis
d'entrer en ma présence, qui comme failliz de
cueur, sans cause ny moyen, vous estes révoltez l
Quelle foy désormais pourray-je avoir en vous? Si cm
feust venu mettre le siège devant vostre ville, icelle
canonner et assaillir, sc'eust esté autre chose; mais
ennemy ne s'est jamais monstre , qui fait assez appa-
roistre que de vostre propre voulenté estes retournez
à l'usurpateur de ceste duché. Si je faisois mon devoir,
ne vous ferois-je pendre et estrangler comme traystres
et desloyaulx aux croysées de voz fenestres? Allez,
fuyez de devant moy, que jamais ne vous voye. » ,En
disant lesquelles parolles, les povres citoyens estoient
tousjours à genoulx. Alors le vaillant et prudent cap-
pitaine Loys d'Ars mist le bonnet hors de la teste, et
ung genoil en terre dist : c Monseigneur, pour l'hon-
neur de Dieu et de sa Passion, faictes-moy ceste grâce
que à ma requeste leur vueillez pardonner vostre mal-
talent ^ car je leur ay promis, et jamais n'auroient
i. Pardonner vostre maltalent, leur pardonner d'avoir excité
votre colère.
PAR LE LOYAL SERYITBUR. 85
fiance en moy si m'aviez reffiisé. J'espère, monsei-
gneur, que toute vostre vie vous les trouverrez bons et
vrais subjectz. » Et les povres gens, sans attendre
qu'on replicquast, commencèrent tous d'une voix à
crier : < Monseigneur, il sera ainsi que le dit le cap-
pitaine, au plaisir de monseigneur. » Le bon seigneur
de Ligny, ouye leur clameur, meu de pitié et quasi
larmoyant, les fist lever et leur déclaira deux propos,
Fung d'amytié, et l'autre de rudesse, pour monstrer
qu'ilz avoient grandement failly . Quant à l'ung dist :
c Allez ! pour l'amour du cappitaine Loys d'Ars, qui
tant m'a fait de services que pour beaucoup plus grosse
chose ne le vouldrois refiftiser , je vous pardonne , et
n'y retournez plus ; mais au regard de vostre présent,
je ne le daignerois prendre, car vous ne le valiez ^ pas. »
Si regarda autour de luy et advisa le bon chevalier
auquel il dist : c Picquet, prenez toute ceste vaisselle ,
je la vous donne pour vostre cuysine. i A quoy soub-
dainement respondist : c Monseigneur, du bien que
me faictes très humblement vous remercie, mais à
Dieu ne plaise que biens qui viennent de si meschans
gens que ceulx-cy entrent en ma maison ; ilz me por-
teroient malheur. » Si prent pièce à pièce toute ceste
vaisselle, et à chascun qui estoit là en fist présent sans
que pour luy en retiensist la valleur d'ung denier, qui
fist esbahir toute la compaignie, car alors il n'eust sceu
finer^ de dix escus. Quant il eut tout donné, partit
hors de la chambre ; aussi firent les habitans. Si com-
mença à dire le seigneur de Ligny à ceulx qui estoient
1. Valiez, méritez.
2. Finer^ financer.
86 HISTOIRE DE BAYART
demourez : c Que voulez-vous dire, messeigneurs ;
avez-vous veu le cueur de Picquet et sa libéralité? Ne
luy fist pas Dieu grant tort qu'il ne le fist roy de quel-
que puissant royaulme? Il eust acquis tout le monde
à luy par sa grâce. Groyez-moy que ce sera une fois
ung des plus parfaictz hommes du monde. » Brief toute
la compaignie donna grande iouenge au bon chevalier.
Quant le seigneur de Ligny eut ung peu pensé pour ce
jour et considéré que ne luy estoit riens denumré
du présent qu'il luy avoit fait, le lendemain, à son
lever, luy envoya une belle robbe de veloux cramoisy
doublée de satin broché, ung fort excellent coursier,
et trois cens escus en une bourse qui ne luy durèrent
guères, car ses compaignons y eurent part comme
luy. Peu de jours demeura le seigneur de Ligny qu'il
ne retournast à Milan, où estoit venu le cardinal d'Âm-
boyseS lieutenant général pour le roy, et de là s'en
vint en France.
CHAPITRE XVIII.
Comment le roy de France envoya grosse armée à
NapleSy où il fist son lieutenant général le seir
gneur (TAubigny.
Vous avez entendu par cy-devant conmient, après
la mort de monseigneur de Montpensier^, les Néapo-
1. Greorges d'Amboise, cardinal, légat du pape, archevêque de
Rouen, principal ministre de Louis XII, mort à Lyon en 1510 à
Tàge de 50 ans. Il était &ls de Pierre d'Amboise et d'Anne de
Bueil.
2. Gilbert de Montpensier mourut, comme nou» Pavons dit plus
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 87
litaÎDâ se révoltèrent, et s'en vindrent tous les François
en France, dont le roy Charles huytiesme fut fort de&-
plaisant, et s'en feust vengé s'il eust vescu , mais mort
le prévint. Incontinent que le roy Loys XII* vint au
règne, il voulut entendre à la conqueste de sa duché
de Milan, parquoy les affaires^ dudit royaulme de
Naples demourèrent longtemps en suspens , et estoit
desjà mort Ferrand, filz d'Alphonce, et régnoit oudit
royaulme son oncle Fédéric^ Entendre devez une
chose : c'est que quant le feu roy Charles conquesta le
royaulme, il maria son cousin, le seigneur de Ligny,
à une grant dame du pays, appellée la princesse d'Âlte-
more^; mais guères ne vesquit, car quant ledit roy
voulut retourner en France, amena, avecques luy ledit
seigneur de Ligny, dont bientost après, ainsi que le
bruit fut, ladicte dame mourut de dueil. Par le trespas
d'elle, et aussi par don que icelluy roy Charles en
avoit fait, estoient demeurées oudit royaulme plu-
sieurs terres audit seigneur de Ligny, mesmement en
la Fouille, conmie Venoze, Canoze, Monervyne, Be-
zeille^, et plusieurs autres. Si print voulenté au roy
haut, en 1496, à Pouzzoles, après avoir conclu avec le roi de Naples
le désastreux traité d'Atella. Quelques années plus tard (1501),
Louis, son fils aîné, mourut en trois jours dans la même ville d'une
fièvre maligne qu'il avait contractée en assistant à l'exhumation
du cadavre de son père.
1. Frédéric d'Aragon, fils de Ferdinand, succéda en 1496 à son
neveu Ferdinand II ; il fut créé duc d'Anjou par Louis XU en 1501
et mourut à Tours en 1504.
2. Aliénor de Baux, de l'illustre famille provençale de ce nom,
établie à Naples avec les princes de la maison d'Anjou ; elle était
ducheese d*Altamura, et fit son mari héritier des nombreuses
terres qu'elle possédait en Fouille.
3. Venosa, ville de la Basilicate. Canosa de Puglia, Minervino
88 HISTOIRE DE BAYART
Loys Xn* d'envoyer reconquester sondit royaulme de
Naples y et y cuydoit bien aller ledit seigneur de Ligny,
mais par deux fois luy fut le voyage rompu, dont au-
cuns voulurent dire que de dueil il en mourut. Si y fiit
envoyé pour lieutenant générd le seigneur d'Aubigny,
ung très gentil et vertueux cappitaine, très bien aoeom-
paigné de gens de cheval et de pied, entre lesquelles*
estoit celle du seigneur de Ligny, que mena et oonduyt
son bon lieutenant, le cappitaine Loys d'Ars. Or n'avoit
garde de demourer le bon chevalier derrière, ains
demanda congé à son bon seigneur de maistre, qui à
grant regret le luy donna, car desjà Tavoit pris en
grant amour, et depuis ne se veirent Tung Tautre.
Ainsi marcha ce vaillant cappitaine le seigneur d'Au-
bigny droit audit royaulme, où il fist si bonne dili-
gence, et trouva domp Fédéric si peu de secours et
d'amytié parmy ses hommes, qu'il fut contrainct ha-
bandonner le royaulme, et fist quelque composition
avecques icelluy seigneur d'Aubigny, qui l'envoya,
avecques sa femme et enfans, en France, où il fiit
receu très bien du roy, et luy fut baillé la duché
d'Anjou et d'autres terres, suyvant la composition
faicte, et dont il a jouy jusques à sa mort. Depuis sa
femme ne fut pas trop bien traictée, dont il me semble
que ce fut mal fait , et pour une femme de roy a esté
depuis veue en grande nécessité^. Le royaulme de
Murge^ villes de la Torro de Bari. Bisegna, tiUe de l'Abruzze Ulté-
rieure.
1 . Entre lesquelles compagnies.
2. Isabelle-Ëléonore de Baux, femme de Frédéric, était fille de
Pierre de Baux, prince d'Altamura, et de Marie de Baux. Après
la mort de son mari elle se retira à la cour de Perrare.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 89
Naples pris par ce seigneur d'Aubigny, assist ses gar-
nisons par compaignies , et fut celle du seignmu* de
Ligny mise sur ses terres, dont le cappitaine Loys
d'Ârs baiUa le gouvernement d'aucunes au bon che-
valier, qui en fist très bien son devoir. Et furent
quelque temps en paix le roy d'Arragon qui y préten-
doit quelque droit et le roy de France qui luy en avoit
laissé quelque porcion , et fut icelle paix criée l'année
mesmes à Lyon entre France, Espaigne et le roy des
Romains, par le moyen de l'archeduc d'Autriche, qui
avoit à fenmie l'aisnée fille d'Espaigne ^ , et avecques
elle en retournoit ; passa par Lyon et alla veoir sa seur,
alors duchesse de Savoye. Mais ce fut une paix four-
rée, car en ce mesme instant le roy d'Aragon envoya
grosse puissance à Gonssalle Ferrande^, estant audit
royauhne, par l'intelligence du pape Alexandre, qui
reprist la ville de Naples; et lapluspart dudit royaulme
fut révolté. Ledit seigneur d'Aubigny y fîst ce qu'il
peut, mais enfin fut contrainct de se retirer en la
Fouille. Je ne suis pas délibéré de traicter autrement
de ce qui advint oudit royaulme de Naples durant deux
ou trois ans, ne des batailles de la Sezignolle^, de Joye,
i. Philippe, archiduc d'Autriche, fils de l'empereur Maximilien,
mari de Jeamie la Folle, reine de Gastille, père de Charles-
Quint. Marguerite d^\ùtriche sa sœur avait épousé Philibert II le
Beau, duc de Savoie.
2ii Femandes donsales de Gordova, duc de Terra-Nova, prince
de Vernosa, surnommé le Grand Gapitaine, mort à Grenade en
1515, à Tàge de 74 ans ; il était fils de Pierre Fernandez de Gor-
dova, seigneur d'Aguilar, et d'Elvire de Herrera.
3. Le premier combat de Cerignole eut lieu au mois de juillet
1502, et précéda le siège et la prise de Ganosa. Une seconde
bataille, dont Tissue fut fatale aux Français, s'y livra encore le
28 avril 1503.
90 HISTOIRE DE BAYART
du GarillanS et plusieurs autres, dont en aucunes
gaignèrent les François et en autres perdirent, car il
est assez escript ailleurs ; combien que au derrenier^,
ne sçay si ce fut par faulte d'ordre ou de bien com-
batre, les François en furent chassez de tous pointz
Tan mil cinq cens et quatre^, et depuis n'y retour-
nèrent. Je ne sçay si tel estoit le vouloir de Dieu, mais
sans difficulté celluy qui les en chassa ne celluy qui
le tient à présent n'y ont aucun droit sinon par la force,
qui est le poinct où tous princes taschent enfin de
venir. Je veulx seullement parler des fortunes qui
advindrent au bon chevalier sans paour et sans re-
prouche durant la guerre guerroyable* que eurent
ensemble François et Espaignolz. Et premier vous
diray d'une fortune qui luy advint.
CHAPITRE XIX.
Comment le bon chevalier sans paour et sans reprouehe
sortit de sa garnison de Monervyne; comment il
trouva Espaignolz sur les champs, et ce qu'il en
advint.
Estant le bon chevalier en une garnison où le vail-
1. Gioi, ville de la Terre de Bari; an combat y eut lieu le
21 avril 1503. La bataille de Garigliano, si désastreuse pour les
Français, fut livrée le 27 décembre 1503.
2. Au derrenier, enfin, à la fin.
3. Il y a dans l'édition originale : 1524 ; c'est évidemment une
erreur, car ce fut en 1504 que les Français perdirent définitive-
ment le royaume de Naples.
4 . Guerre guerroyable, grande guerre.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 91
lant cappitaine Loys d'Ârs Favoit logé, qui s'appelloit
Monervyne, avecques aucuns de ses compaignons ,
ennuyé d'estre si longuement en caige sans aller
veoir les champs, leur dist ung soir : c Messei-
gneurs, il me semble que nous cropissons trop en ce
lieu sans aller veoir noz ennemys ; il en pourroit, de
trop demourer, advenir deux inconvéniens ; Tung que,
par faulte d'exercer les armes souvent , deviendrions
tous efféminez , l'autre que à noz ennemys le cueur
pourroit croistre, prisant entre eulx que pour la
crainte qu'en avons n'osons partir de nostre fort.
Parquoy je suis délibéré d'aller demain faire une
course entre cy et André ou Barlete*. Peult-estre
aussi que nous trouverrons de leur costé coureurs, ce
que je désireroys à merveilles, car nous nous pourrons
mesler ensemble, et à qui Dieu en donnera l'honneur
si l'emporte. » A ces paroUes n'y eut celluy qui res-
pondit autrement que à sa voulenté. Si firent le soir
ceulx qui dévoient estre de la course regarder si riens
ne failloit à leurs chevaulx, et se misrent en ordre
comme pour achever ce qu'ilz avoient entrepris. Si se
levèrent assez matin, et se misrent aux champs environ
trente chevaulx, tous jeunes gentilzhommes , et bien
délibérez chevauchèrent vers les garnisons de leurs
ennemys , espérans d'avoir quelque bonne ren-
contre.
Le jour mesmes, estoit sorty de la ville d'André, pour
pareillement courir sur les François, ung gentilhomme
espaignol, parent prochain du grant cappitaine Gons-
salle Ferrande, qui s'appelloit domp Alonce de Soto-
i. Andria et Barletta, Tilles de la Terre de Bari.
92 HISTOIRE DE BAYART
Maiore ^ , ung fort gentil chevalier et expert aux armes,
qui en sa compaignie avoit quarante ou cinquante che-
vaulx d'Espaigne, sur lesquelz estoient gentilzhommes
tous esleuz^ aux arnies«^ telle fiit la fortune des deux
cappitaincs, que au ^descendre d*ung tertre se vont
veoir les ungs les autres environ la portée d'ung
canon. Je ne vous scauroye dire lequel fut le plus
joyeux , mesmement quant ilz apperceurent que leur
puissance estoit pareille. Si commença le bon cheva-
lier, après ce qu'il eut au vray apperceu les croix rouges,
parler à ses gens, ausquelz il dist : c Mes amys, au
combat sommes venuz ; je vous prie que chascun ait
son hmneur pour recommandé, et si vous ne me
voyez faire aujourd'huy mon debvoir, réputez-moy
lasche et meschant toute ma vie. » Tous respondirent :
c Allons, cappitaine, donnons dedans, n'attendons
pas qu'ilz ayent l'honneur de commencer^. » Alors
1 . La renommée de Bayart date véritablement de l'aventu^
qui va suivre et de son duel avec Soto-Mayor, qui en fut la con-
séquence. La plupart des historiens du xvi« siècle ont parlé de ce
duel célèbre, nous citerons parmi eux Aymar du Rivail (Histoire
des Allobroges, p. 543), Paul Jove (Vie de Gonzales de Cordoue, t. Il,
p. 215), Arnaud Ferron {De rébus gestis Francorum^ 1. ni, p. 46),
8. Ghampier (Les gestes du preux chevalier Bayard, fol. zv à xx), etc.
Alonzo de Soto-Mayor, &f de Soto-Mayor, était fils de Pedro
Alvarez de Soto-Mayor et de Thérèse de Tabora.
2. Esleuz, gens d'élite.
3. f Or advint une foys que le noble seigneur de Bayard, qui
estoit alors capitaine d'une forte place, en faisant la guerre guei^
royable sortit du chasteau bien accompaigné de ses gens, si ran-
contra une moult belle compaignie d'Espaignolz bien armés et
acoustrés et en plus grant nombre beaucopt que ledict seigneur
de Bayard, dont les Francoys furent moult esbahys. Mays le sei-
gneur de Bayard qui estoit jeune et grant en cœur, en couraige,
eslevé en l'honneur et qui eust mieulx aymé mourir que de faire
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 93
baissèrent la veue, et en criant : France l France I
se mettent au grant galop pour charger leurs ennemys ,
lesquelz d^une asseurée et fière contenance, à course
de cheval, criant : Espaigne ! SanU-Yago / à la pointe
de leur lances gaillardement les receurent. Et en cette
première rencoMre en furent portez par terre de tous
les deux costes^- qin forent relevez par leurs compai-
gnons à bien gruit peine. Le combat dura une bonne
demye heure qu'on n'eust sceu juger qui avoit du meil-
leur, et conmie chascun en désiroit Tyssue à sa gloire,
se livrèrent les ungs aux autres, comme s'ilz feussent
tous fraiz, un très périlleux assault. Mais, comme chas-
cun peult assez entendre, en telles choses est de néces-
sité que Tung ou l'autre demeure vaincqueur ; si advint
si bien au bon chevaUer , avecques la grant peine qu'il
y mist et le courage qu'il donnoit à ces gens, qu'en ce
derrenier assault rompit les Espaignolz, et y demoura
sur le champ, de mors, jusque au nombre de sept et
bien autant de prisonniers ; le reste se mist à la fuyte,
desquelz estoit ledit cappitaine domp Alonce, mais de
près poursuivy par le bon chevalier, qui souvent luy
escrioit : c Tourne, homme d'armes ! grant honte te
sera mourir en fuyant. » Voulut plustosteslirehonneste
aalcune chose dont déshonnear luy fiist advenu ny de foGyr,
accompaigné seulement de ses gens, fist tant qu'il s'aproucha des
Espaignolz et au premier qu'il rancontre demanda qui estoit le
capitaine qui les menoit. Alors respondit ung : c Nostre capitaine
c'est le seigneur don Alonce de Soto-Maiore, seigneur moult
extimé en Espaigne et d'une noble maison après les princes plus
extimé, homme de grant cueur et faconde, hardy et preulx aulx
armes qui ne treuve guières hommes à qui il ne combate, s'ilz sont
nobles et de maison à luy semblable. » Alors respondit le seigneur
de Bayard : c Certes j'ay trouvé ce que je queroye. » (Ghampier,
f. XV.)
94 HISTOIRE DE BAYART
mort que honteuse fuyte et comme ung lyon eschaufiSè,
se retourna contre le dit bon chevalier auquel il livra
aspre assault , car, sans eulx reposer, se donnèrent
cinquante coups d'espée. Cependant fuy oient tousjours
les autres Espaignolz, qui avoient habandonné leur
cappitaine et laissé seul ; ce néantmoins gaillardement
se combattoit, et si tous les siens eussent fait comme
lui, je ne sçay qui enfin eust eu du meilleur. Bref,
après avoir longuement combatu par les deux cappî-
taines, le cheval de domp Alonce se recreut^ et ne
vouloit tirer avant. Quoy voyant par icelluy bon che-
valier, dist ces parolles : c Rendz-toy, homme d'armes,
ou tu es mort. — A qui, respondit-il, me rendray-je?
— Au cappitaine Bayart, dist le bon chevalier^. »
Alors domp Alonce, qui desjà avoit ouy parler de ses
faictz vertueux, aussi qu'il cognoissoit bien ne pouvoir
eschapper, pour estre de toutes pars enclos, se rendit
et luy bailla son espée qui fut receue à grant joye.
Puis ce misrent les compaignons au retour vers leur
garnison, joyeulx de la bonne fortune que Dieu leur
avoit ce jour donnée , car ilz n'y perdirent ung seul
1. 5e recreut^ fut fourbu, harassé.
2. « A rheure que le soleil retiroit ses raiz et tournoit en son
occident Bayard voulut expédier le combat. Les gens de tous
coustez (fors les capitaines qui estoient tous deux hardis et
chevalereubc) ce lassèrent de férir, car longuement ilz avoient
combatu. Alors le noble Bayart s^esvertua en telle façon que
en frappant sur l'ung et sur Taultre il efifundra aulx ungs les
haulmes et la teste aux aultres, et il donna mainctz grans couptz
sur leurs corps ; finablement il les abatist et fouldroya tous réservé
don Alonce le capitaine, qui voyant la desconfiture de ses gens,
car si ses gens eussent combatu comme luy le combat enst esté
merveilleux d'ung cousté et d'aultre, commençast à cryer :
a Capitaine Bayard, je veulx parlementer. » (Ghampier, f. xvj.)
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 95
homme. Bien y en fut blessé cinq ou six et deux che-
vaulx tuez , mais ilz avoient des prisonniers pour les
récompensera Eulx arrivez à la garnison, le bon che-
valier, filz adoptif de dame Goui'toisie, qui desjà par
le chemin avoit entendu de quelle maison estoit le sei-
gneur domp Alonce^ le fîst loger en une des belles
diambres du chasteau, et luy donna une de ses robes,
en lui disant ces paroUes : c Seigneur domp Alonce,
je suis informé par les autres prisonniers qui sont
céans qui voils estes de bonne et grosse maison, et
qui mieulx vault, de vostre personne grandement
renonuné en prouesse, parquoy ne suis pas délibéré
vous traicter en prisonnier, et si vous me voulez pro-
mettre vostre foy de ne partir de ce chasteau sans mon
congé, je le vous bailleray pour toute prison. Il est
grant ; vous vous y esbatrez parmi nous autres jusques
à ce que vous ayez composé de vostre raençon et icelle
payée en quoy me trouverrez tout gracieux 2. — Cap-
pitaine, respondit domp Âlonce, je vous remercie de
vostre courtoisie, vous asseurant sur ma foy ne partir
jamais de céans sans vostre congé. » Mais il ne tint
pas bien sa promesse, dont mal luy en print à la fm,
conune vous orrez ci-après ; toutefois un jour comme
ik devisoient ensemble, composa domp Alonse de
sa raençon à mil escus.
1. Récompenser, dédommager.
2. Id accedit ut Petrus Baiardus tumultuaria in pugna vulnerato
AlphoDBO, quem alii Âlonsom vocant, alii Âldonsum Soto-Maio-
rem, captom abduceret, neque aliter quam gailos commilitones
apud se haberet, ea que adhiberet fovendis vulneribus qaae
adhiberi in ea rerum penuria posseot... (Arn. Ferrou, 1. III,
p. 45.)
96 HISTOIRE DE BAYART
CHAPITRE XX.
Comment domp Alonce de Soto-Maiore se voulut desro-
ber par le m/)yen d'ung Albanoys qui le garnit d'ung
cheval ; mais il fut repris sur le chemin et reserré
en plus forte prison.
Quinze ou vingt jours fut domp Alonce avecques le cap-
pitaine Bayart, dit le bon chevalier, et ses compaignons,
faisant grant chère, allant et venant par tout le chasteau
sans ce que personne luy dist riens, car il estoit sur
sa foy qu'on estimoit qu'il ne romproit jamais. Il en
alla autrement, combien que de luy, ainsi qu'il dist
après, n'y avoit aucune faulte , ains s'excusoit que,
pour ce qu'il ne venoit nulz de ses gens devers luy,
alloit quérir sa raençon luy-mêmes pour icelle envoyer
au bon chevaher, qui estoit de mil escus. Toutesfois
le cas fut tel. Domp Alonce, allant et venant par le chas-
teau, se fascha, et ung jour, devisant avecques ung
Albanoys qui estoit de la garnison du chasteau, luy
dist : c Vien-çà, Théode! si tu me veubc faire ung bon
tour, tu me le feras bien , et je te prometz ma foy,
que tant que je vivray n'auras faulte de biens. Il
m' ennuyé d'estre icy, et encores plus que je n'ay nou-
velles de mes gens ; si tu veulx faire provision d'ung
cheval pour moy, considère que je ne suis en ceste
place aucunenient gardé, je me sauveray bien demain
matin. Il n'y a que quinze ou vingt mille jusque à la
garnison de mes gens , j'auray fait cela en quatre heu-
res, et tu viendras avecques moy ; je te feray fort
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 97
bien appoincter, et si te donneray cinquante ducatz. »
L'Albanoys, qui fut avaricieux, le promist, combien
qu'il luy dist devant : c Seigneur, j'ai entendu que
vous estes sur vostre foy par ce chasteau, nostre cap-
pitaine vous en feroit querelle. — Je ne veulz pas
rompre ma foy, dist domp Alonce ; il m'a mis à mil
ducatz de rançon, je les luy envoyeray; je ne suis
obligé à autre chose. — Bien doncques, dist Théode
l'Albanoys, il n'y aura point de faulte que demain, au
point du jour, je ne soye à cheval à la porte du chas-
teau quand elle ouvrera ; faictes semblant de venir à
l'esbat, et vous trouverrez le vostre. i Cela fut accordé
entre eulx et exécuté le lendemain ; car ainsi qu'il fut
proposé, se trouvèrent si bien à point que, sans ce que
le portier s'en donnast autrement garde, pour ce que
desjà estoit adverty qu'il estoit sur sa foy, parquoy le
laissoit aller et venir, domp Alonce monta à cheval et
s'en alla tant qu'il peut. Ne demoura guères que le
bon chevalier, qui estoit vigillant, vint en. la basse
court du chasteau et demanda où estoit son prisonnier,
car tous les matins se desduysoit avecques luy ; mais
personne ne luy peut enseigner. Si fut esbahy, et
vint au portier, auquel il demanda s'il l'avoit point
veu. Il dist que ouy, dès le point du jour et près de
la porte. La guète sonna pour sçavoir où il estoit, mais
il ne fut point trouvé, ne aussi ledit Théode, albanoys.
Qui fut bien marry ? ce fut le bon chevalier. Si com-
manda à ung de ses souldars nommé le Basco ^ et luy
dist : c A coup, montez à diligence à cheval, vous
dixiesme, et picquez droit vers André, veoir si
i . Pierre de Tardes, sumommé le Basque.
98 HISTOIRE DE BAYART
trouverez nostre prisonnier, et si le trouvez, falotes
qu'il soit ramené mort ou vif. Et si ce mesebant Âlba-
noys est empoigné, qu'il soit ramené aussi, car il sera
pendu aux créneaulx de céans, pour exemple de ceulx
qui vouldroient ung autre fois faire le lasche tour qu'il
a fait. » Le Basque ne fist autre délay , mais incontinent
monta à cheval, et à pointe d'esperon, sans regarder
qui alloit après luy, combien qu'il fut très bien suyvy,
prist son chemin vers André, où à environ deux milles
trouva domp Alonce descendu, qui habilloit les san-
gles de son cheval, qui estoient rompues; lequel,
quand il apperceut qu'il estoit poursuivy, cuyda
remonter, mais il ne peut. Si fut actainct, repris et
remonté. Théode ne fut pas si fol de se laisser prendre,
car il sçavoit bien qu'il y alloit de la vie, si se sauva
dedans André, et domp Alonce ramené à Monervyne,
où quant le seigneur bon chevalier le veit, luy dist :
c Hé ! coimnent, seigneur domp Alonce , vous m'avez
promis vostre foy ne partir de céans sans mon congé,
et vous avez fait le contraire? Je ne me fieray plus en
vous, car ce n'est pas honnestement fait en gentil-
homme de se desrober d'une place quant on y est sur
sa foy. » Domp Alonce respondit : < Je n'estois pas
délibéré en riens vous faire tort. Vous m'avez mis à
mil escus de rançon, dedans deux jours les vous eusse
envoyez , et ce qui m'en a fait partir a esté de desplai-
sir que j'ay pris pour n'avoir aucunes nouveUes de
mes gens. » Le bon chevalier, qui estoit encores tout
courroucé, ne prist pas ses excuses en payement, ainsle
fist mener en une tour et en icelle le tint quinzejours, sans
toutesfois le mettre en fers ne faire autre injure, ains
de son boire et manger estoit si bien traicté que par
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 99
raison s'en povoit bien contenter. Au bout de quinze
jours vint une trompette demander sauf-conduyt pour
ung de ses gens, qui luy vouloit apporter l'argent de
sa rançon. Il fut baillé, et par ainsi Tarant apporté
deux jours après, parquoy le seigneur domp Alonce
fut de tout pointz délivré. Si print congé du bon che-
valier et de toute la compaignie assez honnestement,
puis s'en retourna à André ; mais devant son parte-
ment il veit comment icelluy bon chevalier donna
entièrement l'argent de sa rançon à ses souldars, sans
pour luy en retenir ung seul denier.
CHAPITRE XXI.
Cûmment le seigneur domp Alonce de Soto-Maiore se
plaignit à tort du traietement que luy avoit fait le
bon chevalier y dont Hz vindrent au combat.
Quand le seigneur domp Alonce fut arrivé à André,
de tous ses compaignons et amys eut recueil merveil-
leux ; car à dire la vérité, il n'y avoit homme en toute
Tarmée des Espaignolz plus estimé que luy ne qui
plus désirast les armes. Si le confortèrent le mieulx
qu'ilz peurent, luy remonstrant qu'il ne se devoit point
fascher d'avoir esté prisonnier, que c'estoient fortunes
de guerre perdre une fois et gaigner l'autre, et qu'il
suffisoit que Dieu l'eust rendu sain et sauf parmy ses
amys. Après plusieurs propos, luy fut demandé de la
façon et la manière de vivre du bon chevalier, quel
honmie c'estoit, et comment durant sa prison il avoit esté
traicté avecques luy. A quoy respondit domp Alonce :
100 HISTOIRE DE BAYART
c Je VOUS prometz ma foy, messeigneurs, que, quant à
la personne du seigneur de Bayart, je ne cuyde point
que ou monde il y ait ung plus hardy gentilhomme ne
qui moins soit oyseux ^ ; car s'il ne va à la guerre,
sans cesse fait quelque chose en sa place avecques
ses souldars, soit à luyter ^, saulter, gecter la barre, et
tous autres honnestes passe-temps, que sçavent faire
gentilzhommes pour eulx exercer. De libéralité, il
n'est point son pareil, car cela ay-je veu en plusieurs
manières , mesmement quant il receut les mil ducatz
de ma rançon, devant moy les départit à ses souldars,
et n'en retint ung seul ducat. Brief à vray dire, s'il
vit longuement, il est pour parvenir à haultes choses.
Mais quant à ce que me demandez du traictement
qu'il m'a fait, je ne m'en sçauroye trop louer. Je ne
sçay si ce a esté de son conmiandement, mais ses
gens ne m'ont pas traicté en gentilhomme, ains trop
plus rudement qu'ilz ne dévoient , et ne m'en conten-
teray de ma vie^. » Lesungs s'esbahissoient de ses pa-
rolles, considéré l'honnesteté que l'on disoit estre au
bon chevalier ; les autres disoient qu'on ne trouve
jamais belle prison ; aucuns luy en donnoient blasme.
i. Oyseux, oisif.
2. Luyter, lutter.
3. Ir (Soto-Maior) redditus pristinae valetudini palam Terraliom
uti inhumanum et vilem habere, dicta factaque ejus elevare ut
plane videretur iliius existimationi et dignitati iliudere. (Am.
Ferron,]. lU, p. 45.)
Per eos dies Baiardus gallus, hispanum equitem ex nobili
Sotomaiore familia, ad singulare certamen provocarat, quum se
Gallus ab Hispano gravi affectum contumelia quereretur quo
durius ac iiiiberaiius quam deceret fuisset custoditus. (Paul Jov.,
i. U, f. 215.)
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 101
Et furent tant avant ces parolles que, par ung prison-
nier de la garnison de Monervyne qui retourna, fut
amplement informé le bon chevalier comment domp
Alonce se plaignoit oultrageusement du mauvais
traictement qu'il disoit luy avoir esté fait, et en
gectoit grosses parolles peu honnestes, dont il s'esmer-
veilla grandement ; et sur l'heure fîst appeller tous ses
gens, ausquelz il dist : c Messeigneurs , velà domp
Alonce qui se plainct parmy les Espaignolz que je Tay
si meschamment traicté que plus n'eusse peu. Vous
sçavez tous conmient il en va; il m'est advis qu'on
n'eust sceu mieulx traicter prisonnier qu'on a fait luy,
devant qu'il s'efforçast d'eschapper ; ne depuis, com-
bien qu'il ait esté plus reserré, ne luy a l'on fait chose
dont il se doive plaindre. Et sur ma foy ! si je pensois
qu'on luy eust fait tort, je le vouldrois amender envers
luy. Parquoy, je vous prie, dicte^moy si vous en avez
apperceu quelque chose que je n'aye point entendu. >
 quoy tous respondirent : c Gappitaine, quant sc'eust
esté le plus grant prince d'Espaigne, vous ne l'eussiez
sceu mieulx traicter, et fait mal et péché de s'en
plaindre ; mais les Espaignolz font tant les braves et
sont si plains de gloire que c'est une dyablerie. — Par
ma foy ! dist le bon chevalier, je luy veulx bien escripre
et l'advertir, combien que j'aye la fîebvre quarte, que,
s'il veult dire que jel'aye mal traicté, je luy prouveray
le contraire par le combat de sa personne à la mienne,
à pied ou à cheval, ainsi qu'il luy plaira. » Si demanda
incontinent ung clerc et escripvit unes lettres en ceste
substance : c Seigneur Alonce, j'ay entendu que, après
vostre retour de ma prison, vous estes plainct de moy,
et avez semé parmy voz gens que je ne vous ay pas
\0% HISTOIRE DE BAYART
traicté en gentilhomme. Vous sçavezbien le contraire;
mais pour ce que, si cela estoit vray, me seroit gros
déshonneur, je vous ay bien voulu escripre ceste lettre,
par laquelle vous prie rabiller autrement voz paroUes
devant ceulx qui les ont ouyes, en confessant, comme
la raison veult, le bon et honneste traictement que je
vous ay fait ; et ce faisant, ferez vostre honneur et
rabillerez le mien, lequel contre raison avez souUé*.
Et où seriez reff usant de le faire, je vous déclaire que
je suis délibéré le vous faire desdire par combat mortel
de vostre personne à la mienne, soit à pied ou à che-
val, ainsi que mieulx vous plairont les armes. Et,
adieu. De Monervyne, ce x® juillet. >
Par une trompette qui estoit au vaillant et noble sei-
gneur de la Palisse, qu'on appelloit la Lune, fut envoyée
ceste lettre à ce seigneur domp Alonce dans la ville
d'André ; laquelle, quant il Teut leue sans en demander
conseil à personne, luy fîst responce par la mesme trom-
pette, et escripvit unes lettres contenant ces motz : c Sei-
gneur de Bayart, j'ay veu vostre lettre que ce porteur
m'a baillée, et entre autres choses dictes dedans icelle
avoir esté par ,moy semé parolles devant ceulx de ma
nation que ne m'avez pas traicté en gentilhonmie, moy
estant vostre prisonnier, et que, ce- ne m'en desdiz,
estes délibéré de me combatre. Je vous déclaire
qu'oncques ne me desdiz de chose que j'aye dicte, et
n'estes pas homme pour m*en faire desdire ; parquoy
du combat que me présentez de vous à moy je l'ac-
cepte, entre cy et douze ou quinze jours, à deux milles
1. Soullé^ souillé.
2. Ce, si.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 103
de ceste ville d'André, ou ailleurs que bon vous sem-
blera. » La Lune donna ceste responce au bon cheva-
lier, qui n'en eust pas voulu tenir dix mille escus,
quelque maladie qu'il eust. Si luy remanda incontinent
qu'il acceptoit le combat, sans se trouver en faulte au
jour de l'assignation ^ La chose ainsi promise et accor-
dée, le bon chevalier en advertit incontinent le seigneur
de la Palisse, qui est oit homme fort expérimenté en
telles choses ; et le prist après Dieu pour son guidon,
et son ancien compaignon Bellabre. Si commencea à
approcher le jour du combat qui fut tel que vous
orrez 2.
i. Ghampier a reproduit au fol. xviij de son ouvrage une
lettre de Soto-Mayor à Bayart dont il prétend avoir trouvé lui-
même Foriginal dans Taumônière de la mère du bon chevalier.
Cette lettre, datée du 26 novembre 1503, est écrite en très-mauvais
espagnol mêlé d'italien, et à peu près incompréhensible, soit
qu'elle ait été mal déchiffrée par Ghampier, soit que Pierre de
Gordoue, qui la signa en qualité de secrétaire de Soto-Mayor, n'ait
pas su mieux faire. Elle parait destinée à régler les conditions du
combat. Bayart y répondit par la lettre suivante également repro-
duite par Ghampier : « Seigneur Alonce^ j'ay veu ce que m'avez
escript et suis contant que s'il y a aulcun François ny aultre qui
donne empesche à vous, que je soye vostre prisonnier ; aussi en
semblable, si les vostres me donnent empesche, serez mon pri-
sonnier, car ne veulx que défendre mon honneur de ce que dictes
et avez publié que ne vous ay pas bien traicté quant estiez mon
prisonnier, ny en gentilhomme, i (Ghampier, fol. xix.)
2. a Gognita namque causa Gonsalvius severe hominem increpavit
jussitque certaminis aleam subire ut animi subagresti ignominiam
Marte judice diiueret. i Ces paroles de Paul Jove (1. U, p. 215)
semblent indiquer que Soto-Mayor avait hésité à accepter de
vider sa querelle avec Bayart en champ clos. Ferron prétend
que si Soto-Mayor ne refusa pas le combat, c'est qu'il espérait que
Bayart, atteint d'un violent accès de fièvrOf ne pourrait y prendre
part, c Denique cum acuta febre laborare Baiardum nosset ad
certamen singulare hominem provocavit. » (L. m, p. 45.)
104 HISTOIRE DE BAYART
CHAPITRE XXIL
Comment le bon chevalin sans paour et sans reprouche
cambatit domp Alonce de Soto-Maiore et le vaincquit.
Quant se vint au jour assigné du combat, le seigneur
de la Palisse acompaigné de deux cens hommes d'ar-
mes, car desjà avoient les deux combatans cest accord
Tung à l'autre , amena son champion sur le camp,
monté sur ung fort bel et bon coursier , et vestu tout
de blanc par humiUté ; encores n'estoit point venu le
seigneur Alonce. Si alla la Lune le haster, auquel il
demanda en quel estât estoit le seigneur de Bayart. Il
respondit qu'il estoit à cheval en habillement d'homme
d'armes, c Gomment! dist-il, c'est à moy à eslire les
armes età luy le camp. Trompette, va luy dire que je
veulx combatre à pied'. > Or, quelque hardiesse que
monstrast le seigneur Alonce, il eust bien voulu n'en
estre pas venu si avant, car jamais n'eust pensé, veu
la maladie qu'avoit alors le bon chevalier, il eust jamais
voulu combatre à pied; mais quant il veit que desjà
estoient les choses prestes à vuyder, s'advisa d'y
combatre pour beaucoup de raisons : l'une, que à
i. AlphoQsus qui equitatu validam Baiardum sciret pedestrem
pugnam maluerat. (Ferron, loc. cit.)
Ledict Espaignol sçachant celuy François estre à cheval i'ung
des plus adroits qu'on sceust, ne le voulut combatre autrement
que à piedy armé de toutes pièces, réservé d'armet et de banière,
à visaige descouvert avec Testoc et le poignart, dont luy envoya
deux estocs et deux poignarts pour choisir et prendre le meilleur.
(Jean d'Anton, ffist. du roi Louis XII, 1620. T. H, p. 150.)
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 105
cheval en tout le monde on n'eust sceu trouver ung
plus adroit gentilhomme que le bon chevalier; l'autre,
que, pour la maladie qu'il avoit, en seroit beaucoup
plus foible; et cela le mettoit en grant espoir de
demourer vaincqueur. La Lune vint vers le bon che-
valier, auquel il dist : c Gappitaine, il y a bien des
nouvelles ; vostre homme dit à ceste heure qu'il veult
combatre à pied et qu'il doit éslire les armes. » Aussi
estoit-il vray; mais toutesfois avoit desjà esté aupa-
ravant conclud que le combat se feroit à cheval, en
acoustrement d'homme d'armes ; mais par là sembloit
advis que le seigneur domp Alonce voulsist fiiyr la
lice. Quant icelluy bon chevalier eut escousté la trom-
pette, demoura pensif ung bien peu, carlejourmesmes
avoit eu sa fiebvre; néantmoins d'ung courage lyonic-
que ^ respondit : c La Lune, mon amy, allez le haster ;
et luy dictes qu'il ne demourera pas pour cela que
aujourd'huy ne répare mon honneur, aydant Dieu ; et
si le combat ne luy plaist à pied, je le feray tout ainsi
qu'il advisera. » Si fîst cependant le bon chevalier
dresser son camp, qui ne fut que de pierres grosses
mises l'une près de l'autre , et s'en vint mettre à l'ung
des boutz, acompaigné de plusieurs bons, hardis et
vaillans cappitaines, comme les seigneurs de la Palisse,
d'Oroze, d'Ymbercourt, de Fontrailles, le baron de
Béam^ et plusieurs autres, lesquelz tous pryoient
1. Lyonicque^ de lion.
2. François d'Urfé, s'd'Orose, fils de Jean d'Urfé, s' de Roche-
pot, et dlsabeau de Langeac.
Adrien de Brimeu, s' d'Humbercourt.
Mighel d'Astarac, baron de Fontrailles.
'Ffençois de Béam, baron de Miossens, sénéchal de Marsan, fils
de Pierre de Béarn et de Madeleine de France. Il épousa Cathe-
rine de Béam.
106 HISTOIRE DE BAYART
Nostre-Seigneur qu'il voulsist estre en ayde à leur
champion. Quant La Lune fut retourné devers le sei-
gneur Alonce et qu'il congneut que plus n'y avoit de
remède que pour son honneur ne viensist au combat,
s'en vint très bien acompaigné, conmie du marquis de
Licite, de domp Diège de QuynonesS lieutenant du
grant cappitaine Gonssalle Ferrande , domp Pedro de
Haldes, domp Francesque d'Altemeze, et plusieurs
autres qui l'acompaignèrent jusque sur camp, où, luy
arrivé, envoya les armes au bon chevalier pour en
atoir le choix , qui estoient d'ung estoc et d'ung poi-
gnart, eulx armez de gorgerin et secrète ^ : il ne
s'amusà point à choisir, mais quant il eut ce qui luy
falloit. De fist autre dilation , ains par ung des boutz
fut mis dedans le camp par son compaignon Bellabre
qu'il print pour son parrain, et le seigneur de la Palisse
pour la garde du camp de son costé. Le seigneur domp
Alonce entra par l'autre bout , où le mist son parrain
domp Diego de Quynones, et pour la garde du camp
de sa part fut domp Francesque d'Altemeze. Quant
tous deux furent entrez, le bon chevalier se mist à
deux genoulx et fist son oraison à Dieu, puis se cou-
cha de son long et baisa la terre, et en se relevant fîst
le signe de la croix , marchant droit à son ennemy ,
aussi asseuré que s'il eust esté en ung palais à dancer
parmy les dames. Domp Alonce ne monstroit pas aussi
qu'il feust de riens espoventé : ains venant de droit
fil au bon chevalier luy dist ces parolles : c Seignor
1. Diego de Quifiones, fils d^ Antoine de Quiiiones et de Cathe-
rine Azevedo; d'abord lieutenant de César Borgia, il le divint
ensuite de Gronsalve de Gordoue.
2. Secrète^ casque sans yisiëre ou calotte de fer.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 107
de Bayardo^ que me quérezf ^ » Lequel en son langaige
respondit : c Je veulx deffendre mon honneur. » Et
sans plus de parolles se vont approcher. Et de venue
se ruèrent chascun ung merveilleux coup d'estoc, dont
de celluy du bon chevalier fut ung peu blessé le
seigneur Alonce au visaige en coulant. Croyez que tous
deux avoient bon pied et bon œil, et ne vouloient ruer
coup qui feust perdu. Si jamais feurent veuz en camp
deux champions mieulx semblans preudhommes,
croyez que non. Plusieurs coups se ruèrent l'ung sur
l'autre sans eulx attaindre. Le bon chevalier, qui
congneut incontinent la ruze de son ennemy qui , in-
continent ses coups ruez, se couvroit du visaige, de
sorte qu'il ne luy povoit porter donmiage, s'advisa
d'une finesse; c'est que, ainsi que domp Alonce leva
le bras pour ruer ung coup, le bon chevalier leva aussi
le sien, mais il tint l'estoc en l'air sans gecter son
coup; et comme honmie asseuré, quant celluy de son
ennemy fut passé , et il le peut choisir à descouvert ,
luy va donner ung si merveilleux coup dedans la gorge
que, nonobstant la bonté du gorgerin, l'estoc entra
dedans la gorge quatre bons doys, de sorte qu'il ne le
povoit retirer. Domp Alonce se sentant frappé à mort
laissa son estoc, et va saisir au corps le bon chevalier,
qui le prist aussi conune par manière de luyte^; et se
promenèrent si bien que tous deux tumbèrent à terre
l'ung près de l'autre. Le bon chevalier diligent et
soubdain prent son poignart et le mect dedans les
nazeaulx de son ennemy, en luy escriant : c Rendez-
1. Pour : « Senor de Bayardo^ que me quereis? »
2. Luyte^ latte.
108 HISTOIRE DE BAYART
VOUS, seigneur Alonce, ou vous estes mort, i Mais il
n'avoit garde de parler, car desjà estoit passé ^ . Alors
1. In eo itaque certamine fortuna jus dixit eo éventa ut Hispa-
nom Gallus, non obscuro pudore confùsam neque se promptissime
ad inferendos ictus ezplioibtem, gladii mucrone per sommam ju-
guli loricam conjecto ceierrime confecerit, Hispanis jure cadentem
omni contumeliarum génère onerantibus. (PaulJoYe, Uy. II,
p. 215.)
Gongressi ambo cum essent, primo ictu vane in cassidem im-
pacto ab Hispano, cum id vitasset Baiardus, ipso in colium hostis
gladio adacto quum armato boste longius aberrasset, tertio de-
mum per jugulum, vitata lorica, adacto necavitHispanum. (Ferron,
liv. m, p. 45.)
Lors que le seigneur Alonce fdst rué jus par terre, Bayard, ce
noble chevalier, dict à Alonce en ceste manière : « Or, sire Alonce,
recogneissez vostre faulte et criez mercy à Dieu... i Mais Alonce
ne respondit riens. Alors le noble chevalier Bayard tout aleigre et
joyeulx de la victoire luy osta son armet et sa visière et le trouva
qu'il ne respiroyt poinct et qu'il estoit desja mort. (Ghampier,
fol. XX.)
Processerunt u trique armis undique protecti et lato ense quo
équités uti soient, pugioneque rem gesserunt. In faciem punctim
qua galea oculis functionem suam exercentibus patebat, Sotoroaio-
rem pugione vulnerat Baiardus, unde plurimus sanguis efifluxit et
conduplicatis pluribus utrimque ictibus, tandem intérim, dum 8oto-
maior qua in hostem ensem dirigeret inspecturus caput déclinât,
ensem Baiardus inter galeam loricamque illi in guttur adigit
hominemque prostemit. (Belcarii Gommentaria, p. 264.)
Ghacun d'eulx costoioit son ennemy et approchoit de la lon-
gueur du glaive pour le cuider trouver en descouvert et donner
dedans ; et à une fois Pierre de Bayard, au rabatre Tun des coups
de TEspaignol, l'approcha de tant que en luy cuidant donner de
toute puissance de Testée au travers du visaige, comme celuy
Espaignol fleschist la teste en arrière, le coup feut assené en sa
gorgerète de telle force que au travers des mailles hijr entra en la
gorge plus de quatre doigts, tant que au tirer d'estoc grande abon-
dance de sang commença à ruisseller par dessus le hamois jusques
à terre ; dont cetuy Espaignol, comme forcené de cest outraige, à
toute force se voulut revenger et pour ce faire s'approcha tant de
son homme que chascun pensoit qu'il le voulust saisir au collet.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 109
son ^ parrain , domp Diego de Quynones commença à
dire : tSegnorBayardOj iàesmoerto; vincido aveizK »
Ce qui feut trouvé incontinent ; car plus ne remua pied
ne main. Qui fîit bien desplaisant? ce fut le bon che-
valier, car s'il eust eu cent mil escus il les eust voulu
avoir donnez et il r^éâi^peu vaincre vif. Ce néantmoins,
en congnoissantria grâce que Dieu luy avoit faicte, se
mist à genoulx , le remerciant très humblement, puis
baisa par trois fois la terre; après tira son ennemy
hors du camp et dist à son parrain : c Seigneur domp
Diego, en ay-je assez fait? » lequel respondit piteuse-
ment ^ : € Tropo^ seignor BayardOy per Vondre d'Es-
paigne. — Vous sçavez, dist le bon chevalier, qu'il est
à moy de faire du corps àlma voulenté; tqutesfois je
le vous rends, et vrayment je vouldrois, mon honneur
saufve, qu'il feust autrement^. » Brief, les Espaignolz
Et là s'essaya souvent et menu de luj rendre autant qu'il luy avoit
baillé, mais tant perdoit son sang que la terre oii ils estoient en
estoit toute enrougie et de moult s'afifoiblissoit. Toutesfois pour ce
ne démarchoit un seul pas, mais plus que devant se serroit contre
le François et tant que à la parfin se joignit à luy. Et ainsi à belle
poincte d'estoc se tasterent longuement l'un l'autre, et comme si
près l'un de l'autre feussent que de la main au visaige se peussent
toucher, Pierre de Bayard, françois, advisant son coup luy rua
soubdainement le poignard qu'il tenoit à senestre main de toute
sa force contre le visaige et entre l'œil senestre et le bout du nez
luy mist jusques a la poignée, tant que dedans le cerveau luy
entra. Dont par l'angoisse de la mort, dont estoit celuy Espaignol
attainct, tomba à la renverse et ledict Pierre de Bayard dessus sans
luy tirer le glaive de la teste ; et voyant que assez en avoit ne luy
voulut donner autre coup, mais meit les genouils bas et alla baiser
la terre en louant Dieu de la victoire que par son ayde avoit obte-
nue. (Jean d'Anton, Hist. de Louis XII, t. Il, p. 154.)
1. Pour : « Senor Bayardo, ja es muerto; vencido haheis. »
2. Pour : c TVopo, $ehor Bayardo^ par la honra de Espana, »
3. CSœso arma Baiardus non ademit, Hispanis sepeliendum dédit;
110 HISTOIRE DE BAYART
emportèrent leur champion en lamentables plains S et
les François emmenèrent le leur avecques trompettes
et clérons jusques en la garnison du bon seigneur de
la Palisse, où, avant que faire autre chose, le bon che-
valier alla à l'église remercier Nostre-Seigneur ; et
puis après firent la plus grant joye du monde. Et ne se
pouvoient tous les gentilzhommes françois saouUer de
donner louenge au bon chevalier, tellement que par
tout le royaulme, non-seulement entre les François,
mais aussi entre les Ëspaignolz, estoit tenu pour ung
des accompliz gentilzhommes qu'on sceust trouver^.
CHAPITâfE XXIII.
«
D'ung combat qui fut au royaulme de Naples de treize
Ëspaignolz contre treize François^ où le bon chevalier
fist tant d'armes qu'il emporta le pris sur tous.
On scet assez qu'entre toutes autres nations Ëspai-
gnolz sont gens qui d'eulx-mesmes ne se veuUent pas
abaisser et ont tousjours l'honneur à la bouche; et
combien que la nation soit hardie, s'ilz avoient autant
de prouesse que de bonne myne, il n'y auroit gens en
ce monde qui durassent^ à eulx. Jà avez entendu com-
aut si bi impendium sepulturs recusarent ultro sepulturas. Hi
cum victus esset illustri familia, laudato Baiardo, gratias egere,
abducto in sepulturam corpore. (Ferron, iiv. III, p. 45.)
i. Plains^ plaintes.
2. Brantôme, dans son Discours sur les duels, a reproduit, sou-
vent teituellement, le récit précédent. (Paris, 1873. Vol. VI,
p. 263.)
3. Durer, résister.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 111
ment le bon chevalier deffist le seigneur domp Âlonce
de Soto-Maiore, dont les Espaignolz avoient grant
dueil au cueur et cherchoient chascun jour le moyen
pour eulx venger. Il y eut entre les François et eulx,
peu de jours après le trespas du seigneur Alonce, une
trefve de deux moys ; la raison pourquoy , je ne la sçay
pas. Tant y a que^ diu*ant icelle trefve, les Espaignolz
s'alloient esbfrtre près des garnisons françoises, où
hors des dËpm aucunesfois des François qui
pareillemefi^P^hatoient ; et^av^nt souvent parolles
ensanble, mais tousjours leèÉbte Espaignolz ne de-
mandoient que riote ^ . llng jour entre les autres , une
bende de gentilzhommes espaignolz, hommes d'armes et
tous bien montez, se va embatre^ jusque près de la garni-
son du bon chevalier, où l'estoit venu veoir le seigneur
d'Oroze , de la maison d'Urfé , ung très gentil cappi-
taine, qui eulx deux de compaignie estoient saillis de
la place pour prendre Tair jusques à une demye-lieue,
où ilz vont rencontrer tesditz Espaignolz qu'ilz saluè-
rent, et les autres leur rendirent le semblable. Ilz
entrèrent en propos de plusieurs choses, et entre
autres parolles, ung Espaignol hardy et courageux,
qui se nommoit Diego de Bisaigne, lequel a voit esté de
la compaignie du feu seigneur domp Alonce de Soto-
Maiore et luy souvenoit encores de sa mort, dist :
€ Messeigneurs les François, je ne sçay si ceste trefve
vous fasche point ; il n'y a que huyt jours qu'elle est
commencée, mais elle nous ennuyé merveilleusement.
Si, cependant qu'elle durera, il y avoit point une bende
i. Riote, querelle.
2. Embatre, ébattre.
lis HISTOIRE DE BAYART
de VOUS autres, dix contre dîs:;^^ridBgt contre vingt, ou
plus ou moins, qui se wojètSMot combatre sur la
querelle de noz maistres, imy^lbrois bien fort les
trouver de mon costé; et ceulx qui seront vaincuz
demoureront prisonniers des autres. » Sur ces paroUes
se regardèrent le seigneur d'ôroze et le boîi chevalier,
qui dist : c Monseigneur d'Oroze, que vous semble de
ces paroUes? — Autre chose, dit-il, sinon que ce
gentilhomme parle très honnestement ; je^çaurois bien
que luy respondre, niais je vous prie, tant que je puis,
que luy respondez selon vostre oppinion. — Puisqu'il
vous plaist, dist le bon chevalier, je luy en diray mon
advis. Seigneur, mon compaignon et moy avons très
bien entendu voz parolles, et à vous ouyr désirez^
merveilleusement les armes nombre contre nombre.
Vous estes icy treize hommes d'armes ; si vous avez
vouloir, d'aujourd'huy en huyt jours, vous trouver à
deux mille d'icy, montez et armez, mon compaignon
et moy vous en amènerons treize autres et qui aura
bon cueur si le monstre. » Alors, tous les Espaignolz,
en leur langage, respondirent : c Nous le voulons. »
Ilz s'en retournèrent, et le seigneur d'Oroze et le bon
chevalier aussi dedans Monervyne; lesquelz assem-
blèrent leur compaignons, et au jour assigné se trou-
vèrent sur le lieu promis aux Espaignolz qui pareil-
lement s'i rendirent. De toutes les deux nations y en
avoit plusieurs autres qui les estoient venuz veoir. Ilz
limitèrent leur camp , soubz condition que celluy qui
passeroit oultre demoureroit pour prisonnier et ne
combatroit plus du jour ; pareillement celluy qui seroit
i. Désirez les armes, désirez combattre.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 113
mis à pied ne pourroit plus combatre ; et ou cas que
jusques à la nuyt Tune bende n'eust peu vaincre
Fautre, et n'en demourast-il que l'ung à cheval, le
camp seroit finy ; et pourroit remmener tous ses com-
paignons francz et quictes, lesquelz sortiroient en pareil
honneur que les autres hors dudit camp. Pour faire
fin, les François se misrent d'ung costé et les Ëspai-
gnolz d'ung autre : tous avoient lance en Tarrest. Si
picquèrent leurs chevaulx ; mais lesditz Espaignolz ne
taschèrent^ pas aux hommes, ains à tuer les chevaulx,
ce qu'ilz firent jusques au nombre de unze , et ne resta
à cheval que le seigneur d!Oroze et le bon chevalier.
Mai$ ceste tromperie ne servit de guères aux Espai-
gnolz, car oncques puis leurs chevaulx ne voulurent
passer oultre, quelque coup d'espron qu'ilz sceussent
bailler; et lesditz seigneur d'Oroze et bon chevalier
menu et souvent leur livroient aspres assaulx; puis,
quant la grosse troppe les vouloit charger, se reti-
roient derrière les chevaulx mors de leurs compai-
gnons, où ilz estoient conune contre ung rampart.
Pour conclusion, les Espaignolz furent bien frotez; et
combien qu'ilz fussent treize à cheval contre deux, ne
sceurent obtenir le camp jusques à ce que la nuyt
feust survenue sans riens avoir gaigné , parquoy con-
vint à chascun sortir suyvant ce qu'ilz avoient accordé
ensemble , et demoura l'honneur du combat aux Fran-
çois ; car ce fut très bien combatu durant quatre heures
deux contre treize sans estre vaincuz. Le bon chevalier
sur tous y fist d'armes tant que son bruyt et renonmiée
en augmentèrent assez ^.
1. Taschèrent, visèrent.
2. Ce combat de treize contre treize (ou de onze contre onze,
8
414 HI8T0m£ DE BAYART
CHAPITRE XXIV.
Comment le bon chevalier print ung trésorier et son
homme t qui portoient quinze mille ducatz au grant
cappitaine Gonssalles Ferrande, et ce qu'il en fist.
Environ ung moys après ce combat que les trefVes
lurent faillies, fut le bon chevalier adverty par ses
car les historiens contemporains ne sont pas d'accord là-dessos),
sur lequel le Loyal serviteur insiste si peu, fut très-célèbre et plu-
sieurs auteurs en ont rapporté les péripéties.
Placuit utrinque undecim deligi, dit Ferron (liv. III, p. 45).
Tranii locus delectus quem Veneti ex fœdere occuparant. Itali
scriptores narrant sex horis continuo pugnatum : inclinante
Victoria in Hispanos a Torsio, Mondraco, Petro Baiardo, Arturo,
Oiiverio Cabanaco, elusos Hispanos; hos enim septos alio-
rum equorum corporibus Hispanorum impetus sustinuisse cum
Hispanorum equi olfactu necatorum aliorum equorum commoti,
Hispanos équités excuterent. Venetos judices consultes utris vic-
toriam add^Qerent judicium amp liasse ita veluti comperendinato
judicio utrosque sibi victoriam arrogasse.
Addunt (Itali scriptores), écrit Beaucaire (Gkunmentaire, p. 264),
et aliud, Gailorum undecim cum sex Hispanis, quinque It^dis, qui
totas sex horas in agro Traniensi acriter pugnarint. Inclinante ad
Hispanos Victoria Petrum Terralium Baiardum , Torsium , Mnn-
dracum, Arturum, Olivarium Gabanacum csesorum equorum cada-
veribus quasi vallo quodam objectis, bostium impetum elusisse
quum Hispani, Italicique equi cadaverum olfactu aspectuque te^
riti sessores excusserûit, Venetos arbitres de Victoria non liquere
pronuntiasse.
Voici d'après Jean d'Anton comment se termina le combat :
« Finablement les Espaignols ennuyés de la longue attente de leur
desadvantageux combat demandèrent aux François s'ils s'en von-
loient sortir ne vaincus ne vainqueurs, et que ainsi feroient de leur
part. Dont les François, voyant le party humain et non à leur perte
et déhonneur, feurent de ce contents, mais à l'aller devant feut la
PAR LE LOYAL SERYITBUB. 115
espies que à Naples avoit ung trésorier qui ciiangeoit
monnoye à or pour l'apporter là part où estoit le
grant cappitaine Gonssalles Ferrande, et ne pouvoit
bonnement passer que ce ne feust à trois ou quatre
mille près de sa garnison. 11 ne dormit pas depuis
qu'il le sceut, sans y faire faire si bon guet que l'on
le vint avertir qu'il estoit arrivé en une place que
tenoient les Espaignolz, laquelle estoit seulement à
quinze mille de Monervyne , et que le matin , acom-
paigné de quelques genetaires ^ pour sa seureté, estoit
délibéré se retirer devers le grant cappitaine. Le bon
chevalier, qui grant désir avoit d'empoigner cest
argent, non pas pour luy, mais pour en d^artir à ses
souldars, se leva deux heures devant jour, et s'en alla
embuscher entre deux petites montaignetes, acom-
paigné de vingt chevaulx et non plus. Et envoya
d'ung autre costé son compaignon Tardieu avecques
vingt-cinq Âlbanoys, affin que s'il eschappoit par ung
costé ne peust eschapper de l'autre. Or le cas advint
question et la se cuiderent batre. Toutesfois d'un commun accord
les uns quand et les autres marchèrent jusques au milieu du camp
et là se feirent bonne chère et s'ehtrebrassèrent Tun l'autre et un
pied quand et l'autre sortirent hors, et les pris et vaincus feurent
remis à leur party. Et ainsi s'en allèrent a leurs garnisons » (Jean
d'Auton, t. II, p. 148).
Les historiens ne sont d'accord ni sur le nombre, ni sur lea
noms des compagnons de Bayart : il est à peu près certain cepen-
dant que François d'Urfé s' d'Orose, Pierre de Pocquières s^* de
Bellabre, Pierre de Guiffrey s** de Boutières, Olivier de Gha-
bannes, Antoine de Glermont, vicomte de Tallard, Jacques de
Montdragon, La Ghesnaye, Janus de Bouvans s** de Giriés, Jean
de Blosset s' de Torcy, Louis de Saint-Bonnet, Hector de la
Rivière et Noël du Fahy prirent part avec lui à ce combat.
i. Genetaires^ cavaliers montés sur des genêts ou chevaux de
petite taille, et légèrement armés.
116 HISTOIRE DE BAYART
tel : c'est que environ les sept heures au matin, les
escoutes^ duditbon chevalier vont ouyr bruyt de die-
vaulx, qui lui vindrent dire. Il estoit si à couvert
entre ses deux roches qu'on feust aiséement passé sans
l'appercevoir ; ce que firent les Espaignolz, qui au
millieu d'entre eulx avoient leur trésorier et son
homme, lesquelz en bouges^ derrière leurs chevaulx
avoient leur argent. Quant ilz furent oultre passez, ne
fut fait autre demeure ^, sinon par le bon chevalier et
ses gens donner dedans en criant : < France ! France !
à mort ! à mort ! > Quant lesditz Espaignolz se veirent
ainsi chargez et pris en désarroy, cuydant qu'il y eust
beaucoup plus grant nombre de gens qu'il n'y avoit,
se mirent en fuyte vers Barlète. Ilz furent ung peu
chassez et non pas loing, car on n'en vouloit que au
povre trésorier, lequel fut prins avecques son honm^
et menez à Monervyne. Eulx arrivez, furent des-
ployées leurs bouges, où on trouva de beaulx ducatz.
Le bon chevalier les vouloit faire compter, mais ledit
trésorier en son langage espaignol luy dist : < Non
contaeiZj Seignor; sono quinze milia ducados^. »
Sur ces entrefaictes va arriver Tardieu, qui, quant
il veit ceste belle monnoye, fut bien desplaisant
qu'il n'avoit fait la prise; toutesfois il dist au bon
chevalier : < Mon compaignon, je y ay ma part
comme vous, car j'ay esté de l'entreprise. — Il
est vray, respondit le bon chevalier en soubzriant,
mais vous n'avez pas esté de la prise. > Et pour le
i. Escoutes, guetteurs.
2. Bouges y valises.
3. Demeure, délai.
4. Pour : « No comteis. $ehor : son quinze mil ducados, »
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 117
faire débatre dist encores : < Et quant bien vous en
eussiez esté, vous estes soubz ma charge ; je ne vous
donneray que ce qu'il me plaira. > Sur cela se cour-
roucea ledit Tardieu, et en jurant le nom de Dieu dist
qu'il en auroit la raison. Si s'en alla plaindre au
lieutenant général du roy de France, qui manda le bon
chevalier, lequel vint incontinent. Luy arrivé, chascun
dist sa raison, lesquelles ouyes, ledit lieutenant géné-
ral demanda les oppinions à tous les cappitaines;
mais enfin fut par luy, suyvant ce qu'il avoit trouvé,
dit que Tardieu n'y avoit riens, dont il fut bien
marry. Toutesfois il estoit joyeulx et fort plaisant
homme, si se print à dire : < Par le sang sainct-
George ! je suis bien malheureux ! > Et puis s'adressa
au bon chevalier, en disant : < Par Dieu ! c'est tout
ung, car aussi bien me nourrirez-vous tant que serons
en ce pays. > Lequel se print à rire, et pour cela ne
laissèrent pas de retourner ensemble à Monervyne,
où quant ilz furent arrivez le bon chevalier, devant
Tardieu et pour plus le faire débatre , fist les ducats
apporter et iceulx desployer sur une table, et puis dist :
c Gompaignon, que vous en semble ? vecy pas belle
dragée. — Et ouy, de par tous les dyables, respondit-
il, mais je n'y ay riens; je vouldrois estre pendu, par
le sang-Dieu ! car si j'avoye seulement la moytié de
cela, jamais n'auroye faulte de biens etseroys homme
de bien toute ma vie. — Gonunent, cotoipaignon, dist
le bon chevalier, ne tiendra il que à cela que ne soyez
asseuré de vostre vie en ce monde ! Et vrayement ce
que n'avez peu ne sceu avoir par force, je le vous
donne de bon cueur et de bonne voulenté et en aurez
118 HISTOIRE DE BAYART
la droicte moytié. » Si les fist incontinent compter éL
luy livra sept mil cinq cens ducatz. Tardieu qui cuy-
doit auparavant que ce feust une mocquerie , quant il
se veit saisy^ se gecta à deux genoulx, ayant de joye
les larmes. aux yeulx, et dist : c Hélas! mon maistre,
mon amy, comment pourroy-je jamais satisfaire les
biens que me faictes? Oncques Alexandre ne fist
pareille libéralité. — Taisez-vous, compaignon; si
j'avoye la puissance, je ferois beaucoup mieulx pour
vous. > De fait, toute sa vie en fut riche Tardieu; car
au moyen de cest argent, après qu'ilz furent retournez
de Naples, vint en France, où en son pays espousa une
héritière, fille d'ung seigneur de Sainct-Blartin qui
avoit trois mille livres de rente. Il fault sçavoir que
devindrent les autres sept mil cinq cens ducatz. Le
bon chevalier sans paour et sans reprouche, le cueur
nect comme la perle, fist appeller tous oeulx de la
garnison, et chascun selon sa qualité les départit, sans
en retenir ung seul denier; puis dist au trésorier:
€ Mon amy, je sçay bien que si je vouloye j'auroys
bonne rançon de vous, mais je me tiens contant de ce
que j'ay eu; quant vous et vostre homme vouldrez
partir, je vous feray conduyre seurem^nt en quel-
que place de voz gens que vouldrez; et si ne vous
sera riens osté de ce qui est sur vous, ne ne vous
fouillera Ton point. » Si avoit-il vaillant à luy en
bagues ou en argent cinq cens ducatz et mieulx. Qui
fut bien aise? fut ce povre trésorier, lequel par une
trompette du bon chevalier, auquel il donna trois
i. Saisy, en possession des dueaU.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 119
escuz, fut oonduyt jusques à Barlète avecques son
homme, bien eureux, veu la fortune qui luy estoit
advenue, d'estre tumbé en si bonne main^
CHAPITRE XXV.
Comment le bon chevalier garda ung pont sur la rivière
de Garillanj luy seul^ V espace de demye-heurCy contre
deux cens Espaignoh.
Assez avez peu veoir en autre histoire comment au
royaulme de Naples, et vers la fin de la guerre qui fut
entre François et Espaignolz, se tint longuement
Farmée desditz François sur le bort d'une rivière dicte
le Garillan^, et Farmée des Espaignolz estoit de
Tautre costé. Il fault entendre que, s'il y avoit du costé
des François de vertueux et gaillards cappitaines,
aussi avoit-il du costé des Espaignolz, et entre autres
le grant cappitaine Gonssalle Ferrande, homme sage
et vigilant , et ung autre appelle Pedro de Pas , lequel
n'avoit pas deux couldées de hàult, mais de plus
i. Bayardus inter duas spéculas cum yiginti eqnitibus latitans,
cepit, fùgatis comitibas, exquestorem Hispanum cum famulo quin-
decim ducatomm millia ad Gonsalvum ferentem; ei Tardius
Rutenensis, stationis Minervincœ miles, se numquam inopia
laboratnrum dixit si eorum nummonim medietatem haberet, et
distributa horum ducatonim medietate reliquis stationis militibus,
prout singulorum virtus eiigebat, Bayardus alia medietate Tar-
dium donavit et exquestorem cum ejus famulo cœteris sa'vis libe*
ravit (Aymar du Bivail, p. 543).
2. Garigliano ou Lirï, fleuve qui prend naissance dans i'Abruzze-
Uitérieure.
120 HISTOIRE DE BAYART
hardye créature ireust-on sceu trouver ; et si estoit si
fort bossu et si petit que quant estoit à cheval on ne
luy voyoit que la teste au-dessus delà selle. Ung jour
s'advisa ledit Pedro de Pas de faire ung alarme aux
François ; et avecques cent ou six vingtz chevaulx se
mist à passer la rivière du Garillan en ung certain
lieu où il sçavoit le gué, et avoit mis ung homme de
pied derrière chascun cheval, garny de hacquebute^
U faisoit cest alarme afin que Tarmée y courust, qu'on
habandonnast le pont, et que cependant leur force y
vint et le gaignast. Il exécuta très bien son entre-
prise, et fist au camp des François ung aspre et chault
alarme où ung chascun se retiroit, cuydant que ce
feust tout l'effort des Espaignolz ; mais non estoit. Le
bon chevalier qui désiroit tousjours estre près des
coups, s'estoit logé joignant du pont, et avecques luy
ung hardy gentilhomme qui se nommoit Tescuyer
le Basco, escuyer d'escuyrie du roy de France
Loys XIP, lesquelz commencèrent à eulx armer quant
ilz ouyrent le bruyt. S'ilz furent bientost prestz et
montez à cheval, ne fault pas demander, délibérez
d'aller où l'affaire estoit; mais en regardant par le
bon chevalier delà la rivière, va adviser environ deux
cens chevaulx des Espaignolz qui venoient droit au
pont pour le gaigner, ce qu'ilz eussent fait sans
grande résistance, et cela estoit la totalle destruction
de l'armée françoise. Si commença à dire à son com-
paignon : < Monseigneur l'escuyer, mon amy, allez
vistement quérir de noz gens pour garder ce pont, ou
nous sommes tous perduz; cependant je mettray
1. Hacquebxite, arquebuse.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 1S1
peine à les amuser jusques à vostre venue , mais
bastez-vous. > Ce qu'il fist; et le bon chevalier, la
hnce au poing, s'en va au bout dudit pont, où de
l'autre costé estoient desjà les Espaignolz prestz à
passer ; mais comme lyon furieux va mettre sa lance
en arrest, et donna en la troppe qui desjà estoit sur
le pont, de sorte que trois ou quatre se vont esbran-
1er, desquelz en cheut deux en l'eaue, qui oncques
puis n'en relevèrent, car la rivière estoit grosse et
profonde. Gela fait, on luy tailla beaucoup d'affaires,
car si rudement fut assailly que, sans trop grande
chevalerie, n'eust sceu résister; mais comme ung tigre
eschaufië s'acula à la barrière du pont à ce qu'iiz ne
gaignassent le derrière, et à coup d'espée se detjfendit
si très bien que les Espaignolz ne sçavoient que dire
et ne cuydoient point que ce feust ung honune mais
ung ennemy ^ . Bnef , tant bien et si longuement se
maintint que l'escuyer le Basco son compaignon luy
amena assez noble secours, comme de cent hommes
d'armes, lesquelz arrivez firent ausditz Espaignolz
habandonner du tout le pont, et les chassèrent ung
grant mille de là ^ ; et plus eussent fait quant ils apper-
i . Il faut probablement lire le mot diable au lieu à*ennemi qui
nous parait un non-sens.
2. Si arrivèrent . les Espaignolz et fort frappoient sur Bayard,
mais le vertueulx chevalier à Tung donnoit sur le haulme, à Taultre
sur la teste et bras, les aultres ruoit en la rivière, dont les Espai-
gnolz estoient tous esbays. Et quant virent que par une si mer-
veilleuse force et rudesse les ruoit et gettoit dans la rivière, dont
bien tost cinq ou six tumbèrent dedans, parce qu'elle estoit moult
profunde et lymoneuse et les bords de la rivière si haulx que
cheval ne pouvoit arriver au dessus, voyant Espaignolz ainsi
ahontez d'ung Françoys, gettoient contre luy picques, lances et
122 HI8T0IRE DE BAYART
ceurent une grosse troppe de leurs gens de sept à
huyt œns chevaulx qui les venoient secourir. Si dist
le bon chevalier à ses compaignons : c Messeigneurs,
avons aujourd*buy assez fait d'avoir sauvé oestre
pont, retirons-nous le plus serréement que nous pour-
rons. > Son conseil fut tenu à bon, si commencèrrat
à eulx retirer le beau pas. Tousjours estoit le bon
chevalier le derrenier, qui soustenoit toute la diarge
ou la plus part, dont au long aller se trouva fort pressé
à l'occasion de son cheval qui si las estoit que plus ne
se pouvoit soustenir, car tout le jour avoit combatu
dessus. Si vint de rechief une grosse envahie des
ennemys, qui tout d'ung floc donnèrent sur les Fran-
çfiàki0k façon que aucuns furent versez par terre. Le
cheval du bon chevalier fut aculé contre ung fossé, où
il fut environné de vingt ou trente qui cryoient :
< Rende ^ rende ^ Seignor. » Il combatoit tousjours et
ne savoit que dire, sinon : c Hesseigneurs, il me fault
bien rendre, car moy tout seul ne sçaurois combatre
vostre puissance. > Or estoient desjà fort eslongnez ses
compaignons, qui se retiroient droit à leur pont,
cuydans tousjours avoir le bon chevalier parmy eulx ;
et quant ilz furent ung peu eslongnez, Tung d'entre
eulx , nommé le chevalier Guyfray * , gentilhomme du
aultres arnoys de guerre, mais tout ne leur servoit de riens pour
ce que le noble Bavard rabatoit tout; et dura le combat une grosse
heure. Alors vit Bayard le secours des Françoys aproucher de luy,
si cria à haulte voix : c Hastez vous, nobles Françoys, et secoures
moy » (Ghampier, fol. xxiii).
i. Pierre Guiffrey, s' de Boutières, mari de Glanda Robert et
ûls d'Âynard Guiffrey. Il fut Tun des compagnons de Bayart dans
le combat de 13 contre 13 dont nous avons vu plus haut le rédt, et
périt à la bataille de Gerignole (23 avril 1503).
PAR LE LOYAL 8ERVITKUR. 1S3
Daulpbiné et son voisin, commença à dire : c Hé!
messeigneurs , nous avons tout perdu ; le bon cappi*
taine Bayart est mort ou pris, car il n'est point
avecques nous. N'en sçaurons-nous autre chose? et
aujourd'hui il nous a si bien conduitz et fait recevoir
tant d'honneur! Je faiz veu à Dieu que s'il n'y devoit
aller que moy seul, je y retoumeray, et plustost seray
m(H*t ou pris que je n'en aye des nouvelles. » Je ne
sçay qui de toute la troppe fut plus marry quand ilz
congneurent que le chevalier Guyfray disoit vray.
Ghascun se mist à pied pour resangler son cheval et
remontèrent, et d'ung courage invaincu se vont mettre
au grant galop après les Espaignolz, qui emUmôient
la fleur et l'eslite de toute gentillesse, et seullement
par la faulte de son cheval; car s'il eust autant peu
endurer de peine que luy, jamais n'eusl esté pris. Il
fault entendre que, ainsi que les Espaignolz se reti-
roient et qu'ils emmenoient le bon chevalier, pour le
grant nombre qu'ilz estoient, ne se daignèrent amuser
à le desrober de ses armes, ne luy oster son espée
qu'il avoit au costé ; bien le dessaisirent d'une hache
d'armes qu'il avoit en la main; et en marchant
tousjours luy demandoient qui il estoît. Il qui
sçavoit bien que, s'il se nommoit par son. droit nom,
jamais vif il n'eschapperoit, par ce que plus le doub-
toient^ Espaignolz que homme de la nation françoise,
si le sceut bien changer ; tousjours disoit-il qu'il estoit
gentilhomme. Cependant vont arriver les François ses
compaignons cryant : < France ! France ! tournez, tour-
nez, Espaignolz; ainsi n'enmienerez-vous pas la fleut*
i. Doubtoienl, redoutaient.
1S4 HISTOIRE DE BAYÀRT
de chevalerie. > Auquel cry les Ëspaignolz, combien
qu'ilz feussent grant nombre, se trouvèrent estonnez;
néantmoins que d'ung visage asseuré resceurent oeste
lourde charge des François; mais ce ne peut si bien
estre que plusieurs d'entre eulx et des mieulx montez
ne feussent portez par terre. Quoy voyant par le bon
chevalier, qui encores estoit tout armé et n'avoit faulte
que de cheval , car le sien estoit recreu , mist pied à
terre, et sans le mettre en Testrier remonta sur ung
gaillart coursier dessus Mequelavoit esté mis par terre,
de la main de Tescuyer le Basco, Salvador de Borgia
lieutenant de la compaignie du marquis de la Padule^,
gaillan^entilhomme. Quant il se veist dessus monté,
commença à faire choses plus que merveilleuses, cryant :
€ France! France! Bayart! Bayart! que vous av^
laissé aller. > Quant les Espaignolz ouyrent le nom et
la faulte qu'ils avoient faicte de luy avoir laissé ses
armes après l'avoir pris, sans dire recours ou non^ (car
si une fois eust baillé la foy jamais ne l'eust faulsée),
le cueiur leur faillit, et dirent entre eulx : c Tirons
oultre vers notre camp, nous ne ferons meshuy^ beau
fait. » Quoy disant, se gectèrent au galop, et les
François qui voyoient la nuyt approcher, très joyeulx
d'avoir recouvert leur vray guydon d'honneur, s'en
retournèrent lyement ^ en leur camp , où durant huyt
jours ne cessèrent de parler de leur belle adven-
i . Dessus, de dessus.
2. Paul Jove appelle ce personnage Antonio, marquis délia Pa-
dula, et le dit oncle de Raymond de CSardonne, vice-roi de Napies.
3. Recours ou non, secouru ou non secouru.
4. Meshuy^ aujourd'huy.
5. Lyement, joyeusement.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 195
ture et mesmement des prouesses du bon chevalier.
En ceste mesme année, envoya le roy de France
Loys Xn®, en la conté de Roussillon, bon nombre de
gens soubz la conduicte du seigneur de Dunoys ^ , pour
la remettre entre ses mains ; mais ilz s'en retournèrent
sans grans chos^fidre qui à honneur montast, et si
y mourut de la part desditz François ung gentil che-
valier appelle le seigneur de la Rochepot^.
Depuis, je ne sçay de qui ftit la faulte, les François ne
séjournèrent guères ou royaulme de Naples, qu'ilz ne
retournassent en leur pays, les plusieurs en assez povre
estât ; et en passant par Romme, le pape Julles leur fist
tputplain decourtoysies, mais depuis les a bien vendues^.
Le vaillant cappitaine Loyé d' Ars , qui encores tenoit
quelques places en la Fouille et en sa compaignie le
bon chevalier sans paour et sans reprouche, après
Tarmée des François retournée, demourèrent oudit
royaulme en despit de toute la puissance yspanicque,
environ ung an, ouquel temps ilz firent plusieurs belles
saillies et lourdes escarmouches, dont la plupart em-
portèrent tousjours l'honneur^. Et plus eussent tenu
i. François d'Orléans, comte de Danois, duc de Longue ville,
gouYemeur de Gnienne, grand chambellan de France, fils de
François d'Orléans et d'Agnès de Savoie : il épousa Françoise
d'Alençon et mourut en 1512. L'expédi^ûjji du Roussillon eut lieu
en 1501 ; les troupes étaient sous les ordres des maréchaux de
Rieux, de Gié et du comte de Dunois. Après avoir été contrainte
de lever le siège de Salses , Tarmée française revint sur ses pas
sans chercher à prendre sa revanche.
2. René Pot, s' de la Rochepot, sénéchal de Beaucaire, fils de
Guy Pot et de Marie de Yilliers de TIle-Adam.
3. C'est-à-dire : le leur a fait payer cher depuis.
4. Soli Ludovicus Ars et Bayardus arces suas Neapolitanas us-
que in sequentem annum retinerunt, et cum militibus quos habe-
126 mSTOIRE DE BAYART
leursdictes places, n'eust esté que le roy Loys leur
maistre et souverain, leur manda les laisser et eulx en
venir ; ce qu'ilz firent à grant regret en Tan mil cinq
cent quatre' , et furent très honnorablement receuz d' ung
chascun conune bien Tavoient mérité, mesmement de
leur bon maistre le roy de France, qui, comme sage
et prudent, print les fortunes de la guerre ainsi que
pleust à Dieu les envoyer , auquel il avoit son princi-
pal recours. Je vous laisseray ung peu à parler de la
guerre, et viendray à desduire ce qui advint en France
et autres pays voisins durant deux ans.
CHAPITRE XXVI.
De pltisieurs choses qui advindrent en deux années j tant
en France^ Ytalie que Espaigne.
Après toutes ces choses passées, y eut quelque
abstinence de guerre entre France et Espaigne, qui
n'estoit guères bien à propos, car les ungs avoient ce
qu'ilz demandoient et les autres non. En l'an mil cinq
cens cinq mourut Jehanne de France^, duchesse de
Berry, qui avoit esté mariée au roy Loys XIP, lequel en
celle mesme année, en sa ville de Bloys, fut si griè-
vement malade qu'on ne luy espéroit vie, habandonné
bant hostes premebant. Inde Ludovic! régis jussu Franciam repe-
tire (Aymar du Rivail, p. 546).
i. L'édition originale porte encore ici la date de 4524; ainsi
que nous 1 avons déjà dit plus haut (p. 90), c'est 1504 qu'il faut
lire.
2. Le 4 février.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 487
de tous ses médecins et de tout remède humain ; mais
je croy que à la requeste de son peuple et par leurs
prières, car il estoit bien ajnné, au moyen que jamais
ne les avoit oppressfiiLpe l^uUez de tailles, Nostre-
Seigneur luy prolongisi ses jours. Oudit an mourut
domp Fédéric d'Ârragon au Ples^s-lez-Tours ^ jadis
roy de Naples, qui fut le dernier de la lignée de Pierre
d^Arragon, lequel sans raison ny moyen usurpa ledit
royaulme de Naples, et ne l'ont ceulx qui l'ont tenu
depuis et tiennent encores à autre 'tiltre. L'an mil cinq
cens rv^, une des plus triumpbantes et glorieuses
dames qui puis mille ans ait esté sur terre alla de vie
à trespas ; ce fut la royne Ysabel de Gastille, qui ayda,
le bras arnié, à conquester le royaulme de Grenade
sur les Mores , print prisonniers les enfans du roy
Ghico ^ qui occupoit ledit royaulme , lesquelz elle fist
baptiser. Je veulx bien assurer aux lecteurs de ceste
présente hystoire que sa vie a esté telle qu'elle a bien
> mérité couronne de laurier après sa mort. L'année
mesmes trespassa son gendre, qui par le décès d'elle
avoit esté son héritier, Philippes, roy des Espaignes
à cause de sa femme, archiduc d'Autriche et conte de
Flandres*. France ne perdit guères à sa mort, car il
y avoit semé ung grain qui peu y eust proufité.
i. Frédéric mourut le 9 septembre 1504.
2. n y a dans l'édition originale : 1526. C'est 1504 qu'il faut
lire. Isabelle la Catholique mourut le 26 novembre 1504 à Médina
del Campo.
3. Boabdil, dernier roi de Grenade, surnommé par les Espagnols
le petit roi.
4. Philippe le Beau mourut à Burgos le 25 septembre 1506.
1S8 HISTOIRE DE BAYART
Le pape JuUes, par le secours du roy de France et à
Tayde de son lieutenant génén^l ou duché de Milan, le
seigneur de Ghaumont, mesure Charles d'Âmboise,
homme diligent et vertueux, conquesta Boulongne sur
messire Jehan de Benetevoille ^ oudit an, où pour récom-
pense et pour payement bailla en France de beaulx par-
dons. Je ne sçay qui donna ce<xmseil, mais oncques
puis les François ne furent fort asseureii^ en Ytalie, car
avecques ce que ledit pape ne restMHÉto trop bon ,
il se fortiffia deçà.i^ Alpes à rencoiiï^des terres du
roy de France qu'il tenoit en Lombardie. Je m'en rap-
porte à ce qui s'en est ensuyvy depuis ; plusieurs pour
l'heure s'en trouvèrent bons marchans, car aucuns
cappitaines qui gouvernoient ce seigneur de Ghaumont
en eurent deniers de présent et aucuns de la plume
bénéfice^. Bref, c'est une diablerie quant avarice pré-
cède l'honneur, et cela a tousjours beaucoup plus régné
en France qu'en autre lieu ; si esse le plus excellent
pays de l'Europe, mais toutes bonnes terres n'appor-
tent pas bon fruict en quelque sorte que ce soit. Je
me tiendray avecques celluy qui a fait le rommant de
i . Charles d'Amboise, s' de Ghaumont, gouverneur de Paris et
de Normandie, maréchal de France, grand-maître de Tartillerie,
neveu du cardinal d'Amboise, s'empara sans difQculté de Bo-
logne sur Jean de Bentivoglio qui la possédait depuis quarante
ans, et il la remit au pape. Jean II Bentivoglio , fils d'Annibal
Bentivoglio, s** de Bologne , se réfugia à Milan où il mourut en
1508 à l'âge de 70 ans.
2. Plusieurs de ceux qui entouraient le maréchal de Ghaumont,
veut dire le Loyal Serviteur, trahirent la France et se firent payer
leur trahison, les hommes d'épée avec de l'argent, et les clercs par
des bénéfices que leur donna le pape.
\
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 189
la Roze, qu'on nomme maistre Jehan de MeungS lequel
dit que
. fieaalx dons donnent loz aux donneurs,
Mais ilz empyrent les preneurs.
Le roy d'Arragon, veuf par le trespas d'Ysabel, sa
femme, print Tannée mesmes la niepce du roy de
France, Germaine de Foix, qui fut enmenée en grant
triumphe en Espaigne, et la vint quérir le conte de
Siffoyntes et ung évesque Jacobin. Depuis qu'elle iîit
en Espagne, elle a bien rendu aux François les hon-
neurs qu'elle avoit reçeuz du pays, car jamais ne
fut veu de tous ceulx qui depuis l'ont congneue une
plus mauvaise Françoise^.
CHAPITRE XXVII.
Cpmmemt les Genevoys se révoltèrent et comment le roy
de France passa les monts et les remist à la raison.
Je ne veulx pas dire que tous vrais chrestiens ne
soient subjectz à l'église et qu'ilz n'y doivent obéyr,
mais je ne dis pas aussi que tous les ministres d'icelle
soient gens de bien, et de ce je puis bailler exemple
assez ample du pape JuUes, qui pour récompense des
bons tours ^ que le roy Loys luy avoit faiz de le faire
i. Jean.de Meung ou de Mehun, dit Glopinel, un des auteurs
du Roman de la Rose. U mourut vers 1320.
2. Germaine de Foix était fille de Jean de Foix, vicomte de
Narbonne, et de Marie d'Orléans, sœur de Louis XII; le célèbre
Gaston de Foix, le vainqueur de Ravenne, était son frère.
3. roMfi, services.
130 HISTOIRE DE BÀYÀRT
mettre, je ne sçay pas bien à quel tiltre, dedans Bou-
longne, pour commencer à chasser les François d'Ytalie,
par subtilz et sinistres moyens fist révolter les Gene-
voys* et mutiner le populaire contre les nobles, les-
quelz ilz chassèrent tous hors de la ville et esleurent
entre eulx ung duc appelle messire Paule de Novy^,
homme mécanique et de métier de tainturier. Ung
gentilhomme genevoys nommé messire Jehan Loys de
Flisco^, qui estoit fort bon françois, le seigneur de
Las^ qui tenoit le Ghastellet, et plusieurs autres en
advertirent le roy de France ; et pour ce que le sage
prince, qui en de telz affaires estoit assez congnois-
sant, veoit bien que si cela n'estoit bientost rabillé, il
en pourroit sortir de gros inconvéniens , délibéra de
passer les montz avecques bonne et grosse puissance ;
ce qu'il fist à grande diligence, car pour beaucoup de
raisons la matière le requéroit.
Le bon chevalier estoit alors à Lyon, malade
de sa fiebvre quarte, qui sans la perdre l'a gardée
sept ans et davantage; il avoit en ung bras ung
gros inc^yénient d'ung coup de picque que autres-
fois il avbit eu , et en avoit esté si mal pensé
que ung ulcère luy en estoit demeuré, qui n' estoit
1. ôenewys, Génois.
2. Paolo Novi, teinturier, fut élu doge piu^la populace de
Gênes en haine cUl parti aristocratique. Il s'enfuit à la rentrée
des Français, maïs trahi par un des siens, il fut pris et
décapité.
3. Jean-Louis de Fiesque, comte de Lavagna, fils de Sinibald,
fut obligé de sortir de Gènes avec 500 hommes qu'il amena au
secours des Français.
m
4. Le commandant du château de Gènes se nommait Galeas
Salazar. Le Ghàtelet était sous les ordres de Bernard de Las.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 431
encores du tout guéry*. Au retour du royaulme de
Naples, le roy son maistre^ j'avoit retenu pour ung
de ses escuyers d'escuyrie, attendant qu'il y eust
quelque compaignie de gens d'armes vacquant pour
Ten pourveoir. Si pensa en soy-mesraes que néant-
moins qu'il ne feust bien sain, si luy tourneroit-il à
grande lascheté où il ne suyvroit son prince, et ne
regardant à nul inconvénient, se délibéra marcher
avecques luy. En deux ou trois jours eut donné ordre
i^son cas, et se mist au passage des montaignes comme
les autres. Tant et si diligenmient chemina l'armée
qu'elle approcha la ville de Gennes, dont les habitants
i. Alors le noble Bayard estoit à Lyon malade d'une fiebyre
qnarte, laquelle il pourta longtemps, et oultre avoit a^.bras dextre
nng ulcère très mauvais et assez caverneux. Or ungiMbrje donnay
à soupper en ma mâiiBj^ audict capitaine Bayard et à sa cousine
damoiselle Magdalene Tarraille, femme de feu escuyer noble Claude
de Varey, panetier pour lors de la royne. Or advint au seoir en
souppant que je luy dictz : c Monsieur le capitaine, je me esmer-
veille de vous qui estes fort malade de la fièvre et oultre avez au
bras ulcère moult dangereulx, comme voulez aller i Gennes avec-
ques le roy, entre ses montaignes Pennines, et à la guerre vous
boutter en dangier. » Si me respond : « Certes vous dictes vérité,
mais à la nécessité on ne doibt laisser pour aulcune cbose son
prince, et mieulx aimeroys mourir avecques luy que de mourir
ycy à bonté, t Alors je luy dictz : c Seigneur capitaine, au moins
jusques serez bien guéry de vostre bras, aies après le roy, pour
n'estre si fort foullé de gens, avec monsieur le légat d'Amboise
jusques à Gennes et entre cy et là pourrés estre guéry de vostre
bras et aussi de la fièvre. — Certes, dict-il, monsieur mon amy,
vous dictes très bien, mais une cbose je crainctz à merveille; c'est
que les protbonotaires qui suy vent monsieur le légat chevauchent
nng tas de mulles espaignoles, lesquelles ruent souvent et j'ay
maalvaises grèves , par quoy craindroys plus les piedz des mulles
lesquelz n'ay pas acustumé et ayme mieulx estre entre les cbe-
vaulx qui me congnoissent, et moy eulx » (Cbampier, fol. xxvn).
132 HISTOIRE DE BAYART
furent fort estonnéz, car ilz espéroient en peu de jours
avoir gros secours du pape et de la Romaigne, mes-
mement de sept ou huyt mille hommes qu'on appelle
en Ytalie bresignelzS qui sont les meilleurs gens de
pied qui soient aux Ytales, et fort hardis à la guerre.
Ce néantraoins faisoient tousjours leur debvoir; et
mesmement au hault de la montaigne, par laquelle
convenoit aux François passer pour aller à la viDe,
avoient fait et construit ung fort bastillon à merveilles
garny de bonnes gens et d'artillerie, qui donna Ultre
d'esbahissement à toute Tarmée; dont le roy fist
assembler les cappitaines sçavoir qu'il estoit de
faire. Plusieurs furent de diverses oppinions; les ungs
disoient que par là se pourroit l'armée mettre en
hazart, et que au hault pourroit avoir grosse puis-
sance qu'on ne povoit veoir, qui les pourroient
repousser, s'on y alloit foibles, et faire recevoir une
honte. Autres disoient que ce n'estoit que canaille et
qu'ilz ne dureroient point. Le roy regarda le bon
chevalier auquel il dist : < Bayart, que vous eo
semble? — Sur ma foy, Sire, dist-il, je ne vous en
sçaurois encores que dire; il fault aller veoir qu'ilz
font là hault; et de ma part, s'il vous plaist m'en
donner congé, devant qu'il soit une heure, si je ne
suis mort ou pris, vous en sçaurez des nouvelles. —
Et je vous en prie, dist le roy, car assez vous entendez
en telz affaires. » Ne séjourna guères le bon chevalier
que avec plusieurs de ses amys et compaignons,
comme le viconte de Roddes, le cappitaine Maugiron,
1. On appelait ainsi un corps d'infanterie, armé de la pique et
combattant à la mode des Suisses. Il avait été formé par Alviano,
général vénitien dont il sera parlé plus loin.
PAR LB LOYAL SERVITEUR. 433
le seigneur de Beaudysner, le bastard de Luppé*, et
plusieurs autres jusques au nombre de cent ou six
vingtz, entre lesquelz estoient deux nobles seigneurs
de la maison de Fouez, les seigneurs de Barbazan et
d'Esparros, enfans du seigneur de Lautrec^, qu'il ne
fist sonner l'alarme. Tous assemblez, conunencea le
beau premier à gravir ceste montaigne. Quant on le
veit devant, il fut assez qui le suyvit, et travaillèrent
fort, avant qu'ilz feussent parvenuz jusques au hault,
où ilz prindrent ung peu d'aleyne, puis marchèrent
droit au bastillon, où en chemin trouvèrent forte
résistance, et y eut aspre combat; mais enfin les
Genevoys tournèrent le dos, où après vouloient courir
les François, mais le bon chevalier s'escria : < Non,
messeigneurs , allons droit au bastillon ; possible est
qu'il y a eacores des gens dedans qui nous pourroient
enclorre; il fault veoir qu'il y a. > A ce conseil se
tint ung chascun et y marchèrent. Ainsi qu'il avoit
dit advint, car encores dedans avoit deux ou trois
cens honmies , qui se misrent en deffense assez rude
pour le commencement, mais enfin guerpirent^ le fort
1. Gay Pot, 8' de Rhodes, fils de Jean Pot et de Souveraine de
Blanchefort; il épousa Isabeau de Saffré.
Pierre, dit Perrot de Maugiron, tué à Ravenne (1512).
François de Gnissol, s^ de Beaudinar et de Laleu, fils de Louis de
Grussol, 8' de Florensac, et de Jeanne de Lévis. Il épousa Péronne
de Salignac.
Jean de Gaste, bâtard de Luppé.
2. Odet et André de Foiz, le premier s^ de Barbazan, puis
vicomte de Lesparre et de Lautrec, maréchal de France, gouver-
neur de Guyenne et du Milanais, mort devant Naples le 15 août
1528. Us étaient fils de Jean de Foiz et de Jeanne d'Aydée.
3. Guerpirent le, déguerpirent du.
134 msTOmE de bayart
en fuyant comme fouldre au bas de la mmitagne pour
gaigner leur ville. Ainsi fut pris le bastillon^ Et
depuis ne firent les Genevoys beau fait, ains se ren-
dirent à la mercy du roy, qui y entra , et fist aux
habitans payer le deffiroy ^ de son armée , et à leurs
despens fist construire contre la ville ung fort^chasteau
1. Ck)iitra i quali mando Giamonte a combattere molti gentiiao-
mini e buon numéro di faataria, dà quali i Genovesi, per la molti-
tudine e il ventaggio del sito, si defendevano valorosamente e con
danno non piccolo de' Franzesi ; perché disprezzando inimici, oome
raccolti quasi tutti d'arteûci e d'uomini del paese, andavouo
volonterosamente non considerando la fortezza del luogo ad assal-
targli ; e gia era stato ferito, benche non molto gravamente, la
Palissa nella gola. Ma Giamonte volendo spuntargli di quel laogo
fece tirare ad alto due cannoni i quali battendogli per fianco gli
sforzano a ritirarsi verso il monte, su'l quale era fimasta i'altra
parte délie loro genti ; dove seguitandogli ordinariamente i Fran-
2iesi, quegU che erano a gvardâi de.Hastione, ancore che per il site
e per U fortificatione che v^ra Bta^fattt, potessino sicoramente
aspettare Tartigliria, dubitando chAlHk loro e la gente, ch'era su'l
monte non entrasse in mezzo quiikûiQ parte de Franzesi, Tabban-
donarono con somma infainia.' lyonde quegli che dal poggetto
avevano cominciato a ritirarsi verso il bastione, vedutoai ta^ato
il cammino, presono fuori délia strada consueta per haize et asph
precipitii la via di Genova, esseudo nel ritirarsi mortidi4orocirca
a trecento (Guichardin, LVI, p. 458).
Ghampier fait parler ainsi Bayart au roi dans cette circonstance :
ff Sire, je suys d'advys que devons hardiment monter la montaigne,
et combatre ses bourgeois et marchans de ville, et chasser hors de
ce bastillon ; et moy avecques ma fièvre quarte laquelle, à mon foet,
à ceste heure fut ailleurs et avecques mon bras bien foble, je vealx
monter le premier, i Et puis dit au capitaine Maugeron qui despuis
mourust devant Ravenne: « Gapitaine Maugeron, venez avecques
moy, car sousmes d'ung pays, et longtemps nous nous congnois-
sons. Suyvez moy, et si le bras est foible si sera aujourd'huy espé-
rimenté, quant aulx jambes elles sont agilles et légières pour bien
monter » (Ghampier, liv. XXVIII).
2. De/froy, entretien.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 435
qu'on nomma Godefa ^ . A leur duc fut la teste couppée
et à ung autre nommé Justinien ^ ; bref ilz furent assez
bien chastiéz pour ung coup.
Peu après se virent le roy de France et le roy d' Ar-
ragon, retournant de Naples en Espaigne, en la ville de
Savonne^, et y estoit sa fenwne Germaine de Fouez, qui
tenoit une merveilleuse audace; elle fistpeu de compte
de tous les François, mesmement de son frère le gentil duc
de Nemours, dont ceste histoire fera cy après mention.
Le roy de France festoya fort bien le grant cappitaine
Gonssalles Ferrande, et le roy d'Arragon porta gros
honneur au cappitaine Loys d'Ars, et au bon chevalier
sans paour et sans reprouche, et dist au roy de France
ces motz : c Monseigneur mon frère, bien est eureux
le prince qui nourrist deux telz chevaliers. » Les deux
princes, après avoir esté quelques jours ensemble,
prindrent congé; Tung alla en Ëspaigne et l'autre
retourna en sa duché de Milan.
CHAPITRE XXVIII.
*
Comment r empereur Maximilian fist la guerre aux Véni-
tiens ; oii le roy de France envoya le seigneur Jehan-
Jacques avecques grosse puissance pour les secourir.
Après la prinse de Gènes et la veue* des deux roys
1. Cette tour de Godefa fat construite sous la direction de Paul
de Beusserade, grand-maitre de Tartillehe.
2. Demetrio Giustiniani.
3. C'est dans cette entrevue de Savone que les deux rois jetèrent
les bases de la ligue de Cambrai contre les Vénitiens.
4. Veue, entrevue.
136 mSTOlRE DE BÀYART
à Savonne, celluy de France repassa par sa ville de
Milan, où le seigneur Jehan-Jacques luy fist ung des
triumphans bancquetz qui jamais fut veu pour ung
simple seigneur ; car quant on cherchera bien par-
tout, se trouvera qu'il y avoit plus de cinq cens per-
sonnes d'assiète^ sans les dames, qui estoient cent ou
six vingtz. Et n'eust esté possible d'estre mieulx ser-
vis qu'ilz furent de metz, entremetz, mommeries,
commédies et toutes autres choses de passe-temps.
Après s'en retourna le roy en France, où Tannée
ensuyvant fut adverty par les Véniciens, qui estoient
ses alliez, conunent l'empereur Maximilian descendoit
en leur pays et leur vouloit faire la guerre. A ceste
cause, par ung leur ambassadeur, qui estoit devers
luy, appelle Messire Anthonio Gondelmarre, luy fai-
soient supplier leur donner secours ; ce qu'il fist vou-
lentiers. Et manda au seigneur Jehan-Jacques y aller
avec six cens hommes d'armes, et six mille hommes
de pied ; à quoy il obéyt ; et se vint joindre avec la
puissance desditz Véniciens en ung lieu appelé la
Pèdre, où l'armée de l'empereur estoit desjà arrivée,
qui eust bientost passé plus oultre, n'eust esté la
venue dudit seigneur Jehan-Jacques qui Tarresta, et
depuis ne fist pas l'armée de l'empereur grans choses.
Véniciens, qui sont subtilz et caulx ', advisèrent qu'il
valloit mieulx appoincter que d'entrer plus avant en
la guerre, si en cherchèrent le moyen tant qu'enfin le
trouvèrent. Je croy bien qu'ilz fournirent quelque
argent, car c'estoit la chose en ce monde dont ledit
1. D'assiète, assises.
2. Caulx, rusés.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 137
empereur Maximilian estoit le plus soufifreteux. Si en
fist retourner son armée. Le seigneur Jehan-Jacques ,
qui en cest appoinctement n'avoit aucunement esté
appelle, n'en fut pas trop content, et dist bien au pro-
vidadour de la Seigneurie qu'il en advertiroit le roy
son maistre, et que, à son oppinion, trouveroit la
chose assez estrange et n'en seroit pas content. Cela
demoura ung peu en suspens , où durant ce temps le
roy de France, Loys XIP, alla faire son entrée en sa
ville de Rouen et sa bonne compaigne la royne, qui
fut fort triumphante ; car si les gentilzhonmies y firent
leur debvoir, les enfans de la ville n'en firent pas
moins. Il y eut joustes et tournois par l'espace^pDluoiyt
jours.
Cependant se dressa quelque traicté entre le
pape, l'empereur, les roys de France et d'Ëspaigne,
où, pour y mettre fin, fut, par eubc ou leurs ambassa-
deurs, cdnclud et accordé que l'on se trouverroit en
la ville de Cambray à certain jour par eulx pris. Et y
fut envoyé, de la part du roy de France, le cardinal
d'Amboise, légat oudit royaulme, son nepveu le grant-
maistre de France, seigneur de Chaumont, et chef des
armes de la maison d'Amboise, et plusieurs autres, et
de chascun des autres princes ambassadeurs avec toute
puissance. A quelle fin ilz conclurent, n'est riens
si certain que cq fut pour ruyner la Seigneurie de
Venise, qui, en grant pompe et à peu de congnois-
sance de Dieu, vivoient glorieusement et en opu-
lence, faisant peu d'estime des autres princes de
la chrestienté, dont peult-estre que Nostre-Seigneur
fut courroucé, comme il apparut; car, ains que ses
ambassadeurs deslogeassent de ladite ville de Tournay,
138 HISTOIRE DE BÀYART
firent aiiance amys d'amys et ennemys d'ennemys
pour leurs maistres , et là fut conclud que le roy de
France, en personne, passeroit après Pasques Tannée
ensuyvant qu'on diroit mil cinq cens et neuf, eo
Ytalie, et entreroit au pays des Yéniciens xl jours
devant que nuls des autres se meissent à lacampaigne.
Je ne sçay à quelle fin ilz avoient posé ce terme,
sinon qu'ilz vouloient taster le gué ; et peult-estre que
si le roy.de France eust eu du pire, en lieu de courir
aux Yéniciens, eussent couru sur luy-mesmes ; car je
n'ay jamais congneu qu'il y ait eu grosse amytié entre
la laçiiion de France et la maison d'Âustriche, et
paressaient ne s'accordoient pas bien le pape et le
roy, de France. Bref, il me semble, à dire le vray,
qu'ilz vouloient faire essayer la fortune aux François,
et vouloient jouer à ung jeu que jouent petis enfans à
TescoUe : S'il est bon je leprens; et s'il est mauvais je
le laisse. Toutesfois, si bien advint à ce bon roy Loys,
qu'il exécuta son entreprise à son grasit honneur et au
prouffit de ses alliez, conune vous entendrez.
CHAPITRE XXIX.
Comment le roy de France Loys X//* fist marcher son
armée en Ytalie contre les Yéniciens^ et de la vic-
toire qu'il en obtint.
Sur la fin de l'an mil cinq cens et huit, vers le moys
de mars, fist le roy de France marcher sa gendarme-
rie en sa duché de Milan, et pareillement ses avantu-
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 139
riers françois, qui estoient en nombre de quatorze à
quinze mille, lesquelz il bailla à gouverner et conduyre
à de bons et vertueux cappitaines, tels que les sei-
gneurs de Moulart, de Richemont, la Grote, le conte
de Roussillon, le seigneur de Vendenesse, le cappi-
taine Odet, le capdet de Duras' et plusieurs autres,
lesquelz chascun en leur endroit misrent peine d'avoir
des plus gentilz compaignons. Le bon chevalier sans
paour et sans reprouche en ceste saison fut envoyé
quérir pss le roy, qui luy dist : c Bayart, vous sçavez
que je m'en vois passer les montz pour avoir la raison
des Vénitiens, qui à grant tort me tiennent la conté
de Crémonne, la Géradade* et autres pays; je veulx
qu'en ceste entreprise, combien que dès à présent
vous donne la compaignie du cappitaine Chatelart^,
qu'on m'a dit qui est mort (dont je suis desplaisant).
i. Soffrey AUeman, 8' du Molart et d*Uriage, capitaine de
4,000 hommes de pied, lieutenant au gouvernement de Dauphiné,
fils de Guigue AUeman et de Marie Grinde ; tué à Ravenne (1512).
Philippe de Richemont.
François de Daillon, s' de la Grotte, capitaine de 50 lances, fils
de Jean de Daillon, s' du Lude, et de Marie de Laval, fut tué à la
journée dé Ravenne.
Jacques de Bourhon, comte de Roussillon, ûls de Louis, h&tard
de Bourbon, amiral de France.
Jean de Ghabannes, s' de Yendenesse, frère de la Palisse.
Gallet d'Aydie, vicomte de Ribérac, sénéchal de Garcassonne,
capitaine des Gascons, surnommé le capitaine Odet. Il était fils
d'Armand d'Aydie et épousa Anne de Pons.
Jean de Durfort, cadet de Duras, s' de Givrac , fils de Jean de
Durfort, s' de Duras, et de Jeanne de Rosans.
2. Giara d'Adda, province de Grémone.
3. Jean de Lay, s' du Ghastellart, gentilhomme dauphinois. Il
mourut au Pont-de-Beauvoisin au moment ot la guerre se pré-
parait.
1 40 HISTOIRB DE BÀYAKT
ayez soubz vostre charge des gens de pied et vostre
lieutenant, le cappitaine PierrepontS qui est très
homme de bien, conduira voz gens d'annes. — Sire,
respondit le bon chevalier, je feray ce qu'il vous
plaira ; mais combien me voulez-vous bailler de gens
de pied à conduyre? — Mille, dist le roy, il n'y a
honmie qui en ait plus. — Sire, dist le bon chevalier,
c'est beaucoup pour mon sçavoir, vous suppliant estre
contant que j'en aye cinq cens, et je vous jure ma
foy. Sire, que je mettray peine de les choisir, qu'ilz
seront pour vous faire service ; et si me semble que,
pour ung honmie seul, c'est bien grosse charge quand
il en veult faire son debvoir. — Bien, dist le roy,
allez doncques vistement en Daulphiné, et faictes que
soyez en ma duché de Milan à la fin de mars*. »
De tous les cappitaines n'y eut celluy qui très bien ne
fournist sa bende , et en sorte firent que à la fin de mars
ou au commencement d'avril furent tous passez et logez
par garnisons ou duché de Milan. Les Yéniciens, desjà
défiiez par le hérault Montjoye, délibérèrent eulx def-
fendre ; et sachans la puissance du roy de France qui
n'estoit point trop grande, car en toutes gens n'avoit
que trente mille hommes dont il povoit avoir vingt
mille hommes de pied, comprins six mille Suysses et
deux mille hommes d'armes, dressèrent une fort gail-
1. Pierre du Pont, dit le capitaine Pierrepont, lieutenant et
neveu de Bayart par Marie Terrail sa mère, femme de Richaid
du Pont, gentilhomme savoisien.
2. On trouvera à Tappendice Pordonnance du roi, datée du
12 janvier 1508, prescrivant une levée de gens de pied, suivie de
la promesse de Bayart et de cinq autres capitaines de se confor-
mer aux prescriptions qui y sont contenaes.
PAR LB LOYAL SERVITEUR. 441
larde armée, où ilz eurent plus de deux mille hommes
d'armes et bien trente mille honunes de pied. Leur
chef pour les conduyre estoit le conte Petilane, et le
cappitaîne général de leurs gens de pied estoit le sei-
gneur Berthelome d'Alvyano^ qui entre autres gens
en avoit une bonne bende de ses bresignelz , qui por-
toient sa livrée de blanc et rouge, tous gentilz compai-
gnons et nourriz aux armes. Je ne vous feray long
récit des courses, allées et venues .; mais enfin le roy
de France, ayant passé les montz et arrivé en sa ville
de Milan, entendit que les Yéniciens avoient repris
Trévy, une petite villete de la rivière d'Ade, que puis
peu de jours devant le grant-maistre seigneur de
Ghaumont avoit prise sur eulx, avecques les cappi-
taines Molart, la Grote, Richement et le bon chevalier,
qui avecques leurs gens estoient passez des premiers.
En laquelle ville de Trévy les Yéniciens, parce qu'elle
s'estoit tournée françoise, misrent le feu, enune-
nèrent les gens de cheval tous prisonniers, dont estoit
chief le cappitaine Fontrailles ; aussi fut prisonnier le
cappitaine de la Porte, le seigneur d'Estançon et deux
autres cappitaines de gens de pied, le chevalier Blanc
et le cappitaine Ymbault '. Ainsi ces nouvelles sçeues
1. Nicolas Orsîni, comte de Petigliano, fils d'Aldobrandino
Orsini et de Simone de Gonzague : il épousa Hélène Gonti et
mourut en 1509.
Barthélemi Alviano, général en chef des troupes de Venise, qui
plus tard, allié de la France, décida par son arrivée sur le champ
de bataille la victoire de Marignan. Il mourut en 1515.
2. André de la Porte, s' de TArtandière, du Dauphiné.
Jean d'Ëstanson, s' de la Boulaie, chambellan du roi, capitaine
de 50 hommes d'armes; il épousa Jeanne de Rosnivinen.
Antoine de Morard d'Arces, dit le Chevalier Blanc, s' de la
148 HISTOIRE DE BAYART
par ledit seigneur, marcha droit à Gassan, où il fist
incontinent sur ceste rivière d'Âde dresser deux pontz
sur bateaulx, où par l'ung faisoit passer les gens de
cheval, par l'autre les gens de pied, et luy-mesme,
armé de toutes pièces, y faisoit tenir l'ordre. L'armée
passée, le lendemain fut prise une petite ville app^llée
Rivolte, et mise à sac; et deux jours après en ung
village nonuné Aignadel au partir d'ung autre appelé
Paudin ^ , se rencontrèrent les deux armées des Fran-
çois et Yéniciens. Et combien que les cappitaines conte
de Petilano et le seigneur Berthelome d'Âlvyano eus-
sent exprès conmiandement de leur Seigneurie ne
donner point de bataille au roy, ains seullement tem-
poriser à garder les villes et chasteaulx affîn de les
myner par fascherie et longueur de temps, icelluy
d'Alvyano, plus hardy que bien advisé, se voulut
adventurer, pensant en luy-mesmes, conune présump-
tueux, qu'il ne sçauroit jamais avoir plus grant hon-
neur, à perte ou à gaigne, que d'avoir combatu ung
roy de France; et voulant essayer sa fortune, s'en
vint droit au combat, où il y eut dur assault et mortel
encombre; car, à vray dire, en la première pointe se
monstrèrent très bien les gens de la Seigneurie. Durant
ce combat, le seigneur Berthelome va adviser l'arrière-
garde des François, dont estoit le bon chevalier, qui
Bastie de Meylan, capitaine de 500 hommes de pied, puis lieute-
nant général du royaume d'Ecosse après la bataille de Flodden-
feld, qui coûta la vie au roi Jacques IV. Il fut assassiné par des
gentilshommes écossais en 1521.
Ymbault ou Humbert de Rivoire, s' de Romagneu, capitaine
de 500 hommes de pied.
1. Rivolta, Agnadello et Pandino, bourgs dans le territoire de
Grema.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 143
marchoit d'ung désir merveilleux, en passant fossez
plains d'eaue jusques au cul, laquelle luy venoit don-
ner sur ung des costez qui fort esbayrent luy et sa
rotte^ N'onques puis ne firejod^grant effort, ains furent
rompus et du tout <ic4NJP^f^^ rouges et blancs^
demourèrent sur le cbiÉ^py^* ï^dit d' Al vyaQOj» jsprès
avoir esté blessé en plusieurs lieux, fut pris priisonnier
du seigneur de Vendenesse, ung droit ^ petit lyon,
frère du gentil seigneur de la PaUsse. Le conte Peti-
lano, voyant ses gens de pied deffaietz, ne voulut plus
tempter la fortune, et à * toute sa gendarmerie se retira
ung petit bien tost. Il eut la chasse, mais peu y en
demoura, car les gens de pied amusèrent les François,
lesquelz, après avoir fait leur devoir, se retirèrent
chascun à son enseigne à peu de donmiage. De leurs
ennemys en demoura quatorze ou quinze mille sur le
camp. Le seigneur Berthelome fut mené prisonnier au
logis du roy; lequel après disner fist faire ung faulx
alarme pour congnoistre si ses gens seroient diligens
si ung affaire venoit. On demanda à ce seigneur
d'Alvyano que ce pouvoit estre ; il fist responce en
son langaige : « Il fault dire que vous voulez com-
batre les ungs contre les autres, car de noz gens je
vous asseure sur ma vie qu'ilz ne vous visiteront de
quinze jours. » Et en se mocquant, congnoissant sa
nation, disoit ces parolles. Ladicte bataille fut le qua-
torziesme jour de may mil cinq cens et neuf ^.
1. Botte, troupe. ^-
2. Les bresignels.
3. Droit, vrai. .
4. A, avec. *
5. Questa fu la giomata famosa di Giaradadda, o corne altri
444 HISTOIRE DB BAYART
CHAPITRE XXX.
Comment le roy de Frakce Ims XW gaigna toutes
les villes et places des Véimiens jusques à Pes-
quere.
Le roy de France séjourna ung jour ou deux ou
camp de la bataille ; cependant le chasteau de Gazavas *
se voulut faire batre d'artillerie, mais en deux heures
il fut emporté , et y eut quelques rustres dedans pris,
lesquelz essayèrent si leur col pourroit par force em-
porter ung créneau. Gela espovanta ceulx qui estoient
aux autres places, de sorte qu'oncques ^uis ne se
trouva ville ny aucune forteresse qui voulsistcombatre,
excepté le chasteau de Pesquere^ ; dont mal en print à
ceulx de dedans, car tous y moururent ou peu en
eschappa qui furent prins prisonniers , entre lesquelz
estoit ung providadour de la Seigneurie et son filz, qui
voulurent payer bonne et grosse rançon ; mais cela ne
leur servit de riens, car chascun à ung arbre furent
tous deux penduz, qui me sembla grande cruaulté. Ung
fort gaillart gentilhonmie, qu'on appelloit le Lorrain,
avoit leur foy, et en eut grosses paroUes avecques le
grant-maistre, lieutenant général du roy ; mais il n'en
amenda d'autre chose. Le roy de France se logea au-
chiamano di Vailà. Per memoria délia quale il re fece, nel luogo
ove si era combattuto, edificare una cappella, onorandola col nome
di Santa Maria délia Vittoria (Guichardin, 1. Vm, c. 2).
1. CaravaggiOf à 4 1. de Grema.
2. Peschiera^ sur le lac de Garde, province de Vérone.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 145
dit Heu de Pesquere, après avoir eu en ses mains
toutes les villes et places par luy querellées * , comme
Crémonne, Crème 2, Bresse, Bergame et cent autres
petites villes, que toutes il eut en cinq ou six jours,
excepté le chasteau de Crémonne, qui tint quelque
temps, mais enfin se rendit. Et bien fist davantage
ledit prince, car par le moyen de la bataille qu'il gai-
gna, fut rendu au pape JuUes, Ravenne, Fourly,
Ymole, Fayence^, et plusieurs autres places que les-
ditz Véniciens tenoient en Rommaigne , et au roy
d'Espaigne, en son royaulme de Naples, Brindis * et
Otrante, et à luy-mesmes furent présentées les clefz
des villes de Véronne, Vincence et Padoue, mais il
les mist entre les mains de l'empereur qui les querel-
loit. Toutesfois il ne garda guères bien les aucunes ,
dont mal luy en print, comme vous verrez cy-après.
Sur ces entrefaictes, le reste de l'armée des Véniciens
bien estonnée, se retira vers le Trévizan et le Fryol,
cuydans que tousjours on les deust suyvre, ce qui ne
se fist pas, qui fut gros malheur pour l'empereuri
lequel de jour en jour s'attendoit par le roy de France
en ceste petite ville de Pesquere, car prrâiiâ avoit se
trouver dedans ung vaisseau, acompaigné comme bon
luy eust semblé, sur ung lac qui environne partie de
ladicte ville de Pesquere, pour parlamenter ensemble
plus amplement de leurs affaires; et à ceste cause
ti *-"
i. Querellées, réclamées. •/ .
2. Crema, dans la province de Crémone.
3. For/i, chef-lieu de la provinoe^de ce nom. — Imola, ville de
la province de Bologne. — Faenza^ ville de la province de
Ravenne.
4. Brindisi^ ville de la Terre d'Otrante.
10
1i6 mSTOIRE DE BAYART
avoit esté envoyé vers luy le légat d'Âmboise juaques
à RouvrayS mais oncques ne le sœut amener. Par-
quoy, après son retour, et qu'il eut amené l'évesque
de Gurse^, ambassadeur pour ledit empereur, devers
le roy de Fraoûe, .lequel vint tellement quellement
excuser son.imurti!»» s'en retourna par ses journées à
Milan au oommehoement de juillet.
Gepend^t la ville de Padoue, en laquelle Fem-
pereur avoit seullement envoyé huyt bens lansque-
netz pour la garde, laquelle a six mille de tour,
fut reprise par les gens de la Seigneurie de Venise;
et y entra messire André Grit ^ avecques ung
autre cappitaine appelle messire Luce Mallevèche*,
par une subtillité telle que je vous diray. Touft-
jours avoient les Véniciens quelque intelligence eo
la ville , et fault bien noter une chose : qu'oncques
seigneurs ne furent sur la terre plus ayméz de leurs
sucyectz qu'ilz ont tousjours esté, et seullement pour
la grande justice en quoy ilz les maintiennent. Or,
entendez sur le commencement de juillet, qui est le
temps que pour la seconde fois on fauche les foings eo
YtaHe, ung mardy matin, s'estoient venuz embuscher,
à ung gect d'arc de ladicte ville , qui est à Tentour
plaine d'arbres, tellement qu'on ne sçauroit veoir
guères loing, lesditz cappitaines messire André Grit et
messire Luce Mallevècbe, avecques quatrç«enshonunes
■k.
1 . Rovere di Vélo, vuèe de la province de Vérone.
2. Mathieu Langea, évoque de Gurk (lilyrie), secrétaire parti-
culier de l'empereur MtximilioA. ^
3. André Gritti, qui fut plus lùtd 7l523) doge de Venise ei mou-
rut en 1539.
4. Lucio Malvttza, d'une familia noble de Bologne.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 147
d'armes et deux mille hoi^^ de pied. Or, en ceste
ville de Padoue, chascun jdtfMe recueilloit ordinaire-
ment force foings, et en ce qtiartier-là font les charre-
tées grandes, de sorte que au passer en une porte elles
y entrent quasi à force. Le jour de leur embusche,
dès le point du jour, ses charrettes commençoient à
entrer dedans ladicte ville. Quant quatre eurent passé,
après la cinquiesme venoient six hommes d'armes
v^fiîciens, et derrière chascun de leurs chevaulx ung
hmfme de pied garny de bacquebute toute chaînée, et
parmy eulx avoient une trompette pour sonner incon^
tinent qu'ilz auroient gaigné la porte, affin que la
grosse force qui estoit en embusche vint. Si peu de
lansquenetz qui estoient dedans la ville faisoient fort
bon guet et ne tenoîent que deux portes ouvertes, où
pour le moins y avoit tousjours à chascune trente
honunes de garde. 11 y avoit ung gentilhommç de la
ville, nommé messire Geralde Magunp, qui estoit
adverty par la Seigneurie de ceste entreprise, et avoit
en charge que quant il verroit l'affaire ocMamencé, se
devoit mettre en armes et tous cenlx qui t^noient leur
party . Geate cinquiesme charrette vint à passer, laquelle
entré, sesmhommesd'armes qui suyvoient comraen-
cèrent à crier : < Marco ! Marco ! » Leurs gens de pied
se gectèrent à terre et deschargèrent leurs hacque-
butes de sorte que chascun tua son honmie, car ilz
tiroient en bute. Les povres lansquenetz qui se virent
surpris ftirent bien estonnez ; toutesfois ilz se misrent
en deffence et sonnèrent l'alarme. Gela leur valut peu,
car incontinent que la trompette eust été entendue, la
grosse flote va venir faisant ung bruyt merveilleux, en
cryant : < Marco! Marco! Ytalie! Ytalie! » D'une autre
148 mSTOIRE DE BAYART
part, ce gentilhomme messire Geraldo Magurin avoit
fait son effort en la ville . dont des maisons sortirent
plus de deux mil honmies armez, avecques ronçons *
et javelines, de façon que les lansquenetz ne sceureM
que faire, sinon qu'ilz se serrèrent, et tous ensemble
se vont gecter en la place, où ilz se misrent en bataille.
Ne demoura guères qu'ilz ne feussent assailliz en deux
ou trois lieux ; mais oncques gens ne se deffendirent
mieulx, car ilz furent plus de deux heures devant
qu'on les sceust rompre. Enfin il vint tant de gens
qu'ilz ne peurent plus soutenir le fès. Hz furent envers,
rompuz et tous mis en pièces, sans que jamais eo
feust pris ung à mercy, qui fut grosse pitié ; mais ilz
vendirent bien leur vie, car d'entre eulx ne peut mou-
rir que ce qui y estoit, mais ilz tuèrent plus de quinze
cens hommes, tant de la ville que des gens de guerre.
Toutesfois la ville de Padoue fut prise, en laquelle
bientost après survint le conte Petilano, qui onist
grosse diligence pour la faire ramparer et fortifïier,
bien considérant qu'elle feroit bon besoing à la sei-
gneurie. Ces nouvelles vindrent aux oreilles de l'em-
pereur, qui cuyda désespérer, et fist veu à Dieu qu'il
s'en vengeroit et que luy-mesmes yroit en personne ;
ce qu'il fist. Il escripvit unes lettres au roy de France,
qui estoit encores à Milan , que son plaisir feust luy
ayder de cinq cens hommes d'armes pour trois moys,
à ce qu'il peust mettre les Yéniciens à la raison,
ce qui luy fut accordé, et s'ensuyvit ce que vous
orrez.
i. Ronçon, épieu.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 149
CHAPITRE XXXI.
Comment le roy de France envoya le seigneur de la
Palisse au secours de T empereur avecques cinq cens
hommes d'armes et plusieurs cappitaines^ desqueh
estoit le bon chevalier sans paour et sans reprouche.
Quand le roy de France entendit que Padoue estoit
révoltée, fut bien marry, et encores plus de ce que
c'estoit par la faulte de l'empereur, qui pour garder
une telle ville avoit seulement envoyé huyt cens lans-
quenetz. Toutesfois, à la requeste dudit empereur,
commanda au seigneur de la Palisse qu'il print cinq
cens des plus gaillards bonmies d'armes qui feussent
en Ytalie, et qu'il s'en allast au service de l'empereur,
qui descendoit au Padouan. Ledit seigneur qui ne
demandoit que telles commissions, car c'estoit toute
sa vie que la guerre, délibéra faire son préparatif, et
ainsi qu'il sortoit du chasteau de Milan, trouva le bon
chevalier auquel il dist : < Mon compaignon, mon
amy, voulez-vous pas que nous soyons de compa-
gnie? » Si luy déclaira l'affaire plus au long. Il qui ne
demandoit pas mieulx, mesmement d'estre en sa
compaignie, gracieusement luy respondit qu'il estoit
à luy, pour en disposer à son plaisir. De ceste
mesme entreprise furent le baron de Béarn qui mena
une partie de la compaignie du duc de Nemours, le
baron de Conty qui avoit cent hommes d'armes, le
seigneur Theode de Trévolz, le seigneur JuUes de
Sainct-Séverin, le seigneur d'Ymbercourt, le cappi-
150 HISTOIRE DE BAYART
taine la Glayete, le seigneur de la Grote, lieutenant
du marquis de Montferrat^ et le bon chevalier. Aveo-
que3 lesquelz cinq cens hommes d'armes se misrent
en compaignie plus de deux cens gentilzhommes, et
entre autres le fîlz aisné du seigneur de Bucy ^, cousin
germain du grant-maistre seigneur de Cbaumont, qui
luy bailla vingt de ses hommes d'armes et deux gail-
lara gen&ilzhommes, Tung appelle le seigneur Bonnet',
Breton, très renommé chevaKàr, et l'autre le seigneur
de Myponft) du duché de BoUiPgoligne, lesquelz le bon
chevalier tenoit avecques luy comme ses frères, et
fort les honnoroit pour la grande prouesse quil sça-
voit en eulx. Le cas du gentil seigneur de la Palisse
prest, commencea à marcher avecques ses aompai-
i. Gaston de Foix, duc de Nemon», gouverneur du Dauphiné,
fils de Jean, comte de Foiz, et -da. Ifarie d'Orléans. Tué à la
journée de Ravenne, en 1^2, à l'Agé dft.24 ans.
Frédéric de Mailly, baron de CSond, tchanson du roi, sénéchal
d'Anjou, fils d'Adrien de Mailiy et de Jflpine de Bergues, épousa
Louise de Montmorency et Ait toé fl^^ftiS au siège de Milan.
Théodore Trivulce, comte d» lit mrie et de Pizzetone, capi-
taine de iOO lances, puis maréchal de France et gouverneur de
Lyon, neveu de J.-J. Trivulce, fils de Pierre Trivoioe et de
Laure de Bossis ; il épousa Bonne de Bevilaqua et mourut en
IMI.
^ Jules de Saint-Séverin, fils de Galeas de Saint-Séverin, grand
écuyer de France, et d'une fille de Louis le More, duc de MUan.
Marc de Ghantemerle, bâtard de la Clayette, fils de Hugues de
Ghantemerle.
Guillaume Paléologue, marquis de Montferrat, fils de Boniface
et d'Hélène de Brosse, épousa Anne d'Alençon, puis Marie de
Foix, et mourut à Tàge de 30 ans, en 1518.
2. Jean d'Amboise, s' de Bussy, conseiller et chambellan du
roi.
3. Jacques Bonnet, s' de Mazuel, fils de Charles Bonnet et de
Catherine de Mardllac, épousa Marguerite de Ferrariol.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 151
gnons et se tira droit à Pesquere. Cependant le roy
de France print son chemin à son retour en son
royaulme, laissant sa duché et ce qu'il avoit conquis
sur ses ennemys paisible.
Il fault sçavoir que, incontinent que les Yéni-
ciens eurent repris Padoue, s'en allèrent courir
jusques devant Yincence, qui incontinent se re-
tourna ; aussi n'est-elle pas ville pour tenir contre
puissance. Hz en voulurent autant faire de Yéronne,
mais le bon seigneur de la Palisse qui en avoit
esté adverty deslogea avecques ses compaignons deux
heures devant jour d'ung lieu appelle Yillefranche * ,
et se vint présenter devant la ville, qui leur donna
craincte, et par ce moyen s'en retournèrent lesditz
Yéniciens vers Yincence; mais s'ilz eussent pu gai-
gner Yéronne, le secours du seigneur de la Palisse
s'en pouvoit bien retourner, car la ville est forte et
passe par dedans une rivière fort impétueuse, telle-
ment que, sans autre effort que de gendarmerie,
n'eust pas esté rendue si tost. Bien en print au sei-
gneur de la Palisse de sa bonne diligence, mesmement
de celle du bon chevab'er, qui tousjours menoit les
coureurs. Il n'avoit alors que trente hommes d'armes
soubz luy, mais il en y avoit vingt et cinq qui méri-
toient d'estre cappitaines de cent. Toute ceste troppe
de gendarmerie entra dedans Yéronne, où l'évesque
de Trente ^, qui y estoit pour l'empereur, les receut à
grant joye, car il avoit eu belle peor. Ilz furent seule-
ment deux jours dedans la ville, fort bien festoyez
i . Villa franca di Verona, ville de la province de Vérone.
2. Georges de Neideck.
152 HISTOIRE DE BÂYART
des habitans et puis tirèrent vers Vinoenoey où incon-
tinent que ceulx que la Seigneurie y avoit mis le sceu-
rent, deslogèrent et se retirèrent, les ungs à Padoue,
Jes autres à Trévize. Dedans Yincence Ait le seigneur
de la Palisse et ses compaignons cinq ou six jours,
attendans quelques nouvelles de l'empereur, lequel on
disoit estre desjà aux champs. Quant ilz virent qu'il
n'approchoit point, partirent de Vincence et allèrent
en ung gros village appelle Castel-Franc S où ilz séjour-
nèrent quinze jours ; cela estoit à dix mille de Padoue.
Cependant arriva au camp des François le seigneur
du Ru avecques quelques honunes d'armes bour-
gongnons et environ six mille lansquenetz, que con-
duysoit ung seigneur d'Almaigne, gentil prince et
hardy, entreprenant à merveilles, comme il a monstre
tant qu'il a vescu; on l'appelloit le prince de Hanno^.
Au conunencement d'aoust arriva l'empereur au pied
de la montaigne, au dessoubz d'ung chasteau appelle
Bassan^, et tout son équipage après luy, lequel, com-
bien qu'il n'y eust pas grande montaigne à passer,
demeura huyt jours entiers avant qu'il feust en la
plaine. L'empereur veit le seigneur de la Palisse et
les cappitaines françois ausquelz il fist très bonne
chère. Geste veue première fut auprès d'une petite
ville appellée Aest*, dont les ducz de Ferrare portent
le surnom. Pour lors y avoit ensemble une des belles
armées qu'on eust veue cent ans auparavant.
i. Castelfranco, à 5 lieues de Trévise.
2. Rudolphe, prince d'Anhalt, fils de Greorges, prince d'Anhalt.
3. Bassano, à 6 lieues de Vicence.
4. Aest, Este.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 153
CHAPITRE XXXII.
Comment Vempereur Maximilian alla mettre le siège
devant Padoue, et ce qu'il advint durant icelluy.
L'empereur se fist longuement attendre, dont il
ennuyoit aux François ; mais vous devez aussi entendre
qu'il arriva en la plaine en empereur , et si sa puis-
sance eust bien voulu faire son debvoir, c'estoit assez
pourconquester ung monde. Parquoy estbienreqjflfeque
son équipage soit inscript, qui tel estoit. Il ap9xit cent
six pièces d'artillerie sur roue, dont la moindre éstoit
ung faulcon, et six grosses bombardes de fonte qui ne
se povoient tirer sur affiist, mais estoient portées
sur chascune une puissante charrette, chargées aveo-
ques engins, et quant on vouloit faire quelque baterie,
on les descendoit, et quant elles estoient à terre, par
le devant avecques ung engin on levoit ung peu la
bouche de la pièce, soubz laquelle on mettoit une
grosse pièce de boys, et derrière faisoit-on ung mer-
veilleux taudis \ de peur qu'elle ne reculast. Ces
pièces portoient bouletz de pierre, car de fonte on
ne les eust sceu lever, et ne pouvoient tirer que
quatre fois le jour au plus. Il avoit en sa compaignie
que ducz, contes, marquis, et autres princes et sei-
gneurs d'Almaigne bien six vingtz, et environ douze
mille chevaulx, cinq ou six cens honunes d'armes
bourguignons et hennuyers ; de gens de pied lansque-
1. Taudis, amas de matériaux de toute sorte.
154 mSTOIRE DE BAYART
netz, ilz estoient sans nombre, mais par estimation
on les prenoit à plus de cinquante mille. Le cardinal
de Ferrare * vint pour son frère au secours dudit em-
pereur, qui amena douze pièces d'artillerie, cinq cens
cbevaulx et trois mille honmies de pied ; et autant ou
peu moins en amena le cardinal de Manthoue ^. Bref,
avec les honmies d'armes firançois, on tenoit ou camp
y avoir cent mille combatans. Ung grant de&ult estoit
quant à Tartillerie, car il n'y avoit équipage que pour
la moytié, et quant on marchoit, estoit force que
partie de l'armée demourast pour la garder jusques à
ce que la première bende feust descbargée au camp
où on vouloit séjourner, et puis le charroy retournoit
quérir l'autre, qui estoit grosse fascberie. Ledit em-
pereur se levoit fort matin, et incontinent faisoit
marcher son armée, et ne se logeoit voulentiers qui'
ne feust deux ou trois heures après midy, qui n'estoit
pas, veu la saison, pour refreschir les gens d'armes
soubz leur armet. Le premier camp qu'il fist fut près
du palais de la royne de Ghippre^, distant de Padoue
huyt mille, où arriva le seigneur de Meillault ^, ung
1. Hippolyte d'Esté, cardinal, fils d'Hercule I*' et firère d'Al-
phonse I«', ducs de Ferrare. Il fut archevêque de Milan, de Nar-
bonne, etc., et mourut le 3 septembre 1520.
2. Sigismond de Gonzague, cardinal, fils de Frédéric et frère
de François, tous deux marquis de Mantoue. Mort en 1525.
3. Qui, qu'il.
4. Catherine Gomaro^ dernière reine de Ghypre, fille de Marco
Gomaro et femme de Jacques, roi de Ghypre. Elle avait cédé aux
Vénitiens tous ses droits sur ce royaume. Son palais était à Asolo,
près de Trévise.
5. Gabriel d'Alègre, baron de Milhau, fils d'Yves d*Alègre et
de Jeanne de Ghabannes, fut chambellan du roi de France,
prévôt de Paris, bailli de Gaen; il épousa Marie d'Eatonteville.
PAR LE LOYAL SEHVITEUR. 155
jeune gentilhomme de France, Kardy et entreprenant
cappitaine, filz d*ung vertueux et 8a§^ chevalier, le
seigneur d'Alègre, avec bien mille ou douze cens
avanturiers françois , tous gens d'eslite et d'escar^
mouche. En ce camp mesmes fut conclud d'aller
mettre le siège devant la ville de Padoue, et pour
ceste cause fut assemblé le conseil, où il y eut de
diverses oppinions, car l'empereur avoit ung lieute-
nant général de nation grecque, qu'on appelloit le sei-
gneur GûQita6tin ^ , qui vouloit faire toutes choses à sa
teste, d^ot fdfin très mal en print à son maistre
conmie voug -orrez. Il Ait ung peu souspeçonné de
trahison, et l'en voulut le seigneur de la Palisse com-
batre, mais il ne fut possible le faire venir au point.
Or laissons ce propos jusques à ce qu'il sera besoing
d'en parler. Conclusion fut prise à ce conseil d'aller
mettre le siège audit Padoue , et que pour les ap-
prouches les gens d'armes françois feroient la pointe
avecques le prince de Hanno et ses lansquenetz, qui
estoit la plus triumphante bende de tous les Almans ;
mais que premier il estoit très nécessaire prendre une
petite ville appellée Montselles ^, où il y avoit ung
chasteau très fort, à six ou sept mille de Padoue,
parce que la garnisop qui estoit dedans pour la Sei-
gneurie eust peu merveilleusement fâcher^ le camp et
les vivres qui y venoient. Le lendemain matin se par-
tit l'armée, et vint loger à demy mille de ceste petite
ville, qui ne tint point, car guères ne valloit; mais le
1. Constantin Paléologae, surnommé Ck>minatè8, de la famille du
marquis de Montferrat.
2. Monselice^ à 4 lieues de Padoue.
3. Fâcher, inconmioder.
156 mSTOIRE DE BAYART
chasteau estoit deffensable pour ung long temps, si
les coquins qui estoient dedans eussent riens valu;
mais le cueur leur faillit incontinent. Car les approu-
ches faictes, et que l'artillerie eut fait bien peu de
bercheS et malaisée, fut sonné Talarme pour aller à
l'assault. Il falloit bien monter ung grant gect d'arc,
mais ses aventuriers françois du cappitaine Meillault
y furent soubdainement , et sembloit qu'ilz n'eussent
mangé de huyt jours, tant légiers estoient. Geulx de
dedans firent quelque résistance, mais guères ne con-
tinuèrent, car en moins d'ung quart d'heure ilz furent
emportez et tous mis en pièces. Ses aventuriers y
firent assez bon butin, et entre autres choses y avoit
sept ou huyt vingtz fort beaulx chevaulx. La ville et le
chasteau furent renduz es mains du duc de Ferrare,
qui les quérelloit, mais il presta trente mille ducatz.
Deux jours après ceste prinse de. Montselles deslogea
l'armée, qui s'en alla droit devant Padoue où fut assis
le siège.
CHAPITRE XXXIII.
Comment Vempereur Maximilian planta son siège
devant Padoue y et des gaillardes approttches faictes
par les gentihhommes françois , et d'une grande
hardiesse que monstra le bon chevalier sans paaur
et sans reprouche.
Après la prinse de la ville et chasteau de Montselles,
et icelluy baillé entre les mains du cardinal de Ferrare
1. Berche, brèche.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 157
qui là estoit pour son frère, y mist bonne garnison.
Le duc de Ferrare estoit d'ung autre costé, faisant la
guerre aux Véniciens; et en la mesme année leur
donna une rotte* sur le Pau, qui ne leur porta guères
moins de donunage que le jour qu'ils perdirent la
bataille contre le roi de France. Car ainsi que lesditz
Véniciens estoient délibérez luy destruire ung quartier
du pays sur le Ferraroys, appelle le Polesine de
Rovigo^, misrent sur le Pau quatorze ou quinze gal-
1ères et trois ou quatre mille hommes dedans, et vin-
drent partans de Quyoze jusques àFrancolin^; mais le
duc de Ferrare avoit fait faire deux bastillons, l'ung à
l'endroit de la tour de Loiselin* et l'autre Alpopos^,
qui sont l'ung devant l'autre, et avoit trois ou quatre
mille bons hommes dedans et quatre bonnes gallères
sur le Pau, bien armées et équippées. Il sceut que ses
ennemys estoient descenduz en terre, où la pluspart
il les alla trouver, et les defïist sans que nul en es-
chappast. Depuis, avecques ses gallères et antres
grosses barques, alla combatre les gallères qui quasi
estoyent toutes desnuées de gens, desquelles deux
furent effondrées et six prises avecques tout l'esqui-
page et artillerie qui estoit dessus, dont il y avoit
1. Rotte^ déroute.
2. Polesine^ territoire situé entre l'Adriatique, TAdige, le P6 et
le Gastagnaro : il est divisé en Polesine de Rovigo^ de Ferrare et
d'Adria.
3. Chiossa, hameau, commune de Sanniano, province de Ro-
vigo. — Francolino, hameau de la commune de Ferrare.
4. Lezzola^ hameau de la commune de Ferrare.
5. Alpopos. Il y a probablement ici une faute d'impression. Il
faudrait lire à Popos, c'est-à-dire à Papozze, province de Rovigo.
158 HISTOIRE DE BAYART
trente bonnes pièces de fonte sans les hacquebuttes.
Ce fut une triumphante victoire et à peu de perte,
sinon que le comte Ludovic de la Mirandolle ^ y Ait
tué d'ung coup d'artillerie. Les Yéniciens y portèrent
gros et merveilleux dommage.
Or retournons au camp de l'empereur. L'armée deslo-
gea de devant Montselles, et tout d'une traicte s'en vint
à ung mille de Padoue, qui est une fort grosse cité et
fière à l'aborder. Dedans estoit le conte Petilano, acom-
paigné de mille honunes d'armes, douze mille hommes
de pied, et bien deux cens pièces d'artillerie; et quel-
que siège qu'il y eust, jamais ne leur peut estre osté
la voye d'ung canal qui va à Yenize, lequel passe par
la ville, et y a seulement dix-huit mille de l'une à
l'autre. Quant l'armée eut ainsi approché la ville, l'em-
pereur assembla tous ses cappitaines, mesmement les
François, à qui il portoit gros honneur, pour entendre
à quelle porte seroit planté le siège. Ghascun en dist
son advis , mais pour conclusion fut ordonné que le
gros camp ouquel seroit la personne de l'empereur se
logeroit à la porte qui va à Yincence, et auroit les
François avecques luy ; à une autre porte plus hault
seroit le cardinal de Ferrare, les Bourguignons et
Hennuyers, avecques dix mille lansquenetz; et à ua^.
au dessoubz seroit le cardinal de Manthoue, le seigneW
Jehan de Manthoue ^, son frère, et la troppe de lans^
1. Ludovic Pic, s' de la Mirandole et de la Concorde, fils de
Galeotti Pic et de Blanche-Marie d'Esté; il épousa Françoise
Trivulce, fille du maréchal de France de ce nom. On lit par
erreur dans le texte la Virandolle,
2. Jean de Gonsague, s' de Vescovato, frère du cardinal de
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 159
queoetz du prince de Hanno, affin que chascune des-
dictes deux bendes feust secourue du gros camp si
besoing estoit. Gela fut trjpfiyé très bon et n'y eut
plus que du marcher. Le liMlJ^yalier sans paour et
sans reprouche fut ordomlé^^ur les apprtehes,
lequel eut en sa compaigniete'jiaine seigaçm» ëe BtiH^y
et les cappitaines la Clayete et la Grote.Or, pour venir
devant ceste porte de Yincenoe, falloit entrer en ung
grant chemin droit comme une ligne, où ilz avoient
fait quatre grosses barrières à deux cens pas l'une de
l'autre, et à chascune avoit à qui combatre. Des deux
costez de ce chemin, comme sçavent ceulx qui ont
esté en Ytalie, y avoit fossez, parquoy on ne les po-
voit prendre que par le devant. Sur les murailles de
la ville avoient force artillerie, où ilz batoient sur ce
grant chemin par dessus leurs gens à la venue des
François, si menu et souvent qu'il sembloit gresle.
Nonobstant cela, le bon chevalier et ses compaignons
ooAuHencèrent à escarmoucher, et vivement vindrent
à la première barrière, à laquelle eut fort assault,
et y plouvoicnt les coups de hacquebute ; toutesfois
eRe fut gaignée, et les ennemys repoulsez jusques à la
seconde. Si la première fut bien combalue, encores
ceste le fut mieulx ; et y fut blessé, d'ung coup de
hacquebute au bras, le jeune seigneur de Bucy, et son
cheval tué soubz luy ; mais nonobstant cela ne fut pos-
sible le faire retirer ; et croyez que pour ce jour onc-
Mantoue dont il a été parlé pliM haut. Il était fils de Frédéric,
marquis de Mantoue, et de Marguerite de Bavière. Il mourut en
1523, âgé de 49 ans.
160 HISTOIRE DE BAYART
ques homme ne fist mieulx que luy. Le cappitaiDe
Millault arriva à ceste seconde barrière avecques
cent ou six vingtz de ses rustres qu'il avoit esleuz,
lesquelz firent • raige. Or il fault entendre que ses
approches se faisoient.:^âWOQ midy, parquoy faisoit
assez der pour veoir tèè nrieulx combatans. Une
bonne demye heure dura Tassault à ceste seconde bar-
rière, qui enfin fut gaignée, et si vivement suyviz
ceulx qui la gardoient qu'ilz n'eurent loisir demourer
à la troisiesme, ains leur convint sans combat l'aban-
donner, et eulx rendre à la quatriesme , où il y avoit
mille ou douze cens hommes et trois ou quatre faul-
coneaux qui commencèrent à tirer le long de ce grant
chemin ; mais peu de mal firent, sinon qu'ilz tuèrent
deux chevaulx. Geste barrière n'estoit queà ung gect
de pierre du boule vart de la ville, qui donnoit graot
courage aux gens de la seigneurie de bien combatre,
ce qu'ilz firent, car Tassault y dura une heure à coups
de picques et de hacquebute. Quant le bon chevalier
veit que cela duroit tant, il dist à ses compaignons :
< Messeigneurs, ses gens icy nous amusent trop, des-
cendons à pied, et poussons à ceste barrière. > Si des-
cendirent incontinent jusques à trente ou quarante
hommes d'armes qui, la veue levée, vont droit à
ceste barrière à poux de lance. Ce gentil prince de
Hanno estoit tousjours joignant du bon chevalin, et
le seigneur de Meillault avecques deux autres, l'ung
nommé Grant Jehan le Picart^ et l'autre le cappitaine
i. Le capitaine Grand-Jehan Picard quitta le service du roi de
France pour passer à celui de l'empereur, ainsi qu'on le verra
plus loin.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 161
Maulevrier*, quifaisoient raige; mais tousjours aux
Véniciens venoient gens fraiz . Quoy voyant par le bon
chevalier, dist tout hault : < Messeigneurs, ilz nous
tiendront tousjours d'icy à six ans en ceste sorte sans
riens faire, car ilz se refreschissent de gens à toute
heure ; donnons-leur un aspre assauit^ et puis que chas-
cun face comme moy . > Ce qui luy fut accordé. Sur cela
il dist : < Sonne, trompette! > puis comme ung lyon à
qui on a osté ses faons, va avecques ses compaignons
livrer ung merveilleux assault, tellement qu'il fist aux
ennemys habandonner la barrière de la longueur
d'une picque. Alors en cryant : «.Avant, compaignons,
ilz sont nostres! » va saulter icelle barrière, et trente
ou quarante après luy qui furent fort bien recueilliz.
Toutesfois, quant les François virent le dangier où
s'estoient mis leurs compaignons, cliascun se mist à
passer, et cryant : « France ! France ! Empire ! Em-
pire! » firent une telle charge sur leurs ennemys
qu'ilz leur firent guerpir la place ; tournèrent le dos et
tout habandonnèrent , eulx retirans comme quasi
rompuz en la ville. Ainsi furent gaignées les barrières
de devant Padoue en plain midy, où leê François
acquirent gros honneur, tant ceux de cheval que ceulx
de pied, mesmement le bon chevalier, à qui chascun
en donnoit la gloire. Si furent faictes les approuches,
et l'artillerie amenée sur le bort du fossé qui y de-
moura six sepAtiines sans partir et jusques au siège
lever, qui fut tel que vous entendrez^ *
1. Louis d« Brezé, comte de Haulovrier, baron du Bec-Crespin,
fils de Jacques de Brezé et de Charlotte de France. Mari de Diane
de Poitiers, il fut capitaine de 100 hommes d'armes, ^rand séné-
chal de Norm^die, et mourut en 1531.
11
162 HISTOIRE DE BAYART
CHAPITRB XXXIV.
De la grosse et, lourde baterie qui fut devant Padcue^
et de la grande berche qui y fut faicte.
Les approuches faictes devant Padoue et rartiUerîe
assise, chascun se logea en son quartier entrais camps,
selon Tordonnance cy- devant dicte. Et fault en-
tendre qu'il y avoit tant de peuple que ledit camp
tenoit de tous costez plus de quatre mille de pays. Et
fiit une merveilleuse chose que, durant le siège qui
fut de deux moys ou environ, les fourrageurs n'allè-
rent jamais plus loing que de six mille du camp,
pour avoir force foings, bledz, avoynes, chairs, poul-
lailles, vins et autres choses nécessaires, tant pour
les hommes que pour les chevaulx; et si grande
habondance y en avoit que, quant on leva le siège,
fut bruslé pour cent mil ducatz de vivres, dont on
avoit fait provision, ' cuydant que plus longuement
durast le siège. C'est ung incident, venons à la ma-
tière.
Le lendemain des approches coounencèrent les
canonniers à faire leur devoir, et sans cesser dura
huyt jours la baterie, qui fut la plus impétueuse et ter^
rible que cent ans auparavant avoit esté veue, car il y
fut tiré des trois camps plus de vingt mille coups d'ar-
tillerie. Si l'empereur ou ses gens servoient bien d'ar-
tillerie ceulx de la ville, croyez que de leur part ren-
doient bien la pareille , et beaucoup mieulx ; car pour
ung bien qu'on leur faisoit, en rendoient deux. Brief,
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 463
ladicte ville fut si bien batue que de toutes les tmîs
berches ne s*en fist que ôËijp. JÀ^ ce temps fiitfHÎs
ung des canooniers de,. j^fBqp<iî^r, qu'on trouva, eo
lieu de tirer en la vil]|i^'^*iltiroit contre ses gens, et
disoit-ron que ce seigoeur Constantin le luy faisoit
faire ; et qui pis estoit , chascun jour advertissoit le
conte Petilano de ce qu'il avoit à faire. Je ne sç/àj
s'il estoit vray, mais le canonnier fut mis sur ung
mortier et envoyé par pièces en la ville. Il en fut cUt
•WM d'injures audit seigneur Constantin, mais on ne
fi{OQEi[pit prouver le faict sur luy. Le seigneur de la
Bi^^é l'appella lasche et mesdbant, et qu'il l'en coiSh-
batroit , mais il ne respondist riens à propos , et eo
fist sur l'heure l'empereur, qui en estoit coyfiFé, l'ap-
poinctement. Or, ses trois berches mises en une estoit
seullement de quatre à cinq cens pas, qui Mtoit assez
beau passage Jjiour donner l'assault, cst^ quant aux
fossez, ce n'estait pas grant chose; mais le conte
Petilano avoit si bien acoustré la ville par dedans que,
s'il y eust eu cinq cens mille hommes devant, ilz ne
feussent pas entrez, si ceulxde dedans eussent voulu,
et vous déclaireray comxmni. Derrière la berche,
pour «Qlrer en la ville, ^MSioit icelluy conte Petilano
fait ftÔM une trenchée ou fossé à fons de cuve S de la
haultewr de vingt piedz et quasi autant de largeur. En
icelle avwt fait mettre force fagotz et vieil boys bien
enrosez^ de pouldre à canon, et de cent pas en cent
pas y avoit boulevart de terre garny d'artillerie,
qui tiroient le long de ceste trenchée. Après icelle
i. Fossé à fond de cuve, fossé taillé à pied droit de chaque côté
et fortifié d'un revêtement en maçonnerie.
2. EnroséSj arrosés.
164 HISTOIRE DE BAYART
passée, s'il eust esté possible, comme non sans la
grâce de Dieu, toute Tarmée des Yéniciens estant en
ladicte ville se trouvoit en bataille à cheval et à pied,
car il y avoit belle esplanade jusques à mettre vingt
mille hommes de pied et de cheval en ordre, et der-
rière estoient plates-formes où on avoit monté vingt
ou trente pièces d'artillerie, qui par dessus leur armée
eussent tiré sans leur mal faire, droit à la berche. De
ce terrible dangier furent les François advertiz par
aucuns prisonniers, qui aux escarmouches quelquefois
estoient pris, et par leur rançon payer renduz, bbo»-
quelz montroit le conte toutes ces choses, affin qu'flt
le remonstrassent au seigneur de la Palisse et aux
cappitaines françois; et disoit encore ces parolles à
leur départie : « J'espère, mes amys, avecques l'ayde
de Dieu, que le roy de France et la Seigneurie retour-
neront en amytié quelque jour. Et n'estoit les François
qui sont avecques l'empereur, croyez que devant qu'il
feust vingt et quatre heures, je sortiroye hors de ceste
ville et si en ferais lever le siège honteusement. > Je
ne sçay comment il eust fait cela, au nombre de gens
qu'il avoit devant luy. Bien furent rapportez ces pro-
pos aux seigneurs cappitaines de France ; mais ilz n'y
pensoient autrement, pour ce que par leur maistre
estoient au service de l'empereur pour faire ce qu'il
leur ordonneroit. Vous avez ouy cy-dessus la belle
berche qui estoit à la ville, qui trop grande estoit, et
fusse pour aller mille hommes de fronc deux fois, dont
l'empereur fut deuement acertené * . Si se délibéra y
donner l'assault, comme vous orrez cy-après ; mais
1. Acertené, instruit.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 465
premier vous parleray d'une course que fist le bon
chevalier avecques ses compaignons.
CHAPITRE XXXV.
Comment le bon chevalier sans paour et sans reprouche,
durant le siège de Padoue^ fist une course avecques
ses compaignons j où il acquist gros honneur.
Durant le siège de Padoue, souvent venoient alarmes
au camp de l'empereur, tant des saillies que faisoient
ceulx de la ville que de leurs gens qui estoient en gar-
nison dedans Trévize, bonne et forte ville qui est à
vingt ou vingt et cinq mille dudit Padoue. En icelle,
entre autres cappitaines, estoit messire Luces Malle-
vèche, homme dé guerre, et entreprenant s'il en y
avoit point au monde. Deux ou trois fois la sepmaine,
resveilloit sans trompette le camp de l'empereur, et s'il
voyoit qu'il y fist bon, ne s'espargnoit pas parmy ses
ennemys; et par le contraire, s'il n'y faisoit bon, fort
sagement seretiroit, et ne perdit jamais ung homme.
Tant continua ce train qu'il fist parler de luy à mer-
veilles. Geste manière de faire fascha fort au bon che-
valier, et sans grant bruit, par des espies à qui il
donnoit tant d'argent que pour mourir ne l'eussent
trompé, entendit beaucoup des allées et venues dudit
Mallevèche, de sorte qu'il délibéra l'aller trouver aux
champs. Si vint à deux de ses compaignons et qur
estoient logez avecques luy, dont l'ung estoit le cappi-
taine la Glayete et l'autre le seigneur de la Grote, tous
deux gaillars et triumphans cappitaines, ausquelz il
166 iflSTOmE DE BAYART
dist : < Messeigneurs, ce cappitaine Mallevèche nous
donne bien de la fascherie ; il n*est guères jour qu^il
ne nous viengne resveiller, et ne se parle sinon de
luy. Je n'ay pas envye de son bien faire, mais je suis
marry qu'il ne nous congnoist autrement. J'ay beau-
coup entendu de son affaire. Voulez-vous venir à la
guerre et vous verrez qudqœ chose? J'espère que
nous le trouverrons demain au nmtin, car deuà jours
a qu'il ne nous donna alarme. » Ses compaignons res-
pondirent : « Nous yrons où vous vouldrez. — Or
faites doncques, dist le bon chevalier, à deux heures
après mynuyt, armer chascun trente homnmtC^wiDes
des plus gentilz galans que vous ayez et je méÔBÊnÈf ma
compaignie et les bons oMOfmignons qui sont avec-
ques moy, comme Boonet» MypoDt, CosseyS Brezoo
et autres que congncûsaes oomme moy, et sans sonner
trompette, ne faire bniyt, monterons à cheval ; et vous
suffise que j'ay fort bonne guyde. > Comme il fut dit,
ainsi mis à exécution, et entre daix ettrois^, ou moys
de septembre, montèrent àd^val, leur gûyde dotant
qui estoit très bien gardé de quatre arclii^rs; ethiy
avoît-on promis bon payement s'il faisoit bien son
debvoir, mais aussi, où il yroit de tromperie, il luy
alloit de la vie ; et oda avoit ordonné le bon chevalier
parce que souvent les espies sont doubles^ et font tour-
ner la perte où il leur plaist. Mais il fist bien son
debvoir, car de nuyt les mena bien dix mille de pays;
1. R«aé de Gossé, s' de Brissac, grand panetier de Fnmoe ea
1516, fils de Tbibaud de Gossé et de Féiice de Ghamo ; il épousa
Gharlotte Gonffier et mourot en 1521.
2. SoQS-entenda heures.
3. Doubles, trompeurs.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 167
et tellement que la poincte du jour va apparoistre, si
vont adviser ung grant palais où il y avoit une longue
closture de muraille. Lors Tespie commencea à
dire au bon chevalier : < Monseigneur, si le cap-
pitaine messire Luce Mallevèche sort aujourd*huy
de Trévize pour aller visiter vostre camp, il fault
de nécessité qu'il passe icy devant. Si bon vous
semble de vous cacher en ce logis où qu'il n'est
demeuré personne au moyen de la guerre, vous le
verrez passer et il ne vous pourra veoir. > Cela fut
trouvé bon par tous les cappitaines, et se misrent de-
dans, où ilz fiireùt bien deux heures ou environ qu'ilz
ouyrent gros bruyt de chevaulx. Le bon chevalier
avoit fait monter ung vieil archer de sa compaignie,
appelle Monart, autant expérimenté en guerre que
homme vivant, dedans ung colombier, affin de veoir
quelz gens passeroient et quel nombre. Si veit venir d'as-
sez loing messire Luces Mallevèche, en nombre, selon
son jugement, de cent honunes d'armes, l'armet en
teste, et bien deux cens Albanoys que conduysoit ung
cappitaine nommé Scandrebec, tous bien montez, et
à leur contenance gens d'effect. Hz passèrent à ung
gect de bouUe du logis où estoient embuschez les
François. Quant ils furent oultre, Monart descendit
tout joyeulx el itt son rapport; qui fiit bien aise eut
nom chascun. Si dist le bon chevalier qu'on ressen-
glast les chevaulx. Or, n'y avoit- il page ne varlet en
la bende, car ainsi l'avoit-il ordonné, et dist à ses
compaignons : < Messeigneurs, il y a dix ans qui ne
nous vint si belle adventure, si nous sommes gentilz
galans. Ilz sont deux fœs plus que nous, mais ce n'est
riens; allons après. — Allons, allons, > dirent les
168 HISTOIRE DE BAYART
autres. Ainsi, eulx remontez à cheval, la porte fîit
ouverte, si allèrent le beau trot après leurs gens. Ilz
n'eurent pas cheminé ung mille qu'ilz les vont appert
cevoir sur ung beau grant chemin. Alors le bon che-
valier dist à la trompette : < Sonne, sonné, trom-
pette, » qui le fist incontinent. Les cappitaines véni-
ciens, qui n'eussent jamais pensé qu'il y eust eu gens
derrière eulx, estimoient que ce feussent encore des
leurs qui voulsissent courir; toutesfois ilz, sans tirer
plus avant, s'arrestèrent, et si longuement qu'ilz
apperceurent au vray que c'estoient ennemys; ilz
furent ung peu estonnez pour se trouver enclos entre
le camp de l'empereur et ceulx qu'ilz voyoient, et
falloit passer par là ou par la fenestre. Gela les con-
fortoit qu'ilz ne voyoient pas grand nombre de gens.
Si fist, comme asseuré, le cappitaine messire Luces
Mallevèche à tous ses gens commandement de bien
faire, leur remonstrant que force estoit d'estre def-
faictz ou deflaire les autres. Aux deux costez du che-
min estoient grans fossez. Ung homme d'armes sans
estre trop bien monté ne se feust osé adventurer de
le saillir, de peur d'y demourer; ainsi, en quelque
sorte que ce feust, force estoit de combatre. Si com-
mencèrent trompettes à sonner de tous les deux
costez, et environ la portée d'ung gect d'arc se prin-
drent à courir les ungs sur les autres en criant par
les ungs : « Empire ! Empire ! France ! France ! » et
les autres : < Marco ! Marco ! » G'estoit ung droit
plaisir de les ouyr. En ceste première charge y en
eut beaucoup portez par terre ; mesmement Bonnet
donna ung coup de lance dont il percea ung homme
d'armes tout oultre. Ghascun se mist en son debvoir ;
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 169
les Âlbanoys s'escartèrent du grant chemin et haban-
donnèrent leur gendarmerie pour cuyder prendre les
François par le derrière, dont bien s'apperceut le bon
chevalier qui dist au cappitaine la Grote : < Gompai-
gnon, gardez le derrière, que ne soyons enclos;
cecy est nostre^ > Ainsi fut fait; et quant lesditz
Âlbanoys cuydèrent approucher, furent receuz et
bien frotez, tant qu'il en demoura une douzaine par
terre, et les autres à gaigner pays à belle fuyte.
Guères ne les suivit le gentil cappitaine la Grote, ains
retourna au gros affaire, mais à son arrivée trouva
les Véniciens en rotte, et entendoit desjà chascun
aprendre son prisonnier. Messire Luces Mallevèche
qui estoit monté à l'avantage saillit hors du grant
chemin, et vingt ou trente des mieulx montez, qui se
misrent à la fuyte vers Trévize. Ilz furent suyvis quel-
que peu; mais on eust perdu sa peine, car trop bien
alloient leurs chevaulx, avec ce que les fuyans y
avoient bon vouloir. Si se retirèrent ceulx de la
chasse et se misrent au retour avecques leurs pri-
sonniers, desquelz y avoit plus qu'ilz n'estoient de
gens, car sans nulle faulte en fut bien prins huyt ou
neuf vingtz ausquelz ilz ostèrent leurs espées et
masses, et les misrent au meillieu d'eulx; et ainsi
arrivèrent en leur camp, où ilz trouvèrent l'empereur
qui se pourmenoit à l'entour, lequel, quant il veit
ceste grosse poussière, envoya sçavoir que c'estoit
par ung gentilhomme françois de sa maison, qu'on
appelloit Loys du Peschin, qui incontinent retourna et
dist : « Sire, c'est le bon chevalier Bayart et les cap-
i . Cecy est nostre, c'est-à*dire : je me charge de ceux-ci.
170 HISTOIRE DE BAYART
pitaines la Glayete et la Grote qui ont fait la plus belle
rencontre qui cent ans a fut faicte, car ik avoient plus
de prisonniers qui ne sont de gens, et ont gaigné
deux ens^gfoes. » L'empereur fut ayse au possible. Si
s'approcha des François ausquelz il donna le bon
soir, et les François le saluèrent ainsi que à si
hault prince appartenoit. Si loua chascun cappitaine
en son endroit merveilleusement, puis dist au bon
chevalier : « Seigneur de Bayart, mon frère vostre
maistre est bien eureux d'avoir ung tel serviteur que
vous ; je vouldroys avoir donné cent mille florins de
rente et en avoir une douzaine de vostre sorte. » Le
bon chevalier respondit : < Sire, vous dictes ce qu'il
vous plaist, et du loz que me donnez très humble-
ment vous remercie; d'une chose vous vueil bien
adviser que, tant que mon maistre sera vostre alyé,
ne trouverrez point de meilleur serviteur que moy. »
L'empereur le remercia, et sur ce, luy et ses compair
gnons prindrent congé et s'en tirèrent à leurs logis.
Jamais tel bruyt ne fut démené en camp comme il
fut de ceste belle entreprinse, dont le bon chevalier
emporta la pluspart de l'honneur, combien qu'entre
toutes gens en donnoit le loz entièrement à ses deux
compaignons, car de plus doulx ne courtois chevalier
n'eust-on sceu trouver en tout le monde. Je feray fin
à ce propos et vous diray d'une autre course que
fist le bon chevalier tout seul.
CHAPITRE XXXVL
D'une course que fist le bon chevalier sans pcumr et
PAR LE LOYAL SERinTBUR. 171
sans reprouche^ où il fut pris 9Qmante Albanoys et
trente arbalestriers .
Trois ou quatre jours après ceste course, qu'avoient
faicte ensemble les cappitaines la Crote, la Glayete et
[le] bon chevalier, il fut adyerty par ung de ses espies
que dedans ung chasteau, appelle Bassan, c*estoit
retiré le icappitaine Scandrebec et ses Albanoys
avecquet qoelqiiés autres gens de cheval arbalestriers,
soubz lar cê^ndliicte du cappitaine Rynaldo Gontarin,
gentilhoiniïié' padouan, et que chacun jour ilz fai-
soient courses sur ceulx qui venoient au camp et sur
les lansquenetz qui retournoient en Almaigne, pour
saulver le bestail qu'ilz avoient gaigné sur les enne-
mys*, tellement que depuis deux ou trois jours en
avoient deffaict plus de deux cens et recouvert plus
de quatre ou cinq cens beufz et vaches qu'ilz avoient
retirez dedans ce chasteau de Bassan ; et que, si par
ung matirir^Be vouloit rencontrer en ung passage au
pied d'une montaigne au dessoubz dudit chasteau, ne
fauldroit point à les trouver. Le bon chevalier, qui
tousjows avoit trouvé fespie véritable et aussi l'avoit-
il enrichy de plus de'^^feiix cens ducatz, délibéra y aller
sans en parler à perscmne ; car il luy estoit bien advis,
veu qu'il avoit entendu qu'ilz n'estoient pas plus de
deux cens chevaulx-légiers en tout, qu'il les defiferoit
bien avecques ses trente hommes d'armes, qui
estoient tous gens d'esUte. Toutesfois, il avoit encores
i . Le pillage, en enrichissant les soldats, occasionnait de con-
tinuelles désertions. — Les lansquenets retournaient par troupes
en Allemagne, emportant le fruit de leurs larcins et surtout des
bestiaux dérobés aux paysans.
172 HIST(HRE DE BAYART
huyt OU dix gentilzhommes avecques luy, et lesquelz
estoient venuz en sa compagnie pour leur plaisir au
camp de l'empereur, seulement pour l'amour qu'ilz
portoient au bon chevalier, et eulx avecques sa com-
pagnie n'estoient pas gens pour estre defiEsûctz en peu
d'heures. Il leur conta son entreprinse, sçavoir s'ilz
en vouloient estre ; c'estoit leur vie et ne demandoient
autre chose, parquoy, une heure devant jour, par
ung samedy, ou mois de septembre, montèrent à
cheval et firent bien quinze mille tout d'une traicte
jusques à ce qu'ilz viensissent au passage où l'espie
les mena ; mais se fut si couvertement qu'oncques ne
furent apperceuz; et si cela estoit aussi près du
chasteau que la portée d'ung canon. Là s'embuschè-
rent, où guères ne furent qu'ilz ouyrent une trompette
au chasteau qui sonnoit à cheval, dont ilz furent
bien resjouyz. Le bon chevalier demanda à l'espie, à
son advis, quel chemin ilz prendroient ; il respondit :
« Quelque part qu'ilz vueillent aller, il fault par force
qu'ilz passent par dessus ung petit pont de boys qui
est à ung mille d'icy, que deux honunes garderoient
contre cinq cens. Mais^ qu'ilz ayent passé ce pont,
vous envoyerez de voz gens quelque peu pour le
garder qu'ilz ne retournent au chasteau, et je vous
meneray par le derrière de ceste montaigne à ung
passage que je sçay ; si ne fauldrez point à les rencon-
trer en la plaine, entre cy et le palais de la royne de
Chippre. — C'est bien advisé, dist le bon chevalier.
Qui demourera à ce pont? » Le seigneur de Bonnet
dist : € Mon compaignon Mypont et moy le garde-
1 . Mais que, dès que.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 173
rons, s'il vous plaist , et nous laisserez quelques gens
avecques nous. — Je le veulx bien, dist-il. Petit-
Jehan de la Yergne^ et telz et telz, jusques au nombre
de six hommes d'armes et dix ou douze archiers, vous
feront compaignie. > En devisant sur ce propos, vont
adviser ses Albanoys et arbalestriers descendre du
chasteau qui sembloient aller aux nopces et faire aussi
beau butin conune ilz avoient fait depuis deux jours ;
mais il leur alla bien autrement comme vous orrez.
Quant ilz furent passez, Bonnet alla droit au pont
avecques ses gens, et le bon chevalier, avecques le reste
de sa compaignie, s*en alla droit au passage où Tespie
le mena, qui si bien le guyda qu'en moins de demye
heure l'eut rendu en la plaine, où on eust veu ung
homme à cheval de six milles loing. Si vont adviser
environ la portée d'une longue couleuvrine leurs enne-
mys, qui marchoient le chemin de Vincence, où ilz
pensoient trouver leur proye. Le bon chevalier
appella le bastard du Fay^, son guydon, et luy dist :
< Gappitaine, prenez vingt de voz archiers et allez à
ses gens-là escarmoucher. Quant ilz vous verront si
petit nombre, ilz vous chargeront, n'en faictes double.
Tournez bride, faisant de l'efiEnayé et les amenez jus-
ques icy où je vous attendray à la coste de ceste mon-
trâj^^y 6t vous verrez beau jeu. » Il ne lui convint
pS^dire deux fois, car il sçavoit le mestier de la
guerre le possible. Si commencea à marcher tant qu'il
fut apperceu des ennemys. Le cappitaine Scandrebec,
i. C'est probablement celui qui figure dans la montre de la
compagnie de Bayart sous le nom de Jeban de la Bergnie.
2. Antoine du Fay, gentilhomme de Dauphiné, tils naturel
d'Hector du Fay, s' de Ghapteuil et de Peyraut.
174 HISTOIRE DE BAYART
joyeulx de ceste rencontre, commencea à marcher
fièrement avecques ses gens, tant qu*ilz apperceurent
les François aux croix blanches. Si commencèrent à
les charger cryant : < Marco ! Marco ! > Le bastard
du Fay, qui sçavoit sa leçon par cueur, conmiencea à
faire l'efifrayé et à se mettre au retour. Il fut vivement
poursuivy et de façon qu'il fiit rembarré jusques à
l'embusche du bon chevalier, qui avecques ses gens,
Tarmet en teste et l'espée au poing, conune un lyon
vint donner dedans en escryant : « France ! France !
Empire ! Empire ! > De ceste première charge, y eut de
ses ennemys portez par terre plus de trente : le pre-
mier assault fut dur et aspre , mais enfin les Âlbanoys
et les arbalcstriers se misrent en fuyte , le grant
galop, cuydans gaigner Bassan dont ilz scavoient fort
bien le chemin. S'ilz faisoient leur devoir de courir,
les François faisoient devoir de chasser; toutesfois
trop bien alloient les chevaulx légiers, et eust le bon
chevalier perdu sa proye, n'eust esté ce pont que
gardoit Bonnet, lequel avecques son compagnon My-
pont et les gens qu'ilz avoient, deffendirent le passage
aux ennemys, de façon que le cappitaine Scandrebec
congneut bien qu'il falloit combatre ou fiiyr à Fadven-
ture, ce qu'ilz aymèrent mieulx esUre, et se misrent
en fuyte à bryde abatue; mais si bien furent les
esprons chaussez qu'il fut pris soixante Âlbanoys et
trente arbalcstriers avecques les deux cappitaines. Le
demourant s'en alla à travers pays vers le Trevizan.
En la compaignie du bon chevalier, puis* six jours,
avoit esté fait archier ung jeune gântilhomme du
1. Puis, depuis.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 475
Daulphiné, nommé Guigo Guyfray, filz du seignenr^de
Bontières ^ , lequel n'avoit point plus de seize à <iix-
sept ans, mais il estoit-de bonne rasse et avoit grant
désir d'ensuyvre ses parens. Durant le combat, il veit
celluy qui portoit l'enseigne des ajfbalMtHwf^ de
Rynaldo Gontarin, qui c'estoit gecté manèàk d'ong
fossé et se vouloit sauver. Le jeune gWMQ^éa ^ivtthll;
essayer et passa après luy , et avecques sa drmyg hwrr
luy donna si grant [coup] qu'il le porta par terrett Ja
rompit ; puis mist la main à l'espée et luy escryok :
c Rends-toy, enseigne, ou je te tueray. » L'enseigne
ne vouloit pas encores mourir, si bailla son espée et
son enseigne au jeune enfant auquel il se rendit, qui
n'en eust pas voulu tenir dix mille escus. Si le fist
remonter sur son cheval et le mena droit où estoit le
bon chevalier qui faisoit sonner la retraicte, et y avoit
tant de prisonniers qu'il ne sçavoit qu'en faire.
Bonnet veit venir de loing le jeune Bontières et dist :
c Monseigneur, je vous prie, voyez venir Guigo, il a
pris ung prisonnier et une enseigne ; » et en ces pa-
rolles arriva. Le bon chevalier, quand il le congneut.
i. Guigo Guififrey, connu plus tard sous le nom de Bontières,
fut gouverneur de Turin, capitaine de cent hommes d'armes, pré-
vôt de rhôtel du roi, etc. Il était fils de Pierre Guifirey, s' de
Bontières, tué à Gerignole. Bayard fut le maître de Bontières
qui lui-même apprit le métier des armes au baron des Adrets et
au maréchal de Tavannes. Il existe à la Bibliothèque nationale
quelques lettres et quelques pièces inédites assez intéressantes
relatives à Bontières, ej^kPBijffàtes deux quittances (ms. Glairam-
bault, vol. 56, p. 4285, et Qi£ des titres, art. Guiffrey) auxquelles
sont suspendus deux granoslËéaux, le premier ayant pour légende :
s. QVIGO QVIPFREY. CHLR S. DE BOVTIERES PVOVT D. l'OSTEL ; l'aUtrO .'
QVIOO QVIFFREY. CHLR 8' DE B0TTIERE8.
176 HISTOIRE DE BAYART
fut si ayse qu'oncques ne le fut plus, et dist : c Com-
ment, Bontières, avez-vous gaigné ceste enseigne et
pris ce prisonnier ? — Ouy, monseigneur, puisqu'il a
plu à Dieu ; il a fait que^ Mge. de se rendre, autrement
je l'eusse tué; » dont,.%qf|e U jcompaignie se print à
rire, mesmement le hôi|i. dievalier, qui tant avoit
d*ayse que merveilles, et dist : c Bontières, mon amy,
vous avez bon commencement. Dieu le vous veuille
continuer! » Aussi a-il fait, car depuis par ses vertus
a esté lieutenant de cent hommes d'armes que le roy
de France donna audit bon chevalier après ce qu'il
eut si bien gardé la ville de Maizières contre les gens
de l'empereur, conmie verrez quant temps sera.
Après ces propos, le bon chevalier dist à Bonnet, à
Mypont, au cappitaine Pierrepont, lors son lieutenant,
gentil chevalier, sage et hardy, et aux plus apparens :
c Messeigneurs, il nous fault avoir ce chasteau, car il
y a gros butin dedans; ce sera pour noz gens. — Ge
seroit bien fait, dirent les autres, mais il est fort et
n'avons point d'artillerie. — Taisez-vous, dist-jl^ je
sçay la manière comment je l'auray devant ung quart
d'heure. » Il fist appeller les cappitaines Scandrebec
et Rynaldo Gontarin, ausquelz il dist : c Sçavez-vous
qu'il y a, seigneurs? faictes-moy rendre ceste place
incontinent, car je sçay bien qu'en avez le povoir,
ou sinon je faiz veu à Dieu que je vous feray trencher
la teste devant la porte tout à ceste heure. » Ilz res-
pondirent qu'ilz le feroient, s'il leur estoit possible ; ce
que ouy ^, car ung neveu du cappitaine Scandrebec la
i. Que, comme.
2. Ce que ouy, ce qui eut lieu.
PAR LE LOYAL SERVITRUR. 177
tenoit qui la rendit incontinent que son oncle eut parlé
à luy. Le bon chevalier et tous ceulx de sa compagnie
y montèrent et trouvèrent plus de cinq cens beufs et
vaches, et force autre butin, qui fut égallanent party
tant que chascun fut content. Le besfittl fut mené
vendre à Yincence. Ilz firent très4MM repaistre leurs
chevaulx, et y repeurent aussy, car trouvèrent assez
de quoy. Le bon chevalier fist secnr à sa table les
deux cappitaines véniciens , et conmie ilz achevoient
de disner, vecy arriver le petit Bontières qui venoit
veoir son cappitaine et amenoit son prisonnier,
lequel estoit deux fois aussi hault que luy et aagé de
trente ans. Quant le bon chevalier le veit, se print à
rire, et dist aux deux cappitaines véniciens : c Me»-
seigneurs, ce jeune garson qui estoit paige n'a pas
six jours, et n'aura barbe de trois ans, qui a pris
vostre enseigne; c'est ung gros cas, car je ne sçay
comment vous faictes, mais nous autres François ne
baillons pas voulentiers noz enseignes, sinon aux plus
suflisans. > L'enseigne vénicien eut honte et se veit à
ceste occasion fort abaissé de son honneur ; si dist en
son langaige : c Par ma foy ! cappitaine, je ne me suis
pas rendu à celluy qui m'a pris par paour de luy, car
luy seul n'est pas pour me prendre prisonnier, j'es-
chapperoye bien de ses mains et de meilleur bonime
de guerre que luy, mais je ne povoye pas combatre
vostre troppe moy seul. » Le bon chevalier regarda
Bontières, auquel il dist : c Escoutez que dit vostre
prisonnier, que vous n'estes pas homme pour le
prendre. » Le jeune enfant fut bien marry, et conune
courroucé respondit : c Monseigneur, je vous sup-
plie m'accorder ce que je vous demanderay. — Ouy
vrayement, dist le bon chevalier; qu'esse? — C'est,
42
178 HISTOIRE DE BAYART
dist-^K que je rebailleray à mon prisonnier son cheval
et ses armes et je monteray sur le mien ; noas yroo^
là-bas ; si je le puis conquérir encores une fois, soit
asseuré de mourir, et j'en fais veu à Dieu, et s*il se peult
eschapper je lui donne sa rançon. > Jamais le bon
chevalier ne fut plus ayse de propoz, et dist tout haolt :
€ Vrayement, je le vous accorde. > Cela ne servit de
riens, car le Vénicien ne voulut pas accepter l'oflfre,
dont il n'eut guères d'honneur, et, par le contraire,
le petit Bontières beaucoup. Après disner, le bon che-
valier et les François remontèrent à cheval et retour-
nèrent au camp, où ilz emmenèrent leurs prisonniers.
De ceste belle prise fut bruyt plus de huyt jours , et
en fut donné grande louenge au bon chevalier par
l'empereur et par tous les Âlmans, Hennuyers et
Boui^ignons : mesmement le bon seigneur de la
Palisse en fut tant aise que merveilles, auquel fiit
compté le tour qu'avoit fait le petit Bontières et l'offire
qu'il avoit faicte à son prisonnier. S'il en Ait ris par-
tout le camp, ne fault pas demander. Bien dist le sei-
gneur de la Palisse qu'il congnoissoit de longue main
la rasse de Bontières, et que de ceste maison estoient
tous gaillars gentilzhommes. Ainsi alla de ceste adven-
ture au bon chevalier sans paour et sans reproudie
pour ceste fois.
CHAPITRE XXXVII.
Comment V empereur délibéra donner VassaultàPadouey
et r occasion pourquoy il demeura . ^^
Vous avez entendu cy devant conunent rartillerie
PAR LE LOYAL SERVITEUR. |k|9
de l'empereur, du duc djL&V^ et marquis 4^ Man-
thoue, avoieot fait trois^^^iks, toutes mises ea une
qui contenoient demy-mille c^ peu s'en faiUoit ; ce que
pai;^ung matin l'empereur, accompaigné de ses princes
et seigneurs d'Almaignef alla veoir, dont il s'esme)^
veilla; et se donnoit grant honte, au nombre de gens^
qu'il avoit, que plus tost n'avoit &ît donner l'assault,
car jà y avoit trois jours que les caiionoiers ne tiroient
»i à pierre perdue en la viUe, pour ce que à l'endr^t
ilz estoient n'y avoit plus de muraiUe* Parquoy luy^
revenu à son logis qui esUût distant de cdbiy du sei-
gneur de la Palisse d'ung gect de boulle seulement,
appella ung sien secrétaire françois auqud H fist escripre
unes lettres audit seigneur qui estoient m ceste subs-
tance : € Mon Qùf^j j'ay à ce matin esttfhreoir la
berche de la villef ique je trouve plus raisoiuiable qui
vouldra ^ faire son devoir. J'ay advisé, dedans aujour-
d'huy, y faire donner l'assault. Si vous prie que,
incontinent que mon grant tabourin sonnera, qui sera
sur le midy, vous faictes tenir prestz tous les gentilz-
honmies françois qui sont SQq)>z vostre charge à mon
service mt cpnmiandemeDt ^de mon frère le roy de
France, piNU; aller audit assault avecques mes pié-
tons, et j'espère, avecques l'ayde de Dieu, que nous
l'emporteroÇÉ. » Par le mesme secrétaire qui avoit
escripte la lettre, l'envoya au seigneur de la Palisse,
lequel trouva assez estrange ceste manière de procé-
der. Toutesfois il en dissimula. Bien dist au secré-
taire : € Je 4l'esbays que l'empereur n'a mandé mes
compaignons et moy pour plus asseuréement délibérer
1. Qui vouldra, pour qui voudra.
'«
||0 HISTOIRE DE UAYABT
de cest afiàire. Toutesff^ vous luy direz que je les
vois envoyer quérir, et eubt venuz, je leur montreray
la lettre. Je croy (|u'il n'y aura celluy qui ne fioU
dieissaDt à ce que l'empereur vouldra commaDdgfe,»
Le secrétaire retourna faire - son message, et le »•
gKor de la Palisse manda tmis les cappitaines fran-
çois, lesquelz vindrent à son logis. Desjà estoit bniyt
par tout le camp que l'on donneroit l'assault à la {Mj^
sur le midy ou peu après. Lors eussiez veu un^T^ ^
merveilleuse, car les prestres estoient retenuz ^
d'or à confesser, pour ce que chascun se
mettre en bon estât; etavoit plusieurs gens d'à
qui leur baitloient leur bourse à garder, et pour ceh
ne fault faàre nulle double que mQsseigneurs les curei
n'etUÊnéi' bien voulu que ceulx ^lÏDqt ilz avoient l'ar-
gent en garde feussent deraoun^ Ajfl'assault. D'une
chose veulx bien adviser ceubc qui lysent cette hjs-
toire, que cinq cens ans avoit qu'en camp de prince
ne fut veu autant d'ai^nt qu'il y en avoit là , et n'es-
toit jour qu'il ne se desrobast trois ou quatre oen
lansquenetz qui emmepoient beufz et vailles en
Almaigne, lictz, bledz, .soyes à filer et ai^^cs utoi-
silles, de sorte que audit Padouan fut porté ocMnma^
de deux millions d'escus, qu'en < meubles, qu'en mai-
sons et palais bruslez et destmitz. Or, revenons i
nostre propos. Les cappitaines françois arrivez au
logis du seigneur de la Palisse, leur dist : c Hessei-
gneurs, il fault disner, car j'ay à vous dire quelque
chose que, si je vous le disoye devant, pkr adventure
ne feriez-vous pas bonne cbère. > 11 disoit ces paroU«s
1 . Qu'en, tant ea.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 181
par joyeuseté, car assez congnoissoit ses compai-
gnons qu'il n'y avoit celluy qui ne feust ung autre
Hector ou Rolant , et sur tous le bon chevalier qui
oncques en sa vie ne s*estonna de chose qu'il veist
ne ouyst. Durant le disner ne firent que se gaudir les
ungs des autres. Tousjours en vouloit ledit seigneur de
la Palisse au seigneur d'Ymbercourt, qui luy rendit bien
son change en toutes paroUes d'honneur et de plaisir.
Je croy que vous avez ouy nommer cy-devant tous
les cappitaines françois qui estoient là ensemble, mais
je croy qu'en toute la reste de l'Europe on n'en eust
pas encores trouvé autant de la sorte. Après le disner
on fist sortir tout le monde de la chambre, excepté les
cappitaines, à qui le seigneur de la Palisse commu-
nicqua la lettre de Tempereur, qui fut leue deux fois
pour mieulx l'entendre; laquelle ouye, chascun se
regarda l'ung l'autre en riant, pour veoir qui oon^
mcnceroit la paroUe. Si dist le seigneur d'Ymber*
court : € Il ne fault point tant songer ! Monseigneur,
dist-il au seigneur de la Palisse, mandez à l'empereur
que nous sommes tous prests ; il m'ennuye desjà aux
champs, car les nuytz sont froides, et puis les bons
vins commencent à nous faillir; » dont chascun se
print à rire. Il n'y eut celluy de tous les cappitaines
qui ne parlast devant le bon chevalier, et tous s'ao-'
cordoient au propos du seigneur d'Ymbercourt. Le
seigneur de la Palisse le regarda et veit qu'il feisoit
semblant de se curer les dens, comme s*il n'avoit pas
entendu ce que ses compaignons avoient proposé. Si
luy dist en riant : c Hé ! puis, THercules de France,
qu'en dictes vous ? Il n'est pas temps de se curer les
dens , il fault rcspondre à ceste heure promptement à
\
:. 18k. ' HIST(nRB DB BÀVART
fôlppereur. > Le bon chevalier, qui tousjoArs estoit
<!bb8tutnîer*8& gaudir, joyeusemeat respotidit : c Si
noùs'voulons Irestous croyre monseigneur d'Ymbep-
,'4 court, il ne fault que aller droit à la berdie ; mais
pour ce que c'est ung passe-temps assez fascbeux à
hommes d'armes que d'aller à pied, je m'excuserms
fort voulentiers, Toutesfois, puisqu'il faull que j'en dye
mon oppinioii, je le fcray. L'empereur mande en sa
jy lettre que vous (hciez mettre tous les gentilzhommes
> françois à pied pour donner l'iusault, avecques ses
^ lansquenetz. De moy, combien que je n'aye guères d^
biens de ce monde, toutesfois je suis gentilheÀi
É^*} tous vous autres, messcigneurs, estes gros
r
r
^ el de grosses maisons, et si sont beaucoop^v^ noz
gens (l'armes. Pense l'empereur que ce soit tHoBe ni-
sonnable de mettre tant de noblesse en péril et hazart
avecques des piétons dont l'ung est cordonnnier,
l'autre mareschal, l'autre boulengier, et gens méca-
qicques, qui n'ont leur honneur en si grande recom-
mandation que gentilzhomnies ; c'est, trop regardé
petitement, sauf sa grâce à luy. Mais mon advi^^
que vous, monseigneur, dist-il au seigneur _(fe ■
Palisse, debvez pendre response à reoÉpereur qui sera
telle : c'est que vous avez fait asseiBler voz cappi-
laines suyvant son vouloir, qui sont très-délibérez de
faire son commandement selon la chaire qn'ilz ont
du roy leur maistre, et qu'il entend assez que leurdit
maisti-e n'a point de gens en ses ordonnance^qui ne
soient geiitilzhfnmnes; de les mesler parmy gens de
pied qui sont de petite condition, seroit peu fait d'es-
time d'eulx, mais qu'il a force comtes, seigneurs et
gentilzhommes d'Almaigne; qu'il les face mettre i
^
^
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 183
pied avecques les gens d'armes de France, et voulen-
tiers leur monstreront le chemin , et puis ses lansque-
netz les suyvront s'ils congnoissent qu'il y face bon. >
Quant le bon chevalier eut dicte son oppinion, n'y eut
autre chose réplicqué, mais fut son conseil tenu à
vertueux et raisonnable. Si fut à l'empereur rendu
ceste response, qu'il trouva très honneste. Si fist incon-
tinent et tout soubdainement sonner ses trompettes
et tabourins pour assembler son trayn, où se trou-
vèrent tous les princes, seigneurs et cappitaines tant
d'Almaigne, Bourgongne et Haynault. Lesquelz assem-
blez, l'empereur leur déclaira comment il estoit déli-
béré d'aller dedans une heure donner l'assault à la
ville, dont il avoit adverty lès seigneurs de France^
qui tous estoient fort désirans d'y très bien faire
leur debvoir, et qu'ilz le prioient que avecques eulx
allassent les gentilzhonmies d'Almaigne, ausquelz
voulentiers pour eulx mettre les premiers monstre-
roient le chemin, c Parquoy, messeigneurs, je vous
prie, tant que je puis, les y vouloir acompaigner et vous
mettre à pied avecques eulx , et j'espère avecques
l'ayde de Dieu du premier assault nous emporterons
noz ennemys. » Quant l'empereur eut achevé son
parler, soubdainement se leva un bruyt fort merveil-
leux etestrajotfip parmy ses Almans, qui dura une demye
heure avant qu'il feust appaisé; puis l'ung d'entre
eulx, chargé de respondre pour tous, dist qu'ilz
n'estoient point gens pour eulx mettre à pied ny aller
à une bersche, et que leur vrai estât estoit de com-
batre en gentilzhonmies, à cheval. Et autre responce
n'en peut avoir l'empereur; mais combien qu'elle
ne feust pas selon son désir et ne luy pleust guères, il
4 8i mSTOIRE DB BAYART
ne sonna mot, sinon qu'il dist : c Bien, messeigneurs,
il fauldra doncques adviser comment nous ferons pour
le mieulx ; » et puis sur l'heure appella ung sien gen-
tilhomme nommé RocandolfS qui d'heure en autre*
venoit parmy les François comme ambassadeur, et à
vray dire la pluspart du temps estoit avecques eulx,
auquel il dist : c Allez au logis de mon cousin le sei-
gneur de la Palisse, recommandez-moy à luy et à tous
messeigneurs les cappitaines françois que trouverrei
avecques luy, et leur dictes que pour ce jourd'huy ne
se donnera pas l'assault. » Il alla faire son message, et
chascun par ce moyen s'en alla désarmer, les ungz
joyeulx, les autres marrys. Je suis bien asseuré que
les prestres n'en furent pas trop aises, car il leur fîit
besoing rendre ce qu'on leur avoit baillé en garde. Je
ne sçay conmient ce fut ne qui en donna le conseil;
mais la nuyt après ce propos tenu, l'empereur s'en
alla tout d'une traicte à plus de quarante mille da
camp, et de ce logis-là manda à ses gens qu'on levast
le siège ; ce qui fut fait conune vous entendrez.
CHAPITRE XXXVIII.
Comment Vempereur se retira du camp de devant
Padoue quant il congneut que sêà^Almans ne vour
Unent pas donner Vassault.
Il ne fault pas demander si l'empereur fîit bien
1. Christophe, comte de Rockandorf ; il entra au service da roi
de France et fut gentilhomme de sa chambre. Une quittance qa*il
donna en cette qualité est conservée à la Bibliothèque nationile
(Ms. f. 26110, no 815).
PAR LE LOVAL SERVITEUR. 185
courroucé quant il eut entendu le bon vouloir des
cappitaines françois, et que ses gens d*Almaigne ne
* vouloient riens faire pour luy, dont de ceste oppinion
n'estpit pas le gentil prince de Hanno, qui UA deman-
doit autre chose, et s'oflSrit à l'empereur, #{)areille-
ment se vint excuser et présenter aux cappitaines
François. Entre autres cappitaines, qu'il avoit parmy
ses bendes y en avoit ung qu'on nommoit le cappi-
taine Jacob S qui depuis fut au service du roy de
France, et mourut à la journée de Ravenne, comme
vous entendrez, lequel chascun jour alloit escarmou-
cher avecques les François, et de hardiesse et de
toute honnesteté estoit accomply à merveilles ; mais
ces deux Âlmans ne povoient pas satisfaire à tout.
L'empereur, enflé de courroux et fascherie, lende-
main, deux heures devant jour, sans bruyt faire,
acompaigné de cinq ou six cens chevaulx de ses plus
privez serviteurs, deslogea de son camp et s'en alla
tout d'une traicte à trente ou quarante mille de là,
tirant en Âlmaigne , et manda au seigi|6i|il" Ctonstan-
tin, son lieutenant général, et au seigneur de la
Palisse, qu'ilz levassent le camp le plus honnestement
qu'il seroit possible. Chascun s'esbahyt assez de ceste
fiiçon de faire, mais on n'en eut autre chose. Les cap-
pitaines tant françois, almans que bourguignons,
eurent conseil ensemble, où ilz conclurent lever le
siège, qui estoit assez fascheux et malaisé, pour avoir
six ou sept vingtz pièces d'artillerie devant la ville, et
n'y avoit pas d'esquipage pour en mener la moytié.
1. Jacob Empser, dont il sera question plus d'une fois encore
dans le cours de cette chronique, capitaine de lansquenets, tué à
la bataille de Ravenne.
186 HISTOIRE DB BAYART
Les François furent ordonnez à tenir escorte tant que
l'artillerie seroit levée ; mais le gentil prince de Haimo,
^^ qui assez congnoissoit la turpitude de sa nation/
avecques sa bende» qui estoit de sept à huyt mille
honunes, ne partit oncques d'auprès de l'artillerie,
qui luy fut tourné à gros honneur, car depuis le
matin au point du jour jusques à deux heures de
nuyt convint tenir bataille ^ et si on mangea ce ne fut
guères à son aise, car d'heure en autre y avoit chaulx
et aspres alarmes, parce que ceulx de la ville faisoient
force saillies et grosses, aussi qu'il convenoit mener
une partie de l'artillerie ou camp où on alloit loger,
puis la laisser là, et ramener les chevaulx et beu& qué-
rir le demeurant. Sans perte nulle des gens de l'empe-
reur ny des François se leva le siège. Ung grand mal
y eut que les lansquenetz misrent le feu en tous leurs
logis, et partout où ilz passoient. Le bon chevalier
par charité fîst demeurer sept ou huyt de ses honunes
d'armes en ung beau logis où il s'estoit tenu durant le
siège, pou{, le sauver du feu, jusques à ce que lesditz
lansquenebs fussent passez oultre ; et vous asseure que
telz boutefeux ne lui plaisoient guères. De camp en
camp vint l'armée jusques à Yincence, où là envoyn
l'empereur quelque présent au seigneur de la Palîart
et à tous les cappitaines françois, selon sa puissance,
car il estoit assez Ubérdli^ et n'estoit pos^le trouver
ung meilleur prince s'il^éust eu de quoy donner. Ung
mal avoit en luy, qu'il ne se fioit en personne, et
tenoit à part luy ses entreprinses si secrètes que cela
luy a porté beaucoup de dommage en sa vie.
i . Tenir bataille, être rangé en bataille.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 187
De Vinoence s^en i^tournèrc^^,^ Ijittt^part de tous
les Almans ; une partie en denitâj^flki laS^ille pour la
garder avecques le seigneur d^tlF^irl^ s'en retour-
nèrent le seigneur de la Palisse e( tous ses compai-
^ gnons enviroi^jii Toussainctz ou duché de Milan,
excepté le bod^evalier sans paour et sans reprouche
qui demoura quelque temps en garnison à Véronne,
où il receut beaucoup d'honneur, comme vous orrez.
Les Yéniçiens tenoient encores une ville nonmiée
Lignagg^l jitv ilz aToient grosse garnison, et qui sou-
vent fa%§pilnet>urses contre ceulx du Véronnoys.
^^ CHAPITRE XXXIX.
Cofkment le ban chevalier sans paour et sans reprouche,
estant à Véronne, fist une course sur les VénidenSj
où il fut prins et rescoux'^ deux fois en ung jour, et
quelle en fut la fin.
Le boi^hevalier sans paour et sans reprouche fut
ordoQOé en garnison à Yéronne avecques trois ou
quat||.^cens honmies d'armes que le roy de France
preâta à l'empereur^^^jpeu de temps après ceulx qui
estoient pour ledit 'eflfereur à Yincence, congnoissans
que la ville n'estoit^as pour tenir, s'en yindrent
retirer audit Véromîe, parce que les Véniciens estoient
fors aux champs et marchoient pour y venir mettre
le siège; mais quand ilz la virent habandonnée ,
tirèrent leur arnîie jusques à ung village nommé
i . LegnanQ, à 9 lieues de Vérone.
2. Recouw, recouvré.
488 OBtQBtX DE BAYART
Sainct-BonifàceS' ïiiRpuilize ou dix-buyt mille dudit
Véronne. C'estoii6«ni''ie temps de Tyrer, et coove-
Qoit aux souldars quî'^toient dedans la ville envoyer
au fourrage pour leurs chevaulx aucunes fois bien
loing, tellement que bien souvent se perdoient des^
varletz el des chevaulx, tant qu'il fut besoing leur
donner escorte ; mais il u'estoit guères jour qu'ilz
ne rencontrassent les ennemys, et se frotoient très
bien Tung l'autre. De la part des Véniciens y avoit
un cappitaine fort gentil g&lanl et plein d'entre-
prinses, qui s'appelloit Jehan-Paule Mouf^n^, lequel
chascun jour faisoit courses jusc{ues aux portes de
Véronne, et tant y continua qu'il en fascha au bon die-
valier, lequel se délibéra, au premier jour qjbe les
fourrageurs yroient aux champs, luy-mesmes I wr aller
faire escorte et user de quelque subtilité de guerre.
Mais si secrètement ne le peut faire que par ung espie
qui se tenoit à son logis n'en feust adverty le cappi-
taine Moufron ; parquoy délibéra, quant il yroit aux
champs, mener si bonne force que, s'il rçoControit le
bon chevalier, luy feroit recevoir de la bonté. Ung
jeudy matin furent mis les fourrageurs hors de
Véronne, et à leur queue trente ou quarante hdJKânes
d'armes et arcbiers, que oo^Jbïâoit le cappitaine
Pierrepoot, lieutenant dudit bon'dKvalier, qui estoK
sage et advisé. Si se gectèrent à Tescart du grant
chemin pour aller chercher les cassines et faire leurs
charges^. Le bon chevalier, accompaigné de cent
1. San-Bonifacio, provliice de Vérone. ■
2. Jean-Paul Manfroni, un des meitleors capitaines de cav^
ierie d'Italie à cette époque.
3. Pour cliercher les fermes et y faire leur chargement de foin.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 189
hommes d*armes, qui ne pensoit point estre descou-
vert, s'estoit allé gecter en ung village sur le grant
chemin appelle Sainct- Martin S à six mille dudit
Véronne, et envoya 'quelques coureurs pour descou-
vrir, qui guères ne furent loing sans veoir leurs
ennemys en nombre de cinq ôens chevaulx ou envi-
ron, lesquelz marchoient droit vers ceulx qui alloient
en fourrage. Ilz en vindrent faire leur rapport audit
bon chevalier, qui en hit {orl joyeulx, et incontinent
monta à cheval avecques la compaignie qu'il avoit,
pour les aller trouver. Le cappitaine Jehan-Paule Mou-
fron qui par Tespie avoit esté adverty de l'entreprise,
avoit fait embuscher en ung palais près de là cinq ou
six cens hônmies de pied, picquiers et hacquebutiers,
ausquelz il avoit très bien chanté leur leçon, et entre
autres choses qu'ilz n'eussent à sortir jusques à ce
qu'ilz le verroient retirer, et que les François les
chasseroient, car il feroit semblant de fîiyr, et par ce
moyen ne fauldroit point à les enclore et deffaire. Le
bon chevalier qui s'estoit mis aux champs ne fist pas
deux milles qu'il ne veist à cler les ennemys ; si com-
mencea à marcher droit à eulx , et en cryant c Empire
et France ! » les voulut aller chaîner. Ilz firent quelque
contenance de tenir bon, mais quant ilz les virent
approucher, conmiencèrent à eulx retirer le long
d'ung chemin et droit à leur embusche, laquelle ilz
irespassèrent^ d'ung peu, et alors s'arrestèrent tout
court et en criant : c Marco ! Marco ! » se mirent en
défense -»^«>îffi|jnr^^"* Les gens de pied sortirent de
i. San-Martino^Buonalbergo, province de Vérone.
2. Trespassèrent, dépassèrent.
190 HISTOIRE DE BAYART
leur embusche, qui firent ung merveilleux cry et vio-
drent ruer sur les François en tirant force hacque-
butes, dont d'ung coup fut tué le dieval du bon che»
valier entre ses jambes, qui tomba si mal à point
que ung de ses piedz tenoit dessoubz. Ses hommes
d'armes, qui pour mourir ne Teussent jamais laissé
là, firent une grosse envahie S et en descendit Vnng
à pied qu'on appelloit Grantmont^, lequel gecta son
cappitaine de ce péril; mais quelques armes qu'ils
feissent ne leur peurent de tant servir que tous deux
ne demourassent prisonniers parmy les gens de pied
qui les vouloient désarmer. Le cappitaine Pierrepont
qui estoit avecques les fourrageurs ouyt le bruyt, si y
courut le grant galop incontinent, et vint en si bonne
heure qu'il rencontra son cappitaine et Grantmont en
dur party ; car desjà les tiroit-on hors de la presse
pour les emmener à sauveté. Il ne fault pas demander
s'il fut joyeulx; car, conmie ung lyon, fi[*appa sur
ceulx qui les tenoient, lesquelz soubdain habandoo-
nèrent leur prise et se retirèrent à leur troppe qui
combatoit contre le reste des François furieusement.
Le bon chevalier et Grantmont furent incontinent
remontez et s'en retournèrent droit au secours de
leurs gens qui avoient beaucoup à souffrir, car ilz
estoient assailliz devant et derrière ; mais à la revenue
dudit bon chevalier et du cappitaine Pierrepont furent
beaucoup soulagez. Toutesfois le jeu estoit mal party,
car les Véniciens estoient quatre contre ung , et puis
i. Envahie, charge.
2. Claude de Grammont, seig' de Vachères, gentilhomme de
Dauphiné.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. J^i
ses hacquebutîers faisoient beaucoup de mal aux
François. Si coinmencea le bon chevalier à dire au
cappitaine Pierrepont : c Gappitaine, si nous ne gied-
gnons le grant chemin nous sommes affolez^ ; et sllsH!^
sonmies une fois là, nous nous retirerons eo àf^j^
d'eulx et si n'aurons. point de perte aydant ^jj^iiv -^
Je suis bien de cest advis, dist le cappitaiiiè Fiêrre-
pont. » Si conmiencèrent tousjours combatan& à «ulx
retirer sur ce grant chemin, où ilz parvindrent, mais
ce ne fut pas sans beaucoup souffrir; néantmoins
encores n'a voient point perdu de gens, mais si avoient
bien les ennemys^ conmie quarante ou cinquante
bonmies de pied et sept ou huyt de cheval. Quant le
bon chevalier et les François furent sur ce grant che-
min que tiroit à Véronne, se serrèrent et misrent à la
retraicte tout doulcement, et de deux cens pas en
deux cens pas retournoient sur leurs ennemys tant
gaillardement que merveilles. Mais ik avoient ses gens
de pied à leurs aesles qui tiroient coups de hacque-
bute menus et souvent, de façon que, à la dernière
diarge, fut encores tué le cheval du bon chevalier,
qui, le sentant chanceler, se gecta à pied Tespée au
poing, où il fist merveilles d'armes; mais bientost
fut encloz , et eust eu mauvais party , quant le bas-
tard du Fay, son guydon, avecques ses archiers, vint
faire une charge si furieusement que au millieu de 4a
troppe des Véniciens recouvra son cappitaine et le
remonta à cheval eaidhskgj: d'eulx, puis se serroient
avecques les autres. Jàimirochoit la nuyt, parquoy
1. Affolez, perdus.
2. Sous-entendu perdu.
fM mSTOIRE DE BAYART
oonananda le bon dievalier qu'on ne chai^east plus
et qu'il sufEisoit bien se retirer à leur grant honneur,
ce qu'ilz lirent jusques a. Sainct-Hartin, dont le matin
csloient partiz. II y avok un pont gamy de barrières
au bout duquel ilz s'arrastèrent ; le cappitaine Jehan-
Paule Uoufron congneut bien que plus ne leur sçaurcHt
porter dommage, et puis qu'ilz pourroieat estre
secouruz de Véronne. Si fist sonner la rètraicte et se
. mis! aa retour vers Sainct-Boniface, ses gens de pied
devant luy, qui estoient fort lassez de ceste jouraée,
où ilz avoient combatu quatre ou cinq heures, et
voulurent séjourner en ung village à quatre ou cinq
mille dudit Sainct-Boniface ; dont le cappitaine Jehan-
Paule HoufroD n'estoit pas d'oppinion, et s*ea
retourna avecques ses gens de cheval, bien de^nt
dont il avoit esté si bien gallopé et par sî peu de
noffllve de gens. Le bon chevalier et ses gens pour
ce soir se logèrent en ce village de Sainct-Martîn, où
ilz firent grant chère de ce qu'ilz avoient, en pariant
de leur fort belle rètraicte, car ilz n' avoient perdu que
ung archier et quatre chevaulx tuez, et leurs ennem^
avoient porté lourde perte au pris*. En ces entre-
faictes, ung de leurs espies va arriver, lequel vendt
dudit Sainct-Boniface; il fut mené devant le bon die*
valier, qui luy demanda que faisoient les ennemys. U
respondit : a Riens autre chose ; ilz sont en grosse
troppe dedans Sainct-Boniface, et entre eulx font
courir bruyt que bientost jupont Véronne, et tiament
qu'ilz ont grosse inteU^|ÇJ|pe dedans. Comme j'en
vouloye partir est arrivé le cappitaine Houfroa, bioi
1. Au pris, en companisoD.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 193
eschauffé et bien courroucé, car j'ay ouy qu'il disoit
qu'il venoit de la guerre et que les dyables d'enfer
avoit trouvés et non pas hommes. En m'en venant à
quatre ou cinq mille d'icy suis passé en ung village où
j'ay laissé tout plain de leurs gens de pied qui y sont
logez, et semble advis à les veoir qu'ilz soient bien
las. » Alors dist le bon chevalier : c Je vous donne
ma vie se ce ne sont leurs gens de pied que nous
avons aujourd'huy combatuz, qui n'ont pas voulu
aller jusques à Sainct-Boniface. Si vous voulez ilz sont
nostres ; la lune est clère , faisons repaistre noz che-
vaulx, et sur les trois ou quatre heures allons les res-
veiller. » Son oppinion fut trouvée bonne; on fîst
penser les chevaulx le mieulx qu'on peut, et après
avoir assis le guet, chascun se mist au repos. Mais le
bon chevalier qui taschoit d'achever son entreprise
ne reposa guères ; ains environ les trois heures après
minuyt, sans faire bruit, monta à cheval avecques ses
gens et s'en vint droit à ce village où estoient de-
mourez les gens de pied véniciens, lesquelz ilz trou-
vèrent endormys conmie beaulx pourceaulx, sans
aucun guect, au moins, s'il y en avœt, il fut très-
mauvais. Eulx arrivez commencèrent à crier : « Em-
pire ! Empire ! France ! France ! à mort ! à mort ! >
A ce joyeulx chant s'esveillèrent les rustres qui sor-
toient des maisons les ungs après les autres, mais on
les assommoit comme bestes. Leur cappitaine, acom-
paigné de deux ou trois cens hommes, se gecta sur
la place du village, où là se cuydoit assembler et for-
lifBer ; mais on ne luy en donna pas le loysir, car il
ùxt clmr^é par tant d'endroitz que lui et tous ses gens
furent rompuz et deffaictz , et n'en demoura que trois
13
194 msToniE db ra^yart
en vie, dont Tung fut le cappitaine et deux autres
gentilzbommes qui estoient frères, pour lesquelz, en
les relaschant, on retira deux autres gentilzhooimes
françois prisonniers es prisons de la seigneurie de
Venise. Quant le bon chevalier eut du tout et à son
grant honneur achevé son entreprise, ne voulut plus
séjourner, doubtant nouvel inconvénient : si se retira
avecques tous ses gens dedans Yéronne, où il fut recen
à grant joye. Et au contraire les Vénidens, quant ih
sceurent la perte de leurs gens, furent bien marris ,
et en voulut messire André Grit, providadour de la
Seigneurie, blasmer le cappitaine Jehan-Paule Moufron
de ce qu'il les avoit laissez derrière ; mais il s'excust
très bien, en disant qu'il n'avoit esté à luy possible
les tirer du village où ilz avoient esté deffidctz, et de
rinconvénient les avoir très bien advisez, mais jamais
ne les avoit sceu renger à congnoistre la raison.
Toutesfois en luy-mesmes se pensa bien venger en
peu de jours ; mais il acreut sa honte, ainsi que vous
entendrez.
CHAPITRE XL.
Comment le bon chevalier cuyda estre trahy par tm
espie qui avoit promis au cappitaine Jehan Paule
Moufron le mettre entre ses mains y et ce quUl en
advint.
Sept ou huyt jours après oeste belle course, le
cappitaine Jehan-Paule Moufron, bien desplaisant de
ce que si lourdement avoit esté batu et repoussé, ses
gens mors et perduz, sans aucunement et moins que
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 195
riens avoir dommage ses ennemys, délibéra se venger
en quelque sorte que ce feust. Il avoit ung espie,
lequel alloit et venoit souvent de Véronne à Sainct-
Boniface et servoit à luy et au bon chevalier, donnant
à entendre à chascun des deux qu'il ne taschoit que à
leur faire service; mais tousjours ont ses espies le
cueur à Tung plus que à Tautre beaucoup, comme
cestuy-mesmes avoit au cappitaine Moufron, qui par
ung jour qu'il eut ung peu pensé à son af&ire, luy
dirt : c II faut que tu ailles à Véronne, et donnes à
entendre au cappitaine Bayart que la seigneurie de
Venise a escript au providadour qu'il m'envoye dedans
Lignago pour la garde de la place, pour ce qu'on
envoyé quérir le cappitaine qui y est pour l'envoyer
en Levant avecques ung nombre de gallères; que tu
scez certainement que» je partiray demain au point du
jour avecques trois cens chevaulx légiers, et que de
gens de pied je n'en mène point. Je suis asseuré
qu'il a le cueur si hault qu'il ne me laissera jamais
passer sans me venir escarmoucher, et s'il y vient,
j'espère qu'il ne s'en retournera point qu'il ne soit
mort ou pris, parce que je mèneray deux cens honfunes
d'armes et deux mille hommes de pied que je feray
embuscher à Yzolle de l'Escalle*, vers lequel lieu, s'il
me vient Yii|pi^ veulx estre rencontré, t'ad visant que
si tu scez bien faire ta charge, te prometz ma foy
donner cent ducatz d'or. » Les espies, conmie chas-
cun scet, ne sont créez que par dame avarice et aussi
ont-ilz pour ce bien ung autre prison, car de six qu'on
en prent s'il en eschappe ung doit bien louer Dieu, car
I A
1. IsoUl délia Scala, à 5 lieues S. de Vérone.
196 HISTOIRE DE BAYART
la vraye médecine qu'ilz portent pour le mal qui les
tient c'est ung cordeau. ^Qr..ce galant p]X)iiiist au cap-
pitaine Jehan-Paule Mopfron qu'il sçauroit bien faire
le cas. Si s'en vint incontinent à Véronne, droit an
logis du bon chevalier, car léans estoit assez congnai
de tous les serviteurs, pour [ce] qu'ilz cuydoient cer^
tainement qu'il feust totallement au service de leur
maistre. Hz le luy amenèrent ainsi qu'il achevoit de
soupper, lequel incontinent qu'il le veit luy fist ung
fort bon recueil et luy dist : € Vizentin, tu soyiMiil^
bien venu ! tu ne viens pas sans cause ; quelles nov-
velles? » Lequel respondit : c Très bonnes, monsei-
gneur, Dieu mercy! » Si se leva incontinent le bon
chevalier de table, et tira l'espie à part, pour sçavoir
que c'estoit. Il luy compta de point en point le faict et
le luy fisttrouver si bon qu'oncqu6S homme ne fut plus
joyeulx. Si commanda qu'on menast soupper Vizen-
tin et qu'on luy fist grosse chère ; puis après tire à
part le cappitaine Pierrepont, le cappitaine la Va-
renne qui portoit son enseigne, le bastard du Fay et
ung cappitaine de Bourgongne, qui ce soir souppoit
avecques luy, qui s'appéUoit monseigneur de Sucre ^
ausquelz il compta ce' que l'espie lui ayoîl dit, et
comment le cappitaine Jehan Paule Moufron se retirait
dedans Lignago le lendemain et ne menoît que trois
cens chevaulx, parquoy, s'ilz se vouloient monstrer
gentilz compaignons, son voyage ne s'achèveroit
point sans coup ruer^, et que la matière requéroit
i . Probablement Hannotin de Sucker dont il est question pins
hant au chap. X.
2. Sans coup ruer, sans coup férir.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 19?
briefve yssue. A son dire chascun trottffa goust, et
sur l'heure fîist conclusion prise qu'ilz partiroient au
point du jour et raeneroient deux cens honunes
d'armes ; dont de l'entreprise esleurent le seigneur de
Conty, et l'en advertirent à ce qu'il se tiensist prest
comme les autres, lequel ne s'en fist guères prier, car
c'estoit ung très gentil Aevalier. Gela délibéré, tout
le monde se retint'«à ftcn logis pour faire acoustrer
son cas' pour le Onlîô^^esmement le cappitaine
Sucre, qui assez loing estoit du sien; qui dA bonne
jadvei}(ure, car, ainsi qu'il s'en retournoit, va adviser
1 espie qui estoit venu parler au bon chevalier, lequel
sortoit^ la maison d'ung gentilhomme de Véronne,
qu'on esfïmoit estre très mauvais impérial, et par le
contraire avoit Marco escript dans le coeur, qui le fist
doubt^ de trahyson. Si vint prendre l'espie au colét
et luy demanda dont il venoit. Il ne sceut prompte-
ment respondre eL changea de couleur, ce qui le Sst
doubter de plus en plus et tourna tout court, saisy de
l'espie, droit de là où il venoit de soupper. Luy
arrKré, trouva que le bon chevalier se vouloit mettre
dedans le lict ; tgult^ois il prist une robbe de nuyt et
s'assirent aupr^au feu, eulx deux ensemble %
seuUetz, car cependant Ait baillé l'espie'en botfbe
garde. Le cappitaine sur ce décUîni au bon cbevalii^
l'occasion de son soudain retoiV, i^iù sstoît pour ij^r
trouvé l'espie sortant de la muson de^mesaire Baptiste
Voltège, qui estoit leplusgrantïfaffquesqtte'quifeitst
ou monde, et par ce doubtoit qu'il y eurt de la mes-
I . Aetntilrer son cas, ^fijmoKT Bon.dqdlpa^.
1. Marqwsque, partisaiHle Saint-Marc, c'es^à•di^e de Venise.
198 HISTOIRE DE BAYART
chanceté : € Car, dist-il, quant je Tai surpris est
devenu estonné à merveilles. » Quant iœlluy bon che-
valier eut entendu ce propos ne fut pas sans double,
nen plus^ que le cappitaine Sucre. Il iist venir Tespie,
auquel il demanda qu'il estoit allé faire au logis de
messire Baptiste Voltège. Il dist premièrement qu'il y
estoit allé veoir ung parent qu'il y avoit ; après il tint
ung autre propos, et enfin fut trouvé en cinq ou six
paroUes^. On apporta des grésillons^, èsquelz on luy
mist les deux poulces pour le veoir parler d'une autre
sorte. Le bon chevalier luy dist : c Vizentin, dictes la
vérité sans rien celer, et je vous prometz, en foy de
vray gentilhomme, que quelque chose qu'il y ait, je
ne vous feray faire nul mal, quant bien ma mari
y seroit conspirée ; mais par le contraire, si je vous
trouve en mensonge, vous feray pendre et estrangler
demain au point du jour. » L'espie congneut qu'il
estoit pris ; si se gecta à deulx genoulx, demandant
miséricorde, qui luy fut asseuréement promise, si
commencea à compter de point en point la trahysoa
et comment le cappitaine Jehan-Paule Moufron avoit
fait embuscher à Yzolle de l'Escalle deux cens hommes
d'armes et deux mille hommes de pied pour d^aire
le bon chevalier, et qu'il venoit du logis de messire
Baptiste pour l'advertir de l'entreprinse, et aussi
l'adviser comment il pourroit trouver moyen, par
i. Nen plus, non plus. Plus loin le môme mot est écrit nem
plus.
2. C'est-à-dire : donna cinq ou six explications différentes.
3. On appelait grésillons ou grillons des cordelettes avec les-
quelles on serrait les pouces de ceux auxquels on voulait arra-
cher des aveux.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 199
quelque nuyt, livrer une des portes de la ville au
providadour messire André Grit ; et plusieurs autres
choses dit ce vaillant espion. Bien déclaira que mes-
sire Baptiste Voltège lui avoit dit qu'il ne se mesle-
roit jamais de telle meschanseté, et que puisqu'il
estoit soubz l'empereur, qu'il y vouloit vivre et
mourir. Quant il eut fait son beau sermon, le bon
chevalier luy dist : c Yizentin, j'ay mal employé les
escuz que je vous ay donnez, et dedans vostre corps
repose le cueur d'ung lasche et meschant homme,
combien que jamais ne vous ay guères estimé autre.
Vous avez bien desservi^ la mort, mais puisque je vous
ay promis ma foy, vous n'aurez nul mal, et vous feray
mettre hors de la ville seurement ; mais gardez que
tant que je y seray n'y soyez veu, car tout le monde
ne vous sauveroit pas que ne vous feisse pendre et
estrangler. » Il fut enunené de devant eulx et enfermé
en une chambre jusques à ce qu'on en eust à beson-
gner. Le bon chevalier dist au cappitaine Sucre : c Mon
amy, que ferons-nous à ce cappitaine Jehan-Paule
Moufron qui nous cuyde avoir par finesses? Il luy
fault donner une venue ^, et si vous povez faire ce que
je vous diray, nous ferons une des gorgiases^ choses
que fut faicte cent ans a. » Sucre respondit : c Mon-
seigneur, conunandez et vous serez obéy. — Allez
doncques, dist-il, tout à ceste heure au logis du prince
de Hanno et me reconmiandez humblement à sa bonne
grâce ; déclairez-luy cest affaire bien amplement, et
faictes tant qu'il soit d'accord de nous bailler demain
1. Desservi, mérité.
2. Donner une venue, jouer un tour.
3. Gorgiase, belle, magnifique.
200 HISTOIRE DE BAYART
au matin deux mille de ses lansquenetz, et nous les
mènerons avec nous le beau pas, et les laisserons
quelque part en embusche, où, avant que tout soit
desmeslé, si ne voyez merveilles, prenez- vous-en à
moy. Le cappitaine Sucre part incontinent et s'en alla
droit au logis du prince, qui jà dormoit. Il le fist
esveiller, puis alla parler à luy et luy compta tout ce
que vous avez ouy cy dessus. Le gentil prince qui
n'aymoit riens tant que la guerre, et entre tous gen-
tilzhommes avoit prins une telle amour au bon cheva-
lier pour sa prouesse, que la chose eust esté bien
estrange quant il Ten eust reffusé ; si dist qu'il estait
bien desplaisant que plus tost n'avoit sceu ceste entre-
prinse, car luy-mesme y feust allé, mais que de ses
gens le bon chevalier en povoit mieulx disposer que
luy-mesmes ; et sur l'heure envoya son scribe en ad-
vertir quatre ou cinq cappitaines, qui furent, pour
faire le compte court, aussi prestz au point du jour que
les gens d'armes qui l'avoient sceu dès le soir ; et se
trouvèrent à la porte quant et * les gens d'armes, qui
donna tiltre d'esbahyssement au seigneur de Gonty,
car riens ne luy en avoit esté mandé le soir. Si s'en-
quist au bon chevalier que ce povoit estre, lequel luy
déclaira bien au long tout le démené^, c Sur ma foy,
dist le seigneur de Gonty, se Dieu veulâ^ nous ferons
aujourd'huy une belle chose. > La porte ouverte, se
misrent en chemin vers Yzolle de l'Escalle. Le bon
chevalier dist à Sucre : c II fault que vous et les lans-
quenetz demourez embuschez à Servode (c'estoit ung
i. Quant et, en môme temps que.
2. Tout le démené, tout ce qui était arrangé.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 201
petit village à deux mille d'Yzolle), et ne vous souciez
point, car je vous attireray noz ennemys jusques à
vostre nez; parquoy aurez aujourd'huy assez d'hon-
neur, si vous estes gentil compaignon. » Gonune il
fut dit ainsi fut fait; car, arrivez audit village, les
lansquenetz demourèrent en embusche, et le bon
chevalier, le seigneur de Conty et leur troppe s'en
vont vers YzoUe, faignant ne sçavoir riens de ce qui
estoit dedans. Cela regardoit en une belle plaine, où
de tous costez on veoit assez loing. Si vont choisir^
le cappitaine Moufron avecques quelques chevaulx
légiers. Le bon chevalier y envoya son guydon, le
bastard du Fay, avecques quelques archiers pour les
ung petit escarmoucher, et luy marchoit après le beau
pas, avecques les gens d'armes. Mais il ne fut guères
loing, quant il veit saillir de la ville d'Yzolle de l'Es-
calle les gens de pied de la Seigneurie et une troppe
d'hommes d'armes. Il fi$t ung peu Festonné, et dist à
la trompette qu'il sonnast à lestendart. Quoy oyant
par le bastard du Fay, selon la leçon qu'il avoit, se
retira avecques la grosse troppe, qui se serrèrent très
bien, et faignans d'eulx retirer droit à Véronne, s'en
vont le petit pas vers ce village où estoient leurs
lansquenetz ; et desjà estoit allé ung archier dire au
cappitaine Sucre qu'il sortist en bataille. La gendar-
merie de la Seigneurie, qui k leur esie a voient ceste
troppe de gens de pied, chargoient menu et souvent
les François, et faisoient tel bruyt qu'on n'eust pas
ouy Dieu tonner, pensant entre eulx que ce qu'ilz
1. Il y a très-probablement ici une faute d'impression; il fau-
drait peut-être : Si voient venir.
302 mSTOIRE DE BAYÀRT
voyoient ne leur povoit eschapper. Les François ne
se desrotoient* point et escarmouchoient sagement,
de façon qu*ilz furent près de Servode à ung jed
d'arc, où ilz apperceurent les lansquenetz qui venoient
le beau pas et tous serrez, lesquelz se vont descouvrir
aux Yéniciens qui furent bien estonnez. Le bon di&-
valier dist alors : c Messeigneurs , il est temps de
charger ; » ce que chacun fist, et donnèrent dedans
les Yéniciens qui se monstrèrent gens de bien. Toutes-
fois il en fut beaucoup porté par terre. Leurs gens de
pied ne povoient fujrr, car ilz estoient trop loin de
saulveté^. Ilz furent pareillement chargez des lansque*
netz dont ilz ne peurent porter le fès, et furent
ou vers, renversez et tous mis en pièces, sans en
prendre ung prisonnier, ce que veit devant ses yeuk
le cappitaine Jehan-Paule Moufron, qui très bien £ù-
soit son debvoir. Toutesfois il congnoissoit assez que,
s'il ne jouoit de la retraicte, il seroit mort ou prins.
Si commencea se retirer le grant galop vers Sainct-
Boniface, où il y avoit bonne traicte. Il fut assez bien
suy vy ; mais le bon chevalier fist sonner la retraicte,
parquoy tout honune s'en revint, mais ce fut avecques
gros gaing de prisonniers et de chevaulx ; le butin j
fut fort beau. Les Yéniciens y firent grosse perte, car
tous leurs deux mille honmies de pied et bien vingt-
cinq hommes d'armes y moururent, et y en eut enviroD
soixante de prisonniers, qui furent menez à Yéronne,
où les François, Bourguignons et lansquenetz furent
receuz joyeusement de leurs compaignons, lesqudi
1 . Se desroter, se mettre en déroute.
2. Saulveté, salut.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 203
estoient bien marriz qu'ilz n'avoient esté avecques
eulx. Ainsi alla de ceste belle entreprinse pour ceste
fois qui fut grosse fortune au bon chevalier et eut de
tous en général grande louenge. Luy revenu à son
logis, envoya quérir Tespie auquel il dist : c Yizentin,
suyvant ma promesse, tu t'en yras au camp des Yéni-
ciens et demanderas au cappitaine Jehan Paule Mou-
firon si le cappitaine Bayart est aussi subtil que luy
en guerre, et que quant il vouldra pour le pris, le
trou verra aux champs. » Il commanda à deux de ses
archiers le conduyre hors de la ville, ce qu'ilz firent.
Il s'en alla droit à Sainct-Boniface, où le seigneur
Jehan-Paule Moufron l'apperceut, qui le fist prendre,
pendre et estrangler, disant qu'il l'avoit trahy; ne
excuse qu'il sceust faire ne luy servit en riens*.
Les Véniciens tenoient encores ceste ville nommée
Lignago, où ilz avoient grosse garnison, et souvent fai-
soient courses ceulx du Yéronnoy s et eulx les ungs contre
les autres, et tout l'y ver demourèrent en ceste sorte.
Sur le conmiencement de l'année mil cinq cens et dix,
et bientost après Pasques, print congé du roy de
France Louis XIP son nepveu le gentil duc de
Nemours, dont de si peu de vie qu'il eut ceste his-
toire fera ample mention, car il mérite bien estre
i. Nous trouvons dans les Mémoires de Fleuranges (ch. XXIII)
les détails suivants sur le capitaine Manfroni : t En ces poursuites
88 firent beaucoup de belles choses et escarmouches, et entre
aultres une que fist le Jeune advcmtureux et M. d'Uumbercourt,
ou fut prins Jehan-Paul Manfron, homme ancien et maigre
et l*un des plus estimés de tous les Vénitiens; et furent deffaicts
avecques lui cinq cens chevaulx et feust amené au camp et de là
en France, lequel fist la plus triste mine que jamais je visse »
(1511).
soi HISTOIRE DE BAYART
crooicqué^ en toutes sortes. Lequel passa en Ytalie éi
en sa compaignie oiena le cappitaine Loys d'Ars, ver-
tueux et hardy chevalier, où eulx arrivez furent
receuz, chascun selon sa qualité, du seigneur de Chau-
mont, grant maistre de France et gouverneur de
Milan, et de tous les cappitaines estans en Ytalie,
tant honnestement que possible ne seroit de mieulx,
et surtout du bon chevalier sans paour et sans re-
prouche, qui tant aymé estoit du duc de Nemours et
de son premier cappitaine Loys d'Ars. Pttr le oom-
mandement du roy de France estoit encores passé \e
seigneur de Molart avecques deux mille adventuriers
et plusieurs autres cappitaines. Si alla ledit ?f^raiit
maistre seigneur de Chaumont mettre le siège devant
ceste ville de Lignage que tenoieût Véniciens, et affin
qu'elle ne fust aucunement secourue de gens ny de
vivres, fut envoyé le seigneur d'Alègre^ avecques dnq
cens hommes d'armes et quatre ou cinq mille lans-
quenetz qui estoient soubz la charge de ce gentil
prince de Hanno, à Vincencc, qui avoit enciftres souhi
luy ce cappitaine Jacob, qui depuis fut au roy de
France. Cette place de Lignago se fist fort bttre;
aussi y avoit-il bonne artillerie, mesmement celle da
duc de Ferrare, qui entre aillMii avoit une longue
coulevrine de vingt piedz de long, que les aventu-
riers nommoient le Grant Dyable. Enfin furent la ville
1. Cronicqué, mentionné dans les chroniques.
2. Yves II d'Alègre, baron d'Alègre, coiyeilier, chambellan du
roi, gouverneur de laBasilicate et de Bologne. Il épousa Jeanne
de Ghabannes et fut tué à Ravenne (1512). Son sceau, conservé i
la Bibl. nat. (Gab. des titres, vol. 32, n» 29), porte la légende
SEEL YVES d'alegre autour d'un écu à ses armes.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 205
et chasteau pris, et mis à mort tout ce qui estoit
dedans 9 ou la pluspart. En ceste prise le seigneur de
Molart et ses aventuriers se portèrent fort bien, et
y eurent gros honneur, car ilz n'eurent jamais le
loisir d'attendre que la berche fust raisonnable pour
y donner l'assault. Le seigneur de Ghaumont y com-
mist pour la garder le cappitaine la Grote avec cent
hommes d'armes, dont il avoit la charge soubz le
marquis de Montferrat, et mil hommes de pied soubz
deux cappitaines, l'un nommé l'Hérisson, et l'autre
Jacomo, corse-néapolitain.
Durant ce siège de Lignago, eut nouvelles le
seigneur de Ghaumont de la mort de son oncle,
le légat d'Âmboise^ où il fit une grosse et lourde
pertç, car il avoit esté moyen de l'eslever es hon-
neurs où il estoit, et pareillement avoit fait avoir
de grans biens à tous ceulx de sa maison, tant en
l'église que autrement, car c'estoit tout le gouverne-
ment du roy de France Loys XIP et du royaulme. Il
avoit esté ung très sage prélat et honmie de bien en
son temps et ne voulut jamais avoir que ung béné-
fice, et à son trespas estoit seulement arche vesque de
Rouen; il en eust eu assez d'autres s'il eust voulu.
Geste piteuse mort porta le seigneur de Ghaumont
dedans son cueur aigrement, car il ne vesquit guères
après, combien que devant les gens n'en monstroit
pas grant semblant et n'en laissoit à bien et sage-
ment conduire les affaires de son maistre.
Quant il eut^onné ordre à Lignago, s'en vint assem-
1. Le cardinal d'Amboise mourut le 25 mai 1510.
206 HISTOIRE DE BAYART
bler, avec les gens de Tempereur, pour marcher sur le
pays des Yéniciens et essayer de les mettre à la raison.
Le roy d'Espaigne avoit puis peu de jours envoyé au se-
cours de l'empereur, soubz la charge duduc deTermesS
quatre cens hommes d'armes espaignolz et néapoli-
tains qu'il faisoit merveilleusement bon veoir, maïs
pour ce qu'ilz estoient travaillez^ on les envoya
séjourner dedans Yéronne. Le camp, tant de l'empe-
reur que du roy de France, marcha jusques à uog
lieu nommé Saincte-Groix, où il séjourna quelque
temps, car on pensoit que l'empereur voulsist des-
cendre, mais non fist. Durant ce camp la chaloir fiit
par trop véhémente, et pour ce fut, de la pluspart de
ceulx qui y estoient, appelle le Gamp-Ghault. Au des-
loger de là et près d'ung gros village appelle Lon-
gare ^, y eut une merveilleuse pitié ; car comme dias-
cun s'en estoit hiy pour la guerre, en une cave qui
estoit dedans une montaigne, laquelle duroit ung mille
ou plus, c'estoient retirez phis de deux mille per*
sonnes, tant hommes que fenmies, et des plus appa-
rens du plat pays, qui y avoient force vivres et y
avoient porté quelques hamois de guerre et des hao-
quebutes pour deffendre l'entrée, qui les vouldroit
forcer, laquelle estoit quasi imprenable, car il n'y
pouvoit venir que ung honune de fronc. Les adveo-
turiers, qui sont voulentiers coustumiers d'aller
piller, mesmement ceulx qui ne vallent riens pour la
1. Le duc de Termini, mort à Givita Gastellana en 1512 (6m-
chardin, 1. X, ch. 3).
2. Travaillez, malades.
3. Longaro, hameau de la commune de Vicence.
PAR LB LOYAL SERYITBUR. 8|07
guerre, vindrent jusques à l'entrée de ceste cave, qui
en langaige ytalien s'appelloit la crote^ de Longare;
je croy bien qu'ilz vouloient entrer dedans, mais
doulcement on les pria qu'ilz se déportassent, et
que léans ne pourroient riens gaigner, parce que
ceulx qui y estoient avoient laissé leurs biens à leurs
maisons. Ces coquins ne prindrent point ses prières
en payement et s'efforcèrent d'entrer, ce qu'on ne
voulut permettre, et tira l'on quelques coups de hac-
quebute qui en firent demourer deux sur le lieu. Les
autres allèrent quérir leurs compaignons, qui plus
près de mal faire que autrement, tirèrent ceste part^.
Quant ilz furent arrivez, congneurent bien que par
force jamais n'y entreroient. Si s'advisèrent d'une
grande lascheté et meschanceté, car au droit du per-
tuys misrent force boys, paille et foing avecques du
feu, qui en peu de temps rendit si horrible fumée
dedans ceste cave, où il n'y avoit air que par là, que
tous furent estouffez et mors à martyre, sans aucune-
ment estre touchez du feu. Il y avoit plusieurs gen-
tilzhommes et gentillesfenunes qui, après que le feu
fut failly et qu'en entra dedans, furent trouvez
estainctz, et eust-on dit qu'ilz dormoient. Ce fut une
horrible pitié; mesmement eust-on vu à plusieurs
belles dames sortir les enfans de leur ventre tous
mors. Lesditz adventuriers y firent gros butin , mais
le seigneur grant maistre et tous les cappitaines en
furent à merveilles desplaisans, et sur tous le bon che-
valier sans paour et sans reprouche, qui tout au long
1. Crote, grotte.
2. Tirèrent ceste part, allèrent de ce côté.
SOS mSTOIRE DE BAYART
du jour mist peine de trouver ceulx qui en avoient
esté cause, desquelz il en prist deux, dont Fung
n'avoit point d'oreilles et l'autre n'en avoit que une'.
Il fist si bonne inquisition de leur vie que par le
prévost du camp furent menez devant ceste crote, et
par 8on bourreau penduz et estranglez, et y voulut
estre présent le bon chevalier. Ainsi, conune ilz fai-
soient cet exploict, quasi par miracle va sortir de
ceste cave ung jeune garson de l'aage de quinze à
seize ans, qui mieulx sembloit mort que vif et estoit
tout jaulne de la fumée. Il fut amené devant le bon
chevalier, qui l'enquist conunent il s'estoit sauvé. 0
respondit que quant il veit la fumée si grande, il s'eo
alla tout au fin bout de la cave, où il disoit y avoir une
fente du dessus de la montaigne, bien petite, par où
il avoit pris l'air; et dist encores une piteuse chose,
c'est que plusieurs gentilzhonunes et leurs femmes,
quant ilz s'apperceurent qu'on vouloit mettre le feu,
vouloient sortir, et congnoissant aussi bien qu'ik
estoient mors ; mais les villains qui estoient avecqœs
eulx et beaucoup les plus fors ne le voulurent jamais
consentir et leur venoient au devant avecques k
poincte des ronçons en disant qu'ilz mourroient aussi
bien que eulx, et ainsi les povres gens furent assailliz
du feu et des leurs mesmes.
De ce lieu de Longare marcha le camp droit à Mont-
selles, que les Véniciens avoient repris et remparé, et
dedans logé mille ou douze cens hommes. En chemin
furent rencontrez par les seigneurs d'Alègre et le bon
1 . L^essorillement était an des châtiments infligés aux malfid-
teurs.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 209
chevalier, avecques le seigneur Mercure ^ et ses Âlba-
noySy qui estoit pour lors à Tempereur, quelques che-
vaulx légiers de ceulx de la Seigneurie, qu'on appelloit
Gorvaz^, et sont plus turcs que chrestiens, lesquelz ve-
noient veoir s'ilz gaigneroien t quelque chose sur le camp ;
mais ilz firent mauvais butin, car tous ou la pluspart y
demeurèrent et furent bien ung quart d'heure prison-
niers. Entre lesquelz le seigneur Mercure va cong-
noistre le cappitaine, qui estoit, ainsi qu'il dist depuis,
son cousin germain, et l'avoit gecté de son héritage en
Gorvacie, lequel il tenoit et occupoit par force et estoit
le plus grant ennemy qu'il eust en ce monde. Si luy
vint à ramentevoir ^ toutes les meschancetez qu'il luy
avoit faictes et que à présent estoit bien en luy d'en
prendre vengeance. L'autre dist qu'il estoit vray,
mais qu'il avoit esté pris en bonne guerre et que par
raison devoit sortir en payant rançon selon sa puis-
sance, dont il offroit six mille ducatz et six beaulx et
excellens chevaulx turcs, c Nous parlerons de cela
plus à loysir, dist le seigneur Mercure, mais, par ta
foy ! si tu me tenoys ainsi comme je te tiens, que
feroys-tu de moy ? > Lequel respondit : < Pw'sque si
fort me presses que de ma foy, je t'advise que, si tu
estoys en ma mercy comme je suis en la tienne, tout
l'or du monde ne te sauveroit pas que je ne te feisse
mettre en pièces. — Vrayement, dist le seigneur Mer-
cure, je ne te feray pas pis. > Si commanda à ses Alba-
1. Mercorio Rona, capitaine de cent cayaliers aliiansdis. Une
quittance du 17 juin 1506 (Bibl. nat. Ms. f. 26110, n^ 704) |K>rte
n signature et son sceau.
2. Corvaz, Croates.
3. Ramentevoir, remémorer.
u
210 mSTOIRE DE BAYART
Doys en son langaige à jouer des cousteaulx, lesqueb
soubdainement misrent leurs cymeterres en be-
songne, et n'y eut cappitaine ni autre qi|i*n'eust dix
coups après sa mort; puis leur couppèrent les têtes
qu'ilz picquoient au bout de leurs estradiotes^ et
disoient qu'ilz n'estoient pas du*estiens. Hz avoient
estrange habillement de teste, car il estoit comme ung
chapperon de damoyselle ; et où iïz mettoient la teste,
cela estoit gamy de cinq ou six gros papiers oolet
ensemble, de façon que une espée n'y faisoit nem
plus de mal que sur une secrète. Le siège fut mis
devant Montselles, qui se fist canonner Fespaoe de
quatre ou cinq jours , et n'eust jamais esté pris, vea
la fortification qu'on y avoit faicte, n'eust esté que
ceulx qui estoient dedans sortoient pour venir à l'es-
carmouche, et bien souvent jusques à ung bon gect
de pierre de leur fort, contre les adventuriers frao-
çois, qui vouluntiers eussent esté veoir quel il faisoit
en la place. Par une après-disnée que Ton n'y pensoît
point, les gens du cappitaine Molart, avecques ung
gentilhomme qui se nommoit le baron de Montfaucon',
allèrent escarmoucher ceulx du chasteau, qui gaillar-
dement y vindrent ; et faisoient merveilles, tellement
que deux ou trois fois' repoulsèrent assez lourdement
les adventuriers, et une fois entre autres les chassèrent
trop loing, tellement que quant ilz se cuydèrent
i. On appelait estradiote la cavalerie légère composée en génénl
d'Albanais. Vestradiote désigne également le cimeterre dont iU
étaient armés.
2. Gabriel de Montfaucon, baron dudit lieu, châtelain d'Aîgne»-
Mortes, chambellan du roi, iils de Guy de Montfiincon et d'Anne
âauvestre.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 211
retirer, se trouvèrent lassez, dont lesditz adventu-
riers s'apperceurent, qui les chassèrent vivement, et de
façon qu'ilz entrèrent pesle-mesle parmy les ennemys
dedans la place. Quant Ceulx qui la gardoient virent
qu'ilz estoient perduz, se retirèrent en une grosse
tour, où incontinent ilz furent assiégez,^ et bouta-on
le feu au pied. La pluspart s'y laissa brusler pluslost
que se rendre. Les autres sortoient par les créneaulx,
qui estoient receuz sur la pointe des picques par les
adventuriers ; brief, il en eschappa bien peu en vie. Il
y fut tué du costé des François ung gentilhomme
nommé Gamican, et le baron de Montfaucon blessé
à la mort. Toutesfois il en eschappa, mais ce fust à
bien grant peine.
On fîst remparer la place et y mist-on grosse
garnison, cuydant aller mettre le siège à Padoue;
mais nouvelles vindrent que le pape JuUes estoit
révolté et qu'il alloit faire la guerre au duc de Fer-
rare*, lequel estoit allyé du roy de France, auquel
ledit duc en avoit amplement escript pour estre
secouru ; à quoy le roy voulut bien obtempérer, et
escripvit au grant mai^tre, son lieutenant général, luy
bailler secours; ce qu'il fist, car il envoya les sei-
gneurs de Bk)ntoison, de Fontrailles, de Lude* et le
1 . Le prétexte de Jules U pour faire la guerre au duc de Fer-
rare était que ce prince détenait la ville de Gommachio et en
exploitait les salines qui ruinaient celles que le pape possé-
dait à Gervia. En outre le duc percevait abusivement certains
péages sur le P6 au détriment des sujets du pape.
2. Philibert de Glermont, s' de Montoison, gouverneur é% Fer-
rare, surnommé le gentil Montoison. A Fornoue, Gharlés VIII
rappela à son aide en s'écriant : A la rescousse, Montoison 1 Ce
%M mSTOIRE DE BAYART
bon chevalier avecques trois ou quatre mille hommes
de pied françois et hujt Q^^'Suysses qu'avoit tiré
du pays comme adventuriers ung cappitaine nommé
Jacob Zemberc. Eulx arrivez à Ferrare, furent fort
bien receuz du duc, de la duchesse et de tous les
habitans. Le grant maistre avecques son armée qui
luy resta se retira ou duché de Milan, parce qu'il fiit
adverty que les Suysses, qui ung peu auparayant
a voient laissé Taliance du roy son maistre ^ y. ta'
soient une descente et estoient desjà au pont de k
Treille^. Quant il arriva il ne séjourna point à Milan;
ains, avecques sa gendarmerie, les deux cens gentih-
hommes et quelque petit nombre de gens de pied,
les alla attendre en la plaine de Galezas^ et leur fist
oster tous ferremens de moulins et tous vivres de leur
chemin, et qui pis est, à ce qu^on disoit, avoit ^t
empoisonner tous les vins estans audit Heu de Galezas,
jusques où vindrent les Suysses et en beurent tout
leur saoul, mais au dyable celluy qui en eut mal.
Guères ne furent aux champs que vivres ne leur
cri est resté la devise de cette branche de la maison de Glennbnt
Il mourut à Ferrare en 1512.
Jacques de Daillon, s' du Lude, sénéchal d*ApiDi^, capitaine de
50 hommes d'armes, fils de Jean de DailloÉi^jptaYeriieiir du
Dauphiné; il épousa Jeanne dllliers.
1. A l'instigation de Mathieu Schiner, évéque de Sion, lei
Suisses mirent un si haut prix à leur alliance que Louis XII
renonça à les employer à l'avenir. Mathieu Schiner était devenu
notre mortel ennemi depuis que le roi avait refusé de lui accor-
der une pension.
2. Treillina, hameau de la commune de San-Germano, province
de Novare.
3. Galeaszo, hameau de la commune de Donelasco, province de
Pavie.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 213
faillissent , parquoy leur en convint retourner . eo
leur pays où ilz furent tousjours conduitz de pi!èa
affin qu'ilz ne meissent le feu en nulz villages. Il alla
des adventuriers françois audit lieu de Galezas qui
voulurent boire du vin qu'on avoit empoisonné pour
les Suysses, mais il en mourut plus de deux cens^ U
fault dire que Dieu s'en mesla ou que l'espioe estott
demourée au fons du tonneau. Or je laisseray ung
peu ceste matière et je retourneray à la guerre du
pape et du duc de Ferrare ; mais premier dédaireray
une merveilleuse et périlleuse adventure qui advint à
ceulx de Lignago en la mesme«année.
CHAPITRE XU.
Comment ceulx de la garnison de Lignago firent une
course sur les Vénieiens par Vadvertissement de
quelques espies qui leftriûUreni^ parquoy ils furent
desfaictz.
Quant le gentil chevalier de la Grote se fîit mis en
ordre dedans Lignago, peu demoura de jours qu'il ne
•
1. Il est presque superflu d'avertir le lecteur que Tanecdote
racontée ici par le Loyal serviteur est controuvée, et de laver le ma-
réchal de Ghaumont de Taccusation lancée contre lui. Les Suisses,
sans artillerie et sans pontonniers, toujours côtoyés par le maréchal
de Ghaumont, qui avait fait ruiner le pays et détruire les barques
et les ponts, ne purent avancer beaucoup dans une contrée cou-
pée de canaux et de rivières et dénuée de toute ressource, et furent
bientôt obligés de rétrograder sans que l'on eût besoin d'employer
contre eux les moyens abominables dont il est question dans ce
passage.
%\k HISTOIRE DE BAYART
tumbast malade et fut en grant dangier de mort. U
avoit tout plain de jeunes gens et voulentaires, dont
entre autres estoit ung gentilhomme appelle Guyoo
de GantiersS fort hardy et courageux plus que de con-
duicte. Les Yéniciens venoient aucunes fois courir
jusques devant ceste place de Lignago, mais ceulx
de dedans icelle mis en garnison n'osoient sortir, car
il leur estoit seullement en charge de la garder seure-
ment. Ce Guyon de Gantiers avoit des espies de çà et
de là, et fist tant qu'il print congnoissance à quelc*UD
de la ville de Montaignane ^, distant de Lignago douze
ou quinze mille, lequel venoit bien souvent veoir
icelluy de Gantiers en sa place, et luy tenoit tousjours
propos que, si quelquefois vouloit sortir avecques
nombre de gens de cheval et de pied non pas
trop grant, il ne fauldroit point de prendre pri-
sonnier le providadour de la seigneurie de Venise,
messire André Grit, car souvent venoit audit Montai-
gnane avecques deux ou trois cens chevaulx légiâ«,
et que, estant icelluy de Gantiers et ses compaignoos
embuschez auprès de la ville par ung matin avant
jour, ne fauldroient point, ainsi que le providadour
sortiroit, de le prendre, et quant et quant ^ la ville, et
icelle piller ; et se faisoit fort le galant d'advertir seu-
rement le jour qu'il y feroit bon. Gantiers, qui grant
désir avoit de faire courses, et aussi d'atraper ce
beau butin, Tasseura qu'il n'y auroit point de faulte,
mais qu'il feust adverty au vray, ce que Tautre luy
i . Guy de Gantiers, fils de Robert de Gantiers, si* de Raeil, et
d'Antoinette de Guichard, d'une famille de Normandie.
2. Montagnana, province de Padoue.
3. Quant et quant, ensuite.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 215
promist assez; et puis s'en retourna à Montaignane,
où luy arrivé donna à entendre à celluy qui l'avoit
en garde pour la Seigneurie }a menée qu'il avoit faicte
à ceulx de Lignago, et que s'ilz vouloient bien jouer
leur personnage, ne fauldroient point d'avoir à leur
mercy la pluspart de ceulx de la garnison, et par
ainsi de ayséement reprendre la place qui leur estoit
de merveilleuse importance. Le cappitaine de Montai-
gnane trouva cest advis très bon, et incontinent le
fîst entendre par homme exprès au providadour
messire André Grit, qui amena trois cens honmies
d'armes, huyt cens chevaulx légiers et deux mille
hommes de pied. De ceste bende à deux ou trois mille
dudit Montaignane luy arrivé, envoya deux cens hommes
d'armes et mille hommes de pied en embusche, les-
quelz furent instruitz laisser passer ceulx qui sorti-
roient de Lignago, et puis après leur clorre le pas-
sage. Hz ne misrent pas en oubly ce qu'on leur avoit
chargé, aussi jouèrent-ilz fort bien leur rolle. L'espie
de Montaignane retourna pour parler à Guyon de Gan-
tiers, qui luy fîst grosse chère, luy demandant qui
le menoit ^ ; lequel, en homme asseuré respondit :
c Bonnes nouvelles pour vous si vous voulez, car à
ce soir arrive en nostre ville messire André Grit, avec
deux cens chevaulx seullement ; si vous voulez partir
une heure ou deux devant jour, je vous conduiray et
ne fauldrez point de l'empoigner. > Qui fut bien aise?
ce fut Gantiers, lequel s'en vint incontinent à ses
compaignons, mesmement à ung gentilhomme qu'on
1. Qui le menait, ce qui ramenait.
216 HISTOIRE DB BAYART
appelloit le jeune MalerbeS qui portoit leur en-
seigne, et leur compta Tafifaire de point en point.
Jamais chose ne fut trouvée meilleure , et quant à
leur vouloir n'estoit question que de partir, mais il
convenoit avoir congé. Le cappitaine la Grote gardoit
encores sur jour quelque peu le lict pour n'estre pas
trop bien revenu de sa maladie. Si allèrent veRs luy
lesditz seigneurs de Gantiers et Malerbe, luy supplier
leur donner congé de faire une course où ilz auroient
gros honneur et grant proufïit. Si luy comptèrent Feo-
treprinse d'ung bout à Tautre. Quant il eut ouy leurs
raisons, respondit en sage et advisé chevalier, et dist :
c Messeigneurs, vous sçavez que j'ay ceste place sur
ma vie et sur mon honneur pour la garder seulement.
S'il advenoit que eussiez rencontre autre que bonne,
je seroys destruit et perdu à jamais , et davantage le
reste de mes jours ne vivroys qu'en mélencolie ; par-
quoy ne suis pas délibéré de vous donner congé. > Ilz
conunencèrent à luy faire des plus belles remons-
trances du monde en disant qu'il n'y avoit nul dangier,
que leur espie estoit asseuré , et tant luy en dirent
d'unes et d'autres que moytié de gré, moytié par
importunité, leur donna congé; mais au vray dire
c'estoit quasi à force. Gela ne leur donnoit riens, car
le cerveau boulloit encores dedans leur teste, et à
quelque péril que blé se vendist, voulurent essayer
leur mauvaise fortune. Ilz en advertirent tous leurs
compaignons, qu'ilz tirèrent à leur cordelle^; et
1. Peut-être Jacques de Malherbe, s' de Bouillon et d'Écorche-
beuf, fils de Guillaume et de Robine de Grieu.
2. Qu'ils tirèrent à leur cordelle, qu'ils entraînèrent à leur avis.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 217
quant ilz congneurent que l'heure approchoit en
firent monter jusques à cinquante à cheval, tous
hommes d'armes que Malerbe menoit, et environ trois
cens honunes de pied que conduysoit Guyon de Gan*
tiers.
Sur les deux heures après minuyt, partirent de
Lignago, leur double espie avecques eulx, qui les con-
duysoit à l'escorchouer. Il n'est riens si certain que
c'estoit toute fleur de chevalerie ce qui sortit de
Lignago quant à hardiesse, mais jeunesse estoit
avecques eulx de compaignie. Hz se misrent ensemble
le long du grant chemin qui alloit dudit Lignago à
Montaignane, les gens de pied devant et ceulx de
cheval à leur esle. Tant allèrent qu'ilz approchèrent
la première embusche des gens de la Seigneurie qui
estoient en ung petit village, mais ne se doubtans de
rien passèrent oultre et poussèrent jusques à ung
petit mille de Montaignane. Alors leur dist l'espie :
€ Messeigneurs , laissez-moy aller, et vous tenez icy
tous serrez ; je voys sçavoir dedans la ville quel il y
fait pour vous en advertir. > Ilz le laissèrent aller,
mais trop mieulx leur eust valu luy avoir couppé la
teste, car il ne fut pas si tost arrivé qu'il n'allast au
seigneur messire André Gril auquel il dist : c Sei-
gneur, je vous ay amené la corde au col la pluspart
de ceulx de Lignago , et n'est possible qu'il s'en peust
saulver un seul, si vous voulez, car desjà ont-ilz passé
vostre embusche et sont à ung mille d'icy. » Messire
André Grit fut incontinent à cheval et tous ses gens
pareillement tant de cheval que de pied, et se gec-
tant hors de la ville envoya environ cent honunes de
cheval pour escarmoucher, qui bientost trouvèrent
218 msTomE db batart
les François, lesquelz furent joyeulx à merveilles,
pensant qu'il n'y eust autre chose, et que le provî-
dadour feust en ceste troppe. Les François à cheval
commencèrent charger, et les autres tournèrent le dos
jusques à ce qu'ilz feussent sur la grosse troppe;
laquelle, quant ilz Tapperceurent, s'estonnèrent b^iu-
coup et retournèrent aux gens de pied ausquelz ilz
dirent : c Nous sonmies trahiz, car ilz sont trois mille
honunes ou plus ; il fault essayer à nous saulver. >
Geulx de la Seigneurie les suyvoient à grosse fiirye
criant : c Marco ! Marco ! a carne ! a carne M > et
chaînèrent rudement les François lesquelz misrent
leurs gens de pied devant, et leurs gens de cheval sur
leur queue pour les soutenir; et de fait reculèrent
sans perdre jusques au village où estoit la première
embusche des Yéniciens qui, au son de la trompette,
suyvant la charge qu ilz avoient, conmiencèrent à
sortir et se gectèrent entre Lignago et les François;
par ainsi furent enclos et assailliz par deux costez.
Et fault entendre que depuis que Dieu créa ciel et
terre, pour le petit de gens ne fut mieulx oombatu
pour ung jour, car le combat dura plus de quatre
heures sans que les François qui tousjours se retiroient
peussent estre deffaictz. D'une chose s'advisa messire
André Grit; c'est qu'il fit gecter sur les esles qudr
ques arbalestriers de cheval, qui vindrent donner
dans les gens de pied, de sorte qu'ilz lem* firent
rompre une partie de leur ordre. Toutesfois tousjours
se retirèrent vers leur place, laquelle ilz approchèrent
i . A carne, cette exclamation répond & pea près an français :
en pièœs.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 219
à quatre mille ; mais là les convint demourer, car ilz
furent chargez par' tant d'endroitz et de telle sorte
que la pluspart des hommes d'armes furent mis à
pied, car leurs chevaulx furent tuez. Quant Guyon de
Gantiers veit que tout estoit perdu, conmie ung lyon
eschauffé, va entrer dedans les gens de pied de la
Seigneurie où il fist merveilles d'armes, car il en tua
de sa main cinq ou six; mais il avoit trop petit
nombre au pris des autres, si luy fut force là de-
mourer abatu et tué avecques tous ses trois cens
honomes, sans que nul en eschappast vif. Le cappi-
taine Malerbe c' estoit, avecques si peu de gens à
cheval qu'il avoit encores, tiré aux champs, où il
combatit l'espace d'une grosse heure, mais enfin il fut
'prins prisonnier et vingt et cinq de ses compaignons.
Le demourant y mourut, et pour conclusion n'es-
chappa honmie vivant pour en aller dire les nouvelles
à Lignago.
Quant messire André Grit veit du tout la vic-
toire sienne, se va adviser d'une subtilité. C'est
qu'il fist tous les gens de pied françois, qui estoient
mors, despouiller et désarmer, et en fait vestir des
siens autant, prent les habillemens des gens d'armes,
leurs chevaulx et plumailz, et les baille à de ses gens ;
et davantage leur bailla cent ou six vingtz de ses
hommes qu'ilz emmenoient comme prisonniers, et
leur faisoit conduyre trois faulcons que ceulx de
Lignago avoient menez ; puis leur dist : c Allez en
ceste sorte jusques à Lignago, et quant serez auprès
cryez : t France ! France ! victoire ! victoire ! > Geulx
de dedans penseront que ce soyent leurs gens qui
ayent gaigné ; et pour encores mieulx leur donner à
220 msTOmE de bayart
congnoistre, ottUre leurs enseignes, emporterez en-
cores deux ou troU des nostres; je ne fais nulle
double qu'ilz ne vous ouvrent la porte. Saisissez-vous
en, et je seray à un ject d'arc de vous, et au son de
la trompette je me rendray là incontinent. Ainsi,
aujourd'huy, si sçavez bien conduyre l'affaire, repren-
drons Lignago, qui est de telle importance à la Sei-
gneurie que sçavez. » Ce qui leur fut conunandé fut
très bien exécuté, et menant feste et joie appro-
chèrent d'ung gect d'arc Lignago, sonnant trompettes
et clérons. Le seigneur de la Crote avoit upg lieute-
nant en la place qui s'appelloit Bernard de Yillars,
ancien sage chevalier qui avoit beaucoup veu. Il monta
sur la tour du portail pour veoir venir ses gens qui
démenoient si grant joie, affin de leur faire ouvrir la
porte. Il regarda de loing leur contenance, dont il
s'esbahyt, et dist à ung qui estoit auprès de luy :
c Velà les chevauU et les acoustremens de noz gens,
mais m'est advis que] ceulx qui sont dessus ne che-
vauchent point à nostre mode et ne sont point des
nostres, ou je suis déceu. Il y pourroit bien avoir du
malheur en nostre endroit, et le cueur le me juge. Je
vous prie, descendez et faictes abaisser la planchette
du pont et puis dictes qu'on la retire. Si ce sont noz
gens, vous en congnoistrezasseiB; si ce sont ennemys,
pensez de vous saulver à la barrière. J'ay icy deux
pièces chargées ; s'il est besoing, en serez secouru. »
Au dire du cappitaine Bernard descendit le compai-
gnon, qui sortit hors de la place, cuydant venir au
devant de ses gens, en demandant : c Qui vive? où
est le cappitaine Malerbe? » Hz ne respondirent riens,
mais cuydans que le pont feust abaissé, conunencè-
VKR LE LOYAL SERVITEUR. 821
rent à course de cheval marcher. Ledit compaignon
se sauva tellement quellement en la barrière. Alors
furent tirées les deux pièces d'artillerie, qui les arrêta
sur le cul. Ainsi fut saulvée la place de Lignago pour
ceste fois, mais les François y eurent grosse honte et
perte, dont plusieurs s'apperceurent. Quant le povre
seigneur de la Grote eut entendu le piteux affaire, il
cuyda mourir de dueil. Le roy de France en fut des-
plaisant à merveilles et luy en cuyda en faire faire
ung mauvais tour; mais cela s'appaisa par le moyen
du seigneur Jehan-Jacques, qui estoit pour lors venu
en France pour tenir sur fonds madame Renée, fille
du roy Loys douziesme et de Anne, sa femme, du-
chesse de Bretaigne * , lequel luy fist plusieurs remons-
trances à la descharge dudit seigneur de la Grote. Or,
laissons ce propos et retournons au pape Julles second,
qui marchoit vers Ferrare.
CHAPITRE XLII.
Comment le pape Julles vint en personne en la duché de
Ferrare^ et comment il mist le siège devant la Myran-
dolle.
Le pape Julles, qui désiroit à merveilles recouvrer
le duché de Ferrare, que prétendoit estre de l'Église,
dressa une grosse armée qu'il fist en Boulenoys pour
l'amener en ladicte duché, et s'en vint de journée en
journée loger en ung gros village qu'on appelle Sainct-
1. Renée de France, née le 25 octobre 1510; elle épousa Her-
cule d'Ëdte, duc de Ferrare, et mourut en 1576..
222 HISTOIRE DE BAYART
Félix, entre la Concorde* et La MyrandoUe^. Le duc
de Ferrare et tous les François qui estoient aveoques
luy s'estoient venuz loger à douze mille de Ferrare»
entre deux bras du Pau, en ung lieu dit TOspitalet',
où il fist dresser ung pont de bateaulx qu'il faisoit
très-bien garder, car par là souvent ses ennemys
estoient escarmouchez. Le pape, arrivé à Sainct-Félix,
manda à la contesse de la Myrandolle*, que fille natu-
relle estoit du seigneur Jean-Jacques de Trévolz, alors
veufve, qu'elle voulsist mettre sa ville de la Myran-
doUe entre ses mains, parce qu'elle luy estoit néces-
saire pour son entreprinse de Ferrare. La contesse qui,
suyvant le cueur de son père, estoit toute françoise et
sçavoit très bien que le roy de France favorisoit el
secouroit le duc de Ferrare, ne l'eust fait pour mourir.
Elle avoit ung sien cousin germain , appelle le conte
Alexandre de Trévolz % avecques elle, qui ensemble
firent response à celluy qui estoit venu de par le
Sainct-Père ; et luy fut dit que quant il lui plairoit s'en
pourroit bien retourner et dire à son maistre que
pour riens la contesse de la MyrandoUe ne bailleroit
sa ville, qu'elle estoit sienne, et que Dieu aydant, la
sçauroit bien garder contre tous ceulx qui la hiy voul-
droient oster. De ceste response fut courroucé mer-
1 . San-Felice sul Panaro et Concordia, province de Modène, dii-
trict de La Mirandole.
2. Mirafulola, à 7 1. N.-E. de Modène.
3. Ospitaletto di Bondeno, hameau de la commune de Bondeno,
province de Ferrare.
4. Françoise Trivulce, fille du maréchal de ce nom et veuve de
Ijouis Pic, 8^ de La Mirandole et de la Concorde.
5. Alexandre Trivulce, fils de Jérôme Trivulce et de Marguerite
de Valpergue, officier au service de la France; il mourut en 1S4S.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 823
veilleusement le pape, et jura sainct Pierre et sainct
Paul qu'il Tauroit par amour ou par force. Si com-
manda à son nepveu le duc d'UrbinS cappitaine
général de son armée, que le lendemain il y allast
mettre le siège. Le conte Alexandre de Trévolz, qui
n'en pensoit pas moins, envoya devers le duc de
Ferrare et les cappitaines françois à FOspitalet, qui
n'estoit que à douze mille, leur supplier, pour ce qu'il
ne se sentoit pas bien garny de gens pour l'heure, et
qui de jour en autre espéroit^ le siège, qu'on luy
envoyast jusques à cent bons compaignons et deux
canonniers. La chose luy fut aysément accordée, car
la perte de la MyrandoUe e^toit de grosse importance
au duc de Ferrare, qui estoit ung gentil prince, saige
et vigillant à la guerre, et qui scet quasi tous les sept
ars libéraulx et plusieurs autres choses mécanicques,
conune fondre artillerie, dont il est aussi bien garny
que prince son pareil de tout le monde, et si en scet
très bien tirer, faire les affustz et les bouUetz. Or,
laissons ses vertus là, car assez en avoit et a encores.
Par l'advis des cappitaines françois il envoya à la
MyrandoUe les deux canonniers et les cent compai-
gnons qu'on demandoit, et avecques eulx allèrent
deux jeunes gentilzhommes , l'ung du Daulphinè,
appelle Monchenu^, nepveu du seigneur de Montoison,
1. François-Marie de Rovère, duc d'Urbin, neveu du pape
Jules n, fils de Jean de Rovère et de Jeanne de Montefeltre ; il
épousa Éléonore de Gonzague. Il était, disait-on, ami secret des
Français et usa toujours de son influence pour engager son oncle
à la paix.
2. Espérer, attendre.
3. Marin de Montchenu, s' de Montchenu, maître d*hôtel de
François I"' dont il partagea la captivité. Il commandait 12,000
SSi mSTOIRE DE BAYART
et l'autre, nepveu du seigneur du Lude, qu*on appel-
loit Ghantemerle S du pays de la Beausse, ausquelz au
partir le bon chevalier sans paour et sans reproudie
dist : < Mes enfans, vous allez au service des dames;
monstrez^vous gentilz compaignons pour acquérir leur
graoe ei faictes parler de vous. La place où vous allez
est trèft-bonne et forte, si le siège y vient vous aurez
honneur à la. garder. » Et plusieurs autres joyeulx
propos leur disoit le bon chevalier pour leur mettre
le cueur ou ventre. Si monta luy-mesmes à dieval
avecques sa compaignie pour leur faire escorte, et
si bien les conduysit qu'ilz entrèrent dedans la ville
où ilz furent receuz de la contesse et du conte
Alexandre très honnestement. Hz n'y furent jamais
trois jours que le siège ne feust devant et Fartillerie
plantée sur le bort du fossé, qui commencea à tirer
fort et royde, et ceulx de la ville, qui ne monstroient
pas tiltre d'esbaissement, leur rendoient la pareille au
mieulx qu'ilz povoient. Le bon chevalier, qui ne plai-
gnit jamais argent pour sçavoir que faisoient ses enne-
mys, avoit ses espies, qui souvent luy rapportoient
nouvelles du camp et du pape qui estoit encores à
Sainct-Fèlix, et comment il se dèlibéroit de partir dedans
ung jour ou deux, pour aller au siège qu'il avoit fait
mettre devant la Myrandolle. Il renvoya encores ung
lansquenets à Pavie, fut bailli du Viennois et lieutenant-gônértl
du Lyonnais et Beaujolais. Il était fiLs d'Antoine de Moatchenii
et de Louise de Glermont, et éponsa Antoinette de Pontbriand.
i . Probablement Marc de Ghantemerle, s** de la Clayette, fils de
Humbert de Ghantemerle et de Anne de Belleronce. Il était ne^eu
du capitaine la Clayette dont il a été parlé ci-dessus, et il épousa
Clauda de Damas.
PAR LE LOYAL SBRVTrEUR. 885
desditz espies à Sainct-Félix, dont ilz n'estoient que à
dix mille^ pour entendre m vray quant le pape part»-
roit. Il ûstni bonne inquisition qu'il soeut pour vray que
le lendemain yroit en son camp. Si en vint advertir
le bon chevalier, qui en fut bien a^se, car il avoit
telle chose pensée, qu'il espéroit prendre le pape et
tous ses cardinqiulx ; ce qu'il eust fait n'eust esté ung
inconvénient qui advint, comme vous orrez.
CHAPITRE XLIII.
Comment le bon chevalier sans paour et sans reprouehe
cuyda prendre le pape entre Sainct-Félix et la
Myrandollej et à quoy il tint.
Le bon chevalier s'en vint au duc de Ferrare et an
seigneur de Montoison, ausquelz il dist *: c Messeî'-
gneurs, je suis adverty que denlain .matin le pape
veult desloger de Sainct*-Félix pour aller à la Myran^
doUe. Il y a six grans mille de Tung à l'autre. J'ai
advisé une chose,- si la trouvez bonne, dont il sera
mémoire" d'icy à cent ans. A deux raille de Saincit*
Félix, y a deux ou trms beaulx palais qui sont
habandonnez pour l'occasion de la guerre ; Je suis déli<-
béré toute ceste nuyt m'en aller loger avec cent
hommes d'armes, sans paige ne varlet, dedans l'ung
de ses palais, et demain au matin, quant le pape
deslogera de Sainct-Félix (je suis informé qu'il n'a
que ses cardinaufac, évesques et prothonotaires et bien
cent chevaubc de sa garde), je sortiray de mon em^
busche ; et n'y aura nulle &ulte que je ne l'empoigne,
15
886 HISTOIHË DB EAYART
car l'abraie ne sçatiroit estre 8i tost aa camp que je
oe me sauve; veu qu'il n'y a que dix mille, d'ioy M.
fit prenez. le cas que je feusse pourauivy, YOiis, .mon^
seigneur, dist-^il au . duc de Ferrarè^ «t monseigneur
de Montoison< passerez te matin le pont avecques
tout le reste de la gendarmerie et me viendra
attendre à quatre ou ^ctnq mille c^cy pour me re-
cueillir, si par cas fortuit m*arrivoit. inconvénient. >
Oncques chose ne fut trouvée meilleure que la parolle
du bon chevalier, ne restoit que à Texéculçr ; ce que
guères ne tarda, car toute la nuyt a^rès avoir bien fait
repldstre les chevaulx print cent hommes d'armes
tous esleuz et puis, après que chàscun fut en ordre
conune pour attendre le choc, ^n. .va avecques son
espie le beau pas, droit à ce petit village. Si bieni luy
advint qu'il ne trouva ne honune ne femme pour
estre descouvertt; et: se logea environ une heure
devant jour. Le pape qui estoit assez matineux estoit
desjàlevé, et quant il veit le jour monta en sa lictîèft
pour tirer droit en son camp jet. de vaut estoient pro»
thonotaires, dencs et officiers ;.4ie toutes sortes qui
alloiént pour prendre le logis ; et ^ans penser aucune
chose, s'estoient mis a ..chemin. Quant le boa cheva-
lier les entendit, ne fist autre demeure, ains aortit
de son embusche et vint charger sur les rustres qub
comme fort effrayez de l'alarme, Fetournèrent picquans
à bride abatue dont ilz estoient partiz, oians : c Alarme!
darme ! > Mais tout cela n'eust de riens servy que
le pape, ses cardinaulx et évesques n'eussent €«té
prins, sans ung inconvénient cpii hà trèa. bon pour
le Saittct-Père et fort malheureux pour ie bÎM cheva*
lier. C'est qu'ainsi que le pape fut monté en sa lictière
PAR LB LOYAL SERVITEUR. t27
et Mrty hors du chemin de Sainct-Félix, ne fut pas à
ung gect de boulle qu'il ne tumbast du ciel la plus
aspre et véhémente neige qu'on eust veu cent ans
devant , mais c'estoit par telle impétuosité que Ton
ne voyoit pas l'ung l'autre. Le cardinal de PavyeS qui
estoit alors tout le gouvwnement du pape, lui dist :
c Pater Sancte^ il n'est pas possible d'aller par pay$
cependant que cecy durera. Il est plus que néces*
saire, et me semble que devez, sans tirer oultre,
retourner. » Ce que le pape accorda, qui ne sçavoit
riens de l'embusche. Et de malheur, ainsy que les
fUyans retournoient et le bon chevalier à pointe d'es»
peron les chassent sans se vouloir arrester à prendre
personne, car là ne s'estendoit point son courage,
sur le point qu'il arrivoit à Sainct-Félix, le pif)e ne
fiedsoit qu'entrer dedans le chasteau.. Lequel au cry
qu'il ouyt eut telle frayeur que subitement et sans
ayde sortit de sa lictière, et luy-mesmes ayda à lever
le pont, qui fut fait d'homme de bon esperit, car s'il
eust autant demouré qu'on mectroit à dire ung Pater
noater^ il estoit croqué. Qui fut bien marry? ce hit le
bon chevalier, car eno(»*es qu'il sceust le chasteau
n'estre guères fort et qu'en ung quart d'heure se pour-
roit^rendre^^si n'avoit-il nulle pièce d'artillerie; et
|>uis d'ung autre costé pensoit bien qu'il seroit des-
oouvert iqcontinent à ceulx du camp de la Myrandolle,
qui luy pourroient faire recevoir une honte. Si se
mist au retour après qu'il eut pris tant de prison^
piers qu'il voulut, où entre autres il y avoit deux
1. François Aledosi, évéque de Pavie et de Bologne, cardhml
en 1505, né à Imola; il fut tué par le duc d'Urlûn, ainsi ^pie noos
le verrons plus loin.
228 HISTOIRE DS Bi^YART
évesques portatife^ et force muletz de cariage, que
ses gens d'armes emmenèrent. Mais onoqpies honmie
ne retourna si mélancolie qu'il estoit d'avoir failly si
belle prinse, combien que ce ne fut pas sa faulte, car
jamais entreprinse ne fut mieulx ne plus subtillement
conduicte. Quant il fiit arrivé vers le duc de Ferrare,
le seigneur de Montoison et ses autres compaignons
qu'il trouva à six mille de leur pont pour le recevoir
et secourir si besoing en eust eu, et qu'il Xeiw eut
compté sa deffortune^, furent bien marris; toutesfôis
ilz le réconfortèrent le mieulx qu'ilz peurent, luy
remonstrant que la faulte n'estoit pas venue de luy,
et que jamais homme ne fist mieubt. Ainsi l'enmie-
nèrent tousjours, devisans de joyeuses parolles et
presctums, avecques leurs prisonniers, dont dessus le
chemin en renvoyèrent à pied là pluspart. Les deux
évesques payèrent quelque légière rançon et puis
s'en retournèrent.
Le pape demoura dedans le chasteau de Sainct-
Félix, lequel de la belle paour qu'il avoit eue
trembla la fiebvre tout au long du jour, et la nuyt
manda son nepveu , le duc» d'Urbin , qui le vint
quérir avecques quatre cens hommes d'armes et le
mena en son siège, où il fut tant que>^ Myraadolle
fut prise. Bien y demoura trois sepmaiiiès devant, el
ne Feust jamais eue sans ung inconvénient qui advint;
c'est qu'il neigea bien six jours et six nuytz sans
cesser, et tellement que la neige estoit dedans le
camp de la haulteur d'ung homme. Après la neige il
f. Bvesques portatifs {epitcopi portantes), évéqaes sans charge
d*àinet ou in partibus.
2. De/fortune, mauvaise fortune.
PAR LE LOYAL SBRVITEUR. SSI9
gela si fort que les fossez de la MyrandoUe le furent de
plus de deux grans piedz , en sorte que de dessus le
bort tumba ung canon avecques sou affust, qui ne roni-
pist point la glace. L'artillerie du pape avoit fait deux
bonnes et grandes berches ; ceulx qui estoient dedans
n'espéroient aucunemeJH que de part du monde on
leur allast lever le siège, car le seigneur de Ghau-
mont, grant-maistre de France et gouverneur de
Milan, avecques le reste de l'armée du roy son
maistre, se tenoit à RegeS laquelle il faisoit remparer
chascun jour, doubtant que le pape, après la prise
de la MyrandoUe, n'allast là : lequel avoit grosse
puissance, car la pluspart de l'armée du roy d'Es-
paigne estoit avecques luy, et celle des Véniciens, qui
jà avoient prins son aliance. Si eut conseil le conte
Alexandre et la contesse de. rendre la ville, les vies
frandies ; mais le pape vpnloit tout avoir à sa mercy*
Toutesfois cela se traidta-par lé moyen du duc d'Ur-
bin qui avoit tousjoiurs fe (RietiT' firançois , car le roy
de France Loys douziesme Tavciit nourry en jeunesse,
et sans luy le Sainct-Père n'eust pas esté si gracieux^.
Quant les isouvelles de la prise de la MyrandoUe
furent sceues ou camp du duc de Ferrare, toute la
compaignie en fut desplaisante à .merveilles. Le duc
se doubta que bientost seroit assiégé à Ferrare; si
deflist son pont et se retira avecques toute son armée
en sa ville, délibéré jusques au derrenier jour de sa
vie la garder. Le pape ne daigna entrer dedans la ville
de la MyrandoUe par la porte ; il fîst faire ung pont par
i. Beggio nelV Emilia, évôché du duché de Modène.
2. La capitulation de la Mirandole eut lieu le 20 janvier 1511.
S30 HISTOIRE DE BAYAHT
dessus le fossé, sur lequel y passa et entra dedans par
une des berches. Il s'i tint quelques jours, où par
tous les moyens du monde advisoit comment il pour-
roit donunager le duc de Ferrare.
CHAPITRE XLIV.
Comment le pape envoya une bende de sept à huyt mille
hommes devant une place du dv^ de Ferrarey nm»-
mée la Bastide j et comment ih furent deffaictz par
Vadvis du bon chevalier sans paouret sans reprouche.
Quant le pape fut dedans la MyrandoUe, fist ung
jour assembler son nepveu et tous les cappitaines,
tant de cheval que de pied, ausquelz fTdist comment
il vouloit sans plus autre chose entreprendre aller
mettre le siège devant Ferrare ; si vouloit sur ce avoir
leur advis, et comment la chose se pourroit plus seu-
lement conduire; car il sçavoit ladite ville forte à
merveilles et bien garnye de bonnes gens de guerre
et d'artillerie, et que à grant peine, sans faulte de
vivres, l'auroit-il qu'elle ne luy coustast beaucoup,
mais par ce poinÉ^^es feroit-il venir à la raison, con-
sidéré qu'il avoit Té moyen de leur coupper le pas-
sage du Pau, que au-dessus de Ferrare ne leur vien-
droit riens, et du dessoubz que les Véniciens aussi
garderoient bien qu'ilz n'en auroient point. Il n'y eut
celluy qui n'en dist son oppinion, tant que ce fut à
parler à ung cappitaine de la seigneurie de Venise,
qu'on appelloit Jehan Fort, qui en son langaige et en
s'adrèssant au pape dist : c Très Sainct-Père, j'ay ouy
PAR LE LOYAL SBUYITEUR. 331
les oppinions de tous messeigneu^ qui sont icy en
présence; et à les ouyr, cxmclnent, suyrant oe
qu'avez proposé que, en gardant que* par le Pau
n'entrent vivres dedans Ferrare, et que par l'isle soit
assiégée, en peu de jours sera affamée; je congnois
le pays, et en a beaucoup et de bon le duc de Fer-
rare. Par Argenté* luy pourront vivres venir en
habondance, mais à cela pourvoyroit-on bien. D'autre
part, il a ung pays qu'on appelle le Polesme de
SainctrGeorge ^, qui tant est garny de biens que,
quant d'ailleurs n'en viendroit à Ferrare, il est .suffi-
sant la nourrir ung an ; et est bien difiicille de garder
qu'il n'en eust de là, sans prendre une place à vingt
et't^inq mille dudit Ferrare, qu'on appelle la Bastide^;
mais si elle estoit prise, je tiendrois la ville affamée
en deux moys, au grant peuple qui est dedans. —
 grant peine eut le càppitaine Jehan Fort achevé son
propos que le pape ne dist : c Or, à coup, il fauit avoir
ceste place ; je ne seray jamais à mon ayse qu'elle ne
soit prise. » Si furent ordonnez deux cappitaines
espaignolz avecques deux cens honmies d'armes, oe
càppitaine Jehan Fort avecques cinq cens chevaulx
légiers, et cinq ou six mille hommes de pied pour
aller exécuter ceste entreprise, acompaignez de six
pièces de grosse artillerie. Eulx assemblez, se misrent
à chemin et allèrent sans rencontre trouver jusques
devant la place. Quant le càppitaine qui en avoit la
garde veit si grosse puissance, eut frayeur, et non
1. ArgerUa, province de Ferrare.
2. Polesme est une faute d'impression. U s'agit de la partie de
la Polesine nommée aujourd'hui Polesine de Ferrare.
3. Bastida di Fossa-Geniolo, province de Ferrare. '
232 HISTOIRE DE BAYART
sans cause, car il n'estoit pas à Theure fort bien
garny de gens de guerre ; toutesfois il délibéra de
faire son debvoir et d'advertir le duc son maistre de
son inconvénient. Les gens du pape ne firent autre
séjour, sinon, après eulx estre logez, asseoir leur
artillerie, et conunencea à batre la place à force. Le
cappitaine avoit fait secrètement partir ung homme,
par lequel il mandoit au duc son affaire, et que s'il
n'estoit secouru en vingt et quatre heures il se voyoit
en dur party parce qu'il n'avoit pas gens dedans pour
deffendre à la puissance qu'il avoit devant luy.
Le messager fist extrême diligence, et fut environ midy
à Ferrare, ainsi ne mist point six heures. Le bon che-
valier estoit allé à Tesbat à une porte par où entra
le messager, qui fut enquis à qui il estoit et amené
devant luy, qui luy demanda dont il venoit; lequel
respondit asseuréement : c Monseigneur, je viens de
la Basâde, laquelle est assiégée de sept ou huyt mille
hommes, et m'envoye le cappitaine dire au duc que
s'il n'est secouru, il ne sçauroit tenir demain tout au
long du jour, au moins s'ilz luy livrent assault. —
CSomment, mon amy, est si mauvaise la place? —
Non, dist le m^ssagier, ains une des bojines d'Italye;
mais il n'a que vingt-cinq hommes de guerre dedans,
qui n'est pas pour la deffendre contre la force des
ennemys. — Or, venez doncques, mon amy, je vous
mèneray devers le duc. » Ilz estoient luy et le sei-
gneur de Montoison ensemble sur leurs mules en la
place de la ville, devisans des affaires; ilz veirent
venir le bon chevalier qui amenoit cest homme, et
eurent ymagination que c'estoit une espie. Si dist le
seigneur de Montoison s'adressant au bon chevalier :
PAR LB LOYAL SERVITEUR. S33
c Mon compaignon, vous aymeriez mieulx estre mort
que nefeissiez tous les jours quelque prinse sur noz enne-
mys ; combien vous payera ce prisonnier pour sa rançon?
— Sur ma foy, respondit le bon chevalier, il est des
nostres et nous apporte d'estranges nouvelles, comme
il dira à monseigneur. » Lors le duc Tenquist, et puis
regarda les lettres que le cappitaine de la Bastide luy
escrivoit. En les lisant, chascun le voyoit blesmir et
changer de couleur, et quant il eut achevé de lire,
haulsa les espaules et dist : c Si je pers la Bastide, je
puis bien habandonner Ferrare , et je ne voy pas
bien le moyen qu'elle soit secourue dedans le terme
que celluy qui est dedans me rescript, car il demande
secours dedans demain pour tout le jour, et il est
impossible. — Pourquoy, respondist le seigneur de
Montoison? > Dist le duc : c Parce qu'il y a vingt et
cinq mille d'icy là, et davantage, au temps qu'il fait;
il fault passer par ung chemin où, l'espace de demy-
mille, fault aller l'ung après l'autre, et encores y a-il
une autre chose, c'est que, si noz ennemys estoient
avertis d'ung passage qu'il y a, vingt hontes garde-
roient dix mille de passer ; mais je crojr qu'ilz ne le
sçavent pas. » Quant le bon chevalier sans paour et
sans reprouche veit le duc ainsi esbahy et non sans
cause, luy dist : c Monseigneur, quant il est question
de peu de chose, la fortune est aisée à passer, mais quant
il y va de sa destruction, on y doit pourveoir par tous
les moyens qu'il est possible. Les ennemys sont devant
la Bastide, et cuydent estre bien asseurez, parce que,
au moyen de ce que la grosse armée du pape est près
d'icy, leur est advis que nous n'oserions partir de
ceste ville pour leur aller lever le siège. J'ay pensé
234 HISTOIRE DE BAYART
une chose qui sera fort aisée à exécuter, et si le
malheur n'est trop contre nous, en viendrons à hon-
neur. Vous avez en ceste ville quatre ou cinq mille
honunes de pied, gentilz compaignons et gens aguer-
riz le possible; prenons-en deux mille avecques les
huyt cens Suysses du cappitaine Jacob, et les faisons
sur la nuyt en bateaulx mettre sur Teaue. Vous estes
encores seigneur du Pau jusques à Argenté ; ilz nous
yront attendre à ce passage que vous dictes. S'ilz y
sont les premiers ilz le prendront, et la gendarmerie
qui est en ceste ville yra par terre toute ceste nuyt;
nous aurons bonnes guydes, et ferons de façon que y
serons au point du jour, et ainsi nous joindrons les
ungs avecques les autres ; noz ennemys ne se doubte-
ront jamais de ceste entreprinse. Il n'y a du passage
que vous dictes, sinon trois mille^ ou moins encores
jusques à la Bastide ; devant qu'ilz se soient mis en
ordre de combatre, leur yrons livrer la bataille aigre-
ment, et le cueur me dit que nous les défierons. »
S'on eust donné cent mil escuz au diic n'eust pas esté
plus joyeulx ; si respondit en soubzriant : c Par ma
foy, monseigneur de Bayart, il ne vous est riens
impossible ; mais je vous prometz, sur mon honneur,
que si messeigneurs qui sont icy trouvent vostre
oppinion bonne, je ne fais doubte que ne facions de
noz ennemys ce que vous dictes, et de ma part, les en
supplie tant que je puis ^ . » Lors mist le bonnet hors
1. Si dict (Bayard) au seignear de Monteson : « Monsieur, je
croy qae estes assez adverty qae les ennemis oh bouté 11 siège
devant la Bastide ; il me semble que les devons secourir, et le
plus tost sera le meilleur, car la place n*est pas forte » (Gham-
pier, fol. xxxi). Montoison, d'après le môme auteur, interrogea
PAR LB LOYAL SERVITEUR. 235
de la teste. Le seigneur de Montoison, hardy et
vertueux cappitaine, respondit : c Monseigneur, nous
n'avons mestier de prières en vostre endroit et ferons
ce que commanderez, car ainsi Tavons en charge du
roy nostre maistre. » Autant en dirent le seigneur du
LiKlde et le cappitaine de Fontrailles, bien délibérez
de faire leur debvoir. Hz envoyèrent quérir les cap-
pitaines de gens de pied, ausquelz ilz déclairèrent
l'affaire, qui leur fut advis estre en paradis. Le duc
fist secrètement apprester force barques sans bruyt
quelconque, car il y avoit des gens en la ville qui
estoient fort bons papalistes.
Les barques prestes , sur le soir se misrent
les gens de pied dedans, qui eurent bons et
seurs mariniers. Les gens de cheval, où le duc
estoit en personne, partirent sur le commence-
ment de la nuyt. Ilz a voient bonnes guydes, et
quelque mauvais temps qu'il fist, furent seurement
conduytz; et si bien leur advint que, demye-heure
devant jour, arrivèrent lesditz gens de cheval au
passage, où ilz ne trouvèrent nul empeschement, dont
Oz furent très-joyeulx, et ne demeura pas demye-
heure que les barques lesquelles amenoient les gens
de pied n'arrivassent. Si descendirent, et puis après
le petit pas allèrent droit à ce mauvais passage, qui
estoit ung petit pont où ne pouvoit passer que ung
honmie d'armes de fronc, et estoit sur ung canal assez
parfond, entre le Pau et la Bastide*. Hz misrent bien
ensaite les divers capitaines qui adoptèrent unanimement Tavis de
Bayart.
1. Vindrent jusques auprès d'une petite rivière profunde à
236 HISTOIRE DE BAYART
une grosse heure à passer, tellement qu'il estoit jour
tout cler, dont le duc eut mauvaise oppinion, et parce
qu'il n'oyoit point iirer d'artillerie doubtoit que sa
place feust perdue. Mais ainsi qu'il en parloit aux
cappitaines François, va ouyr trois coups de canon
tout d'une bende, dont luy et toute la belle et bonne
compaignie furent fort joyeulx. Il n'y avoit pas plus
d'ung mille jusques aux ennemys ; si conunencea à
dire le bon chevalier : c Messeigneurs, j'ay ouy tous-
jours dire que celluy est fol qui n'estime son ennemy ;
nous soimnes près des nostres, ilz sont fiAifi.contre
ung, s'ilz sçavoient nostre entreprinse^nnms nulle
faulte nous aurions de l'affaire et beaucoup, car ilz
ont artillerie, et nous n'en avons point. Davantage
j'ay entendu que ce qui est devant la Bastide est
toute la fleur de l'armée du pape ; il les fault prendre
en désarroy qui pourra. Je suis d'oppinion que le
bastard du Fay, mon guydon, qui est honmie sçavant
en telles matières, par le costé où sont venuz les
ennemys leur aille dresser l'alarme avecques quinze
ou vingt chevaulx , et le cappitaine Pierrepont sera à
ung gecl d'arc avecques cent hommes d'armes, pour
luy tenir escorte s'il est repoussé , et luy baillerons le
cappitaine Jacob ^emberc avecques ses Suysses. Vous,
monseigneur, dist-il au duc, monseigneur de Montoi-
son, messeigneurs mes compaignons et moy, yrons
droit au siqge, où je yray devant leur faire ung alarme.
merveille et estroicte, là où falloit passer sur ung petit pont l'ung
après Tanltre, si firent tant qu'il passèrent sans que les ennemys
en fussent advertis : leurs gens de pied qui estoient venus par la
rivière du Pau furent aussi tost au petit pont que les gens de
cheval (Ghampier, fol. xxxi).
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 237
Si oelluy du bastard est premier dressé, et ilz voisent^
tous là, nous les enclorrons entre luy et nous ; et si
le nostre est le premier levé, le cappitaine Pierrepont
et sa bende de Suysses en feront autant de leur costé.
Gela les estonnera tant qu'ilz ne sçauront que faire,
car ilz estimeront que nous soyons trois fois plus de
gens que nous sonunes; et surtout que toutes noz
trompettes sonnent à Taborder. » Oneques chose ne
fîit trouvée meilleure ; car il fault que tous lisans ceste
histoire sachent que ce bon chevalier estoit ung vray
registre des batailles, parquoy tout honune pour sa
grande expérience se tenoit à ce qu'il disoit.
Or, venons aU point. Les deux bendes deslogèrent ;
l'une alla par le chemin qu'estoient venuz les ennemys
ainsi que ordonné avoit esté , et les autres droit à la
place, laquelle ilz approchèrent sans estre aucunement
apperceuz de la portée d'ung canon en bute. Si dressa
le bastard du Fay ung aspre et chault alarme, qui es-
tonna merveilleusement ceulx du camp ; toustesfois ilz
commencèrent à eulx armer, monter à cheval, et aller
droit pu estoit ledit alarme. Leurs gens de pied se
mettoient cependant en bataille, et s'ilz se feussent
une foh rengez tous ensemble, il y eust eu combat
mortel et dangereux pour les Ferraroys, pour le gros
nombre qu'ilz estoient. Mais deux inconvéniens leur
âdvindrent tout à ung coup ; c'est que quant ceulx
qui repoussoient le bastard furent à deux cens pas
loing, rencontrèrent le cappitaine Pierrepont, qui les
rembarra à merveilles, et donna dedans eulx fière-
ment. Les Suysses conunencèrent à marcher, qui
i . St ils voisent, et qu'ils aillent.
S38 HISTOIRE DE BAYART
desjà vindrent trouver leurs gens de pied en bataille,
et en gros nombre, comme de cinq à six mille. ^
furent lourdement repoussez lesdit^ Suysses, et eus-
sent esté, rompuz, n'eust esté la gendarmerie qui les
secourut, laquelle donna aux ennemys par les flancs.
Cependant vont arriver le duc, les seigneurs de Mon-
toison, du Lude, de Fontraiiles et le bon chevalier,
avecques leurs gens de cheval et deux mille hommes
de pied, qui par le derrière vont envahir lesditz enne-
mys, de sorte que tout fut poussé par terre. Le cap-
pitaine Fontraiiles et le bon chevalier apperceurènt
une troppe de gepi^ de cheval en nombre de trois à
quatre cens, qui se vouloient ralyer ensemble; si
iippellèrent leurs enseignes, et tournèrent ceste part ;
et, en criant : c France! France! duc! duc! » les
chargèrent en façon que la pluspart alla par terre.
Lesditz ennemys combatirent une bonne heure,
mais enfin perdirent le camp , et qui se peut saulver
se saulva» çiais n'y en eut pas beaucoup. Le duc et
les Fraa^jpÂs y firent une merveilleuse boucherie, car
il mourut plus de quatre ou cinq mille hommes de
pied, plus de soixante hommes d'armes, et pl«ts de
trois cens chevaulx prins, ensemble avec leur Jbtgage
et artillerie, tellement qu'il n'y ayoit celluy qui ne
feust bien empesché d'emmener son butin. Je ne sçay
comment les cronicqueurs et historiens n'ont autre-
ment parlé de ceste belle bataille de la Bastide, mais
cent ans devant n'en avoit point esté de mieulx com-
batue ne à plus grant hazard*. Toutesfcjs ainsi le
1. Le combat de la Bastide coûta au pape environ trois mille
hommes, toute son artillerie et son bagage, et décida du salut da
PAR LE liOYAL SBHYITBUR. S39
x^nvenoit faire, ou le duc et les François estoîeut
perduZj lesquelz s'en retournèrent glorieux et trium-
pbants dedans la ville, où ung chascun leur donnoit
louenge inestimable. Sur toutes personnes la bonne
duchesse^ qui estoit une perle en ce monde, leur fîst
singulier recueil, -et tous les jours leur fàisoit bano-
quetz et festins à la mode d'Ytalie tant beaulx que
merveilles. Bien ose dire que de son temps ne beau-
coup devant ne s'est point trouvé de plus trium-
phante princesse; car elle estoit belle, bonne, doulce
et courtoise à toutes gens. Elle parloit espaignol,
grec, ytalien et Arançoys, quelque peu très-bon latin, et
composoit en toutes ses langues; et n'est riens si cer-
tain que combien que son manjj^ feust sage et hardy
prince, ladicte dame, par sa bonne grâce, a esté
cause de luy avoir fait faire de bons et grans ser-
vices. ^
CHAPITRE XLV.
Ue la mort du seigneur de Montoison et de ptiiàieurs
menées que firent le pape Julles et le duc é^ ferrare
Tung contre Vautre^ ou le bon chevalier se monstra
vertueux.
Après ceste gaillarde bataille de la Bastide, le gentil
seigneur de Montoison ne vesquit guères, car une
fièvre continue l'empoigna, qui ne le laissa jusques
à la mort. Ce Ait ung gros tlommage, dr)f ftst France
duché de Ferrare. Cette victoire, due à l'énergie et à la résolution
de Bayart, e»t, avec le siège de Mézières dont il sera question
plus tard, son plus beau titre de gloire.
1 . La fameuse Lucrèce Boi^a.
240 HISTOIRE DB BAYART
lourde perte. 11 avoit esté en sa vie ung des acom-
plis gentilzhommes qu'on eust sceu trouver, et avoit
fait de belles choses tant en Picardie, Bretaigue,
Naples que Lombardie; c'estoit ung droit esmerillon,
vigillant sans cesse, et quant il estoit en guerre tous-
jours le cul sur la selle, au moyen de quoy estoit à
l'heure de son trespas fort usé et cassé; mais tant
proprement et mignonnement se contenoit qu'il sem-
bloit ung homme de trente ans. De sa piteuse des-
convenue hirent le duc, la duchesse de Ferrare, le
bon chevalier et tous les autres cappitaines françois
si très dolens que merveilles ; mais c'est une chose
où on ne peult remédiei^
Le pape estoit encores à la Myrandolle, que,
quant il sceut des nouvelles de la Bastide et de
la deffaicte de ses gens, cuyda désespérer; et
jura Dieu qu'il s'en ven^eroit, et que pour cela ne
demoureroit point qu'il n'allast assiéger Ferrare,
à quoy soubdainement vouloit entendre; mais les
cappitaines et gens de guerre qu'il avoit avecques
luy, mesmement le duc d'Urbin, son nepveu, qui eust
bien voulu que le roy de France et luy eussent esté
amys, l'en détournoient tant qu'ilz povoient, luy
remonstrant que Ferrare, garnye comme elle estoit
et de telz cappitaines, mesmement du bon chevalier,
à qui nul ne se comparoit, ne se prendroit pas aysée-
ment, et que si son armée entroit en l'isle pour l'as-
siéger, vivres y viendroientà grant peine. Ce conseil
ne trouvoit pas bon le pape, car cent fois le jour
disoit : t Ferrare y Ferrare/ favrày al corpe de Diol^ >
1. Pour : V avro, per il corpo di Diol
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 841
Sk s'advisa d'ung autre moyen , et mist en son enten-
dement qu'il praticqueroit quelques gentilzhommes de
la viUe^^par le moyen desquelz il la pourroit avoir,
car d'une nuyt luy pourroient livrer une porte par
où ses gens entreroient. 11 y envoya plusieurs espies
et avoient dbarge de parler à aucuns gentilzhonunes ;
mais le duc et le bon chevalier faisoient faire si bon
guet qu'il n'cn-ifentroit pas ung qui ne feust empoigné,
et en fîit pendu six ou sept. Toutesfois le duc fut en
souspeçon d'aucuns gentilzhommes de sa ville, les-
quelz il fist mettre prisonniers, par adventure à tort,
entre lesquelz fut le conte Boors GalcagnynS qui
avoit logé chez luy le bon chevalier, qui fut déftplai-
sant de sa détencion; mais par ce que les choses
estoient fort doubteuses, ne s'en voulut mesler que
bien à point. Quant le pape veit qu'il ne viendroit
point à ses attainctes par ce moyen, s'advisa d'une
terrible chose, car il mist en son entendement, pour
se venger des François, qu'il praticqueroit le duc de
Ferrare. Il avoit ung gentilhonune lodezan^, du duché
de Milan, à son service, qu'on appelloit messire
Augustin Guerlo, mais il changeoit son nom ; c''estoit
ung grant faiseur de menées et de trahysons, dont
mal luy en print à la fin, car le seigneur d'Aubigny
luy fist coupper la teste dedans Bresse où il le voulut
trahir. Ung jour fùst appelle ce messire Augustin par
le pape, lequel luy dist : c Viençà ! il fault que tu
me faces ung service. Tu t'en yras à Ferrare devers
le duc, auquel tu diras que s'il se veult despescher ^
1. Bona Galcagnini.
2. LMUxan, natif de Lodi.
3. Despescher^ débarrasser.
16
242 HISTOIRE DE BAYART
des François et demourw mon alyé, je luy bailleray
une de mes niepces^pour son filz aisné, le quicteray
de toutes querelles^ et davantage le feray confanon-
nyer et. cappitaine général de TÉglise. Il ne fault
sinon qu'il dye aux François qu'il n'a plus que faire
d'eulx et qu'ilz se retirent ; je ^iiis asseuré qu'ilz ne
sçauroient passer en lieu du monde que je ne les aye
à ma mercy, et n'en eschappera pas ung. > Ce mes-
sager, qui ne demandoit que telles commissions, dist
qu'il feroit fort bien l'afiaire , et s'en alla à Ferrare
droit »^resser au duc, qui estoit ung sage et subtil
prince, et lequel escouta très bien le galant, faisant
myne qu'il entendroit voulentiers à ce que le pape luy
mandoit ; mais il eust mieulx aymé estre mort de cent
mille mors, car trop avoit le cueur noble et gentil.
Bien le montra, parce que, après avoir fait faire bonne
chière à messire Augustin, et icelluy enfermé en une
chambre dedans son palais dont il print la clef, s'en
vint avecques ung gentilhomme seulement au lo^s du
bon chevaUer, auquel de point en point compta tout
l'affaire, qui se seigna plusieurs fois, et pe povoit
penser que le pape eust si meschant vouloir d'achever
ce qu'il mandoit. Mais le duc luy dist qu'il n'estoit
riens si vray, et que, s'il vouloit, le mectroit bien en
ung cabinet dedans son palais, où il entendroit toutes
les parolles que le galant luy avoit dictes ; toutesfois
il s^voit que ce n'estoit point mensonge aux en-
seignes ^ mesmes qu'il luy avoit baillées, mais que
plustost aymeroit estre tout vif démemi^ré à quatre
chevaulx que d'avoir seuUement pensé consentir à une
1. Enseignes, indications.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 843
si grande lascheté, remonstrant de combien il estoit
tenu à la maison de France et que à son grant
besoing le roy l'avoit si bien secouru. Le bon cheva-
lier disoit : c Monseigneur, il n'est jà besoing vous
excuser de cela, je vous congnois assez. Sur mon
âme ! je tiens mes compaignons et moy aussi asseurez
en ceste vostre ville que si nous estions dedans Paris, et
n'ay pas paour, aydant Dieu, que aucun inconvénient
nous adviengne, au moins que ce soit de vostre con-
sentement. — Monseigneur de Bayart, dist le duc, si
nous faisions une chose? Le pape veult icy user d'une
meschanceté, il luy fault donner la pareille. Je m'en
vois encores parler à son honmie et verray si je le
pourray gaigner et tirer à ma cordelle, de façon qu'il
nous puisse faû^e quelque bon tour. — C'est bien
dit, respondit le bon chevalier. » Et sur ces parolles
s'en retourna le duc en son palais tout droit en la
.cbambre où il avoit laissé messire Augustin Guerlo,
auquel de bieir loing entama plusieurs propos et de
plusieurs sortes, pour venir à son poinct, qu'il sceut
très bien faire venir en jeu quant temps fut, comme
vous orrez, disant : c Messire Augustin, j'ay pensé
toute oeste matinée au propos que me mande le pape,
où je ne puis trouver fondement ne grant moyen pour
deux raisons : l'une que je ne me doy jamais fier de
luy, car il a dit tant de fois que s'il me tenoit qu'il
me feroit mourir, et que j'estoye l'homme vivant
qu'il hayoit le plus, et sçay bien qu'il n'y a chose en
ce monde qu'il désire autant que d'avoir ceste ville et
mes autres terres ; parquoy je ne voy point d'ordre
que je deusse avoir seureté en luy; l'autre, que si je
dis au seigneur de Bayart, à présent, que je n'ay plus
844 HISTOIRE DE BAYART
que faire de luy ny de ses compaignons, que pourra-il
penser? Une fois* il est plus fort en la ville que je ne
suis; peult-estre qu'il me respondra que voulentiers
en advertira le roy de France son maistre, ou mon-
seigneur le grant maistre, son lieutenant général deçà
les montz, qui cy l'a envoyé, et selon leur response
il verra qu'il aura à faire. En ces entrefaictes seroit
grandement difficile qu'ilz ne congneussent mon fait ,
et par ainsi, comme la raison seroit, comme ung mes-
dbant m'abandonneroient, et je demourerois entre
deux selles le cul à terre, dont je n'ay pas besoing.
Mais, messire Augustin, le pape est d'une terrible
nature, comme assez sçavez, colère et vindicatif au
possible, et quelque chose qu'il vous déclaire de ses
secretz affidrçs, ung de ses matins vous fera faire
quelque mauvais tour, et m'en croyez. Oultre plus,
s'il vient à mourir, qu'esse que de ses serviteurs? Ung
autre pape viendra qui n'en retirera^ pas ung, et est
ung très mauvais service qui ne veult estre d'église«
Vous sçavez que j'ay des biens et beaucoup, grâces à
Nostre-Seigneur, si vous me voulez faire quelque bon
service et m'ayder à me deflFaire de mon ennemy, je
vous donneray si bon présent et assigneray ai bonne
intrade^ que toute vostre vie serez à vostre aise ; et
en soyez hardyement asseuré. » Le lasche et mes-
chant paillart avaricieux, quant il eut entendu le duc
parler, son cueur mua^ soubdainement, et respondit
quasi gaigné : c Sur mon àme! monseigneur, vous
i. Une fois, d'abord, en premier lieu.
2. Retirera, conservera.
3. Intrade, revenu.
4. Mua, changea.
PAR LE LOYAL ^SiVITBUR. 245
dictes vérité ; aussi y a-il plus de six ans que j'avoye
vouloir d'estre à vostre service. Je vous veulx bien
asseurer qu'il n'y a honune à l'entour de la personne
du pape qui puisse mieulx faire ce que demandez que
moy, car la nuyt et le jour je suis auprès de luy, et
bien souvent il prent sa colacion de ma main, qu'il
n'y a que nous deux quant il me devise de ses tra-
fiques ^ Si vous me voulez bien traicter, devant qu'il
soit huyt jours il ne sera pas en vie, et ne veulx riens
que je n'aye fait ce que je vous prometz. Aussi, mon-
seigneur, je vouldrois bien n'estre point mocqué
après. — Non, non, dist le duc, sur mon honneur! »
Si convindrent de marché devant que partir de là. Ce
fut que le duc luy bailleroit deux mille ducatz con-
tent et cinq cens ducatz d'intrade. Ce fait, fut mes-
sire Augustin tousjours bien traicté, que le duc laissa
en sa diambre, et retourna devers le bon chevalier
qui s'eâtoit allé esbatre sur les rampars de la ville et
s'amusoit à faire nectoyer une canonnière^. 11 veit
venir le duc, au devant duquel il alla ; et se prindrent
par la main, et eulx se promenans sur les rampars
loing des gens, conmiença le duc à dire : c Monsei-
gneur de Bayart, il ne fut jamais autrement que les
trompeurs enfin ne feussent trompez. Vous avez bien
entendu la meschanceté que le pape m'a voulu faire
faire vers vous et les François qui sont icy , et à ceste
occasion m'a envoyé ung homme conune sçavez. Je
l'ay si bien gaigné et renversé son propos qu'il fera
du pape ce qu'il vouloit faire de vous, car dedans
1. Devise de ses trafiques, parle de ses afiGedres.
2. Canonnière, une pièce de canon.
246 HISTOIRE DE BAYART
huyt jours pour le plus tard, m'a asseuré qu'il ne
sera pas en vie. » Le bon chevalier, qui n'eust jamais
pensé au faict, respondit : c Gomment cela, monsei-
gneur, il a doncques parlé à Dieu ? — Ne vous sou-
ciez, dist le duc, mais il en sera ainsi. » Et tant vin-
drent de paroUe en paroUe qu'il luy dist que messire
Augustin luy avoit promis d'empoisonner le pape.
Desquelles paroUes le bon chevalier se seigna plus de
dix fois, et en regardant le duc luy dist : c Hé ! mon-
seigneur, je ne croyroye jamais que ung si gentil
prince comme vous estes 'Consentist à une si grande
trahyson ; et quant je le sçauroye de vray, je vous
jure mon âme que, devant qu'il feust nuyt, en adver-
tiroye le pape, car je croy que Dieu ne pardonneroit
jamais ung si horrible cas. — Gomment ! dist le duc,
il en a bien autant voulu faire de vous et de moy ; et
jà sçavez-vous que nous avons fait pendre sept ou
huyt espies. — Il ne m'en chault , dist le bon cheva-
lier; il est lieutenant de Dieu en terre, et le faire
mourir d'une telle sorte, jamais n^y consentiroye. »
Le duc haulsa les espaulles, et en crachant contre terre
dist ces paroUes : c Par le corps Dieu ! monseigneur
de Bayart, je vouldrois avoir tué tous mes ennemys
en faisant ainsi ; mais puisque ne le trouvez pas bon,
la chose demouren, dont, si Dieu n'y mect remède,
vous et moi nous iious repentirons. — Nous ferons
si Dieu plaist, dist le bon chevalier; mais je vous
prie, monseigneur, baillez-moy le galant qui veult
faire ce beau chef-d'œuvre, et si je ne le fais pendre
dedans une heure, que je le soye en son lieu. — Non,
monseigneur de Bayart, dist le duc, je l'ay asseuré de
sa personne, mais je le vois renvoyer ; » ce qu'il fist
PAR LE LOYAL SERipXUR. 847
incontinent qu'il fut retourné à son palais. Je ne
sçay quant il fut devers le pape qu'il fîst ne qu'il
dist, mais il n'exécuta nulles de ses entreprinses. Si
demoura-il tousjours à l'entour de la personne du
Sainct-Père, qui estoit bien marry de ne povoir
trouver moyen de venir au-dessus de ses affaires. Il
fut encores quelque temps à la Myrandolle, et là
à l'entour, puis se retira à Boulongne, et fîst loger son
armée es garnisons vers Modène.
Environ ceste saison, le duc d'Urbin son nep-
veu, qui tousjours avoit esié bon François et à
qui il desplaisoit à merveilles de la guerre que le
ptf^e avoit levée contre le roy de France, tua le
Cardinal de Pavye, légat à Boulongne, qui gou-
vernoit le pape entièrement, et lequel fut très gran-
dement courroucé; mais il convint qu'il s'appai-
sast. L'occasion pourquoy ce fut : l'on rapporta audit
duc d'Urbin que le cardinal de Pavye avoit dit au pape
qu'il estoit plus serviteur des François que de luy et
qu'il les advertissoit chascun jour de son gouverne-
ment. Cela y peut bien aider; mais la principalle
racine estoit que celluy cardinal de Pavye avoit esté
le premier qui avoit conseillé au pape de commencer
la guerre. 11 en fut payé en mauvaise monnoye*. Je
laisseray ce propos et parleray de ce qui advint durant
deux ans en Ytalie.
1. La véritable cause de Fassassinat de Félix Aiedosi, cardinal
de Pavie, par le duc d'Urbin, fut la révolte de la ville de Bologne,
qui se donna aux Français, et la déroute de Tannée du pape qui
en fut la suite. Chacun d'eux rejetait sur Tautre la responsabilité
de cette défaite et dans une dernière querelle le duc poignarda le
cardinal en pleine place de Bavenne.
248 msTcmiE de bayart
CHAPITRE XLVI.
De plîisieurs choses qui advindrent en Ytalie
en deux ans.
Pour ce que ceste histoire est principallement fon-
dée sur les vertus et prouesses du bon chevalier sans
paour et sans reprouche, laisseray beaucoup de choses
à desmesler s'ilz ne sont requises y estre mises ; tou-
tesfois je veulx en gros déclairer ce qui advint durant
deux ans en Ytalie et jusques à la mort du bon sei-
gneur de Ghaumonty gouverneur de Milan, auquel
gouvernement succéda le gentil prince duc de Ne-
mours, Gaston de Foix.
L'empereur demanda encores secours au roy de
France pour la conqueste du Fryol que les Véni-
ciens tenoient; c'est ung très bel et bon pays, et
par là entre l'on en la Germanie par deux ou trois
endroitz, et par l'ung bout en l'Esclavonnie. Sa
demande luy fut accordée, et escripvit ledit seigneur
à son lieutenant général ledit seigneur de Chaumont
qu'il envoyast le seigneur de la Palisse oudit pays de
Fryol, acompaigné de douze cens honmies d'armes
et de huyt mille hommes de pied ; ce qui fut fait , et
y alla avecques tout plain de gentilz cappitaines tant
de cheval que de pied. Vous povez penser qu'il ne
laissa pas le bon chevalier son parfait amy derrière.
Hz trouvèrent l'armée de l'empereur à Véronne, si
marchèrent ensemble. Pour lors et en ceste mesme
armée estoit lieutenant pour l'empereur ung gentil-
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 849
homme aimant, qu'on nommoit messire Georges de
Stin. Ilz entrèrent bien avant et allèrent pour assiéger
Trévize ; mais ilz n'y firent riens, et aux approches
fut tué ung gaillart gentilhomme, le seigneur de
Loi^es, qui estoit alors lieutenant du cappitaine Bon-
net, qui avoit mille hommes de pied , et en son lieu
le ftit ung sien jeune frère S qui depuis a fait de belles
choses. De là ilz tirèrent jusques sur le bort d'une
rivière qu'on appelle la Pyave^ et qui sépare le Fryol
et le Trévizan, et y fut dessus fait ung pont sur ba-
teaulx. Le bon chevalier et le cappitaine de Fontrailles
passèrent oultre avecques leurs bendes. Or, depuis
ung peu avoit le bon chevalier soubz sa charge cent
honunes d'armes, dont le roy de France avoit fait
don au gentil duc de Lorraine^, par condition que le
bon chevalier les conduyroit conune son lieutenant.
Mais pas mieulx ne demandoit le bon prince, car en
tout le monde n'en eust sceu avoir de meilleur. Si
allèrent ces deux vaillans cappitaines avecques quel-
ques Almans devant Gradisque et devant Gorisse^,
qui sont sur les confins de l'Esclavonnie ; toutesfois
les Véniciens les tenoient. Hz furent prinses et mises
entre les mains de l'empereur, et puis s'en retour-
1. Jacques de Montgommery, s'deLorges, capitaine des gardes
du roi, colonel d'infanterie, fils de Robert de Montgonjmery. Le
nom de son frère aine qui fut tué devant Trévise nous est inconnu.
2. Piave, fleuve qui traverse la Vénétie et se jette dans TAdria-
tique.
3. Antoine, duc de Lorraine, fils de René de Lorraine et de
Philippe de Gueldres; il épousa Renée de Bourbon, et régna de
1508 à 1544.
4. Gradisca, province de Gorizia, en Vénétie.
Gorizia, chef- lieu de la province de ce nom.
250 HISTOIRE DE RAYART
nèrent au camp , où ilz trouvèrent le seigneur de la
Palisse qui avoit longuement demouré sans grans choses
faire, par la mauvaise conduicte des gens de l'empe-
reur; et si jamais povres gens de guerre n'eurent
autant de mal, car ilz furent six jours durant sans
manger pain ne boire vin, et assez d'autres nécessitez
ilz eurent en ce malheureux voyage, de sorte que le
roy de France y perdit plus de quatre mille honmies
de pied de maladie et me8chanceté^ et plus de cent
hommes d'armes ; et entre autres gens il y avoit en-
viron deux mil cinq cens Grisons que, quant le paia
leur faillit, mangèrent force raisins, car c'estoît ou
moys de septembre. Ung flux de ventre les print, de
façon qu'ilz mouroient cent par jour. Et Ait une chose
bien estrange que, des deux mil cinq cens, quant ilz
retournèrent en leur pays n'estoient que deux. L'ung
fîst le cappitaine et l'autre portoit l'enseigne de ser-
gens de bende pour faire tenir l'ordre : ilz demou-
rèrent ou Fryol. Bref, de tous les gens que le sei-
gneur de la Palisse avoit menez avecques luy n'en
eust sceu mettre de sains trois cens hommes d'armes
à cheval ne trois mille honmies à pied. Quant il veit
ceste malheureté^, il s'en voulut Retourner, que les
gens de l'empereur ne trouvoient pas bon ; et y eut
entre eulx de grosses parolles. Toutesfois il s'en vint
jusques.à ung lieu nommé Sainct-Boniface, c'est le
village où les Véniciens en l'année précédente avoient
si longuement tenu leur camp, et là firent séjour quelque
peu, durant lequel ainsi que le seigneur du Ru, Bour-
1. Meschanceté, misère.
2. Malheureté, désastre.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 251
guignon, alloit visiter UDg chasteau que luy avoit
donné Tempereur, il fut prins des Albanoys de la
seigneurie de Venize. On disoit que le seigneur Mer-
cure, qui pareillement estoit audit empereuF, luy avoit
donné ceste trousse * pour ce qu'il querelloit la place
comme luy. Je m'en rapporte à ce qu'il en fut.
Le seigneur Jehan-Jaques, en ces deux ans, recon-
questa avecques l'armée du roy de France la Myrandolle,
et repoussa l'armée du pape jusques devant Boulongne,
où elle fut deflfaicte sans mettre espée en la main, et
cuyda estre prins le pape dedans. Jamais ne fut veu si
grosse pitié de camp, car tout leur bagaige y de-
moura, artillerie, tentes et pavillons; et y avoit tel
François qui luy seul amenoit cinq ou six hommes
d'armes du pape ses prisonniers, et en fut ung qui
avoit une jambe de boys appelle la Baulme qui en
avoit trois lyez ensemble. Ce fut une grosse deffaicte
et gentement exécutée. Le bon chevalier sans paour
et sans reprouche y eut honneur merveilleux, car il
menoit les premiers coureurs, et luy fîst cest honneur,
le soir de la deffaicte, le seigneur J ehan- Jaques , en
souppant, de dire que, après Dieu, le seigneur de
Bayart debvoit avoir l'honneur de la victoire. Il y
avoit beaucoup de vaillans cappitaines quant il pro-
fera les paroUes, et estoit si sage et vertueux qu'il ne
les eust point dictes s'il n'y eust eu grande raison^.
1. Trousse, mauvais tour.
2. Sire , écrit Trivulce au roi , les capitaines Bayart , Fon-
trailles, Sainte-Goulombe, le s' de Vatillieu, qui sont les premiers
coureurs par Tordre de vostre camp, ont esté les premiers qui les
ont trouvez et qui ont donné dedans et Monseigneur de Nemours
et nous autres après. 22 mai 1411 (Lettres du roi Louis XIL
Bruxelles, 1712, t. Il, p. 334).
252 HISTOIRE DE BAYART
Au retour, le gentil duc de Nemours alla veoir le duc
et la duchesse de Ferrare, où il fut receu à graot
joye y et luy fut fait force festins à Tusage du pays,
car la gentille duchesse en sçavoit trop bien la ma-
nière. Lui estant là, se fîst un combat entre deux
Espaignolz, que je vueil bien réciter.
CHAPITRE XLVII.
Comment deux Espaignolz compatirent à oultrance dans
la ville de Ferrare.
Le jour mesmes que ce gentil duc de Nemours
arriva à Ferrare, le baron de Béarn luy dist que, s'il
vouloit, auroit le passetemps de veoir ung combat à
oultrance de deux Espaignolz, dont Tung s'appelloit
le cappitaine Saincte-Groix, et avoit esté coulonnel
des gens de pied du pape, l'autre se nommoit le sei-
gneur Azevedo, qui avoit aussi eu quelque charge
desditz gens de pied. L'occasion de leur combat estoit
que ledit Azevedo disoit que le cappitaine Saincte-
Croix l'avoit voulu faire tuer meschamment et en
trahyson, et qu'il l'en combatroit. L'autre respondoit
qu'il avoit menty et qu'il s'en deff endroit. Parquoy
estoit venu ledit Azevedo à Ferrare pour soy présen-
ter au duc de Nemours, afïin de luy faire donner le
camp ; ce qu'il fîst après que ledit baron de Béarn le
luy eut donné à congnoistre. Ainsi Azevedo, bien aise
d'estre asseuré du camp, le manda incontinent à son
ennemy Saincte-Groix, qui ne fîst pas longue de-
moure. En attendant sa venue, fut dressé le camp
PAR LE LOYAL SERVITBUR. 853
devant le palais, et deux jours après que fut arrivé
Sainte-Croix, lequel vint bien acompaigné, car il
avoit bien càit dhievaulx de compaignie, dont le prin-
cipal, et qu'il %voit prins pour son parrain, estoit
domp Pedro de Goignes, chevalier de Roddes et
prieur de Messine, domp Françoys de Beaumont, qui
peu auparavant avoit laissé le servi<te du roy de
France et autres, délibéra parfaire ses armes, et en-
trèrent en camp une journée de mardy, environ une
heure après midy. Premier entra Tassaillant, qui
estoit Azevedo, avecques le seigneur Fédéric de
Bazolo, de la maison de GoHzagtt^ qu'il avoit prins
pour son parrain, et si ne sçavoit pas encores com-
ment son ennemy ny en quelles armes il vouloit com-
batre. Toutesfois, conmie bien conseillé, s'estoit garny
de tout ce qu'il lu y estoit nécessaire en honmies
d'armes, à lagenète^et à pied en toutes les sortes qu'il
povoit ymaginer qu'on sceust combatre. Peu après
qu'il fut entré, va devers luy le prieur "de Messine,
qui fait porter deux secrettes, deux rapières bien
trenchantes et deux poignars, lesquelz il présenta au
seigneur Azevedo pour choisir. Il print ce qui luy
estoit besoing, et ce fait, se mist Saincte-Groix dedans
le camp. Tous deux se gectèrent à genoulx pour faire
leurs oraisons à Dieu. Après furent tastez par les par-
rains, sçavoir s'ilz avoient nulles armes soubz leurs
vestements. Ge fait, chascun vuyda le camp, qu'il n'y
demoura fors les deux combatans, leurs deux parrains
■
1. Frédéric de Gonzagae, prince de Gazzolo et de Bozzolo, fils
de Pyrrhus de Gonzague et d'Antoinette de Baux. Il mourut sans
postérité.
t. À la genète, pour un cavalier armé à la légère.
25i HISTOIRE DE BAYART
et le bon chevalier saas paour et sans reprouche qui,
par le duo de Ferrare et pour plus Thonnorer, aussi
qu'il n'y avoit homme ou monde qui mieiulx s'enten-
dist en telles choses, fut ordonné maistre et garde du
camp. Le hérault commencea à faire son cry, tel
qu'on a acoutumé faire en telz cas : que nul ne fist
signe, crachast ou toussast, ne autres choses dont nul
desditz combatans peust estre ad visé. Ce fait, mar^
chèrent Tung contre l'autre ; Azevedo en la main
droicte mist sa rappière et en l'autre son poignart,
mais Saincte-Groix mial son poignart au fourreau rt
tint seulement sa rappière. Or vous povez penser que
k.<)ombat estoit bien mortel, car ilz n'avoient nulles
arines sur eulx pour les couvrir. Sagement se gec-
tèrent plusieurs coups ; jt avoient chascun bon pied
bon œil, et bon besoing leur estoit. Or, après plu-
sieurs coups, Saincte-Groix en rua ung dangereux
droit au visage, que AiÊewedo deffendit subtilement de
sa rappière, et en de^nd^t son coup luy couppa
tout le haùlt d^ la cuysse jusques à 4'os, dont incon-
tinent saillit le sang à grosse habopdance. Toutea&Hs
que^ Sainct^^roix cuyda marcher en avant poijpr se
venger, mais il tumba. Quoy voyiuat jpar icelluy, Ase-
vedo bien joyeulx s'approcha de soo ennemy en luy
disant en son langage : < Rendi4oy, Saincte-Ooix,
ou je te tueray. » Mais il ne respondit riens, ains se
mist sur le cul, tenant son espée au poing et faisant ses
exclamations, délibéré plutost mourir que de se rendre.
Alors Azevedo luy dist : « ^èvê-toy doncques, Saincte-
Groix, je ne te frapperoys jamais ainni. » Aussi il y
faisoit dengeréux comme à ung homme désespéré ; et
de grand cueur qu'il avoit se releva, et marcha deux
PAR LB LOYAL SERVITEUR. 255
pas en avant cuydant enferrer son homme, qui recula
ung pas rabatant son coup. Si tumba, pour la seconde
fois Saincte-Croix, quasi le visage contre terre, et eut
Âzevedo Tespée levée pour luy coupper la teste, ce
qu'il eust bien fait^'il eust voulu; mais il retira son
(^p. Et pour ùnxt cela ne se vouloit point rendre
Saîncte- Croix. La duchesse de Ferrare, avecques
laquelle estoit le gentil duc de Nemours, le prioit à
joinctes mains qu'il les fist départir. II respondoit :
c Madame, je le vouldrois bien, pour l'amour devons,
mais honnestement je ne puis ne doibz prier le vainc-
queur contre la raison . » Saincte-Croix perdoit tout son
sang et si plus guères y feust demouré, mort estoit
sans nul remède. Parquoy le prieiy^e Messine, qui
estoit son parrain, s'en vint à Azevedo, auquel il dksi :
c Seigneur Azevedo, je congnois bien au cueur du
cappitaine Saincte-Croix qu'il mourroit plustost que se
rendre. Mais voyant qu'il n'y a point de moyen e& son
fait, je me rendz pour luy. » Ainsi demoura victorieux.
Si se mist à deux genoulx et fort humblement remercia
Nostre-Seigneur. Incontinent vint ung cyrorgien qui
estancha la playe de Saincte-Croix, et ses gens le
prindrent entre leurs bras et l'emportèrent hors du
camp avecques ses armes, lesquelles Azevedo envoya
demander; mais on ne les vouloit rendre. Si s'en vint
plaindre au duc de Ferrare qui le dist au bon cheva-
lier, lequel eut la commission d'aller dire à Saincte-
Croix que, s'il ne vouloit rendre les armes comme
vaincu, que le duc le feroit rapporter dedans le camp,
où luy seroit sa playe descousue, et le mettroit-on en
la sorte que son ennemy l'avoit laissé quant son par-
rain c' estoit rendu pour luy. Quant il veit que jforoe
256 HISTOIRE DE BAYART
luy estoit, rendit ses armes au bon chevalier, qui,
comme le droit le donnoit, les bailla au seigneur Aze-
vedo, lequel avecques trompettes et clérons fut mené
au logis du seigneur duc de Nemours. On luy fist
beaucoup d'honneur, mais depuis il en récompensa
mal les François, qui luy fut grosse lascheté.
Peu de temps avant, c'estoit fait ung autre combat à
Parme, entre deux autres Espaignolz, l'ung nommé le
seigneur Peralte, qui autresfois avoit esté au service
du roy de France, et fut tué d'ung coup de faulcon au
camp de la Fosse ^ ainsi que le seigneur Jehan-Jacques
chassoit l'armée du pape, et l'autre le cappitaine
Âldano. Leur combat fut à cheval, à la genète, la
rapière, le poignart, et chascun trois dartz en la
main avecques une targuete^. Le parrain de Peralte
fut ung Espaignol, et celluy d'Âldano fut le gentil
cappitaine Molart. Il avoit tant neigé que leur combat
se fist en la place de Parme où on l'avoit relevée, et
n'y avoit autres barrières que de neige. Chascun des
deux combatans fist très bien son devoir, et enfin
le seigneur de Ghaumont, qui avoit donné le camp,
les fist sortir en pareil honneur.
Les Véniciens en ce temps vindrent assiéger Vé-
ronne, où estoit le seigneur du Plessys ^ pour le roy
de France, qui la tenoit en gaige pour aucuns deniers
qu'il avoit prestez à l'empereur; toutesfois ilz n'y
1. FôSio, hameau de la commune de Goncordia, province de
Modène.
2. Targuete, petit bouclier.
3. Jean de la Barre, 8' du Plessis, Véretz et Négron, conseiller
chambellan du roi. Une quittance scellée de ce personnage existe
Bibl. nat., 26118, n» 523.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 257
firent riens et alla levçr le siège le seigneur de Ghau-
mont, gouverneur de Milan. L'armée du pape et des
Espaignolz vindrent aussi assiéger Boulongne, mais
le siège en fut levé pareillement, et se retirèrent les
ennemys en la Rommaigne.
Quelque temps après, en ung lieu dit Gonrège, alla de
vieàtrespas le bon seigneur de Ghaumont, ce gentil che-
valier qui, par l'espace de dix ou douze ans, avoit si
bien gardé la Lombardie à son maistre le roy de
France. Ge fut en son vivant ung sage, vertueux et
advisè seigneur, de grande vigilance, et bien enten-
dant ses affaires. Mort le prist ung peu bientost, car
lors de son trespas n'avoit que trente et huyt ans,
et si n'en avoit pas vingt et cinq quant on luy bailla
le gouvernement de la duché de Milan. Dieu par sa grâce
luy face pardon, car il fut honmie de bien toute sa
vie * . Peu après envoya le roy de France en Ytalie le
seigneur de Longueville son lieutenant général, lequel
fist faire nouvel serment à tous ceulx qui tenoient les
villes et places du duché de Milan au roy son maistre,
et à sa fille aisnée madame Glaude de France. Il y
demoura quelques jours, puis s'en retourna. Et ne
tarda guèrcs après que ce gentil duc de Nemours ne
i . Le maréchal de Ghaumont mourut à Correggio le i i février
1511, c'est-à-dire au moment où se livrait la bataille de la Bas-
tide dont il a été question au chap. xliv. Le Loyal serviteur,
ainsi que nous Tavons déjà fait remarquer, ne professe pas tou-
jours un grand respect pour la chronologie. Nous n'insisterons
pas sur Texagération des éloges quMl prodigue assez mal à pro-
pos à ce médiocre homme de guerre, auteur principal du peu
de succès des armes françaises en Italie. Charles d'Amboise,
maréchal de Ghaumont, ûls de Charles d'Amboise et de Cathe-
rine de Chauvigny, avait épousé Jeanne Malet, dame de Graville.
258 HISTOIRE DE BAYART
fèust lieutenant générai, en Is^ sorte que l'estoit ledit
feu seigneur de Ghaumont^ Il ne demoura guères en
oest estât, car mort le surprint, qui fut gros dommage
à toute gentillesse ^ .
Sur la fin de Tannée mil cinq cens et unze, et
vers Noël, descendit une grosse troppe de Suysses,
au-devant desquelz fut ledit duc de Nemours et
quelque nombre de gens, mais il n'estoit pas puis-
sant pour les combatre à la campaigne parce que la
pluspart de ses gens estoient es garnisons forcées,
comme Véronne, Boulongne et autres. Ghascun jour
se faisoit des escarmouches, toutesfois les François
rembarrez jusques dedans Milan, où le jour mesme le
seigneur de Gonty, cappitaine de cent hommes
d'armes, alla faire une course en laquelle il n'eut pas
du meilleur, car il perdit huyt ou dix hommes d'armes
et fut si fort blessé de façon que en la ville de Milan
mourut le lendemain. Le bon chevalier sans paour et
sans reprouche, son grant compaignon et ami, le
vengea bien , car il fut aux champs et defïist cinq cens
Suysses au lieu mesmes où receut les coups de la mort
icelluy seigneur de Gonty. Quelques jours furent les
Suysses devant Milan ; mais vivres leur faillirent, par-
quoy furent contrainctz venir à quelque appoincte-
ment et eulx enretourner. Ledit appoinctement se
fist par leur cappitaine général et qui les avoit amenez,
que Ton nommoit le baron de Sacz avecques le duc de
Nemours en ung lieu près Milan dit Sainct-Ange.
Lesditz Suysses s'en retournèrent, noaîs ceste des-
cente fist gros dommage en la duché, car ilz bruslèrent
4. Gentill^se, noblesse.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 259
quinze à vingt gros villages. Peu après s'en alla ledit
duc de Nemours, parce qu'il entendit que l'armée
d'Espaigne approchoit Boulongne pour l'assiéger, en
ung village près de Ferrare nonuné le Fynal* où il
assembla toute l'armée et la logea là à l'entour'. Ainsi
que ladicte armée marchoit droit à ce Fynal, passa
le noble duc de Nemours par une petite ville appellée
Garpy^, avecques la pluspart des cappitaines, mesme-
ment ceulx en qui plus se fîoit et qu'il aymoit le
mieulx. Il y séjourna deux jours et y fut fort bien receu
avecques sa compaignie du seigneur de la ville, qu'on
estimoit homme de grant sçavoir tant es lettres
grecques que latines. Il estoit cousin germain de
Piccus Myrandula*, et luy s'appelloit Albertus Myran-
dula, conte de Garpy. Il souppa le soir de l'arrivée
dudit duc de Nemours avecques luy et les cappitaines
françois, où il y eut plusieurs devis, et entre autres
d'ung astrologue que aucuns autres appelloient devyn,
lequel estoit en ceste ville de Carpy, et que c^estoit
merveilles ce qu'il disoit des choses passées sans en
avoir jamais eu congnoissance, et encores, qui plus
fort estoit, parloit des choses à venir. Il n'est riens
si certain que tous vrais chrestiens doivent tenir qu'il
n'y a que Dieu qui sache les choses futures : mais
.cest astrologue de Garpy a dit tant de choses et à tant
de sortes de gens qui depuis sont advenues, qu'il a mis
beaucoup de monde en resverie.
1- Finale nelV Emilia, province de Ferrare.
2. Le duc de Nemours avait avec lui quinze cents lances, huit
mille fantassins français et six mille lansquenets.
3. Carpi, province de Modène.
4. Le célèbre Pic de la Mirandole.
260 HISTOIRE DE BAYART
Quant le gentil duc de Nemours en eut ouy parler,
ainsi que jeunes gens appètent* de veoir choses nouvelles,
pria au conte qu'il Tenvoyast quérir, ce qu'il fist ; et vint
incontinent. Il povoit estre de l'aage de soixante ans ou
environ, homme sec et de moyenne taille. Le duc de
Nemours luy tendit la main, et en ytalien luy demanda
comment il se portoit; il lui respondit très-honneste-
ment. Plusieurs propos furent tenuz; et entre autres
luy fut demandé par le seigneur de Nemours si le
vis-roy de Naples et les Espaignolz attendroient la
bataille. Il dist que ouy, et que sur sa vie elle seroit
le vendredy-sainct ou le jour de Pasques, et si seroit
fort cruelle. Il luy fut demandé qui la gaigneroit ; il
respondit ses propres motz : « Le camp demourera
aux François, et y feront les Espaignolz la plus grosse
et lourde perte qu'ilz firent cent ans a; mais les
François n'y gaigneront guères, car ilz^ perdront
beaucoup de gens de bien et d'honneur, dont ce sera
dommage. » Il dist merveilles. Le seigneur de la
Palisse luy demanda s'il demoureroit point à ceste
bataille ; il dist que nenny, qu'il vivroit encores douve
ans pour le moins, mais qu'il mourroit en une autre
bataille; «utant en dist-il au seigneur d'Imbercourt,
et au cappitaine Richebourg ^ qu'il seroit en - grant
dangier d'estre tué de fouldre. Brief, il n'y eut guères
de gens en la compaignie qu'ilz ne s'enquissent de
leur affaire. Le bon chevalier sans paour et sans
reprouche estoit présent qui s'en ryoit, et le gentil
duc de Nemours luy dist : < Monseigneur de Bayart,
i. Àppètent, désirent.
2. Louis de Richebourg, s' de Bergères.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 261
^*
mon amy, je vous prie, demandez ung peu à nostre
maistre que ce sera de vous. — Il ne fault pas, res-
pondit-il, que je le demande, car je suis asseuré que
ce ne sera jamais grant chose; mais puisqu'il vous
plaist, je le vueil bien. » Et commença à dire à
l'astrologue : t Monsieur nostre maistre, je vous prie,
dictes-moy sy je seray une fois grant riche homme. *
Il respondit : « Tu seras riche d'honneur et de vertu
autant que cappitaine fut jamais en France, mais des
biens de fortune tu n'en auras guères, aussi ne les
cherches-tu pas; et si te veulx bien adviser que tu
serviras ung autre roy de France après cestuy-cy qui
règne et que tu sers, lequel t'aymera et estimera
beaucoup ; mais les envieux t'empescheront qu'il ne
te fera jamais de grans biens, ne ne te mettra pas aux
honneurs que tu auras méritez; toutesfois croy que
la faulte ne procédera pas de luy. — Et de ceste
bataille que dictes estre si cruelle, en eschapperay-je ?
— Ouy, dist-il, mais tu mourras en guerre dedans
douze ans pour le plus tart, et seras tué d'artillerie,
car autrement n'y finerois-tu pas tes jours, parce que
tu es trop avmé de ceulx qui sont soubz ta charge,
qui pour mourir ne te laisseroient pas en péril. »
Brief, ce fut une droicte farce des propos que chascun
luy demanda. Il voyoit qu'entre tous les cappitaines
le duc de Nemours faisoit grande privaulté au seigneur
de la Palisse et au bon chevafier ; il les tira tous deux
à part et leur dist en son liangaige : < Messeigneurs,
je voy bien que vous aymez fort ce gentil prince icy,
lequel est vostre chief ; aussi le mérite-il bien, car sa
face à merveilles démonstre sa bonne nature. Donnez-
vous garde de luy le jour de la bataille, car il est
268 msTomE de bayart
pour y demourer. S'il en eschappe ce sera ung des
grans et eslevés personnages qui jamais sortist de
France , mais je trouve grosse difficulté qu'il en puisse
escbapper; et pour ce pensez-y bien, car je veulx
que vous me trenchez la teste si jamais honmie fut en
si grant hazart de mort qu'il sera. » Hélas ! mauldit
soit l'heure de quoy il dist si bien vérité. Le bon
prince de Nemours leur demanda en soubzriant :
€ Qu'esse qu'il vous dit, Messeigneurs? » Le bon che-
valier respondit, qui changea de propos : < Monsei-
gneur, c'est monseigneur de la Palisse qui luy fait
une question, sçavoir mon^ s'il est autant aymé de
Reflfuge^ que Viverolz* ; il luy dit que non, dont il n'est
pas fort content. » De ce joyeulx propos se print à
rire Monseigneur de Nemours qui n'y pensa autre-
ment.
Sur ces entrefaictes arriva ung adventurier en
la compaignie qu'on disoit estre gentil compaignon,
mais assez vicieux, qu'on appelloit Jacquyn Gaumont,
et portoit quelque enseigne es bendes du cappitainc
Molart. Il se voulut faire de feste conmie les autres,
et vint à l'astrologue qu'il tira à part, et conmiença à
luy dire : « Viençà, bougre, dy moy ma bonne adven-
ture. » L'autre se sentit injurié, et respondit en
homme courroucé : t Va, va, je ne te diray riens, et
si as menty de ce que tu me dis. » 11 y a voit beau-
1 . Sçavoir mon, c'est à savoir.
2. Nous n'avons pa découvrir quelle était cette dame ou cette
demoiselle du RefTuge, objet de cette plaisanterie de Bayard à
regard de la Palisse, qui ne devait plus être de la première
jeunesse.
3. Jacques d'Alègre, s' de Viverols, tué à la bataille de Ravenne.
U était fils d'Yves d'Alègre.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 263
coup de gentilzbommes en présence, lesquelz dirent à
Jacquyn : < Gappitaine, vous avez tort; vous, voulez
tirer du passe-temps de luy et luy dictes injure. »
Alors il revint peu à peu et parla beaucoup plus doul-
cement, en luy disant : < Maistre, mon amy, si j'ay
dit quelque folle parolle, je te prie, pardonne-moy. i
Il fîst tant qu'il le rapaisa, et puis luy monstra sa main,
car ledit astrologue regardoit le visaige et les mains.
Quant il eut veue celle de Jacquyn, il luy dist en son
langaige : c Je te prie, ne me demandes riens, car je
ne te diroye chose qui vaille, i Toute la compaignie
qui estoit là se print à rire, et Jacquyn, bien marry
de ce que les autres ryoient, dist encores à l'astro-
logue : « C'est tout ung, dis-moy que c'est. Je sçay
bien que je ne suis pas cocu, car je ne n'ay point de
fenmie. » Quant il se veit ainsi pressé, il luy dist :
€ Veulx-tu sçavoir de ton affaire? — Ouy, dist Jacquyn.
Or, pense doncques à ton ame de bonne heure, dist
l'astrologue, car devant qu'il soit trois moys, tu seras
pendu et estranglé. i Et de rire par les escoutans de
plus belle, lesquelz n'eussent jamais pensé que le cas
adviensist; car il n'y avoit nulle apparence, pour ce
qu'il estoit en crédit parmy les gens de pied, et aussi
qu'ilz pensoient que le maistre l'eust dit pour ce que
Jacquyn l'avoit du conunencement injurié ; mais il ne
fut riens si vray. Et comme on dit en ung conmiun
proverbe : « Qui a à pendre ne peult noyer. » Je vous
diray ce qui advint de luy. Deux ou trois jours après
que le duc de Nemours fut arrivé au Fynal, qui est
ung gros village au millieu duquel passe ung canal,
qui va cheoir au Pau assez parfond, et y avoit ung
pont de boys pour aller d'ung costé à l'autre, de jour
264 HISTOIRE DE BAYART
en jour, en ce canal arrivoient plus de cent barques
qui venoient de Ferrare, et apportoient toutes ma-
nières de victuailles aux François. Ung jour par
adventure que Jacquyn eut bien souppé, vint environ
neuf heures de nuyt, à force torches et tabourins de
Suysse, au logis de monseigneur de Moulart, son cap-
pitaine, armé de toutes pièces, et monté sur ung fort
beau coursier, en ordre comme ung Sainct-Georgés,
car de sa soulde ou du pillage il estoit très bien vestu, et
avoit trois ou quatre grans chevaulx, esp^ant que après
la guerre faillie se mettroit des ordonnances*. Quant
monseigneur de Molart le veit en ceste sorte et veu l'heure
que c'estoit se print à rire, congnoissant bien que le
malvesye^ luy avoit quelque peu troublé le cerveau.
Si luy dist : < Gomment, cappitaine Jacquyn, voulez-
vous laisser la picque? — Nenny non, dîst-il, monsei-
gneur ; mais je vous supplie, menez-moy au logis de
monseigneur de Nemours, et que devant luy il me
voye rompre ceste lance que je tiens, afin qu'il ait
congnoissance si ung saulte-buysson ne courra pas
ung boys aussi bien que ung haridelle^.» Le cappitaine
Molart congneut bien que la matière valloit bien venir
jusques à la fin, et que le seigneur duc de Nemours et
toute la compaignie s'en pourroit resjouyr. Si mena
Jacquyn, qui passa tout à cheval pardessus ce pont
de boys qui traversoit le canal, car les gens de pied
estoient logez d'ung costé et les gens de cheval de
l'autre. Or, venu qu'il feust devant le logis du prince
1. Dans la gendarmerie du roi.
2. Le Malvesye, le vin de Malvoisie.
3. C'est-à-dire si un fantassin ne fournira pas aussi bien une
course à la lance qu'un cavalier.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. S65
duc de Nemours 9 qui deapjè en estoit adverty, et des-
cendu de sondit logis, ensemble la compaignie qui
estoit avecques luy pour en avoir le passe-temps,
quant ilz furent sur la rue^ Jacquyn mieulxgamy de vin
que d'autres choses, avecques force torches, en sorte
qu'on y voyoit conmie en plein midy, se mist sur les
rencs. Lors le duc de Nemours luy e^rie : c Cappi-
taine Jacquyn, esse pour l'amour de vostre dame ou
pour l'amour de moy que voulez rompre ceste lance ?>
Il respondit, en parlant de Dieu à la mode des aven-
turiers, que c'estoit pour l'amour de luy, et qu'il
estoit homme pour servir le roy à pied et à cheval.
Si baissa la veue et fist sa course tellement quellement,
mais il ne sceut rompre sa lance. Il recourut encores
ung coup, mais il en fist autant, puis la tierce et quarte
fois. Quant on veit qu'il ne faisoit autre chose, il
fascha la compaignie et le laissa-on là. Bien ou mal
fait par luy, se mist au retour à son logis le beau pas.
Il avoit fort eschauffé son cheval, et de sorte qu'il
aQoit tousjours saultelant, joinct aussi qu'il ne le
menoit guères bien, luy donnant de l'espron sans
propos, de façon que, quant il fut sur ce pont de
boys, le chatoilloit tousjours. Il avoit ung peu plu-
vyné * , de sorte que en faisant par le cheval ung petit
sault les quatre piedz luy vont fouyr^, et tumbèrent
honmie et cheval dedans le canal, où pour -le moins y
avoit demy-lance d'eaue. Ceulx qui estoient de sa
compaignie s'escrièrent : t A l'ayde ! à l'ayde ! > D'en
hault ne luy povoit-on donner secours, car ce canal
i. Pluviner, pleuvoir.
2. Les quatre pieds luy vont fouyr, il manqua des quatre pieds.
266 HISTOIRE DE BAYART
estoit tait comme ung fossé 6 fons de cuve ; et sans le
grant nombre de' barques qui estoient là, on n'en eust
veu jamais pied ne main. Le cheval se deffist de son
homme et nagea plus de demy quart d'heure avant
qu'il sceust trouver moyen d'eschapper. Enfin il se
trouva à ung lieu qu'on avoit baissé pour abreuver
les chevaulx et se saulva. Le cappitaine Jacquyn, le
vaillant honmie d'armes, grenoilla en l'eaue longue-
ment; mais enfin, comme par miracle, fut saulvé et
pesché par ceulx qui estoient es barques, mais plus
mort que vif. Incontinent fut désiourmé et pendu par
les piedz, où en peu de temps gecta par la bouche
deux ou trois seaulx d'eaue, et fut plus de six heures
sans parler. Toutesfois les médecins de monseigneur
de Nemours le vindrent veoir, et fut si bien secouru
que dedans deux jours fut aussi sain et gaillart que
jamais. II ne fault pas demander si de ses compai-
gnons aventuriers fut mocqué à double cariQon. Car
l'ung luy disoit : < Hé! cappitaine Jacquyn, vous
souviendra-il une autresfois de courir la lance à neuf
heures de nuyt en y ver. > L'autre luy disoit : « Il
vault encores mieulx estre saulte-buysson que hari-
delle ; on ne tumbe pas de si hault. > Brief il fiit mené
conune il luy appartenoit, mais cela ne me fait point
tant esmerveiDer comme de ce qu'il se saulva de
dedans ce canal et armé de toutes pièces, et c'est ce
qui m'a fait mettre cest incident en ceste histoire à
propos de l'astrologue de Carpy qui luy avoit dit qu'il
seroit pendu et estranglé, comme il fut le mardy
d'après Pasques ensuyvant qu'avoit esté la furieuse
journée de Ravenne, comme vous orrez.
Estant ce gentil duc de Nemours au Fynal, attendant
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 267
tousjours quelques nouvelles des ennemys, se partit une
journée entre les autres, et alla visiter le duc et la du-
chesse de Ferrare en leur ville, lesquelz s'ilz luy avoient
fait bonne chière par le passé, encores la luy firent-ilz
meilleure. Il y demoura cinq ou six jours en joyeulx et
honnestes passe-temps, et en rapporta les couleurs de
la duchesse, qui estoient de gris et noir, et puis s'en
retourna en son camp où il eut certaines nouvelles
que, sans secourir^ la ville de Boulongne, elle et ceulx
qui estoient dedans s'en alloient perduz; parquoy
assembla tous les cappitaines pour y adviser : si fut
conclud qu'on yroit lever le siège. Il faisoit assez mau-
vais chevaucher, conmie en la fin du moys de jan-
vier ; toutesfois il partit du Fynal et print son chemin
droit à Boulongne où durant son voyage advint ung
gros inconvénient, car la ville de Bresse fut reprinse
par les Véniciens, conmie vous entendrez.
CHAPITRE XLVIII.
Comment messire André Grity providadour de la sei-
gneurie de Venise y par le moyen du conte Loys
Advogadre^y reprint la ville de Bresse.
Les Véniciens taschoient tous les jours entre autres
choses de trouver le moyen à remettre la ville de
Bresse entre les mains de la Seigneurie, qui est une
des belles citez de l'Europe, des plus fortes, et gar-
1 . Sans secourir, si on ne secourait pas.
2. Le texte porte ici et ailleurs Adnogadre, ce qui est évidem-
ment une faute d'impression.
268 HISTOIRE DE BAYÂRT
nye de tous vivres que Ton sçauroit souhaiter pour
nature substanter. Dedans icelle sourdent tant de
belles fontaines que c'est ung droit paradis terrestre.
Il y a trois vallées qui viennent, entre les mon-
taignes, eulx joindre à ladicte ville, dont Tune vient
des Almaignes, et les deux autres d'entre le Fryol et
Venize, et s'appellent la val Gamonegue, la val Tro-
pye, la val Zobye^ et par l'une de ces trois se peult
tousjotirs donner secours à la ville, laquelle estoit
garnye de gens du roy de France , et en estoit pour
lors gouverneur le seigneur du Ludde, et cappitaine
du chasteau ung gentilhomme du pays des Bascoz ^,
nommé Herigoye. La grande voulenté qu'avoient les
Véniciens de reprendre Bresse n' estoit pas fondée
sans raison, car par là affamoient ceulx qui estoient
dedans Véronne, et faisoient barbe à ceulx qui voul-
droient partir de Milan pour leur en faire porter;
mais ilz ne p'ovoient trouver moyen de la ravoir, ny
aussi surprendre ceulx qui la gardoient, sans avoir
intelligence dedans à quelque gros personnage. Et
combien que les habitans fussent bons à Sainct-Marc,
personne ne s'osoit aventurer parce que le feu sei-
gneur de Conty et le bon chevalier, pour une sur-
prise qui leur cuyda estre faicte peu de temps devant,
avoient fait coupper la teste à ung des plus apparens
de la ville et de la plus grosse maison nommé le conte
Jehan-Marie de Martinango^, qui en estoit le chef, et
plusieurs autres furent confinez en France; toutesfois
le dyable, ennemy de tout repos huoiain, voulut user
1. Valu Camonica, valle Trompia et valle Sabbia.
2. Bascoz, basques ou gascons.
3. Jean-Marie Martinengo, d'une noble famille de Lombardie.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 269
de sa sdehce et va semer une discention en lâBcte
ville, entre deux grosses maisons, l'une de Cambre *
et Tautre Advogadre ; mais celle de Gambre estoit
beaucoup plus favorisée des François. Ung jour s'es-
meut ung débat entre deux des enfans du conte de
Gambre et du comte Loys Advogadre, de sorte que
celluy de Gambre, qui estoit bien acompaigné, blessa
oultrageusement l'autre . Ledit conte Loys Advogadre
ne s'en feust sceu venger, car bi force n'estoit pas .
sienne en la ville, si s'en estoit venu à Milan. Aucun
temps avoit esté devers le duc de Nemours pour en
avoir la justice et réparation. Le bon prince Je vou-
loit, et conmianda conmiissions pour en faire Tinfor-
mation affin de rendre à chasçun son droit. Je ne sçay
comment il alla, mais enfin n'en eut autre chose;
parquoy, comme honmie injurié à \0fi.y sans en pou-
voir avoir raison, se désespéra, et délibéra de re-
totu^ner à son naturel ; et faisant semblant d'aller huyt
ou dix jours à une sienne possession, s'en va jusques
à Yenizèf^devers le duc et la Seigneurie, les induyre à
regaigner et remettre-en^^ leurs mains la bonne ville
de Bresse, et de ce leiir bailla les moyens qu'il falloit
tenir, qui pour l'heure sprtirent à bon effect. S'il fut
le bien venu, ne fault pas demander, car ladicte ville
de Bresse estoit la fillole de Sant-Marco. Il fut festoyé
trois ou quatre jours comme ung roy ; durant lequel
temps prindrent conclusion en leijr affaire , et luy fut
i. Jean-François Gambara, comte de Pratelbuino, abandonna
le parti des Vénitiens après la bataille de Ghiara d'Adda, pour
sauver Brescia, sa patrie, des rigueurs de la guerre.
Le cbef de la faction opposée se nommait Louis Avogaro ; il
paya de sa tête sa révolte.
270 HISTOIRE DE BÂYART
promis, au jour par eulx prins et assigné, qu'il n'y
auroit nulle faulte que messire André Grit ne se
trouvast devant la ville avecques sept ou huyt nulle
hommes de guerre, sans les villains des montaignes
qui descendroient, et que cependant il allast gaigner
gens en la ville et faire ses préparatifis. Il s'en vint, et
secrètement gaigna et tira à sa cordelle la pluspart
des habitans; le seigneur du Ludde ne se fioit pas trop
en eulx, et faisoit chascun jour bon guet, mais il estoit
bien mal acompaigné pour se deffendre contre la
commune s'ilz eussent eu mauvais vouloir, comme
tous eurent ou la pluspart; car cinq ou six jours
après, à ung matin, au point du jour, vindrent les
Véniciens à une des portes qu'ilz trouvèrent gamye
de gens pour la deffendre : si firent sonner l'alarme.
Le seigneur du Ludde se mist incontinent en ordre
pour là y cuyder donner, mais en amusant les
François à la porte, partie des ennemys rompirent
certaines grisles de fer par où sortoient les immun-
dices de la ville, et commencèrent à entrer dedans
criant : c Marco ! Marco ! > Quant et quant le conte
Loys Advogadre se mist sus, et tous ceulx de sa fac-
tion, de sorte qu'on eust veu toute la ville en armes.
Quant le povre seigneur du Ludde veit qu'il estoit
trahy, feist sonner la retraicte à ses gens, et au
mieulx qu'il luy fut possible, avecques eulx se retira
au chasteau; mais tous les chcvaulx, harnois, et
habillemens y demourèrent. La contesse de Gambre,
qui estoit Françoise, et tous ceulx qui tenoient le
party du roy de France s'i saulvèrent. Sur ces entre-
faictes furent les portes ouvertes et mis le seigneur
messire André Grit dedans. Une grosse pitié fut, car
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 271
tous les François qui furent trouvez dedans, sans en
prendre ung à mercy, furent mis en pièces. Mais ilz le
comparurent^ après, comme vous verrez. La première
chose que fist faire le conte Loys Advogadre quant il
veit sa force, ce fut d'aller aux maisons de ceulx de
Gambre, lesquelles il fist toutes ruyner et desmolir.
Le providadour messire André Grit congneut bien
que ce n'estoit pas le plus fort d'avoir eu la ville s'il
n'avoit le chasteau, car par là pourroit estre ayséement
reprinse. Si l'envoya par une trompette sommer
incontinent; mais il perdit sa peine, car trop estoit
gamy de gaillarde chevalerie. Toutesfois au peuple
qui y estoit entré les vivres n'eussent guères duré, et
davantage le providadour fist canonner la place à
merveilles, et y eut grosse berche faicte. Davantage
fist soubdainement dresser deux engins en manière
de grues pour approcher de la place » -lesquelz por-
toient bien chascun cent hommes de firont. Bref, ilz
firent tout ce que possible estoit de faire pour prendre
le chasteau. Le saîgoeur du Lude et le cappitaine
Herigoye, bien estonnez de ceste trahison, despes-
chèrent ung homme devers le duc de Nemours, qui
estoit allé avecques toute sa puissance à Boulongne,
en l'advertissant de leur inconvénient et davantage
que, s'ilz n'estoient secouruz dedans huyt jours, ilz
estoient perduz. Le messagier, combien que tous les
passages (eussent gardez, eschappa et fist si bonne
dihgence qu'il arriva devant Boulongne, le jour
mesmes que le gentil duc avoit levé le siège et
refreschy la ville de gens et de vivres. Les lettres
i. Comparurent, payèrent.
S72 HISTOIRE DE BAYÀRT
luy furent présentées, que le bon prince ouvrit et
leut. Il fut bien esbahy quant il entendit l'inconvé-
nient de Bresse; car c'estoit, après le chasteau de
Milan, la place que les François eusseâilfien Ytalie de
plus grosse importance. Les cappitaines furent assem-
blez et conclurent tous ensemble que à toute dib'gence
falloit retourner et la reprendre s'il estoit possible ; ce
qu'ilz pensoient aisé à exécuter pourveu que le chas-
teau ne se perdist point. Après ceste conclusion n'y
eut plus de procèsS mais chacun fist trousser son cas^,
et se misrent à chemin.
CHAPITRE XLIX.
De lu grande diligence que fist le gentil dite de
r^mùutê pour reprendre Bresse y et comment il
deff4t le cappitaine général des Véniciens en che^
. miff et cinq ou six mille hommes.
Quant messire André Grit fut maistre et seigneur
de la ville de Bresse et qu'il eut assiégé le chasteau,
comme avez entendu, ne se tint pas à tant, mais bien
congnoissant que dès ce que le duc de Nemours, qui
estoit allé lever le siège de Boulongne, en seroit
adverty soubdain retourneroit, parquoy, s'il ne se
trouvoit fort dedans la ville et aussi puissant que
pour combatre^ aux champs, seroit en dangier d'estre
perdu, il escripvit une lettre à la Seigneurie, qu'il
i. Procès, discussion.
2. Trousser son cas, préparer ses bagages.
PAR LE LOYAL SBRY1TBUR. 273
envoya en extrême diligence ; et en iœlle leur faisoit
entendre qu'il estoit pl«s que nécessaire pour con-
server la ville de Bresse, par luy prise, ilz envoyas-
sent secours si puissant que ce feust pour se deffendre
et à ung bésoing donner la bataille au camp des Fran-
çois et par le moyen de Bresse recouvroient toutes leurs
terres. Sa demande fut trouvée raisonnable et de grosse
importance. Si fut incontinent mandé à messire Jehan-
Paule Bâillon S lors cappitaine général de ceste sei-
gneurie de Venise, qu'il eust jour et nuyt à marcher,
acompaigné de quatre cens honmies d'armes et
quatre mille hommes de pied, et qu'il s'en allast
gecter dedans Bresse. Quant il eut le vouloir de la
Seigneurie entendu, il se mist en son debvoir et à
chemin au plus tost qu'il peut. De l'autre costé mar-
choit le duc de Nemours, si diligemment que ung
chevaucheur sur ung courtault de cent escuz n'eust
sceu faire plus de pays qu'il en faisoit en ung jour
avecques toute son armée. Et tant fist qu'il arriva
auprès d'ung chasteau appelle Yalège^, qui tenoit
pour le roy de France, et lequel cuydoit prendre le
cappitaine Jehan-Paule Bâillon en passant ; et ce qu'il
s'i amusa luy porta grant dommage, car le duc de
Nemours en fut adverty, lequel fist faire ce jour-là à
son armée, en fin cueur d'yver, conune à la my-
février, trente mille de pays, et de façon qu'il se
trouva plus près de Bresse que ledit cappitaine Bâil-
lon, qui en ung passage fut rencontré des François. Il
1. Jean-Paul Baglioni, seigneur de Pérouse, capitaine au ser-
vice des Orsini contre César Borgia. 11 fut Tun des plus célèbres
condottieri de son temps.
2. Valeggio, sur le Mincio, province (fe Vérone.
18
27i HISTOIRE DE BÂYÀRT
avoit cinq ou six pièces d'artillerie , lesquelles il fist
deslacherS dont de l'une fut tué le porte enseigne du
seigneur de Théligny^, cappitaine moult à louer,
lequel menoit avecques le bon chevalier les premiers
coureurs. Toute la nuyt le bon chevalier avoit eu la
fiebvre, et nestoit point armé, ains estoit en une
robbe de veloux noir à chevaucher; mais quant il
veit qu'il falloit combatre, emprunta ung halecret^
d'ung adventurier, qu'il mist sur sadicte robbe , et
monta sur ung gaillart coursier ; puis avecques son
compaignon, le seigneur de Théligny, marcha droit
aux ennemys. La grosse troppe de l'avant-garde des
François estoit encores bien loing; toutesfois ilz ne
laissèrent point de charger, et y eut dure et aspre
rencontre, qui dura, tousjours combatant, ung quart
d'heure. Cependant en vindrent nouvelles au camp;
si furent les François reft^eschis de gens; mais quant
le cappitaine de la Seigneurie les veit approcher,
tourna le doz, se retirant de là où il estoit venu. Il
fut chassé longuement, mais jamais ne peut estre pris.
Ses gens de pied y demeurèrent, son artillerie et la
plupart de ses gens de cheval. Ce fut une gorgiase
deffaicteet prouffitable aux François, car s'ilz^ feussent
entrez dedans Bresse, jamais n'eust esté reprise. De
cestc tant bonne rencontre fut marry et joyeulx le
duc de Nemours : joyeulx de ce qu'il estoit victorieux
et marry de ce qu'il ne s'i estoit trouvé. Ces nou-
i. Deslacher, décharger.
2. François de Théligny, s' de Lierville, sénéchal de Rouergue,
conseiller, chambellan du roi.
3. Halecret, espèce de corselet.
4. S'ili, si le secours envoyé par les Vénitiens.
\
PAR LE LOYAL SERVITEUH. 275
velles furent incontinent sçeues au chasteau de Bresse,
où ilz firent feu de joye en cinq ou six lieux, car par
là se trouvoient asséurez d'estre secourus dedans deux
jours; mais s'ilz en avoient joye au chasteau, ilz en
eurent bien autant de mélencolie en la ville, congnois-
sans que c'estoit leur destruction , et se feussent vou-
lentiers retournez les habitans, lesquelz vindrent sup-
plier à messire André Grit qu'il se retirast; mais il
n'en voulut riens faire, dont mal luy en print. Le
noble prince duc de Nemours s'en vint, après la def-
faicte de Jehan-Paule Bâillon , loger à vingt mille de
Bresse, et lendemain au pied du chasteau. En mar-
chant, il se trouva quelque nombre de vilains, assem-
blez en ung petit village, lesquelz voulurent tenir fort,
mais enfin Airentltous mis en pièces. Quant l'armée
des François fut arrivée, incontinent montèrent au
chasteau quelques cappitaines pour réconforter les
seigneur du Lude et cappitaine Hérigoye, ensemble
ceulx qui estoient dedans, et y fut porté force vivres,
dont de joye tirèrent dix-huyt ou vingt coups d'artil-
lerie en la ville, qui de telle feste se feussent bien
passez les habitans. Le lendemain monta le seigneur
de Nemours au chasteau, aussi firent les cappitaines et
toute l'armée, où il fut conclud de donner l'assault à
la ville, qui fut aspre, dur et cruel.
CHAPITRE L.
Comment le dm de Nemours reprist la ville de Bresse
sur les VénicienSj où le bon chevalier sans paour
276 HISTOIRE DE BAYART
et sans reprouche acquist grant honneur y et comment
il fut blessé quasi à mort.
Le duc de Nemours, qui ne voulut point songer en
ses affaires, après qu'il fut monté au chasteau assem-
bla tous ses cappitaines pour sçavôir qu'il estoit de
faire, car dedans la ville y avoit gros nombre de gens,
comme huyt mille hommes de guerre et douze ou
quatorze mille vilains du pays qui s'estoient avecques
eulx assemblez, et si estoit la ville forte à merveilles.
Ung bien y avoit, qu'on descendoit du chasteau en la
citadelle sans trouver fossé qui guères donnast em-
peschement ; bien avoient fait ung bon rampart. Or en
toute l'armée du roy de France n'estoient point alors
plus de douze mille combatans, car une grosse partie
estoit demourée à Boulongne. Toutesfois, au peu de
nombre qui y estoit n'y avoit que redire, car c'estoit
toute fleur de chevalerie, et croy que cent ans para-
vant n'avoit esté veu pour le nombre plus gaillarde
compaignie et davantage avecques le bon vouloir cKoé
chascun avoit de servir son bon maistre le roy de
France. Ce gentil duc de Nemours avoit tant gaigné
le cueur des gentilzhommes et des adventuriers qu'ilz
feussent tous mors pour luy. Eulx assemblez au con-
seil, fut demandé par ledit seigneur à tous les cappi-
taines leur advis, que chascun dist au mieulx qu'il
sceut; et pour conclusion fut ordonné qu'on donne-
roit l'assault sur les huit ou neuf heures l'endemain
matin , et telle fut l'ordonnance : c'est que le seigneur
de Molart avecques ses gens de pied conduyroit la
première pointe, mais devant luy yroit le cappitaine
PAR LE LOYAL SERVITEUR. S77
Hérigoye et ses gens escarmoucher ; après en une
troppe marcheroient ce cappitaine Jacob, que l'empe-
reur Maximilian avoit devant Padoue en la bende du
prince de Hanno (mais par moyens fut gaigné au ser^
vice du roy de France, et ^voit alors deux mille lansque-
netz), les cappitaines Bonnet, Maugiron, le bastard de
Glèves^ et autres, jusques au nombre de sept mille
hommes, et le duc de Nemours, les gentilzhommes
que conduysoit le grant séneschal de Normandie^,
avecques la plus grosse force de la gendarmerie à
pied marcheroient à leur costé, Tarmet en teste et la
cuyrasse sur le doz ; et monseigneur d'Alègre seroit à
cheval à la porte Sainct-Jehan, qui estoit la seuQe
porte que les ennemys tenoient ouverte, car ilz avoient
muré les autres, avecques trois cens honmies d'armes
pour garder que nul ne sortist. Le vertueux cappi-
taine de la Palisse ne fut point à l'assault, car le soir de
devant il avoit esté blessé en la teste d'ung esclat,
par ung coup de canon qu'on avoit tiré de la ville au
çhasteau. Geste ordonnance faicte, chascun la trouva
bonne, excepté le bon chevalier, qui dist après ce que
le duc de Nemours selon son ordre eut parlé à luy :
€ Monseigneur, saufve vostre révérence et de tous
messeigneurs, il me semble qu'il fault faire une chose
dont nous ne parlons point. > Il luy fut demandé par
ledit seigneur de Nemours que c'estoit : t C'est, dist^
il, que vous envoyez monseigneur de Molart faire la
première pointe ; de luy Ji^. suis plus que asseuré qu'il
ne recuUera pas, ne beauû^p de gens de bien qu'il a
i. Fils naturel de Jean U, duc de Glèves, mort en 1521.
2. Louis de Brezé, grand sénéchal de Normandie. Le môme
qui est nommé plus haut Maulevrier.
SI78 HISTOIRE DE BAYART
avecques luy; mais si les ennemys ont point de gens
d'estoffe ^ et bien congnoissans la guerre avecques eulx,
comme je croy que ouy, sachez qu'ilz les mettront à
la pointe, et pareillement leurs hacquebutiers. Or, en
telz affaires, s'il est possible, ne fault jamais reculler ;
et si d'adventure ilz repoussoient lesditz gens de pied
et ilz ne feussent soutenuz de gendarmerie, il y
pourroit avoir gros désordre; parquoy je suis d'advis
que avecques mondit seigneur de Molart on mecte
cent ou cent cinquante hommes d'armes qui seront
pour beaucoup mieulx soustenir le fès que les gens
de pied qui ne sont pas ainsi armez. » Lors dist le
duc de Nemours : c Vous dictes vray, monseigneur
de Bayart ; mais qui est le cappitaine qui se vouldra
mettre à la mercy de leurs hacquebutes ? — Ce sera
moy, s'il vous plaist, monseigneur, respondit le bon
chevalier, et croyez que la compaignie dont j'ay la
chaîne fera aujourd'huy de l'honneur au roy et à vous
et tel service que vous en appércevrez. i Quant il
eut parlé n'y eut cappitaine qui ne regardast l'ung
l'autre, car sans point de faulte le faict estoit très
dangereux. Toutesfois il demanda la charge et elle luy
demeura. Quant tout fut conclud, encores dist le duc
de Nemours : c Messeigneurs, il fault que selon Dieu
nous regardions à une chose. Vous voyez bien que si
ceste ville se prent d'assault elle sera ruynée et pillée,
et tous ceulx de dedans mors, qui seroit une grosse
pitié, n fault encores savoir d'eulx avant qu'ilz en
essayent la fortune s'ilz se vouldroient point rendre. »
Cela fut trouvé bon , et le matin y fut envoyé une des
i. Gens d'esto/fe, gens de résistance.
PAR LE LOYAL SBRYITBUR. 279
trompettes, qui sonna dès ce qu'il partit du chasteau
et marcha jusques au premier rampart des ennemys,
où estoient le providadour messire André Grit et tous
les cappitaines. Quant la trompette fîit arrivée de-
manda à entrer en la ville ; on luy dist qu'il n'entroit
point, mais qu'il dist ce qu'il vouidroit et que
s' estoient ceulx qui avoient puissance de luy res-
pondre. Lors fist son message tel que vous avez
entendu cy dessus et que s'ilz vouloient rendre la
ville on les laisseroit aller leurs vies sauves, sinon et
où elle se prendroit d'assault qu'ilz povoient estre tous
asseurez de mourir. Il luy fut respondu qu'il s'en
povoit bien retourner, et que la ville estoit de la Sei-
gneurie, qu'elle y demoureroit, et davantiage qu'ilz gar^
deroient bien que jamais François n'y mettroit le pied.
Hélas! les povres habitans se feussent voulentiers
renduz, mais ilz ne furent pas les maistres. La trom-
pette revint qui fist sa response; laquelle ouye, n'y
eut autre délay, sinon que le gentil duc de Nemours
qui desjà avoit ses gens en bataille commença à dire :
« Or, messeigneurs, il n'y a plus que bien faire et nous
monstrer gentilz compaignons. Marchons, ou nom de
Dieu et de monseigneur sainct Denys ! » Les paroUes
ne furent pas si tost proférées que tabourins , trom-
pettes et clérons ne sonnassent l'assault et l'alarme si
impétueusement que aux couars les cheveulx dres-
soient en la teste et aux hardiz le cueur leur croissoit
au ventre ^ Les ennemys, oyans ce bruit, deslachèrent
1. Quant le seigneur messire André Grit entendit le cry des
Françoys fust moult esmerveillé d'icelle furie et soubdaine entre-
prinse ; adoncques dict à ses gens : c Seigneurs mes amys, aujour-
d'huy il se fault défendre contre ceste impétuosité galicque;
280 HISTOIRE DE BAYART
plusieurs coups d'artillerie, dont entre les autres ung
coup de canon vint droit donner au beau mellieu de
la troppe du duc de Nemours, sans tuer ne blesser
personne, qui fut quasi chose miraculeuse, considéré
comme ilz marchoient serrez. Alors se mist à marcher
avant le seigneur de Molart et le cappitaine Héri^oye
avecques leurs gens, et sur leur esle quant et quant
le gentil et bon chevalier sans paour et sans reprouche
à pied, avecques toute sa compaignie qui estoient gens
esleuz, car la pluspart de ses gens d'armes avoient
en leur temps esté cappitaines, mais ilz aymoient
mieulx estre de sa compaignie, à moins de bienfait la
raoictié^ que d'une autre, tant se faisoit aymer par ses
vertus! Ilz approchèrent près du premier rampart,
derrière lequel estoient les ennemys, qui commencè-
rent à tirer artillerie et leurs hacquebutes aussi dru
comme mouches. Il avoit ung peu pluvyné : le chas-
teau estoit en montaigne^ et pour descendre en la ville
on couloit ung peu; mais le duc de Nemours, en
monstrant qu'il ne vouloit pas demourer des derre-
niers, osta ses souliers et se mist en eschapins de
chausses^. A son exemple le firent plusieurs autres,
car à vray dire ilz s'en soutenoient mieulx. Le bon
chevalier et le seigneur.de Melart combatirent à ce
rampart furieusement: aussi fut-il merveilleusement
tenons-nous fortz dealx ou troys heures, car les Françoys de na-
ture resemblent la flambe du feu de paille que soubdainement est
grande et merveilleuse, mais ne dure guyère et est tost estaincte »
(Ghampier, fol. xxxiv).
1. A moùls de bienfaict la moitié, avec une solde moitié moins
forte.
2. Eschapins de chausse, escarpins légers que les cavaliers por-
taient sous la pièce d'armure qui protégeait leur pied.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 281
bien deffendu. Les François cry oient : c France!
France! » ceulx de la compagnie d^ bon chevalier
cryoient : c Bayart ! Bayart ! » les ennemys cryoient :
c Marco ! Marco ! » Bref ilz faisoient tant de bruyt que
les hacquebutes ne povoient estre ouyes. Messire André
Grit donnoit merveilleux courage à ses gens, et en son
langaige ytalien leur disoit : c Tenons bon, mes amys,
les François seront tantost lassez ; ilz n'ont que la pre-
mière pointe , et si ce Bayart estoit deffaict, jamais les
autres n'approcheroient. » Il estoit bien abusé, car s'il
a voit grant cueur de defifendre, les François l'avoient
cent fois plus grant pour entrer dedans ; et vont livrer
ung assault merveilleux, par lequel ilz repoussèrent
ung peu les Véniciens. Quoy voyant le bon chevalier,
conmiencea à dire : < Dedans, dedans, compaignons!
ilz sont nostres; marchez, tout est deffaict. » Luy-
mesmes entra le premier et passa le rampart, et après
luy plus de mille, de sorte qu'ilz gaignèrent le pre-
mier fort, qui ne fut pas sans ce bien batre ; et y en
demeura de tous les costez, mais peu de Françoise
Le bon chevalier eut ung coup de picque dedans le
hault de la cuysse, et entra si avant que le bout
rompit, et demeura le fer et ung bout du fust dedans.
Bien cuyda estre frappé à mort de la douleur qu'il
sentit. Si commencea à dire au seigneur de Molart :
c Gompaignon, faictes marcher voz gens, la ville est
gaignée ; de moy je ne sçaurois tirer oultre, car je
suis mort. » Le sang luy sortoit en habondance ; si luy
1. Bayardus etiam et alii cam Gastone Fuxo, dimissis equis,
in ipsam urbem cum magno sui et suorum pericalo descenderunt
et apertis foribus alii Galli Brixiam circumdantes ingressi sunt
(Aymar du Rivail, p. 553).
%S% mSTOIRE DE BAYART
fut force ou là mourir sans confession, se retirer hors
de la fouUe avçcques deux de ses archiers, lesquelz
luy estanchèrent au mieulx qu'ilz peurent sa playe
avecques leurs chemises qu'ilz descirèrent et rom-
pirent pour ce faire ^ . Le povre seigneur de Molart,
qui ploroit amèrement la perte de son amy et voisin,
car tous deux estoient de l'escarlate des gentilz-
honmies, conune ung lyon furieux, délibéré le ven-
ger,, conmiencea rudement à pousser et le bon duc de
Nemours, etsa flote^après, qui lentendit en passant
avoir le premier fort esté gaigné par le bon chevalio*,
mais qu'il y avoit esté blessé à mort, si luy-mesmes
eust eu le coup n'eust pas eu plus de douleur ; et com-
mencea à dire : c Hé ! messeigneurs mes amys, ne
vengerons-nous point sur ses villains la mort du plus
acomply chevalier qui feust au monde ! Je vous prie
que chascun pense de bien faire. » A sa venue furent
Véniciens maltraictez, et guerpirent la cytadelle, fai-
sans myne se vouloir retirer vers la ville et lever le
pont, car trop eussent eu afiiedre les François par ce
moyen ; mais ilz furent poursuy vis si vivement qu'ilz
passèrent le palais et entrèrent pesle-mesle en la grant
place, en laquelle estoit toute leur force, la gendar-
merie et chevaulx légiers bien à cheval avecques les
gens de pied en bataille bien ordonnée selon leur for-
1 . Un des capitaines Vénitiens s'approucha de Bayard et luy
bailla en la cuisse d'une picque si grant coupt qu'il luy bouta le
fer dedans la cuisse. Lors voyant Bayard qu'il estoit moult blecé,
de son espée frappa contre la picque près la cuisse et la couppa,
et après plus fort frappa contre ses ennemys nonobstant que le
fer de la picque fut demeuré en la cuisse bien avant (Gbampier,
fol. xxxrv).
2. La flote, le flot des combattants.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 283
tune. Là se monstrèrent les lansquenetz et aventu-
riers françois gentilz compaignons. Le cappitaine Bon-
net y fist de grans appertises^ d'armes, et sortant
de sa troppe la longueur d'une picque, marcha droit
aux ennemys, et fut aussi très bien suivy. Le combat
dura demye heure ou plus. Les cytadins et femmes
de la ville gectoient des fenestres gros carreaux et
pierres avecques eaue chaulde, qui dommagea plus les
François que les gens de guerre. Ce nonobstant, en-
fin furent Yéniciens deffaictz , et y en demoura sur
ceste grant place de si bien endormis qu'ilz ne se
resveilleront de. cent ans sept ou huyt mille. Les
autres, voyans qu'il n'y faisoit pas trop seur, cher-
chèrent leur eschappatoire de rue en rue ; mais tous-
jours de leur malheur trouvoient gens de guerre qui
les tuoient comme pourceaulx. Messire André Grit, le
conte Loys Advogadre et autres cappitaines estoient à
cheval, lesquelz, quant ilz veirent la rotte entière-
ment sur eulx, voulurent essayer le moyen de se
saulver, et s'en allèrent droit à ceste porte Sainct-
Jehan cuydans sortir. Si firent abaisser le pont, et
cryoient : c Marco ! Marco ! Ytalie ! Ytalie ! » Mais
c'estoit en voix de gens bien effrayez. Le pont ne fut
jamais si tost baissé que le seigneur d'Alègre, gentil
cappitaine et diligent, n'entrast dedans la ville avecques
la gendarmerie qu'il avoit, et en s'escriant : c France !
France ! » chargea sur les Yéniciens, lesquelz tous, ou
la plus grant part, porta par terre, et entre autres le
conte Loys Advogadre, qui estoit monté sur une
jument coursière pour courir cinquante mille sans
i. Àppertises, exploits.
284 msTomE de bayart
repaistre. Le providadour messire André Grit veit bien
qu'il estoit perdu sans remède, si plus attendoit ; par-
quoy, après avoir couru de rue en rue pour eschapper
la fureur, descendit de son cheval, et se gecta en une
maison, seulement avecques ung de ses gens, où il se
mist en deffense quelque peu ; mais doubtant plus gros
inconvénient, fist enfin ouvrir le logis où il fut prins
prisonnier. Bref, nul n'en eschappa qui ne feust mort
ou prins ; et fut ung des plus cruelz assaulx qu'on eust
jamais veu , car des mors, tant des gens de gueire de
la Seigneurie que de ceulx de la ville, y eut nombre
de plus de vingt mille, et des François ne s'en perdit
jamais cinquante, qui fut grosse fortune. Or, quant
plus n'y eut à qui combatre, chascun se mist au pillage
parmy les maisons. Et y eut de grosses pitiez ; car,
comme povez entendre, en telz affaires il s'en trouve
tousjours quelques-ungs meschans, lesquelz entrèrent
dedans monastères, firent beaucoup de dissolutions,
car ilz pillèrent et desrobèrent en beaucoup de façons,
de sorte qu'on estimoit le butiil de la ville à trois
millions d'escuz^ Il n'est riens si certain que la prinse
de Bresse fut en Ytalie la ruyne des François, car ilz
avoient tant gaigné en ceste ville de Bresse que la
pluspart s'en retourna et laissa la guerre; et ilz
eussent fait bon mestier à la journée de Ravemie,
que vous entendrez cy-après.
Il fault sçavoir que devint le bon chevalier sans paour
et sans reprouche après qu'il eut gaigné le premier fort,
1. La prise de Brescia eut lieu le 19 février 1512. Les historiens
les plus inodérés estiment à huit à dix mille le nombre des per-
sonnes tuées durant le sac de la ville ; d'autres, tels que Fleu-
range, portent ce chiffre à quarante mille.
PAR LE LOYAL SERVITEUR.
285
et qu'on Teut si lourdement blessé que contrainct avoît
esté à son grant regret de demourer avecques deux de
ses archiers. Quant ilz veirent la cytadelle gaignée, en
la première maison qu'ilz trouvèrent desmontèrent ung
huis sur lequel ilz le chargèrent, et le plus doulcement
qu'ilz peurent, avecques quelque ayde qu'ilz trou-
vèrent, le portèrent en une maison la plus apparente
qu'ilz veirent là à l'entour; c'estoit le logis d'ung
fort riche gentilhomme, mais il s'en estoit fuy en ung
monastère,, et sa femme estoit demeurée au logis en
la garde de Nostre-Seigneur, avecques deux belles
filles qu'elle avoit, lesquelles estoient cachées en ung
grenier dessoubz du foing. Quant on vint heurter à
sa porte comme constante d'attendre la miséricorde de
Dieu, la va ouvrir. Si veit le bon chevalier, que on
apportoit ainsi blessé, lequel fist incontinent serrer la
porte et mist deux archiers à l'huys, ausquelz il dist :
c Gardez sur vostre vie que personne n'entre céans,
si ce ne sont de mes gens. Je suis asseuré que^ quant
on sçaura que c'est mon logis, personne ne s'efforcera
d'y entrer. Et pour ce que, pour me secourir, je suis
cause dont perdez à gaigner quelque chose, ne vous
souciez, vous n'y perdrez riens. » Les archiers firent
son commandement, et luy fut porté et) une fort
belle chambre, en laquelle la dame du logis le mena
elle-mesme; et se gectant à genoulx devant luy, parla
en ceste manière rapportant son langaige au françois :
€ Noble seigneur, je vous présente ceste maison et
tout ce qui est dedans, car je sçay bien qu'elle est
vostre par le debvoir de la guerre, mais que vostre
plaisir soit de me saulver l'honneur et la vie, et de
deux jeunes filles que mon mary et moy avons, qui
*
l.
286 HISTOIRE DE BAYART
sont prestes à marier. » Le bon chevalier, qui oncques
ne pensa mesdianseté, luy respondit : c Madame, je
ne sçay si je pourray eschapper de la playe que
j'ay, mais tant que je vivray, à vous ne à voz filles
ne sera fait desplaisir non plus que à ma personne.
Gardez-les seulement en voz chambres, qu'elles ne
se voyent point, et je vous asseure qu'il n'y a
homme en ma maison qui se ingère d'entrer en lieu
que ne le veuillez bien, vous asseurant au surplus que
vous avez céans ung gentilhomme qui ne yous pillera
point, mais vous feray toute la courtoysie que je
pourray. » Quant la bonne dame Touyt si vertueuse-
ment parler, fut toute asseurée. Après il luy pria
qu'elle enseignast quelque bon cirurgien, et qui peust
hastivement le venir habiller^ ; ce qu'elle fist, et l'alla
quérir elle-mesmes avecques ung des archiers, car il
n'y avoit que deux maisons de la sienne. Luy arrivé,
visita la playe du bon chevalier, qui estoit grande et
profonde ; toutesfois il l'asseura qu'U n'y avoit nul
dangier de mort. Au second appareil le vint veoir le
cirurgien du duc de Nemours, appelle maistre Claude,
qui depuis le pensa et en fist très bien son debvoir,
de sorte qu'en moins d'ung moys fiit prest à monter
à cheval. Le bon chevalier habillé demanda à son
hostesse où estoit son mary; la povre dame toute
esplorée luy dist : c Sur ma foy, Monseigneur, je ne
sçay s'il est mort ou vif. Bien me doubte, s'il est
en vie, qu'il sera dedans ung monastère où il a grosse
congnoissance. — Dame, dist le bon chevalier,
faictes-le chercher, et je Tenvoyeray quérir, en sorte
1. Habiller, panser.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 287
cpi*il n'aura. point de mal^ » Elle se fist enquérir où
il estoit et le trouva. Puis fut envoyé quérir par le
maistre d'hostel du bon chevalier, et par deux
archiers qui l'amenèrent seurement ', et k son arrivée
eut de son hoste le bon chevalier joyeuse chère, et
luy dist qu'il ne se donnast point de mélencolie et
cpi'il n'avoit logé que de ses amys. Après la belle et
glorieuse prinse de la ville de Bresse par les François,
et que la fureur fut passée, se logea le victorieux duc
de Nemours, qui n'estoit pas l'éfigie du dieu Mars,
mais luy-mesmes ; et avant que boyre ne manger
assembla son conseil, où furent tous les cappitaines,
affin d'ordonner ce qui estoit nécessaire de faire. Pre-
mier envoya chasser toutes manières de gens de
guerre, qui estoient es religions^ et églises, et fist
retourner les dames aux logis avecques leurs marys
s'ilz n'estoient plus prisonniers, et peu à peu les
asseura. II convint diligenter à vuyder les corps mors
de la ville par peur de l'infection, où on fut trois
jours entiers sans autre chose faire , et en trouva l'on
vingt et deux mille et plus. Il donna les offices qui
estoient vaccans à gens qu'il pensoit bien qui les
sceussent faire. Le procès du conte Loys Advogadre
fîit fait,^ lequel avoit esté cause de la trahison pour
reprendre Bresse, et eut la teste trenchée, et mis
1. Incontinent que Bayard entra dedans, la dame et ses filles
luy yindrent an devant en plears et se gettèrent à genoulx devant
luy, si luy cryarent mercy, disant la dame : « Seigneur, je vous
c reconmiande mes filles seulement, prenez tous noz biens, saul-
fl vez Thonneur de mes filles. — Dame, dict Bayard, où est vostre
fl mary? » Dist la madame : c Je ne sçay s'il est avecques les
fl autres en la cité misérablement occis» (Gbampier, fol. xxxv).
2. Religions, couvents.
t"
288 HISTOIRE DE BAYART
après en quatre quartiers, et deux autres de sa fac-
tion, dont l'ung s'appelloit Thomas del Due, et l'autre
Hiéronyme de Ryve.
Sept ou huyt jours fîit à Bresse ce gentil duc
de Nemours, où une fois le jour pour le moins
alloit visiter le bon chevalier, lequel il reconfor-
toit le mieulx qu'il povoit, et souvent luy disoit : c Hé,
monseigneur de Bayart, mon amy, pensez de vous
guérir, car je sçay bien qu'il fauldra que nous don-
nions une bataille aux Espaignolz entre cy et ung
moys, et si ainsi estoit, j'aymerois miéulx avoir perdu
tout mon vaillant que n'y feussiez, tant j'ay grant
fiance en vous, t Le bon chevalier respondit :
€ Croyez, monseigneur, que s'il est ainsi qu'il y ait
bataille, tant pour le service du roy mon maistre que
pour l'amour de vous, et pour mon honneur qui va
devant, je m'y feroye plustost porter en licUère que
je n'y feusse. » Le duc de Nemours luy fist force pré-
sens selon sa puissance, et pour^g jour luy envoya
cinq cens escuz, lesquelz il donna aux deux archiers
qui estoient demeurez ayecques luy quant il fut blessé.
Quant le roy de France Loys douziesme fut adverty
de la prinse de Bresse et de la belle victoire de son
nepveu, croyez qu'il en fut très fort joyeulx. Toutesfois
il congnoissoit assez que, tant que ses Espaignolz
seroient rouans^ en la Lombardie, son Estât de Milan
ne seroit jamais asseuré. Si en escrivoit chascun jour
à sondit nepveu le noble duc de Nemours, le priant,
tant affectueusement que possible luy estoit, qu'il luy
gectast la guerre de Lombardie et qu'il mist peine
i. Rtmans, rôdants.
PAR' LB LOYAL SERVITEUR. 889
d'en chasser les Espaignolz, car il luy ennuyoit de
soustenir les fraiz qu'il conveooit faire aux gens de
pied qu'il avoit, et ne les povoit plus porter sans trop
fouller son peuple, qui estoit la chose en ce monde
qu'il faisoit à plus grant regret. Davantage qu'il sça-
voit bien que le roy d'Angleterre luy brassoît ung
brouet^ pour descendre en France, et pareillement les
Suysses, et que si cela advenoit luy seroit besoing de
s'ayder de ses gens de guerre qu'il avoit en Ytalie;
et enfin c'estoit en toutes ses lettres la conclusion : de
donner la bataille aux Ëspaignolz, ou les exterminer^
si loing qu'ilz ne retournassent plus. Ce duc de
Nemours avoit si grande amour au roy son oncle
qu'en toutes choses se vouloit garder de le courroucer.
Et davantage il sçavoit certainement que ses lettres ne
luy venoient point sans grande raison. Si se mist en
totalle délibération d'acomplir voluntairement le
conunandement qui luy estoit fait touchant mettre fin
à la guerre. Si assembla tous ses cappitaines, gens de
cheval et de pied, et à belles petites journées marcha
droit à Boulongne, où là auprès arriva en son camp
le duc de Ferrare, auquel il bailla son avant-garde à
conduyre avecques le seigneur de la Palisse ; et tant
alla qu'il trouva l'armée du roy d'Ëspaigne et du pape
à quinze mille de Boulongne, en ung lieu dit Gastel
Sainct-Pedro^. C'estoit une des belles armées et des
mieulx esquipées pour le nombre qu'ilz estoient qu'on
eust jamais veu. Domp Raymon de Gardonne^, vis-
i. Luy briusoit ung hrouet, lui préparait on plat de sa façon.
2. Exterminer, chasser hors des frontières.
3. Castel San Pietro deW Emilia^ province de Bologne.
4. Raymond Foich, dac de Gardonna, vicomte de Viilamura,
gouverneur de Napies. Mort en i522.
19
290 HISTOIRE DE BAYART
roy de Naples, en estoit le chief et avoit en sa oom-
paignie douze ou quatorze cens hommes d'armes, dont
les huyt cens estoient bardez ; ce n'estoit que or et
azur, et les mieulx montez de coursiers et chevaulx
d'Ëspaigne que gens de guerre qu'on eust sceu veoir.
Davantage il y avoit deux ans qu'ilz ne faisoient que
aller et venir parmy ceste Rommaigne, qui est ung
bon et gras pays et où ilz avoient leurs vivres à
souhait. Il y avoit douze mille hommes de pied seul-
lement, deux mille Ytaliens soubz la charge d'ung
cappitaine Ramassot, et dix mille Ëspaignolz, Bys*
cayns et Navarrès que conduysoit le conte Pedro
Navarro^ et de toute la troppe des gens de pied
estoit cappitaine général ; il avoit autresfois mené ses
gens en Barbarye contre les Mores, et avecques eulx
avoit gaigné deux ou trois batailles. Brief c'estoient
tous gens aguerriz et qui sçavoient les armes à mer-
veilles. Quant le gentil duc de Nemours les eut appro-
chez, conunencèrent Espaignolz tousjours à eukc
retirer le long de la montaigne, et les François
tenoient la plaine. Si furent bien trois sepmaines ou
ung moys qu'ilz estoient les ungs des autres à six ou
sept mille, mais bien se logeoient tousjours les Espai-
gnolz en lieu fort, et souvent s'escarmouchoient en-
semble, en façon que prisonniers se prenoient d'ung
costé et d'autre quasi tous les jours. Tant y a que
1. Ce personnage, originaire du nord de TEspagne, fut très-
célèbre an commencement du xvi« siècle comme ingénieur. Après
avoir d'abord servi les Espagnols, il accepta ensuite un comman-
dement dans les armées françaises. U quitta le parti des Espa-
gnols parce que, après la bataille de Havenne, à laquelle il avait
été fait prisonnier, ils avaient refusé de payer sa rançon. On
trouvera dans le ms. 26115 du fonds fr. de la Bibl. nationale
(n* 214) une quittance de lui du 16 mars 1517.
PAR LE LOYAL SERYITEUR. 291
tous les prisonniers françois rapportoient que c'estoit
unetriumphe de veoir l'armée des Ëspaignolz. Toutes-
fois le gentil duc de Nemours ne tous ses cappitaines
et gens de guerre ne désiroient autre chose que à les
ocHnbatre, mais qu'on les trouvast en lieu marchant.
Geste finesse avoient, que tousjours se tenoient en
fort; et encores les y alla l'on quérir le jour de la
bataille de Ravenne, conmie vous orrez. Mais premier
parleray comment le bon chevalier sans paour et sans
reprouche partit de Bresse pour s'en aller après le
duc de Nemours, et de la grande courtoysie qu'il fist
à son hostesse.
CHAPITRE Ll.
Comment le bon chevalier sans paour et sans reprouche
partit de Bresse pour aller après le duc de Nemours
et r armée du roy de France; de la grande courtoysie
qu'il fist à son hostesse au partir^ etrpomment il
arriva devant la ville de Ravenne.
Environ ung mois ou cinq sepmaines ftit malade le
bon chevalier sans paour et sans reprouche de sa
playe en la ville de Bresse, sans partir du lict; dont
bien luy ennuyoit, car chascun jour avoit nouvelles
du camp des François, conmient ihc approchoient les
Ëspaignolz, et espéroit l'on de jour en jour la bataille,
qui à son grant regret eust esté donnée sans luy. Si
se voulut lever ung jour et marcha parmy la chambre
pour sçavoir s'il se pourroit soustenir. Ung peu se
trouva foible, mais le grant cueur qu'il avoit ne luy
292 HISTOIRE DE BAYART
donnoit pas le loysir d'y longuement songer ; il envoya
quérir le cyrurgien qui le pensoit alors et luy dist :
c Mon amy, je vous prie, dictes-moy s'il y a point
de dangier de me mettre à chemin ; il me semble que
je suis guéry, ou peu s'en fault, et vous prometz, ma
foy, que, à mon jugement, le demourer d'ores en
avant me pourra plus nuyre que amender, car je me
fasche merveilleusement. » Les serviteurs du bon
chevalier avoient desjà dit au cyrurgien le grant désir
qu'il avoit d'estre.à la bataille, et que tous les jours
ne regretoit autre chose ; parquoy ce sachant et aussi
congnoissant sa complexion, luy dist en son langaige :
€ Monseigneur, vostre playe n'est pas encores close ;
toutesfois par dedans elle est toute guérie. Vostre
barbier vous verra habiller encores ceste fois , et mais
que tous les jours au matin et au soir il y mette une
petite tente ^ et une amplastre dont je luy bailleray
l'oignement, il ne vous empirera point. Et si n'y a nul
dangier, car le grant mal de playe est au dessus, et
ne touchera point à la selle de vostre cheval. » Qui
eust donné dix mille. escus au bon chevalier, il n'eust
pas esté si ayse. Son cyrurgien fut plus que bien con-
tenté; et se délibéra de partir dedans deux jours,
conmiandant à ses gens que durant ce temps ilz
meissent en ordre tout son cas.
La dame de son logis, qui se tenoit tousjours
sa prisonnière, ensemble son mary et ses enfans,
et que les biens meubles qu'elle avoit estoient
siens aussi, car ainsi en avoient fait les François
aux autres maisons, comme elle sçavoit bien, eut
1. Tente, mèche en charpie.
PAR LE LOYAL SBRVITEUR. 293
plusieurs ymaginacions , considérant en soy-mesmes
que si son hoste la vouloit traicter à la rigueur et
son mary il en tireroit dix ou douze mille escus, car
ilz en avoient deux mille de rente. Si se délibéra luy
faire quelque honneste présent, et qu'elle Tavoit
congneu si honune de bien et de si gentil cueur que à
son oppinion se contenteroit gracieusement. Le matin
dont le bon chevalier devoit desloger après disner,
son hostesse, avecques ung de ses serviteurs portant
une petite boete d'acier, entra en sa chambre, où elle
trouva qu'il se reposoit en une chaire après soy estre
fort pourmené, pour tousjours peu à peu essayer sa
jambe. Elle se gecta à deux genoulx , mais incontinent
la releva et ne voulut jamais souffrir qu'elle dist une
parolle que premier ne fust assise auprès de luy ; et
puis commença son propos en ceste manière : c Mon-
seigneur, la grâce que Dieu me fist, à la prise de ceste
ville, de vous adresser en ceste vostre maison, ne
me fut pas moindre que d'avoir sauvé la vie à mon
mary, la myenne et de mes deux filles, avecques leur
honneur qu'elles doivent avoir plus cher; et davan-
tage, depuis que y arrivastes, ne m'a esté fait, ne au
moindre de mes gens, une seulle injure, mais toute
courtoysie , et n'ont pris voz gens des biens qu'ilz y
ont trouvez la valleur d'ung^quatrin^ sans payer. Mon-
seigneur, je suis assez advertye que mon mary, moy,
mes enfans et tous ceulx de la maison sommes voz
prisonniers, pour en faire et disposer à vostre bon
plaisir, ensemble des biens qui sont céans; mais, con-
gnoissant la noblesse de vostre cueur, à qui nul autre
1. Quatrin (quattrino), quatrième partie du denier.
294 mSTOIRB DE BAYART
ne pourroit attaindre, suis venue pour vous suplier
très humblement quMl vous plaise avoir pité de nous
en eslargissant vostre acoustumée libéralité. Vecy
ung petit présent que nous vous faisons ; il vous plaira
le prendre en gré. » Alors prist la boete que le servi-
teur tenoit, et l'ouvrit devant le bon chevalier qui la
veit plaine de beaulx ducatz. Le gentil seigneur, qui
oncques en sa vie ne fist cas d'argent, se prist à rire
et puis dist : c Madame, combien de ducatz y a-il en
ceste boete ?» La po vre femme eut paour qu'il feust
courroucé d'en veoir si peu, luy dist : c Monseigneur,
il n'y a que deux mille cinq cens ducatz ; mais si vous
n'estes content, vous en trouverrons plus laidement. »
Alors il dist : c Par ma foy, madame, quant vous me
donneriez cent mille escus, ne m'auriez pas tant fait
de bien que de la bonne chère que j'ay eue céans et
de la bonne Visitation que m'avez faicte, vous asseu-
rant qu'en quelque lieu que je me trouve, aurez, tant
que Dieu me donnera vie, ung gentilhomme à vostre
commandement. De voz ducatz, je n'en vueil point et
vous remercye ; reprenez-les. Toute ma vie ay tous-
jours plus aymé beaucoup les gens que les escuz, et
ne pensez aucunement que je ne m'en voyse aussi
content de vous que si ceste ville estoit en vostre dis-
position et me l'eussiez donnée. » La bonne dame fut
bien estonnée de se veoir esconduyte; si se remist
encores à genoulx, mais guères ne luy laissa le bon
chevalier, et relevée qu'elle fut, dist : c Monseigneur,
je me sentirois à jamais la plus malheureuse femme
du monde, si vous n'emportiez si peu de présent que
je vous fais, qui n'est riens au pris de la courtoysie
que m'avez cy-devant faicte et faictes encores à pré-
PAR LE LOYAL SERVITEUR. S95
sent par vostre grande bonté. » Quant le bon cheva-
lier la veit ainsi ferme et qu'elle faisoit le présent
d'img si hardy courage, luy dist : c Bien doncques,
madame, je le prens pour l'amour de vous; mais
ailez-moy quérir voz deux filles, car je leur vueil dire
adieu. » La povre femme, qui cuydoit estre en para-
dis de quoy son présent avpit enfin esté accepté, alla
quérir ses filles, lesquelles estoient fort belles, bonnes
et bien enseignées, et avoient beaucoup donné de
passe-tems au bon chevalier durant sa maladie, parce
qu'elles sçavoient fort bien chanter, jouer du luz ^ et
de l'espinete, et fort bien besongner à l'esguille. Si
furent amenées devant le bon chevalier, qui, cepen-
dant qu'elles s'acoustroient , avoit fait mettre les
ducatz en trois parties, es deux à chascune mille
ducatz et à l'autre cinq cens. Elles arrivées se vont
gecter à genoulx, mais incontinent furent relevées;
puis la plus aisnée des deux conunença à dire :
c Monseigneur, ses deux povres pucelles à qui avez
tant fait d'honneur que de les garder de toute injure
viennent prendre congé de vous, en remerciant très
humblement vostre seigneurie de la grâce qu'elles
ont receue, dont à jamais pour n'avoir autre puis-
sance seront tenues à prier Dieu pour vous. » Le bon
chevalier, quasi larmoyant en voyant tant de doul-
ceur et d'humilité en ses deux belles filles , respon-
dit : c Mes damoyselles, vous faictes ce que je devrois
faire ; c'est de vous remercier de la bonne compaignie
que m'avez faicte, dont je m'en sens fort tenu et
obligé. Vous sçavez que gens de guerre ne sont pas
1. Luz, luth.
296 HISTOIRE DE BAYAAT
voulentiers chargez de belles besongnes pour pré-
senter aux dames ; de ma paii, me desplaist bien fort
que n'en suis bien garny pour vous en faire présent
comme je suis tenu. Vecy vostre dame de mère qui
m'a donné deux mille cinq cens ducatz que vous voyez
sur ceste table ; je vous en donne à chascune mille
pour vous ayder à marier, et pour ma récompense
vous prierez, s'il vous plaist, Dieu pour moy; autre
chose ne vous demande. » Si leur mist les ducatz en
leurs tabliers, voulsissent ou non; puis s'adressa à
son hostesse, à laquelle il dist : c Madame, je pren-
dray ces cinq cens ducatz à mon prouffit pour les
départir aux povres religions de dames qui ont esté
pillées, et vous en donne la chaîne, car mieulx enten-
drez où sera la nécessité que toute autre. Et sur cela
je prens congé de vous ^ » Si leur toucha à toutes en
la main, à la mode d'Ytalie ; lesquelles se misrent à
genoulx, plorans si très fort qu'il sembloit qu'on les
voulsist mener à la mort. Si dist la dame : c Fleur de
chevalerie, à qui nul ne se doit comparer, le benoist
Sauveur et Rédempteur Jésu-Ghrist, qui souffrit mort
et passion pour tous les pécheurs, le vous vueille
rémunérer en ce monde icy et en l'autre! » Après
s'en retirèrent en leurs chambres. Il fut temps de
disner; le bon chevalier fîst appeller son maistre
i . Pro captîvitate mulier patricia Brixiensis Bayardo , qui
vimm suum duasque puellas ab omni violentia militari defen-
derat, bis mille et quingentos ducatos libère offerebat, rogans
genibuB flexis ut, pro majori summa sibi débita , his contentus
esset. Bayardus autem duo millia ducatorum puellis donavit ut
honestis nuberent, quinquagentos autem ducatos matri reliquit ut
eos pauperibus distribueret (Aymar du Rivail, p. 553).
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 297
d'hostel, auquel il dist que tout feust prest pour
monter à cheval sur le midy. Le gentilhomme du logis
qui jà avoit entendu par sa femme la grande cour*
toysie de son hoste, vint en sa chambre, et le genoil
en terre le remercia cent mille fois en luy offrant sa
personne et tous ses biens, desquelz il luy dist qu'il
povoit disposer conune siens à ses plaisir et vou-
lente, dont le bon chevalier le remercia et le fist
disner avecques luy. Et après ne demoura guères
qu'il ne demandast les chevaulx, car jà luy tardoit
beaucoup qu'il n'estoit avecques la compaignie par
luy tant désirée, ayant belle paour que la bataille se
donnast devant qu'il y feust. Ainsi qu'il sortoit de sa
chambre pour monter, les deux belles filles du logis
descendirent et luy firent chascune ung présent qu'elles
avoient ouvré durant sa maladie; l'ung estoit deux
jolis et mignons braceletz faiz de beaulx cheveulx,
de fil d'or et d'argent, tant proprement que mer-
veilles; l'autre estoit une bource sur satin cramoisy,
ouvrée moult subtilement. Grandement les remercia ,
et dist que le présent venoit de si bonne main qu'il
estimoit dix mille escuz ; et pour plus les honnorer se
fist mettre les bracelletz au bras, et la bource mist en
sa manche, les asseurant que tant qu'ilz dureroient les
porteroit pour l'amour d'elles * .
i. Voici le discours que Ghampier met dans la bouche des
deux jeunes filles : c Seigneur cappitaine, noz pouvres filles vous
mercye cent mille foys de Phonneur, courtoysie, bienfaicts que
avez faict à monseigneur nostre père et à madame nostre mère et
encore plus de ce qu'estes cause que n'avons esté forcées et vio-
lées des gendarmes comme ont esté plusieurs aultres. Seigneur,
nous serons à tout jamais tenues à prier Dieu pour vostre noble
298 HISTOIRE DE BAYAAT
Sur œs parolles monta à cheval le bon che-
valier, lequel fut acompaigné de son grant com-
paignon et parfiaict amy le seigneur d'Aubigny,
que le duc de Nemours avoit laissé pour la garde
de la ville, et de plusieurs autres gentilzhommes ,
deux ou trois mille; puis se dirent adieu. Les
ungs retournèrent à Bresse et les autres au camp
des François, où arriva le bon chevalier le mer-
credy au soir, vn* d'avril devant Pasques. S'il fut
receu du seigneur de Nemours, ensemble de tous les
cappitaines, ne fault pas demander, et hommes
d'armes et aventuriers en démenoient telle joye qu'il
sembloit pour sa venue que l'armée en feust renforcée
de dix mille honmies. Le camp estoit arrivé ce soir-là
devant Ravenne et les ennemys en estoient à six
mille ; mais le lendemain, qui fut le jeudy sainct, s'en
approchèrent à deux mille.
CHAPITRE LU.
Comment le siège fut mis par le noble duc de Nemours
devant Ravenne, et comment plusieurs assaulx y
seigneurie, et affin qu'il vous souviengne de nous, chescune de
nous vous présentons ung petit coffre plain de choses joyeuses
faictes par nos mains; et pardonnant à vos petites chambrières; et
à tant prenons congé de vostre seigneurie. » Alors le seigneur
Bayard les larmes aulx yeulx de pityé qu'il avoit quant il pensoit
aux dangiers là où elles avoient esté leur respondit : c Adieu les
belles damoiselles; Dieu par sa grâce vous vueille tousjonrs pré-
server et avoir en sa garde comme il a esté à caste foys » (Cham-
pier, fol. xxxYi).
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 299
furent donnez le vendredy saincty où les François
furent repoussez.
Quant le gentil duc de Nemours fut arrivé devant
Ravenne, assembla tous les cappitaines sçavoir^ qu'il
estoit de faire, car le camp des François commen-
çoit fort à soufirir par faulte de vivres qui y venoient
à moult grant peine, et y avoit desjà faulte de pain
et de vin, parce que les Véniciens avoient couppé les
vivres d'ung costé et Tarmée des Espaignolz tenoit
toute la coste de la Ronmiaigne, de sorte qu'il failloit
aux aventuriers manger chair et fromage par con*
traincte^. Il y avoit encores ung gros inconvénient,
dont le duc de Nemours ne nul des cappitaines n'es-
toit adverty ; c'est que l'empereur avoit mandé aux
cappitaines des lansquenetz que, sur leur vie, eussent
à leur^ retirer, incontinent sa lettre veue, et qu'ilz
n'eussent à combatre les Espaignolz. Entre autres
cappitaines almans, y en avoit deux principaulx;
l'ung s'appelloit Philippes de Fribourg, et l'autre
Jacob, qui si gentil compaignon estoit, et de fait tous
deux estoient vaillans honmies et duytz aux armes.
Geste lettre de l'empereur estoit tumbée es mains du
cappitaine Jacob. Il estoit allé veoir le roy de France
quelquefois en son royaulme depuis qu'il estoit à son
service, où il luy fut fait quelque présent, de façon
que son cueur fut tout françois. Pareillement ce duc
de Nemours avoit tant gaigné les gens, que toils ceulx
i . Sçavoir, c'est-à-dire pour savoir.
2. G'est-àrdire qu'ils devaient employer la force pour se procurer
des vivres.
3. Leur, se.
300 HISTOIRE DE BAYART
qu'il avoit avecques luy feussent mors à sa requeste.
Entre tous les cappitaines françois, n'y en avoit nul
que le cappitaine Jacob aymast tant qu'il faisoit le
bon chevalier, et commencea ceste amour dès le
premier voyage de l'empereur devant Padoue, en l'an
mil cinq cens et neuf, où le roy de France luy envoya
cinq ou six cens hommes d'armes de secours. Quant
il eut veu la lettre, et qu'il eut sceu la venue du bon
chevalier, le vint visiter à son logis avecques son
truchement seulement ; car de tout ce qu'il sçavoit de
François c'estoit : c Bonjour, Monseigneur. » Hz se
firent grant chère l'ung à l'autre, comme la raison
vouloit et que chascun cherche son semblable, et devi-
sèrent de plusieurs choses, sans ce que personne les
ouyst. Enfin le cappitaine Jacob déclaira au bon che-
valier ce que l'empereur leur avoit mandé, et qu'il
avoit encores les lettres que personne n'avoit veues
que luy, et ne les vouloit monstrer à nul de ses com-
paignons ; car il sçavoit bien que si leurs lansquenetz
en estoient advertis, la pluspart ne vouldroit point
combatre et se retireroient ; mais que de luy il avoit
le serment au roy de France et sa soulde, et que pour
mourir de cent mille mors ne feroit jamais ceste
meschanceté qu'il ne combatist ; mais qu'il se falloit
haster, car il estoit impossible que l'empereur ne
renvoyast bientost autres lettres, lesquelles pourroient
venir à la notice* des compaignons de guerre; et que,
par ce moyen les François pourroient avoir trop de
dommage, car lesditz lansquenetz estoit la tierce part
de leur force, pour y en avoir environ cinq mille. Le
i. Notice^ connaissance.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 301
bon chevalier, qui bien congnoissoit le gentil cueur
du cappitaine Jacob, le loua merveilleusement, et luy
dist par la bouche de son truchement : c Mon com-
paignon, mon amy, jamais vostre cueur ne pensa une
meschanceté. Vous m'avez autresfois dit qu'en Âl-
maigne n'avez pas de grans biens ; nostre maistre est
riche et puissant comme assez entendez, et en ung
jour vous en peult faire, dont serez riche et opulent
toute vostre vie, car il vous ayme fort, et je le sçay
bien ; l'amour croistra davantage quant il sera informé
de l'honneste tour que luy faictes à présent , et il le
sçaura, aydant Dieu, quant moy-mesmes je luy deb-
veroys dire. Velà monseigneur de Nemours, nostre
chef, qui a mandé à son logis tous les cappitaines au
conseil ; allons-y vous et moy, et à part luy déclai-
rerons ce que m'avez dit. — C'est bien advisé, dist le
cappitaine Jacob, allons-y. > Quant ilz furent au logis
dudit duc de Nemours se misrent en conseil qui dura
longuement, et y eut de diverses oppinions; car les
ungs ne conseilloient point le combatre, et avoient
de bonnes raisons, disans que s'ilz perdoient ceste
bataille, toute l'Ytalie estoit perdue pour le roy leur
maistre, et que d'entre eulx nul n'en eschapperoit,
parce qu'ilz avoient trois ou quatre rivières à passer ;
que tout le monde estoit contre eulx, pape, roy d'Es-
paigne, Véniciens et Suysses, et que de l'empereur
n'estoient pas trop asseurez; parquoy vauldroit
mieulx temporiser que se bazarder en ceste manière.
Autres disoient qu'il convenoit combatre ou mourir
de faim conmie meschans et lasches et que desjà
estoient trop avant pour se retirer sinon honteuse-
ment et en désordre. Bref chascun en dist son oppi-
302 HISTOIRE DE BAYAAT
nion. Le bon duc de Nemours qui avoit desjà parlé
au bon chevalier et au cappitaine Jacob, avoit bien au
long entendu ce que l'empereur avoit mandé, et sça-
voit bien qu'il estoit force de combatre, aussi qu'il ne
venoit poste que le roy de France son oncle ne luy
mandast de donner la bataille, et qu'il n'attendoit
l'heure d'estre assailly en son royaulme, par deux ou
trois endroitz. Il demanda toutesfois encores l'oppinion
du bon chevalier, lequel dist : c Monseigneur, vous sça*
vez que je vins encores hier ; je ne sçay riens de Testât
des ennemys. Messeigneurs mes compaignons qui les
ont veuz et escarmouchez tous les jours, qui s'i con-
gnoissent mieulx que moy, je les ay ouys, les ungs
louer la bataille, les autres la blasmer; et puisqu'il
vous plaist m'en demander mon oppinion, sauf vostre
révérence, et de messeigneurs qui cy sont, je la
vous diray. Qu'il ne soit vray que toutes batailles sont
périlleuses, si est ; et qu'il ne faille bien regarder les
choses avant que venir à ce point, si fait. Mais à con-
gnoistre présentement l'affidre des ennemys et de
nous, il semble quasi diffîciUe que nous puissions
départir sans bataille, la raison que desjà avez faict
voz approuches devant ceste ville de Ravenne, laquelle
demain matin voulez canonner , et la berche faicte y faire
donner l'assault. Jà estes vous adverty que le sei-
gneur Marc-Anthoine Colonne ^ qui est dedans puis
huyt ou dix jours, y est entré soubz la promesse et
foy jurée de domp Raymon de Gardonne, vis-roy de
Naples, et chief de l'armée de noz ennemys, de son
i. Marc-Antoine Golonna, fils de Pierre- Antoine Golonna. U
épousa Lucrèce Gara de Rovere, nièce du pape Jules II, et fut
tué en 4522.
PAR LB LOYAL SERVITEUR. 303
oncle le seigneur Fabricio Colonne \ ensemble du
conte Pedro Navarre et de tous les cappitaines, que,
s'il peult tenir jusques à demain, ou pour le plus tard
au jour de Pasques, qu'ilz le viendront secourir. Or,
lesditz ennemys le luy monstrent bien, car ilz sont aux
faulxbours de nostre armée. D'autre costé, tant plus
séjournerez et plus maleureux deviendrons , car noz
gens n'ont nulz vivres, et fault que noz chevaulx
vivent de ce que les saulles gectent^ à présent. Et puis
vous voyez le roy nostre maistre qui chascun jour
vousescriptde donner la bataille, et que non seulement
en voz mains repose la seureté de son duché de Milan,
mais aussi tout son Estât de France, veu les enne-
mys qu'il a aujourd'huy. Parquoy, quant à moy,jesuis
d'advis qu'on la doibt donner, et y aller saigement,
car nous avons afaire à gens cauteleux et bons com-
batans. Qu'elle ne soit dangereuse, si est; mais une
diose me réconforte ; les Espaignolz ont esté depuis
ung an dans ceste Ronunaigne, tousjours nourriz conmie
le poisson en l'eaue , et sont gras et repletz ; noz
gens ont eu et ont encores grant faulte de vivres, par-
quoy ilz en auront plus longue alayne, et nous n'avons
mestier^ d'autre chose ; car qui plus longuement com-
batra, le camp lui demeurera. > Chascun commença
à rire du propos, car si bien luy advenoit à dire ce
qu'il vouloit que tout homme y prenoit plaisir. Les sei-
gneurs de Lautrec, de la Palisse, le grand séneschal de
1. Fabricio Golonna, duc de Pagliano, fils d'Odoard Golonna,
duc de Marsi; il épousa Agnès de Montefeltre et mourut en 4520.
2. De ce que les saulles gectent, des pousses de saules.
3. Mestier^ besoin.
30i HISTOIRE DE BAYART
Normandie, le seigneur de GrussoV, et tout ou la plus-
part des cappitaines se tindrent à l'oppinion du bon che-
valier, qui estoit de donner la bataille , et dès l'heure
en furent advertiz tous les cappitaines de gens de
cheval et de pied.
Le lendemain matin, qui fut le vendredy sainct,
fut canonnée la ville de Ravenne bien asprement,
de sorte que les ennemys de leur camp enten-
doient bien à cler les coups de canon. Si délibé-
rèrent, selon la promesse qu'ilz avoient faicte, de
secourir le seigneur Marc-Anthoine Colonne dedans
le jour de Pasques. Durant la baterie furent blessez
deux gaillars cappitaines françois, Tung le seigneur
d'Espy, maistre de l'artillerie, et l'autre le seigneur
de Ghastillon, prévost de Paris, de coupz de hacque-
bute, l'ung au bras, l'autre à la cuysse, dont depuis
ilz moururent à Ferrare, qui fut fort gros dommage.
La berche faicte à la ville, ceulx qui avoient esté
ordonnez pour l'assault, qui estoient deux cens
honmies d'armes et trois mille honmies de pied, s'ap-
prochèrent. Le reste de l'armée se mist en belle et
triumphante ordonnance de bataille, laquelle désirée-
ment ilz attendoient, et mille ans avoit que gens ne
furent plus délibérez qu'ilz estoient, et à leurs gestes
sembloit qu'ilz allassent aux nopces. Si tindrent
escorte trois ou quatre grosses heures à leurs gens
ordonnez pour assaillir, lesquelz firent à la ville de
i . Jacques de Gnissol, capitaine de 200 archers, grand panetier
de France, fils de Louis de Grussol, s' de Baudinar et de Jeanne
de Lévis, dame de Florensac; il épousa Simonne, \icomtesse
d'Uzès, et mourut vers 4525.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 905
lours et divers assaulx, et y fist très bien son debvoir
le vicoDte d'EstogesS lors lieutenant de mesure
Robert de la Marche 2, et le seigneur Fédéric de
Bazolo, car plusieurs fois furent gectez du hadt du
fossé au bas. Si les assaillans faisoient bien leur
debvoir, ceulx de la ville ne se faignoient pas^ ; et là
estoit en personne le seigneur Marc-Anthoine Cou-
lonne, qui disoit à ses gens : c Messeigneurs, tenons
bon, nous serons secouruz dedans demain ou di-
menche, je vous en asseure sur mon honneur. La
berche est fort petite ; si nous sonunes pris, il nous
tournera à grande lascheté, et davantage il est fait de
nous. » Tant bien les confortoit ce seigneur Marc-
Ânthoine que le cueur leur croissoit de plus en plus ;
et à dire aussi la vérité la berche n'estoit pas fort
raisonnable. Quant les François eurent donné cinq
ou six assaulx et qu'ilz veirent qu'en ceste sorte
n'emporteroient pas la ville, firent sonner la retraicte,
et Dieu leur en ayda bien, car s'ilz l'eussent prise,
jamais n'en eussent retiré les aventuriers pour le
pillage, qui eust esté peult-estre occasion de perdre
la bataille. Quant le duc de Nemours sceut que ses
gens se retiroient de l'assault, il fist pareillement
i . René d'Anglure, vicomte d'Estoges, lieutenant de Robert de
La Mark, seigneur de Bouillon et de Sedan, fut chambellan du
roi, capitaine de cent hommes d'armes : il était fils de 8imon
d'Anglure et de Jeanne de Neufchatel; il épousa Catherine du
JEk)uzi et mourut en 1529.
2. Robert de la Marck, seigneur de Sedan, surnommé le jSan-
glier des Ardennes, fils de Robert et de Jeanne de Mailli, épousa
Catherine de Croy-Chimay et mourut en 1535.
^. Ne se faignoient pas, n'étaient pas fainéants.
20
306 msTomE de bayart
retirer rarmée pour le soir, affin d'eulx reposer, car
d'heure en autre estoit attendu le combat, pour estre
leurs ennemys à deux mille ou environ d'eulx. Le
soir après soupper, plusieurs cappitaines estoient
au logis dudit duc de Nemours, devisans de plusieurs
dioses, mesmement de la bataille. Si adressa sa
paroUe au bon chevalier sans paour et sans reprouche
icelluy seigneur de Nemours et luy dist : c Monsei-
gneur de Bayart, avant vostre venue, les Espaignolz,
par de noz gens qu'ilz ont prins prisonniers, deman-
doient tousjours si estiez point en ce camp , et à ce
que j'en ay entendu font grosse estime de vostre per-
sonne. Je serois d'advis, s'il vous semble bon, car jà
de long-temps congnoissez leur manière de faire, que
demain au matin ilz eussent de par vous quelque
escarmouche, de sorte que les puissez faire mettre en
bataille et que voyez leur contenance. » Le bon cheva-
lier, qui pas mieulx ne demandoit, respondit : c Mon-
seigneur, je vous prometz ma foy que , Diai aydant,
devant qu'il soit demain midy, je les verray de si
près que je vous en rapporteray des nouvelles. » Là
estoit présent le baron de Béam, lieutenant du duc
de Nemours, lequel estoit advantureux chevalier, et
tousjours prest à l'escarmouche. Si pensa en soy-
mesmes que le bon chevalier seroit bien matin levé
s'il la dressoit plus tost que luy , et assembla aucuns
de ses plus privez, ausquelz il déclaira son vouloir, à
ce qu'ilz se tiensissent prestz au jour poignante Vous
orrez ce qu'il en advint.
i. Poignant, pointaot.
PAR LB LOYAL 8BRYITBUR. 307
CHAPITRE LIU-
D'une merveilleuse escarmouche qui fut entre les Fran*
fais et les Espaignolz le jour devant la bataille de
RavennCy où le bon chevalier fist merveilles d'armes.
Suyvant la promesse que le bon chevalier avoit faicte
au duc de Nemours, luy arrivé à son logis appella son
lieutenant le cappitaine Pierrepont, son enseigne, son
guydon et plusieurs autres de la compaignie, ausquelz
il dist : c Messeigneurs, j'ay promis à Monseigneur
d'aller demain veoir les ennemys, et luy en apporter
des nouvelles bien au vray; il fault adviser comment
nous ferons, à ce que nous y ayons honneur. Je suis
délibéré de mener toute la compaignie, et demain
desployer les enseignes de monseigneur de Lorraine,
qui n'ont encores point esté veues ; j'espère qu'elles
nous porteront bonheur; ilz resjouyront beaucoup
plus que les cornètes. Vous, bastard du Fay, dist-il à
son guydon, prendrez cinquante archiers et passerez
le canal au dessoubz de l'artillerie des Espaignolz, et
yrez faire l'alarme dedans leur camp, le plus avant
que vous pourrez, et quant vous verrez qu'il sera
temps de vous retirer sans riens bazarder, le ferez
jusques à ce que trouvez le cappitaine Pierrepont,
qui sera à vostre queue avecques trente hommes
d'armes et le reste des archiers; et si tous deux
estiez pressez, je seray après vous à* tout le reste de
i. A, avec.
308 HISTOIRE DE BAYART
la compaignie pour vous secourir. Et si l'affaire est
conduit comme je l'entends, je vous asseure sur ma
foy que nous y aurons honneur. » Ghascun entendit
bien ce qu'il a voit à faire, car non pas seullement les
cappitaines de la compaignie^ mais il n'y avoit honmie
d'armes en icelle qui ne méritast bien avoir charge
soubz luy. Tout homme s'en alla reposer jusques à
ce qu'ilz ouyssent la trompette qui les esveilla au
point du jour, que chascun s'arma et mist en ordre
comme pour faire telle entreprise qu'ilz avoient en
pensée. Si furent desployées et mises au vent les
enseignes du gentil duc de Lorraine qu'il faisoit fort
beau veoir, et cela resjouyssoit les cueurs des gentilz-
honmies de la compaignie qui commencèrent à mar-
cher, ainsi que ordonné avoit esté le soir précédent,
en trois bendes, à trois gectz d'arc l'une de l'autre.
Riens ne sçavoit le bon chevalier de l'entreprise du
baron de Béarn, qui desjà s'est oit mis aux champs et
avoit dressé ung chault alarme au camp des enne-
mys, tant qu'il l'avoit quasi tout mis en armes, et y
fist ledit baron très bien son devoir ; mais enfm donna
de la part des ennemys deux ou trois coups de canon
dans sa troppe, dont de l'ung fut emporté le bras
droit d'ung fort gaillart gentilhomme appelle BazillacS
et d'ung autre fut tué le cheval du seigneur de Ber-
8ac% galant homme d'armes, et tous deux de la com-
paignie du duc de Nemours, lequel fîit bien desplai-
sant de l'inconvénient de Bazillac, car il l'aymoit à
1. Pierre, baron de Bazillac, fils de Bernard de Bazillac; gen-
tilhomme du Bigorre.
2. Philippe de Bersaques, gentilhomme flamand, fils de Jacques
de Bersaques.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 309
merveilles. Après ces coups d'artillerie, tout d'une
flote vont donner cent ou six vingtz hommes d'armes
espaignolz et néapolitains sur le baron, qui contrainct
fut de recuUer le pas, du pas au trot et du trot au
galop, tant que les premiers se vindrentembatre^ sur
le bastard du Fay, qui s'arrestaet en advertit le bon
chevalier, lequel luy manda incontinent qu'il se gec-
tast en la troppe du cappitaine Pierrepont, et luy-
mesmes s'avança tant qu'il mist toute sa compaignie
ensemble. Si veit retourner le baron de Béarn et ses
gens quasi desconfitz ; et les suyvoient Espaignolz et
Néapolitains hardiement et fièrement, lesquelz repas-
sèrent le canal après luy. Quant le bon chevalier les
veit de son costé n'en eust pas voulu tenir cent mille
escus, si commença à cryer : c Avant, compaignons,
secourons noz gens ! > et dist à ceulx qui fîiyoient :
« Demeurez, demourez, hommes d'armes, vous avez
bon secours. » Si se mect le beau premier en une
troppe des ennemys de cent à six vingtz hommes
d'armes. Il estoit trop aymé, et fut bien suivy. De la
première pointe en fut porté par terre cinq ou six.
Toutesfois les autres se misrent en deffense très hon-
nestement ; mais enfin tournèrent le dos et se misrent
au grant galop droit au canal, lequel ilz repassèrent
à grosse diligence. L'alarme estoit desjà en leur
camp, de sorte que tout estoit en bataille, gens de
pied et de cheval. Ce nonobstant, le bon chevalier les
mena bâtant et chassant jusques bien avant en leur-
dit camp, où il fist, et ceulx de sa compaignie, mer-
1. Embalre, abattre.
340 HISTOIRE DE BÀYÀRT
veilles d'armes, car ilz abatirent tentes et pavillons,
et poussèrent par terre ce qu*ilz trouvèrent. Le bon
chevalier, qui avoit tousjours Tœil au boys S va
advîser une troppe de deux ou trois cens hommes
d'armes qui venoient le grant trot, serrez en gens
de guerre. Si dist au cappitaine Pierrepont : c Reti-
rons-nous, car vecy trop gros effort, i La trompette
sonna la retraicte, qui ait faicte sans perdre ung
honmie et repassèrent le canal marchans droit en
leur camp. Quant les Espaignolz veirent qu'ilz estoient
repassez et qu'ilz perdoient leur peine d'aller après,
se retirèrent. Bien en passa cinq ou six qui deman-
dèrent à rompre leur lance, mais le bon chevalier ne
voulut jamais que homme tournast, combien que de
plusieurs de ses gens en feust assez requis ; mais il
doubtoit que par là se levast nouvelle escarmouche ,
et ses gens estoient assez travaillez pour le jour. Le
bon duc de Nemours avoit desjà sceu comment tout
l'affaire estoit allé, avant que le bon chevalier arri-
vast, auquel, quant il l'apperceut, combien que très
dolent feust de l'inconvénient de Bazillac, le vint em-
brasser et luy dist : c C'est vous et voz semblables,
monseigneur de Bayart, mon amy, qui doivent aller
aux escarmouches, car bien sagement sçavez aller et
retourner, i Tous ceulx qui estoient en ceste dure
escarmouche disoient qu'oncques n'avoient veu
honmie faire tant d'armes ne qui mieulx entendist
la guerre que le bon chevalier. Le lendemain y
en eut une plus aspre et cruelle, et dont Fran-
çois et Espaignolz mauldiront la journée toute leur
vie.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 311
CHAPITRE LIV.
De la cruelle et furieuse bataille de Ravenne^ oik les
Espaignolz et Neapolitains furent desconfitZj et de
la mort du gentil duc de Nemours.
Au retour de ceste chaulde escarmouche qu'avoît
faicte le bon chevalier sans paour et sans reprouche
et après le disner, furent assemblez tous les cappi-
taines, tant de cheval que de pied, au logis du ver-
tueux duc de Nemours, le passe-preux de tous ceulx
qui furent deux mille ans a ; car on ne lyra point en
cronicque ne hystoire, d'empereur, roy, prince ne
autre seigneur qui, en si peu de temps, ait fait de si
belles choses que luy ; mais cruelle mort le print en
Taage de vingt et quatre ans, qui fut abaissement et
dommage irréparable à toute noblesse. Or, les cap-
pitaines assemblez commença sa paroUe le gentil duc
de Nemours et leur dist : t Messeigneurs, vous voyez le
pays où nous sommes et comment vivres nous deffail-
lent ; et tant plus demourerions en ceste sorte et tant
plus languirions. Ceste grosse ville de Ravenne nous
fait barbe^ d'ung costé ; les ennemys sont à la portée
d'ung canon de nous ; les Yéniciens et Suysses, ainsi
que m'escript le seigneur Jehan-Jacques, font myne
de descendre ou duché de Milan, où vous sçavez que
nous n'avons laissé gens sinon bien peu. Davantage
le roy mon oncle me presse tous les jours de donner
i. Faire barbe, narguer.
312 HISTOIRE DE BAYART
la bataille , et croy qu'il m'en presseroit encores plus
s'il sçavoit comment nous sommes abstrainctz^ de
vivres. Parquoy, ayant regard à toutes ces choses,
me semble, pour le prouffit de nostre maistre et pour
le nostre, que plus ne devons délayer^, mais
avecques Tayde de Dieu, qui y peult tout, aillons
trouver noz ennemys. Si la fortune nous est bonne,
nous l'en louerons et remercirons; si elle nous est
contraire, sa voulenté soit faicte. De ma part et à
mon souhait, povez assez penser que j'en désire le
gaing pour nous, mais j'aymerois mieulx y mourir
qu'elle feust perdue. Et si tant Dieu me veult oublier
que je la perde, les ennemys seront bien lasches de
me laisser vif, car je ne leur en donneray pas les
occasions. Je vous ay icy tous assemblez affin d'en
prendre une occasion. » Le seigneur de la Palisse
dist qu'il n'estoit riens plus certain qu'il failloit
donner la bataille, et plustost se gecteroient hors de
péril. De ceste mesme oppinion furent les seigneur de
Lautrec, grant - séneschal de Normandie, grant-
escuyer de France^, le seigneur de Grussol, cappi-
taine Loys d'Ars et plusieurs autres, lesquelz pria-
drent conclusion, que le lendemain, qui estoit le
jour de Pasques, yroient trouver leurs ennemys. Si
fut dressé ung pont de bateaulx sur ung petit canal
qui estoit entre les deux armées, pour passer l'artil-
lerie et les gens de pied, car des gens de cheval ilz
i. Abstraifictz, dépourvus.
2. Délayer, retarder.
3. Galeas de Saint-Séverin, gendre de Ludovic le More, duc de
Milan ; il fut grand écuyer de France de 1505 jusqu'à sa mort,
arrivée à la bataille de Pavie (1524).
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 313
traversoient le canal bien à leur aise, parce que aux
deux bortz on avoit fait des esplanades. Le bon che-
valier sans paour et sans reprouche dist, présent toute
la compagnie, qu'il seroit bon de faire Tordonnance
de la bataille sur l'heure, affin que chascun sceust
où il deveroit estre, et qu'il avoit entendu par tout
plain de prisonniers qui avoient esté au camp des
Espaignolz qu'ilz ne faisoient que une troppe de tous
leurs gens de pied et deux de leurs gens de cheval, et
que sur cela se failloit renger ; les plus apparans de la
compaignie dirent que c'estoit fort bien parlé et qu'il
y failloit adviser sur l'heure; ce qui fut fait en ceste
sorte : c'est que les lansquenetz et les gens de pied
des cappitaines Molart, Bonnet, Maugiron, baron de
Grantmont, Bardassan et autres cappitaines, jusques
au nombre de dix mille honmies, marcher oient tous
en une flote, et les deux mille Gascons du cappitaine
Odet et du capdet de Duras à leur costé; lesquelz
tous ensemble yroient eulx parquer à la portée d'ung
canon des ennemys, et devant eulx seroit mise l'ar-
tillerie ; et puis à coup de canon, les ungs contre les
autres, à qui premier sortiroit de son fort; car les
Espaignolz se logeoient tousjours en lieu avantageux,
comme assez entendrez. Joignant les gehs de pied,
seroient le duc de Ferrare et seigneur de la Palisse,
chefz de l'avant-garde, avecques leurs compaignons ; et
quant et eulx les gentilzhommes, soubz le grant
séneschal de Normandie, le grant escuyer, le sei-
gneur d'Ymbercourt, la Crote, le seigneur Théode
de Trévolz, et autres cappitaines, jusques au nombre
de huyt cens hommes d'armes, et ung peu au-dessus,
et viz-à-viz d'eulx, seroit le duc de Nemours avecques
314 HI8T0IRE DE BAYART
sa compaignie, le seigneur de Lautrec son cousin,
qui fist merveilles d'armes ce jour, le seigneur
d'Âlègre, le cappitaine Loys d'Ars, le bon chevalier
et autres, jusques au nombre de quatre à cinq cens
hommes d'armes ; et les gens de pied ytaliens , dont
il y avoit quatre mille ou environ, soubz la charge
de deux frères gentilzhonmies de Plaisance, les
contes NicoUe et Francisque Scot, du marquis Males-
pine^ et autres cappitaines ytaliens, demourer oient
deçà le canal pour donner seureté au bagaige, de
paour que ceulx de Ravenne ne sortissent. Et fut
ordonné chief de tous les guydons le bastard duFay,
qui passeroit le pont, et s'en donneroit garde* jusques
à ce qu'il feust mandé.
Les choses ainsi ordonnées et le lendemain matin
venu , commencèrent premier à passer les lansque-
netz. Quoy voyant par le gentil seigneur de Molart
dist à ses rustres : c Gomment, compaignons, nous
sera-il reprouché que les lansquenetz soient passez
du costé des ennemys plustost que nous ? J'aymerois
mieulx, quant à moy, avoir perdu ung œil. i Si com-
mencea, parce que les lansquenetz occupoient le pont,
à se mettre tout chaussé et vestu au beau gué dedans
l'eaue et ses gens après. Et fault sçavoir que l'eaue
n'estoit point si peu profonde qu'ilz n'y f eussent
jusques au-dessus du cul ; et firent si bonne diligence
1. Nicolas et François Scotti étaient d'une noble famille de
Milan.
Alberic Malaspina, marquis de Massa et Carrara, fils de
Jacques Malaspina et de Thadée Pic de la Mirandole ; il épousa
Lucrèce d'Este-Ferrare.
2. S'en donner garde, en a^oir la garde.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 315
qu'ilz furent plustost passez que lesditz lansquenetz.
Ce fait, fut toute l'artillerie passée et mise devant
lesditz gens de pied qui tantost se misrent en
bataille. Après passa Favant-garde des gens de che-
val et puis la bataille.
Sur ces entrefaictes, fault que je vous face ung
incident. Le gentil duc de Nemours partit assez
matin de son logis, armé de toutes pièces, ex-
cepté de l'armet. Il avoit ung fort gorgias acous-
trement de broderie aux armes de Navarre et
de Foix, mais il estoit fort pesant. En sortant de
sondit logis, regarda le soleil jà levé qui estoit fort
rouge ; si conmiencea à dire à la compaignie qui estoit
autour de luy : t Regardez, messeigneurs, comme le
soleil est rouge. > Là estoit ung gentilhomme qu'il
aymoit à merveilles, fort gentil compaignon, qui
s'appelloit Haubourdin*, qui luy respondit : c Sça-
vez-vous bien que c'est à dire, monseigneur? il
mourra aujourd'huy quelque prince ou grand cappi-
taine; il fault que ce soit vous ou le vis-roy. » Le duc
de Nemours se print à rire de ce propos, car il pre-
Doit en jeu toutes les parolles dudit Haubourdin. Si
s'en alla jusques au pont veoir achever de passer son
armée, laquelle faisoit merveilleuse diligence. Cepen-
dant le bon chevalier le vint trouver qui luy dist :
€ Monseigneur, allons nous esbatre ung peu le long
de ce canal en attendant que tout soit passé. > A quoy
s'accorda le duc de Nemours ; et mena en sa compai-
gnie le seigneur de Lautrec, le seigneur d'Alègre et
1. Fleuranges attribue cette réplique au b&tard de Ghimay. Le
vicomte de Haubourdin était de la famille flamande de Ghastel.
316 mSTOIRE DE BAYART
quelques autres, jusques au nombre de vingt che-
vaulx. L'alarme estoit gros au camp des Espaignolz,
comme gens qui s'attendoient d'avoir la bataille en
ce jour, et se mettoient en ordre conmie pour rece-
voir leurs mortelz ennemys. Le duc de Nemours,
allant ainsi à Tesbat, commencea à dire au bon che-
valier : € Monseigneur de Bayart, nous sommes icy
en bute fort belle ; s'il y avoit des hacquebutiers du
costé de delà cachez, ilz nous escarmoucheroicnt à
leur aise. » Et sur ces parolles vont adviser une
troppe de vingt ou trente gentilzhommes espaignolz,
entre lesquelz estoit le cappitaine Pedro de Pas, chef
de tous leurs genetaires, et estoient lesditz gentilz-
honunes à cheval. Si s'avança le bon chevalier vingt
ou trente pas, et les salua en leur disant : c Messei-
gneurs, vous vous esbatez conmie nous, en attendant
que le beau jeu se commence. Je vous prie qu'on ne
tire point de coups de hacquebute de vostre costé,
et on ne vous en tirera point du nostre. i Le cappi-
taine Pedro de Pas luy demanda qu'il estoit, et il
se nomma par son nom; quant il entendit que c'es-
toit le cappitaine Bayart qui tant avoit eu de renom-
mée au royaulme de Naples, fut joyeulx à merveilles.
Si luy dist en son langaige : c Sur ma foy, monsei-
gneur de Bayart, encores que je soye tout asseuré que
nous n'avons riens gaigné en vostre arrivée, mais
par le contraire j'en tiens vostre camp enforcy de
deux mille hommes, si suis-je bien aise de vous
veoir. Et pleust à Dieu qu'il y eust bonne paix entre
vostre maistre et le mien, à ce que peussions deviser
quelque peu ensemble, car tout le temps de ma vie
vous ay aymé par vostre grande prouesse. » Le bon
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 317
chevalier, qui tant courtois estoit que nul plus, luy
rendit son change au double. Si regardoit Pedro de
Pas que chascun honnoroit le duc de Nemours, qui
demanda : t Seigneur de Bayart, qui est ce seigneur
tant bien en ordre et à qui voz gens portent tant d'hon-
neur. > Le bon chevalier luy respondit : t C'est nostre
chef, le duc de Nemours, nepveu de nostre prince
et frère à vostre royne. i A grant peine il eut achevé
son propos que le cappitaine Pedro de Pas et tous
ceulx qui estoient avecques luy misrent pied à terre
et commencèrent à dire adressans leurs parolles au
noble prince : t Seigneur, sauf l'honneur et le ser-
vice du roy nostre maistre, vous déclairons que nous
sommes, et voulons estre et demourer à jamais voz
serviteurs, i Le duc de Nemours, comme plein de
courtoisie, les remercia, et puis leur dist : t Messei-
gneurs, je voy bien que dedans aujourd'huy nous sçau-
rons à qui demourera la campaigne, à vous ou à
nous; mais à grant peine se desmeslera cest affaire
sans grande effusion de sang. Si vostre vis-roy vou-
loit vuyder ce diff'érent de sa personne à la mienne,
je ferois bien que tous mes amys et compaignons
qui sont avecques may s'i consentiront : et si je suis
vaincu, s'en retourneront ou duché de Milan et vous
laisseront paisibles par deçà; aussi s'il est vaincu, que
tous vous vous en retourniez au royaulme de Naples.»
Quant il eutachevé son dire, luy fut incontinent respondu
par ung dit le marquis de la Padule : c Seigneur, je croy
que vostre gentil cueur vous feroit voulentiers faire
ce que vous dictes, mais, à mon advis, que notre vis-
roy ne se fiera point tant à sa personne qu'il s'accorde
à vostre dire. — Or, adieu doncques, messeigneurs,
318 HISTOIRE DE BAYÀRT
dist le gentil prince; je m'en vois passer Teaue, et
prometz à Dieu de ne la repasser de ma vie que le
camp ne soit vostre ou nostre. > Ainsi se despartit des
Ëspaignolz le bon duc de Nemours.
Allant et venant, veoient tout acier^ les ennemys, et
comment ilz se mettoient en bataille, mesmement leur
avant-garde de gens de cheval, dont estoit chef le sei-
gneur Fabricio Goulonne, et se montroiten belle veue et
toute descouverte. Si en parlèrent le seigneur d'Alègre
et le bon chevalier au duc de Nemours, et luy dirent :
€ Monseigneur, vous voyez bien ceste troppe de gens
de cheval. — Ouy, dist-il, ilz sont en belle veue. —
Par ma foy! dist le seigneur d'Alègre, qui vouldra
amener icy deux pièces d'artillerie seulement on leur
fera ung merveilleux dommage, i Cela fut trouvé
très bon , et luy-mesmes alla faire amener ung canon
et une longue coule vrine. Desjà les Ëspaignolz avoient
commencé à tirer de leur camp, qui estoit fort à mer^
veilles, car ilz avoient ung bon fossé devant eulx.
Derrière estoient tous leurs gens de pied couchez sur
le ventre pour double de l'artillerie des François;
devant eulx estoit toute la leur en nombre de vingt
pièces, que canons, que longues coulevrines, et envi-
ron deux cens hacquebutes à croc, et entre deux
hacquebutes, avoient sur petites charrettes à roues
de grans pièces de fer acéré et trenchant, en manière
d'un ronçon, pour faire rooller dedans les gens de
pied quant ilz vouldroient entrer parmy eubc. A leur
esle estoit leur avant-garde, que conduysoit le sei-
1. Acier; je n'ai rencontré nulle part ce mot qui est peut-être
une faute d'impression. Il pourrait s'écrire en deux mots, à cier,
et dans ce cas signifier avec certitude.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 319
gneur Fabricio Colonne, où il y avoit environ huyt
cens honunes d'armes; et ung peu plus hault estoit
la bataille 9 en laquelle avoit plus de quatre cens
hommes d'armes que menoit le vis-roy domp Raymon
de Gardonne ; et joignant de luy avoit seulement deux
mille Ytaliens que menoit Ramassot ; mais quant à la
gendarmerie, on n'en ouyt jamais parler de mieulx
en ordre ne mieulx montez. Le duc de Nemours passé
qu'il eust la rivière commanda que chascun marchast.
Les Espaignolz tiroient en la troppe des gens de pied
françois comme en une bute , et en tuèrent, avant que
venir au combat, plus de deux mille ; ilz tuèrent aussi
deux triumphans honmies d'armes, l'ung appelé
Jaffes et l'autre l'Hérisson. Aussi moururent ensemble
d'ung mesme coup de canon ces deux vaillans cappi-
taines, le seigneur de Molart et Philippes de Fri-
bourg ^ qui fut ung gros donunage et grand desa-
vantage pour les François, car ilz estoient deux
apparens et aymez cappitaines, surtout le seigneur de
Molart, car tous ses gens se feussent faitz mourir pour
luy. Il fault entendre que, nonobstant toute l'artillerie
tirée par les Espaignolz, les François marchoient
tousjours. Les deux pièces que le seigneur d'Alègre
et le bon chevalier avoient fait retourner deçà le
canal tiroient incessamment en la troppe du seigneur
i. Fieuranges prétend (chap. xxix) que le capitaine Molart
fut tué avec le capitaine Jacob, et non avec Philippe de Fri-
bourg. c M. de Molart et le capitaine Jacob, dit-il, s'eston-
noient fort de Tartillerie, car ils avoient esté trois heures en ceste
peine et n'avoient où se coucher. Se commencèrent à seoir luy et
le capitaine Jacob et demandèrent à boire, et en buvant ung
coup de canon les emporta tous deux, qui feust ung grant dom*
maige. »
320 HISTOIRE DE BAYART
Fabricio, qui luy faisoient ung dommage non croyable,
car il luy fut tué trois cens honmies d'armes , et dist
depuis, luy estant prisonnier à Fetrare, que d'ung
coup de canon luy avoit esté emporté trente-trois
hommes d'armes. Gela faschoit fort aux Ëspaignolz,
car ilz se veoyent tuez et ne sçavoient de qui ; mais
le cappitaine Pedro Navarre avoit si bien conclud en
leur conseil, qu'il estoit ordonné qu'on ne sortiroit
point du fort jusques à ce que les François les y
allassent assaillir, et qu'ilz se defferoient d'eulx-
mesmes. Il n'estoit riens si vrai; mais il ne ftit plus
possible au seigneur Fabricio de tenir ses gens, qui
disoient en leur langage : c Coerpo de DioSy sommas
matados del delo; vamos combater los umbres!^ » Et
commencèrent pour évader ^ ces coups d'artillerie à
sortir de leur fort et entrer en ung beau champ pour
aller combatre. Ilz ne prindrent pas le chemin droit
à l'avant-garde, mais advisèrent la bataille où estoit
ce vertueux prince, duc de Nemours, avec petite
troppe de gendarmerie si tirèrent à ceste part.
Les François de la bataille, joyeulx d'avoir le premier
combat, baissèrent la veue, et d'ung hardy courage
marchèrent droit à leurs ennemys, lesquelz se mis-
rent en deux troppes, pour par ce moyen enclorre
oeste petite bataille. De ceste ruse s'apperceut bien
le bon chevalier, qui dist au duc de Nemours :
c Monseigneur, mectons nous en deux parties jusques
à ce qu'ayons passé le fossé, car ilz nous veullent
enclorre. » Gela fut incontinent faict et se depar-
i. Pour : Cuerpo de Dios! Somas matados del delo : vamos oom^
bâter à los hombres,
2. Évader, éviter.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 321
tirent. Les Espaignolz firent ung bruyt et ung cry
merveilleux ' à TaJjorder : t Espaigne ! Espaigne !
Santr-Yago ! aux cavailles ! aux cavailles ! ^ > Furieuse-
ment venoient, mais plus furieusement furent receuz
des François qui cryoient aussi : t France ! France !
aux chevaulx, aux chevaulx! » Car les Espaignolz
ne taschoient à autre chose, sinon d'arrivée^ tuer les
chevaulx, pour ce qu'ilz ont ung proverbe qui dist :
c Moerto el cavaillOy perdido Vumbre d'armes^. » Depuis
que Dieu créa ciel et terre ne fîit veu ung plus cruel
ne dur assault que François et Espaignolz se livrè-
rent les ungz aux autres, et dura plus d'une grande
demy-heure ce combat. Hz se reposoient les ungz
devant les autres pour reprendre leur alayne, puis
baissoient la veue et recommenceoient de plus belle,
criant : t France et Espaigne ! » le plus impétueuse-
ment du monde. Les Espaignolz estoient la moytié
plus que les François. Si s'en courut le seigneur
d'Âlégre droit à son avant-garde, et de loing ad visa
la bende de messire Robert de la Marche, qui por-
toient en devise blanc et noir ; si leur escria : c Blanc
et noir, marchez ! marchez ! et aussi les archiers de
la garde*, i Le duc de Ferrare et le seigneur de la
i . Le texte porte par erreur : aux canailles, qui est évidemment
mis là pour : a.los cavallos. Sur cette tactique des Espagnols de
blesser, les chevaux pour démonter les cavaliers, comparer le récit
du combat de 13 contre 13 raconté au chap. xxii (p. 113).
2. D'arrivét, dès le début.
3. Pour : Muerto el caballo, perdido el hombre de armas,
4. Vint M. d'Alégre prier à M. de la Palice en disant : • Mon-
sieur, la bataille est perdue si vous ne nous envoyez la bande de
M. de Sedan i et incontinent le vicomte d'Estoges qui la menoit
partit et toute la bande avecques luy, criant : La Marche ! Et si
328 HISTOIRE DE BAYART
Palisse pensèrent bien que sans grant besoing le sei-
gneur d'Alègre né les estoit pas venu quérir, si les
firent incontinent desloger et à bride abatue vindrent
secourir le duc de Nemours et sa bende, laquelle
combien qu'elle feust de peu de nombre reculloient
tousjours peu à peu les Espaignob;, A l'arrivée de
ceste fresche bende, y eut un terrible butin ^; car
Espaignolz furent vivement assaillis. Les archiers de
la garde avoient de petites coignées dont ilz faisoient
leurs loges ^, qui estoient pendues à l'arson de la selle
des chevaulx; ilz les misrent en besongne et don-
noient de grans et rudes coups sur Farmet de ses
Espaignolz y qui les estonnoit merveilleusement.
Oncques si furieux combat ne fut veu; mais enfîir
convint aux Espaignolz habandonner le camp, sur
lequel entre deux fossez moururent trois ou quatre
cens hommes d'armes. Aucuns princes du royaulme
de Naples y furent prins prisonniers, ausquelz on
sauva la vie. Ghascun se vouloit mettre à la chasse;
mais le bon chevalier sans paour et sans reprouche
dist au vaillant duc de Nemours, qui estoit tout plein
de sang et de cervelle d'ung de ses hommes d'armes
qui avoit esté emporté d'une pièce d'artillerie :
€ Monseigneur, estes-vous blessé? — Non , dist-il,
Dieu mercy, mais j'en ay bien blessé d'autres. —
Or, Dieu soit loué, dist le bon chevalier, vous avez
les suivirent les deux cents archers de la garde qui portoient toas
des haches, que menoit M. de Grussol, et vindrent donner dedans
de telle sorte que le vice roy de Naples s'enfuit et toute la gen-
darmerie (Fleuranges, chap. xxix).
1. Mutin, choc.
2. Loges, huttes de campement.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 3S3
gaigné la bataille, et demourrez aujourd'huy le plus
honnoré prince du monde ; mais ne tirez plus avant et
rassemblez vostre gendarmerie en ce lieu , qu'on ne
se mecte point au pillage encores, car il n'est pas
temps. Le cappitaine Loys d'Ars et moy allons après
ses fuyans, à ce qu'ilz ne se retirent derrière leurs
gens de pied, et pour homme vivant ne départez
point d'icy que ledit cappitaine Loys d'Ars ou moy
ne vous viengnons quérir, i Ce qu'il promist faire,
mais il ne le tint pas, dont mal luy en * prit.
Vous avez entendu comment les gens de pied des
Espaignolz estoient couchez sur le ventre en ung fort
merveilleux et dangereux à assaillir, car on ne les
voyoit point. Si fut ordonné que les deux mille Gascons
yroient sur la queue deslacher ^ leur traict, qui seroit
cause les faire lever. Or les gens de pied françois
n'en estoient pas loing de deux picques, mais le fort
estoit trop désavantageux, car pour ne veoir point
leurs ennemys, ilz ne sçavoient par où ilz dévoient
entrer. Le cappitaine Odet et le capdet de Duras
dirent qu'ilz estoient tous prestz d'aller faire lever
les Espaignolz, mais qu'on leur baillast quelques gens
de picque, à ce que, après que leurs gens auroient
tiré, s'il sortoit quelques enseignes sur eulx, ilz
feussent soustenuz. Cela estoit raisonnable, et y alla
avecqiies eulx le seigneur de Moncavré^ qui avoit
mille Picars. Les Gascons deslachèrent très bien
i. Dalachâr, lancer.
2. Jean de Monchy, s' de Montcavrel, maître d'hôtel du roi, fils
de Pierre de Monchy et de Marguerite de Lannoy ; il épousa en
1490 Anne Picart, dame d'Estelau.
324 HISTOIRE DE BAYART
leur traict, et navrèrent ^ plusieurs Ëspaignolz, à qui
il ne pleut guères, comme ilz monstrèrent ; car tout
soubdainement se levèrent en belle ordonnance de
bataille, et du derrière sortirent deux enseignes de
miUe ou douze cens hommes qui vindrent donner
dedans ses Gascons. Je ne sçay de qui fut la faulte
ou d'eulx ou des Picars, mais ilz furent rompuz des
Espaignolz, et y fut tué le seigneur de Moncavré, le
chevalier des Bories, lieutenant du cappitaine Odet,
le lieutenant du capdet de Duras et plusieurs autres.
A qui il ne pleut guères ce fut à leurs amys ; mais
les Espaignolz en fb^nt une grant huée, comme
s'ilz eussent gaigné entièrement la bataille ; toutesfois
ilz congnoissoient bien qu'elle estoit perdue pour
eulx, et ne voulurent pas retourner en derrière ses
deux enseignes qui avoient rompu les Gascons, mais
se délibérèrent d'aller gaigner Ravenne, et se misrent
sur la chaussée du canal où ilz marchoient trois ou
quatre de fronc. Je laisseray ung peu à parler
d'eulx, et retoumeray à la grosse flote des gens de
pied françois et espaignolz. C'est que quant lesditz
Espaignolz fitfent levez, se vont présenter sur le
bort de leur fossé, où les François livrèrent fier, dur
et aspre assault; mais ilz furent serviz de hacque-
butes à merveilles, de sorte qu'il en fut beaucoup
tué^. Mesmement le gentil cappitaine Jacob eut ung
coup au travers du corps dont il tumba, mais soub-
dain se releva, et dist à ses gens en aimant : c Mes-
seigneurs, servons aujourd'huy le roy de France
i. Navrer, tuer.
2. Parmi les Français.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 3S5
aussi bien qu'il nous a traictez. » Le bon gentilhomme
ne parla depuis, car incontinent tumba mort^ Il avoit
ung cappitaine soubz luy, nommé Fabien^, ung des
beaulx et grans hommes qu'on veit jamais, lequel,
quant il apperceut son bon maistre mort, ne voulut
plus vivre, mais bien fist une des grandes hardiesses
qu'oncques homme sceut faire; car ainsi que les
Espaignolz avoient ung gros hoc^ de picques croy-
sées, au bort de leur fossé, qui gardoit que les
François ne pouvoient entrer, ce cappitaine Fabien
voulut plustost mourir qu'il ne vengeast la mort de
son gentil cappitaine, print sa picque par le travers
(il estoit grant à merveilles), et tenant ainsi sa picque
la mit dessus celles des Espaignolz qui estoient cou-
chées, et de sa grande puissance leur fist mettre le
fer en terre. Quoy voyant par les François, pous-
sèrent roidement et entrèrent dedans le fossé; mais
pour le passer y eut ung meurdre merveilleux, car
oncques gens ne firent plus de defiense que les Espai-
gnolz, qui, encores n'ayant plus bras ne jambe en-
tière, mordoient leurs ennemys. Sur ceste entrée y
eut plusieurs cappitaines Irançois mors, comme le
baron de Grantmont, le cappitaine de Maugiron, qui
y fist d'armes le possible, le seigneur de Bardassan ;
le cappitaine Bonnet eut ung coup de picque dedans
le fronc, dont le fer luy demoura en la teste. Brief,
1. Seion Paul Jove (vie de Léon X, chap. ii), le capitaine Jacob
aurait été tué en combat singulier au milieu de la bataille par un
capitaine espagnol, et sa mort aurait été le signal de TefTort des
Français qui détermina la fuite des ennemis.
2. Fabien de Schlabersdorf, saxon.
3. Hoe, haie.
396 HISTOIRE DE BAYART
les François y reœurent gros dommage, mais plus
les Espaignolz , car la gendarmerie de Favant-garde
iîrançoise leur vint donner sur le costé, qui les rom-
pit du tout, et furent tous mors et mis en pièces,
excepté le conte Pedro Navarre, qui fut prisonnier
et quelques autres cappitaines.
Il fault retourner à ses deux enseignes qui
s'enftiyoient pour cuyder gaigner Ravenne; mais
en chemin rencontrèrent le bastard du Fay et les
guydons et archiers, qui leur iSrent retourner le
visage le long de la chaussée. Guères ne les suy-
vit le bastard du Fay, mais retourna droit au
gros affaire où il servit merveilleusement bien.
Entendre debvez que quant ces deux enseignes
sortirent de la troppe et qu'ilz eurent deffaictz
les Gascons, plusieurs s'enfuyrent, et aucuns jus-
ques au lieu où estoit le vertueux duc de Nemours,
lequel venant au devant d'eulx, demanda que c*estoit.
Ung paillart respondit : c Ce sont les Espaignolz
qui nous ont deffaictz. » Le povre prince, cuydant
que ce feust la troppe de ses gens de pied, fut déses-
péré, et sans regarder qui le suyvoit, se va gecter
sur ceste chaussée par laquelle se retiroieot ses deux
enseignes qui le vont rencontrer en leur chemin, et
bien quatorze ou quinze hommes d'armes. Ilz avoient
encores rechargé quelques hacquebutes qui vont des-
lascher, et puis à coups de picque [se ruent] sur ce
gentil duc de Nemours et sur ceulx qui estoient aveo-
quesluy, lesquelz ne se povoient guères bien remuer,
car la chaussée estoit estroicte, et d'ung costé le canal
où on ne povoit descendre; de l'autre, y avoit ung
merveilleux fossé que l'on ne povoit passer. Arief,
PAR Lfi LOYAL SERVITEUR. 3S7
tous ceux qui estoient avecques le duc de Nemours
furent gectez en l'eaue ou tumbez dedans le fossé. Le
bon duc eut les jarretz de son cheval couppez ; si se
mist à pied l'espée au poing, et oncques Rolant ne
fist à Roncevaulx tant d'armes qu'il en fist là, ne
pareillement son cousin le seigneur de Lautrec, lequel
veit bien le grant dangier où il estoit, et cryoit tant
qu'il povoit aux Espaignolz : c Ne le tuez pas, c'est
nostre vis-roy, le frère à vostre royne. > Quoy que
ce feust, le povre seigneur y demeura, après avoir
eu plusieurs playes, car depuis le menton jusques au
fronc en avoit quatorze ou quinze, et par là mons-
troit bien le gentil prince qu'il n'avoit pas tourné le
doz. Dedans le canal fut noyé le filz du seigneur
d'Alègre, nonrnié Viverolz*, et son père tué à la
de£faicte des gens de pied. Le seigneur de Lautrec y
fut laissé pour mort, et assez d'autres. Ses deux
enseignes se sauvèrent le long de la chaussée, qui
duroit plus de dix mille , et quant ilz furent à cinq
ou six mille du camp, rencontrèrent le bon chevalier
qui venoit de la chasse avecques environ trente ou
quarante hommes d'armes, tant las et travaillez que
merveilles; toutesfois il se délibéra de charger ses
ennemys, mais ung cappitaine sortit de la troppe,
qui commencea à dire en son langaige : c Seigneur,
que voulez-vous faire? Assez congnoissez n'estre pas
puissant pour nous deffaire. Vous avez gaigné la
bataille et tué tous noz gens, suffise vous de l'hon-
neur que vous avez eu, et nous laissez aller la vie
i. Yves d'Alègre, qui avail perdu un autre fils Tannée précé-
dente, ne voulut pas survivre à ce nouveau malheur et chercha
la mort au milieu des bataillons ennemis.
328 HISTOIRE DE BAYART
sauve, car par la voulenté de Dieu sommes eschap-
pez. » Le bon chevalier congneut bien que l'Espai-
gnol disoit vray ; aussi n'avoit-il cheval qui se peust
soustenir; toutesfois il demanda les enseignes qui
luy furent baillées et puis ilz s'ouvrirent et il passa
parmy eulx et les laissa aller. Las ! il ne sçavoit pas
que le bon duc de Nemours feust mort, ne que ce
feussent ceulx qui l'avoient tué, car il feust avant
mort de dix mille mors qu'il ne l'eust vengé, s'il
l'eust sceu.
Durant la bataille et avant la totalle delBfaicte,
s'enfiiyt domp Ray mon de Cardonne, vis-roy de
NaplesS environ trois cens hommes d'armes, et le
cappitaine Ramassot avecques ses gens de pied; le
demeurant fut mort ou pris. Le bon chevalier et
tous les François retournèrent de la chasse environ
quatre heures après midy, et la bataille estoit
commencée environ huyt heures de matin. Ghas-
cun hit adverty de la mort de ce vertueux et noble
prince, le gentil duc de Nemours, dont ung dueil
commença au camp des François, si merveilleux que
je ne cuyde point, s'il feust arrivé deux mille hommes
de pied fraiz et deux cens hommes d'armes, qu'ilz
n'eussent tout deffaict, tant de la peine et fatigue que
tout au long du jour avoient souffert, car nul ne fîit
exempté de combatre s'il voulut, que aussi la grande
\ . Sur la fin de la bataille, le vice-roy de Naples vollast des-
cendre de son cheval et monter sur ung aultre moult beau, mais
le noble Bayard le suyvit si près quMl n'eust loysir de monter et
se bouta en fuyte, et print Bayard le cheval sur lequel il vouloyt
monter, lequel depuis donna à monseigneur le duc de Lorraine
(Ghampier, fol. xxxix).
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 3S9
et extresme douleur qu'ilz portoient en leur cueur
de la mort de leur chef, lequel, par ses gentilz-
hommes, en grans pleurs et plains, fut porté à son
logis. Il y a eu jplusieurs batailles depuis que Dieu
créa ciel et terre, mais jamais n'en fut veu, pour le
nombre qu'il y avoit, de si cruelle, si furieuse ne
mieulx combatue de toutes les deux parties que la
bataille de Ravenne^
CHAPITRE LV.
Des nobles hommes qui moururent à la cruelle bataille
de Ravenne^ tant du costé des François que des
EspaignolZj et des prisonniers . Laprinse de là ville
de Ravenne. Comment les François furent chassez
deux moys après d'Ytaliej en Van mil cinq cens et
douze. De la griefve maladie du bon chevalier. D'une
fort grande courtoysie quHl fist. Du voyage qui fut
fait au royaulme de Navarre ^ et de tout ce qui
advint en ladicte année.
En ceste cruelle bataille fist le royaulme de France
i. On trouverai Tappendice la lettre de Bayart plusieurs fois
reproduite dans laquelle il fait à son oncle Tévôque de Grenoble
le récit de la bataille de Ravenne. Nous signalerons encore un
document curieux à consulter sur cette bataille ; il est peu connu
quoiqu'imprimé ; c'est le récit qu'en a fait le réformateur Zvdngli,
alors aumônier des Suisses à la solde de la France, intitulé :
De Gestis inter Gallos et Helvetios ad Ravennam^ Papiam aliis que
locis^ et eoTwentu aptid thermos Helveticos anno 1512. Relatio UdaU
Hci Zwinglii (Œuvres de Zwingli. Zurich, 1841. Vol. IV (2' des
GEuvres latiues), p. 167).
330 HISTOIRE DE BÀYART
grosse perte, car le nompareil en prouesse qui
feust au monde pour son aage y mourut. Ce fut le
gentil duc de Nemours, dont, tant que le monde
aura durée, sera mémoire. Il y avoit quelque intelli-
gence secrète pour le faire roy de Naples s'il eust
vescu, et s'en fut trouvé pape JuUes mauvais mar-
chant; mais il ne pleut pas à Dieu le laisser plus
avant vivre. Je croy que les neuf preux luy avoient
fait ceste requeste, car s'il eust vescu aage compé-
tant les eust tous passez.
Le gentil seigneur d'Alègre et son filz le sei-
gneur de Viverolz y finérent leurs jours ; aussi firent
le cappitaine la Grothe, le lieutenant du sei-
gneur d'Ymbercourt, les cappitaines Molart, Jacob,
Philippes de Fribourg, Maugiron, baron de Grant-
mont, Bardassan et plusieurs autres cappitaines. Des
gens de pied environ trois mille hommes et quatre-
vingtz hommes d'armes des ordonnances du roy de
France, avecques sept de ses gentilzhommes et neuf
archiers de sa garde, et de ce qui en demoura la
pluspart est oient blécez. Les Espaignolz y eurent
perte dont de cent ans ne seront réparez, car ilz per-
dirent vingt cappitaines de gens de pied, dix mille
honunes, ou peu s'en faillit, et leur cappitaine général
le conte Pedro Navarre y fut prisonnier. Des gens de
cheval furent tuez domp Menaldo de Gardonne, domp
Pedro de Goighes, prieur de Messine, domp Diego de
Quynonnes, le cappitaine Âlvarade, le cappitaine Âlonce
de TEstreille, et plus de trente cappitaines ou cheiz
d'enseignes et bien huyt cens hommes d'armes , sans
les prisonniers qui furent: domp Jehan de Gardonne S
1. Jean Folch de Gardonne, parent de Raymond Folch de Car-
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 331
qui mourut en prison, le marquis de Betonte, le mar-
quis de Licites le marquis de la Padule, le marquis
dé Pescare^, le duc de Trayete^, le conte de Gonche,
le conte de Populo *, et ung cent d'autres gros sei-
gneurs et cappitaines, avecques le cardinal de Mé-
dicis qui estoit légat du pape en leur camp. Ilz per-
dirent toute leur artillerie, hacquebutes et cariage.
Brief de bien vingt mille hommes qu'ilz estoient à
cheval et à pied, n'en eschappa jamais quatre mille
que tous ne feussent mors ou pris.
Le lendemain les ad venturiers françois et lansquenetz
pillèrent la ville de Ravenne, et se retira le seigneur
Marc-Anthoine Goulonne dedans la cytadelle, qui estoit
bonne et forte. Le cappitaine Jacquyn, qui avoit si bien
parlé à l'astrologue de Carpy, en fut cause ^, par des-
sus la deffence qui estoit faicle, à l'occasion de quoy
le seigneur de la Palisse le fist pendre et estrangler.
Il y avoit bien entreprise d'aller plus avant, si le bon
duc de Nemours feust demeuré vif; mais par son
trespas tout cessa, combien que Petre Morgant et le
donne, vice-roy de Naples, ainsi que Menaldo Gardonne, cité
quelques lignes plus haut.
i. Le marquis de Bitetto était de la famille Garaffa, celui de
Licito de la famille Piccolomini.
2. Ferdinand-François d'Avalos, marquis de Pescaire, fils d'Al-
phonse d'Avalos et d'Hippolyte de Gardonne; il épousa Victoria
Golonna et mourut en 1525, à 32 ans.
3. Le duc de Traietto était un Garafia.
4. Gornelio Pepoli, comte Pepoli, de Bologne.
5. Des pourparlers étaient près d'aboutir pour la reddition de la
ville de Ravenne, lorsque Jacquin Gaumont aperçut une porte
mal gardée, y entra avec ses aventuriers et commença le pillage.
Voir sur ce Jacquin et sur la mort qui lui avait été prédite par
l'astrologue de Garpy, le chap. xlvii, p. 262.
332 HISTOIRE DE BAYART
seigneur Robert Ursin* avoient très-bien fait leur
devoir de ce qu'ilz avoient promis; aussi que le
seigneur Jehan-Jacques escripvoit chascun jour que
les Yéniciens et les Suysses s'assembloient et vou-
loient descendre en la duché de Milan , et l'empereur
Maximilian commençoit desjà secrètement à se révolter*.
Parquoy l'armée des François se mist au retour vers
ladicte duché de Milan, où tous les cappitaines se
trouvèrent en la ville ; lesquelz firent enterrer dedans
le dosme^ le gentil duc de Nemours, en plus grant
triumphe que jamais avoit esté enterré prince, car il
y avoit plus de dix mille personnes portans le dueil,
la pluspart à cheval, quarante enseignes prises sur
ses ennemys, que l'on portoit devant son corps tray-
nans en terre, et ses enseignes et guydons après et
prochains de sa personne, en démonstrant que c'es-
toient ceulx qui avoient abatu l'orgueil des autres.
En ce doloreux obsèque y eut grans pleurs et gémis-
semens.
Après sa mort tous les cappitaines avoient esleu
le seigneur de la Palisse pour leur chef, comme très-
vertueulx chevalier, aussi que le seigneur de Lau-
i . Robert Orsini, comte de Pacentro, fils de Mario Orsini et de
Catherine Zurla; il épousa Béatrix de San Séverine. Voici ce
qu'écrit Paul Jove dans sa Vie de Léon X (chap. n), sur cette
conspiration contre Jules II : c Robertus Ursinus et Petrus Maga-
rinus summsB nobilitatis et opinionis romani juvenes, a pontifîce
scelerata conspiratione defecerant, pecuniam a Gallis acceperant
ut Urbe sacrosanctum pontificem exturbarent, quando facile ab
his utriusque factionis perditi seditiosique homines ad patrandum
facinus concitari posse viderentur. •
2. Se révolter, faire volte-face.
3. La cathédrale.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 333
trec estoit blessé à la mort, et avoit esté mené à
Ferrare pour se faire garir; où il eut si bon et gra-
cieulx traictement du duc et de la duchesse que revint
en assez bonne santé. Le pape Julles, voulant tous-
jours continuer en son charitable vouloir, fist du tout
déclarer l'empereur ennemy des François; lequel
manda à si peu de lansquenetz qui estoient demourez
après la journée de Ravenne avecques les François
qu'ilz eussent à se retirer, dont le principal cappi-
taine estoit le frère du cappitaine Jacob, lequel à son
mandement s'en retourna et les emmena tous, excepté
sept ou huyt cens, que ung jeune cappitaine aven-
turier, qui n avoit que perdre en Allemaigne, retint.
En ceste saison ainsi que les François cuydoient
emmener le cardinal de Médicis en France fut recoux
à Piètre de QuaS qui luy fut bonne fortune, et en Ait
bien tenu^ à messire Mathe de Becarya de Pavye qui
fist cest exploit, car depuis il fut pape.
Peu après, l'armée des Yéniciens , Suysses et gens
de par le pape descendirent en gros nombre, qui trou-
vèrent celle des François deSaicte et ruynée ; et combien
qu'ilz feissent résistance en plusieurs pasâaiges, toutes-
fois enfin furent contrainctz eulx venir retirera Pavye,
qui déhbérèrent garder. Et furent ordonnez les cap-
pitaines par les portes à fortiffier, chascun son quar-
1 . Le cardinal de Médicis, plus tard Léon X, fait prisonnier par
Frédéric de Gonzague-Bozzolo au moment où il allait être mis à
mort par des cavaliers albanais, fut enlevé par Rinaldo Zaccio,
au moment où les Français se préparaient à lui faire traverser le
P6 et à remmener en France. Tel est du moins le récit de Paul
Jove dans sa Vie de Léon X (chap. ii) .
2. Tenu, obligé.
334 HISTOIRE DE BAYART
tier, ce qu'ilz commencèrent très bien ; mais peu y
demeurèrent, car les ennemys y furent deux jours
après. Les François avoient fait faire ung pont sur
bateaulx, combien qu'il y en eust ung de pierre audit
Pavye, mais c'estoit afin que si aucun inconvénient
leur advenoit eussent meilleure retraicte; ce qu'il
advint bientost, car une journée je ne sçay par quel
moyen ce fut, les Suysses entrèrent en la viUe par le
chasteau et vindrcnt jusques sur la place, où desjà,
au moyen de l'alarme, estoient les gens de pied et
plusieurs gens de cheval, comme le cappitaine Loys
d'Ars, qui en estoit lors gouverneur, et y fîst mer-
veilles d'armes. Si fist aussi le seigneur de la Palisse
et le gentil seigneur d'Ymbercourt. Mais sur tous, le
bon chevalier fist choses non croyables, car il arresta
avecques vingt ou trente de ses hommes d'armes les
Suysses sur le cul plus de deulx heures, tousjours
combatant , et durant ce temps luy fut tué deux che^
vaulx entre ses jambes. Cependant se retiroit l'artil-
lerie pour passer le pont; et sur ses entrefaictes le
cappitaine Pierrepont, qui alloit visitant les ennemys
d'ung costé et d'autre, vint dire à la compaignie qui
combatoit en la place : c Messeigneurs, retirez-vous,
car au dessus de nostre pont de boys en force petiz
bateaulx passent les Suysses, dix à dix, et si une fois
passent quelque nombre compectant, ilz gaigneront
le bout de nostre pont et nous serons enclos en ceste
ville et tous mis en pièces. » C'estoit ung saige et
vaillant cappitaine, parquoy, à sa paroUe tousjours com-
batant se retirèrent les François jusques à leur pont,
où pour estre vivement poursuyvis, y eut lourt et
dur escarmouche. Toutesfois les gens de cheval pas-
PAR LB LOYAL SERVITEUR. 335
sèrent; et demoura environ troys cens lansquenetz
derrière, pour garder le bort dudit pont. Mais ung
grant malleur y advint ; car, ainsi que l'on achevoit de
passer la dernière pièce d'artillerie, qui estoit une
longue coulevryne nommée Madame de Fourly, et
avoit esté regaignée sur les Espaignolz à Ravenne,
elle enfondra* la première barque, parquoy les povres
lansquenetz, voyant qu'ilz estoient perduz, se saul-
vèrent au mieubc qu'ilz peurent ; toutesfois y en eut
aucuns tuez, et d'autres qui se noyèrent au Tézin.
Quant les François eurent passé le pont, ilz le rom-
pirent, parquoy ne furent plus poursuyviz ; mais ung
grant malleur advint au bon chevalier. Ce fut qu'ainsy
qu'il estoit au bout du pont pour le garder, fut tiré
ung coup de faulconneau de la ville, qui luy fraya^
entre l'espaule et le col, de sorte que toute la chair
luy fut emportée jusques à l'oz. Geulx qui virent le
coup cuydoient bien qu'il feust mort; mais luy, qui
ne s'effraya jamais de chose qu'il veist, combien
qu'il se sentist merveilleusement blessé, et par ce
aussi qu'il congnoissoit bien n'estre pas à l'heure
saison de faire Festonné, dist à ses compaignons :
c Messeigneurs, ce n'est riens. » On mist paine de
l'estancher le mieulx qu'on peut avec mousse qu'on
print aux arbres et linge que aucuns de ses souldars
prindrent à leurs chemises, car il n'y avoit nul cyur-
gien là à l'occasion du mauvais temps. Ainsi se retira
l'armée des François jusques à Alexandrie, où le sei-
gneur Jehan-Jacques estoit allé devant leur faire faire
1. Enfondrer, effondrer.
2. Fraya, passa.
336 HISTOIRE DE BAYART
ung pont. Guères n'y séjournèrent, mais leur convint
du tout habandonner la Lombardie, excepté les chas-
teaulx de Milan et Crémone, Lugan, Lucarne S la ville
et le chasteau de Bresse, où estoit demeuré le sei-
gneur d'Âulbigny, et quelques autres places en la
Yautelyne^. Les François repassèrent les mons et se
logèrent quelque temps es garnisons qui leur avoient
esté ordonnées.
Le bon chevalier s'en retira droit à Grenoble,
pour visiter l'évesque son bon oncle, lequel long-
temps a n'avoit veu. C'estoit ung aussi vertueux
et bien vivant prélat qu'il en feust pour lors ou
monde. Il receut son nepveu tant honnestement que
merveilles et le fîst loger à l'évesché, où chascun jour
estoit traicté conmie la pierre en l'or ; et le venoient
veoir les dames d'alentour Grenoble, mesmement
celles de la ville, qui toutes ensemble ne se povoient
saouUer de le louer, dont il avoit grant honte. Or, en
ces entrefaictes, ne sçay si ce fut par le grant labeur
que le bon chevalier avoit souffert par plusieurs
années, ou si ce fut par le coup du faulconneau qu'il
eut à la retraicte de Pavye, mais une grosse fiebvre
continue le va empoigner que luy dura dix-sept jours,
de sorte que l'on n'y espéroit plus de vie ^. Le povre
gentilhonune, qui de maladie se voyoit ainsi abatu,
faisoit les plus piteuses complainctes qu'on ouyt
1. Lugano, Locarno, canton da Tessin.
2. Vautelyne, y altéiine,
3. On trouvera à Tappendice une lettre de l'évoque de Grenoble
donnant des détails sur la maladie de Bayart et sur certains
projets de mariage auxquels la reine s'était intéressée à cette
époque.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 337
jamais , et à Touyr parler il eust eu bien dur cueur à
qui les larmes ne feussent tumbées des yeulx. c Las !
disoitp-il, mon Dieu ! puisque c'estoit ton bon plaisir
m'oster de ce monde si tost, que ne fiz-tu ceste graoe
de me faire mourir en la compaignie de ce gentil prince
le duc de Nemours, et avecques mes autres compai-
gnons à la journée de Ravenne, ou qu'il ne te pleut
consentir que je finasse à Tassault de Bresse, où je
fus si griefvement blessée Hélas ! j'en feusse beaucoup
mort plus joyeulx, car au moins j'eusse ensuivy mes
bons prédécesseurs, qui sont tousjours demeurez aux
batailles. Mon Dieu ! et j'ay passé tant de gros dan*
giers d'artilleries, en batailles, en assaulx et en ren*
contres dont tu m'as faict la grâce d'estre eschappé,
et il fault que présentement je meure en mon lict
conune une pucelle. Toutesfois, combien que je le
désirasse autrement, ta saincte voulenté soit faicte !
Je suis ung grant pécheur, mais j'ay espoir en ton
infinie miséricorde. Hélas! mon Créateur, je t'ay par
le passé grandement offencé, mais si plus longuement
eusse vescu, j'avoys bon espoir, avecques ta grâce,
de bien tost amender ma mauvaise vie. » Ainsi faisoit
ses regretz le bon chevalier sans paour et sans re-
prouche ; et puis, parce qu'il brusloit de chaleur pour
la grande fiebvre qui le tenoit, s'adressoit à monsei*
gneur sainct Anthoyne ^, en disant : c Hé, glorieux
confesseur et vray amy de Dieu, sainct Anthoyne,
i. Voir plus haut le chap. l, p. 281.
2. Saint Antoine était l'un des saints les plus vénérés en Dau-
phiné; c'était dans cette province, à Saint- Antoine en Viennois,
que se trouvait Tabbaye chef d'ordre des Antonins. L'intercession
de saint Antoine passait pour souveraine contre la fièvre.
338 HISTOIRE DE RAYART
toute ma vie je t'ay tant aymé et tant eu de fiance en
toy, et tu me laisses icy brusier en si extrême chai-
leur que je ne désire fors que briefVe mort me
prengne. Hélas ! et as-tu point de souvenance que,
durant la guerre contre le pape en Ytalie, moy estant
logé à Rubère^ en une de tes maisons, je la garday de
brusier, et sans moy y eust esté mis le feu ; mais en
commémoration de ton sainct nom, je me logé
dedans, combien qu'elle feust hors de la forteresse,
et ou dangier des ennemys, qui nuyt et jour me
po voient venir visiter sans trouver chose qui les en
eust sceu garder ; et toutesfois j'aymé mieulx demou-
rer ung moys en ceste façon que ta maison feust des-
truicte. Au moins je te supplie m'aléger de ceste
grande challeur, et faire requeste à Dieu pour moy,
ou que bientost ii me oste de ce misérable monde,
ou qu'il me donne santé. » Tant piteusement se dolo-
soit^ le bon chevalier qu'il n'y avoit personne autour
de luy qui ne fondist en larmes, mesmement son bon
oncle l'évesque, qui sans cesse estoit en oraisons pour
luy. Et non pas luy seuUement, mais tous les nobles,
bourgeois, marchans, religieux et religieuses, jour et
nuyct estoient en prières et oraisons pour luy, et
n'est possible qu'en tant de peuple n'y eust quelque
bonne personne que Nostre-Seigneur voulut ouyr;
comme assez apparut, car la fiebvre le laissa peu à
peu, et commença à reposer et donner^ goust aux
viandes, de sorte qu'en quinze jours ou trois sep-
maines, avecques le bon traictement, qu'il en fust du
1. Aubbiera, ville dans les environs de Reggio (Emilie).
2. Dolosoit, lamentait.
3. Donner, trouver.
PAR LE LOYAL SBRYITBUR. 339
tout guéry et aussi gaillart qu'il avQJt jamais esté, £t
se print à aller ung peu à l'asbat près de la ville, visi-
tant ses amys et les daines de maison en mai3on, à
qui il faisoit force bancquetz pour se resjouyr.
Et tellement que, comme assez povez entendre qu'il
n'estoit pas sainct, ung jour luy print vouienté d'avoir
<X>mpaignie françoyse. Si dist à ung sien varlet de
chambre, qu'on nommoit le bastard Cordon : c Bas^
tard ! je te prie que aujourd'huy à coucher avecques
moy j'aye quelque belle fiUe ; je croy que je ne ^l'e^
trouveray que mieulx. p Le bastard qui estoit diligent
et vouloit bien complaire à son maistre, s'alla adresser
à une povre gentil-femme qui avoit une belle fiUe de
l'aage de quinze ans, laquelle^ pour la grande povr^
en quoy elle estoit, consentit <aa^e estre baillée q^elr
que temps au bon chev^er, espérant aussi qu^ apr^^
la marieroit. Si fut la fille langage^ ^ par la mèr^, qui
luy fist tant de remonstrances que, nmiobstant le
bon vouloir qu'elle avoit> se condescendit au n^rcbé,
moytié par amour et moytié par £orce^ Si ht emme-
na secrèttement par le bastard au fogis^ du bon
dievalier, et mise en une sienne gardet-robbe. lie
temps fijit venu de se retirer pour dormir, si s'en
retourna à son logis ledit bon chevalier, lequel avoit
souppé en ung bancquet en la ville. Arrivé qu'il
feust, le bastard luy dist qu'il avoit une des belles
jeunes filles du monde .et si estoit gentil-fenune ; si
le mena en la garde-robbe et la luy moni^a. jB^Ue
estoit conome ung ^^ , m^is tant avoit ploré que
1. Langagée, endoctrinée.
2. C'était à l'évéché que Bayart était logé, comme on Fa vu
plus haut.
3i0 HISTOIRE DE BAYART
tous les yeux luy en estoient enflez. Quant le bon
chevalier la veit en ceste sorte, luy dist : c Gomment,
ma mye, qu*avez-vous ? Ne sçavez-vous pas bien
pourquoy vous estes venue icy? » La povre fille se
mist à genoulx et dist : c Hélas ! ouy, monseigneur ;
ma mère m'a dit que je feisse ce que vouldriez;
toutesfois je suis vierge, et je ne feiz jamais mal de
mon corps ; je n*avoys pas voulenté d'en faire si je
n'y feusse contraincte; mais nous sommes si povres,
ma mère et moy, que nous mourons de faim. Et
pleust à Dieu que je feusse bien morte ; au moins ne
seroye point au nombre des malheureuses filles et en
déshonneur toute ma vie ! » Et disant ces parolles
ploroit si très fort qu'on ne la povoit appaiser. Quant
le bon chevalier apperoeut son noble courage, quasi
larmoyant luy dist : t Vrayement, ma mye, je ne
seray pas si meschant que je vous oste de vostre bon
vouloir. » Et changeant vice à vertu, la prist par la
main et Iilgr fist affubler ung manteau, et au bastard
prendre une torche, et la mena luy-mésme coucher
isur^ une gentil-fenmie sa parente, qui se tenoit près
de son logis , et le lendemain matin envoya quérir la
mère, à laquelle il dist : c Venez ça, ma n^, oè me
mentez point. Vostre fille est-elle pucelki?^*Qtii res-
pondit : c Sur ma foy , monseigneur, quâét* ^ biAtard
la vint hier quérir jamais n'avoit eu tongtioissance
d'homme. — Et n'estes vous doncques bien malheu-
reuse, dist le bon chevalier, de la vouloir faire mes-
chante? > La povre femme eut honte et paour, et ne
sceut que respondre, sinon qu'elles estoient si povres
1. Sur, chez.
PAR LE loyal'' SERVITEUR. 341
que riens plus^ c Or, dist le bon chevalier, ne faictes
jamais ung si lasche tour que de vendre vostre fille ;
qui estes gentil-femme, on vous en debveroit plus
griefvementpugnir. Venez çà; avez-vous personne qui
la vous ait jamais demandée en mariage? — Ouy
bien, dist-elle, ung mien voisin honneste honune,
mais il demande six cens florins, et je n'en ay pas
vaillant la moytié. — Et s'il avoit cela, l'espouseroit-
il? dist le bon chevalier. — Ouy, seurement, dist-
elle. » Alors il prist une bourse qu'il avoit fait prendre
au bastard, et luy bailla trois cens escus, disant :
€ Tenez, ma mye, velà deux cens escus, qui vallent six
cens florins de ce pays et mieulx, pour marier vostre
fille, et cent escus pour Fabiller. » Et puis fist encores
compter cent autres escus qu'il donna à la mère, et
commanda au bastard qu'il ne les perdist jamais de veue
qu'il n'eust veu la fille espousée ; qu'elle fut trois jours
après, et a fait depuis ung très honorable mesnage.
Elle retira sa mère en sa maison et ainsi par la grande
courtoysie et libéralité du bon chevalier la chose fut
ainsy menée qu'il est cy dessus récité, et je croy que
vous n'avez guères leu en cronicque ny hystoire d'une
plus grande honnesteté.
Icelluy bon chevalier fut encores quelque temps après
ou Daulphiné, faisant grosse chère, jusques à ce que
le roy de France son maistre envoya une armée en
Guyenne, soubz la charge du duc de Longueville^, pour
1. Que riens plus, que davantage n'était pas possible.
2. Cette armée, composée de vingt-cinq mille hommes, était
sous les ordres de Charles, duc de Bourbon, et de Louis I, duc
de Longueville, auxquels le roi avait adjoint comme chef nomi-
nal François d'Ângouléme , son héritier présomptif. Elle devait
343 HISTOIRE DE BAYART
cuyder recouvrer le royaulme de Navarre, que depuis
ung peu avoit usurpé par force le roy d'Ârragon sur
celluy qui le tenoit à juste tiltre et n'y trouva occasion
sinon qu'il estoit du party du roy de France. Je ne
sçay comment il alla de ce beau voyage, mais, après
y avoir longuement esté sans riens exécuter, la grosse
armée s'en retourna, et firent passer les montz Piré-
nées à une partie d'icelle, dont fut chief le seigneur de
la Palisse. Et puis, aucun temps après, luy fut envoyé
de renfort le bon chevalier sans paour et sans re-
proucbe, qui luy mena quelques pièces de grosse
artillerie. Le roi de Navarre déchassé estoit avecques
eulx. Hz prindrent quelques petis fortz, puis vindrent
mettre le siège devant Pampelune. Cependant le boa
chevalier alla prendre ung chasteau, où il eut gros
honneur, conune vous entendrez.
CHAPITRE LVI.
Comment le bon chevalier prist ung chasteau iTassault
ou royaulme de Navarre y cependant qu^on assist le
siège devant la ville de Pampelune^ où il fist ung
tour de sage et appert chevalier.
Cependant que le gentil seigneur de la Palisse plan-
toit avecques le roy de Navarre le siège devant la
ville de Pampelune, fut advisé qu'il seroit bon d'aller
faire rentrer Jean d'AIbret^ roi de Navarre par son mariage avec
Catherine de Foix, en possession de son royaume, conquis en quel-
ques jours par le duc d'Albe. Cette campagne fut une des plus
malheureuses du règne de Louis Xil.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 343
prendre ung chasteau à quatre lieues de là, qui nuy-
soit merveilleusement au camp des François. Je croy
bien qu'en la place n'y povoit pas y avoir grosse
force, toutesfois, parce que Ton se doubtoit que
dedans une petite viUe près de là, appellée le Pont-
la-RoyneS y pourroient estre quelques gens qui peult-
estre la vouldroient secourir, fut advisé qu'on
mèneroit assez bonne bende de gens de cheval et de
pied. Le roy de Navarre et seigneur de la Palisse
prièrent au bon chevalier qu'il voulsist prendre ceste
entreprinse en main ; et luy qui jamais ne fut las de
travail qu'on luy sceust bailler, l'accorda incontinent.
Il prist sa compaignie et celle du cappitaine Bonne-
val, hardy chevalier, quelque nombre d'adventuriers
et deux enseignes de lansquenetz, qui estoient de
chascune quatre cens hommes, et ainsi s'en alla tout
de plain jour devant ceste place. Il envoya ung trom-
pette pour faire entendre à ceulx qui estoient dedans
qu'ilz eussent à la mettre entre les mains de leur
souverain, le roy de Navaire, et qu'il les prendroit
à mercy et les laisseroit aller, leurs vies et bagues
saufves; autrement, s'ilz estoient pris d'assault,
seroient mis en pièces. Geulx de la forteresse estoient
gens de guerre, que le duc de Nagère ^ et l'alcado de
las Donzelles^, lieutedant oudit royaulme pour le roy
d'Espaigne, y avoient mis, et estoient tous bons et
loyaulx serviteurs à leur maistre; firent responce
1. Puente-de-la-Reyna, à 1 1. 8. O. de Pampelune.
2. Pierre Manrique de Lara, dit le Fort, duc de Nagera, fils de
Diego-Gomez Manrique et de Marie de Sandoval. H naquit en
1443, épousa Guiomare de Castro et mourut en 1515.
3. Diego Fernandez de Cordova, alcade de Las Donzellas.
34i HISTOIRE DE BAYART
qu'ilz ne rendroient point la place et eulx encx>res
moins. La trompeté en vint faire son rapport, lequel
ouy par le bon chevalier, ne fist autre délay, sinon
de faire asseoir quatre grosses pièces d'artillerie qu'il
avoit, et bien canonner la place et vivement. Geulx de
dedans, qui estoient environ cent hommes, avoient
force hacquebutes à croc et deux faulconneaux qui
firent très bien leur devoir de tirer à leurs ennemys;
mais si bien ne sceurent jouer leur rooUe qu'en moins
d'une heure n'y eust berche à leur place assez gran-
dete, mais mal aysée pour ce qu'il failloit monter. Or
en telles matières fault autre chose que souhaiter. Si
fist le bon chevalier sonner l'assault, et vint aux lans-
quenetz, les enhortant^ d'y aller. Leur truchement
parla pour eulx, et dist que c'est oit leur ordonnance
que, toutesfois qu'il se prenoit place d'assault,
qu'ilz dévoient avoir double paye, et que, si on
leur vouloit promettre yroient audit assault, autre-
ment non. Le bon chevalier n'entendoit point ses
ordonnances ; toutesfois il leur fist responce que,- sans
nulle faulte, s'ilz prenoient la place, qu'ilz auroient ce
qu'ilz demandoient et leur en répondoit pour ce qu'il
ne vouloit pas demourer longuement là. Il eut beau pro-
mettre, mais au dyable le lansquenet qui monta jamais
à la berche. Les adventuriers y allèrent gaillardement,
mais ilz furent lourdement repoussez par deux ou
trois fois; et de fait ceulx qui deffendoient mons-
troient bien qu'ilz estoient gens de guerre. Quant le
bon chevalier congneut leur cueur, pensa bien qu'il
ne les auroit janciais de ceste lute ; si fist sonner la
i. Enhortant, exhortant.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 345
retraicte, laquelle faicte, fist encores tirer dix ou
douze coups d'artillerie, faisant myne qu'il vouloit
agi'andir la berche, mais il avoit autre chose en pen-
sée ; car cependant qu'on tiroit l'artillerie, vint à ung
de ses hommes d'armes, fort gentil compaignon, qu'on
nonunoit Petit Jehan de la YergneS auquel il dist :
€ La Vergne, si vous voulez, ferez ung bon service et
qui vous sera rémunéré. Voyez vous bien ceste grosse
tour qui est au coing de ce chasteau ; quant vous
verrez que je feray recommencer l'assault, prenez
deux ou trois eschelles, et, avecques trente ou qua-
rante hommes, essayez de monter en ceste tour, car,
sur ma vie ! n'y trouverrez personne pour la def-
fendre; et si vous n'entrez en la place par là, dictes
mal de moy. » L'autre entendit très bien le comman-
dement. Si ne demoura guères que l'assault ne feust
recommencé plus âpre que devant, où tous ceulx de
la place vindrent pour deffendre la berche, et
n'avoient regard ailleurs, car ilz n'eussent jamais
pensé qu'on eust entré par autre lieu, dont ilz furent
trompez; car La Vergne fist très bien sa charge, et,
sans estre d'eulx apperceu, dressa ses eschelles, par
lesquelles il monta dedans ceste tour, et plus de cin-
quante compaignons avecques luy, lesquelz ne furent
jamais veuz des ennemys qu'ilz ne feussent dedans la
place, où ilz crièrent : c France, France ! Navarre,
Navarre ! > et vindrent ruer par le derrière sur ceulx
qui estoient à deffendre la berche, qui pour estre
surpris furent estonnez à merveilles. Toutesfois ilz
1. Jean de la Vergne, 8' de la Valette, fils d'Antoine, s' de
Tressan. Il paraît dans la montre de la compagnie de Bayart
sous le nom de Jean de la Bergnie.
346 HISTOIRE DE BAYART
se mirent en deifence et firent devoir de bien com-
batre ; mais leur prouesse ne leur servit de guères,
car les assaillans entrèrent dedans, qui misrent tout
en pièces, ou peut s*en faillit, et fut toute la place
courue * et pillée.
Ce fait, le bon chevalier y laissa ung des gen-
tilzhommes du roy de Navarre, avecques quel-
ques compaignons, puis se mist au retour droit
au camp. Ainsi qu*il vouloit partir, deux ou trois
cappitaines des lansquenetz vindrent devers luy, et
par leur truchement luy firent dire qu'il leur tiensist
sa promesse de leur faire bailler double paye, et que
la place avoit esté prise. De ce propos fut le bon che-
valier si fort fasché que merveilles , et respondit tout
courroucé au truchement : c Dictes à voz coquins
de lansquenetz que je leur ferois plus tost bailler
chascun ung licol pour les pendre. Les meschans
qu'ilz sont . n'ont jamais voulu aller à Tassault, et ilz
demandent double paye ! J'en parleray à monseigneur
de la Palisse et à monseigneur de Suffoc', leur cappi-
taine général, mais ce sera pour les faire casser; ilz
ne vallent pas putains. » Le truchement leur dist le
propos, et incontinent commencèrent ung bruit mer-
veilleux ; mais le bon chevalier fist sonner à Festen-
dart et assembla ses gens d'armes et adventuriers,
de façon que s'ilz eussent fait semblant de rien, estoit
délibéré de les mettre en pièces. Hz s'appaisèrent
i. Courue, envahie.
2. Richard Pooie, duc de Suffolk, commandant de six mille
lansquenets et surnommé la Rose-Blanche. Il était fils de Jean
Poole et d'Elisabeth d'Angleterre et fut tué à la bataille de Pavie
(1524) au service de la France.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 347
petit à petit et s'en vindrent au camp devant Pampe-
lune, en troppe comme les autres. Il fault faire icy
ung petit discours pour rire.
Quant le bon chevalier fut arrivé, eut grant
chère du roy de Navarre, du seigneur de la Pa-
lisse, du duc de Suifoc, et de tous les cappitaines,
ausquelz il compta la manière de faire des lans-
quenetz, dont il y eut assez ris. Le soir il donna
à soupper à tOM plain de cappitaines, et entre
autres y estoit le duc de Suffoc, cappitaine général de
tous les lansquenetz qui estoient au camp, dont il y
a voit six ou sept mille. Ainsi qu'ilz achevoient de
soupper, va arriver ung lansquenet qui avoit assez
bien beu, et quant il entra ne sçavoit qu'il devoit
dire, sinon qu'il cherchoit le cappitaine Bayart pour
le tuer, pour ce qu'il ne leur vouloit point faire bailler
d'argent. Il parloit quelque peu de François et assez
mauvais. Le cappitaine Pierrepont l'entendit, qui dist
au bon chevalier en ryant : c Monseigneur, vecy ung
lansquenet qui vous cherche pour vous tuer. > Ces-
toit la plus joyeuse et récréative personne qu'on eust
sceu trouver. Si se leva de table, l'espée au poing,
et s'adressa au lansquenet en luy disant : c Ësse-vous
qui voulez tuer le cappitaine Bayart? Le vecy, deflfen-
dez-vous. 9 Le povre lansquenet, quelque yvre qu'il
feust, eut belle paour, et respondit en assez mauvais
langaige. c Ce n'est pas moy qui veulx tuer le cappi-
taine Bayart tout seul, mais ce sont tous les lansque-
netz. — Ha! sur mon ame ! dist le bon chevalier qui
pasmoit de rire, je le quicte, et ne suis point délibéré
moy seul de combatre sept mille lansquenetz. Ap-
poinctement, compaignon, pour l'amour de Dieu! »
348 HISTOIRE DE BAYART
Toute la compaignie se print si très fort à rire du
propos que merveilles, et fut assis à table le lans-
quenet viz-à-viz du bon chevaUer, qui le fist achever
d'abillerS comme il estoit commencé, de sorte que,
avant quMl partist de là, promist que tant qu'il vivroit
deflfendroit le cappitaine Bayart envers et contre tous,
et jura qu'il estoit homme de bien et qu'il avoit bon
vin. Le roy de Navarre et le seigneur de la Palisse le
sceurent le soir, qui en rirent conmie les autres.
Le lendemain de l'arrivée du bon chevalier, conunença
l'artillerie à tirer contre la ville de Pampelune, qui
fut batue assez bien , et y voulut-on donner l'assault,
qui fut essayé ; mais si bien se deifendirent ceulx de
dedans qu'on la laissa là, et y eurent les François
grosse perte. Dedans estoit ce gentil chevalier espai-
gnol que l'on nommoit l'alcado de las Donzelles. Ce
fut ung voyage assez malheureux ; car les François à
leur entrée en Navarre gastèrent et dissipèrent tous
les biens, rompirent les moulins et firent beaucoup
d'autres choses, dont ilz eurent depuis grande indi-
gence; car la famine y fut si grosse que plusieurs
gens en moururent , et si n'y eut jamais en armée si
grande nécessité de souliers, car une meschante paire
pour ung lacatz' coustoit ung escu. Brief, tous ses
malheurs assemblez, et aussi que le duc de Nagère
estoit arrivé au Pont-la-Reyne, près de Pampelune,
avecques ung secours de huyt ou dix mille hommes,
fut le roy de Navarre conseillé par le seigneur de
la Palisse et tous les cappitaines de se retirer jusques
1 . G'e8^à-dire : qui acheva de l'enivrer.
2. Lacatx, laquais.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 3i9
à une autre saison. Si fut levé le siège en plain jour
de devant Pampelune, et Tartillerie mise à chemin ;
mais peu de journées fut conduicte, car les mon-
taignes par où elle devoit passer estoient trop
estranges* Si furent contrainctz les François, après
que à force de gens et d'argent l'eurent menée trois
journées, la laisser au pied d'une montaigne où ilz
la rompirent ; au moins la misrent en sorte que leurs
ehnemys ne s'en feussent soeu ayder.
Il fault entendre que, au repasser des montai-
gnes Pirènées , y eust de grandes povretez par
le deffault des vivres, et si n'estoit heure au jour
qu'il n'y eust alarme chault et aspre. Le duc de
Sufibc, dit la Blanche Roze, cappitaine général des
lansquenetz, y estoit, qui grande et parfaicte amy-
tié avoit avecques le bon chevalier. Ung jour qu'il
avoit tant . travaillé que plus n'en povoit , car toute
ceste journée n'avoit beu ne mangé , ainsi qu'on
se vouloit retirer d'une escarmouche, sur le soir
bien tard vint trouver icelluy bon chevalier, auquel
il dist : c Cappitaine Bayart, mon amy, je meurs
de fain; je vous prie, donnez-moy aujourd'huy à
soupper, car mes gens m'ont dit qu'il n'y a riens à
mon logis. » Le bon chevalier, qui ne s'estonna
jamais de riens, respondit : c Ouy vrayement, mon-
seigneur, et si serez bien traicté; > Puis devant luy
appella son maistre d'hostel, auquel il dist : c Mon-
seigneur de MylieuS allez devant faû^e haster le soup-
i. Imbert de Vaux, s' de Milieu, gentilliomme dauphinois. II
fut tué au siège de Mézières (1521).
350 fflSTOIRE DE BAYART
per, et que nous soyons ayses comme dedans Paris. »
De laquelle paroUe le duc de Suffort rist ung quart
d'heure, car desjà y avoit deux jours qu'ilz ne man-
geoient que du pain de milet.
Bien vous asseure que sans perdre gens que
de famyne les Françoys firent une aussi belle
retraicte que gens de guerre firent oncques, et sur
tous y acquist ung merveilleux honneur le bon
chevalier, qui tousjours demoura sur la queue tant
que le dangier fust passé ; car voulentiers luy a Ton
tousjours fait cest honneur aux affaires, qu'en allant a
tousjours esté mis des premiers et aux retraîctes des
derniers. Bien joyeulx furent les François quant par
leurs journées eurent gaigné Bayonne, car ilz man-
gèrent à leur ayse ; mais plusieurs gens de pied qui
estoient affamez mangèrent tant qu'il en mourut tout
plain ; ce fust ung assez fascheux voyage. .
En ceste année mourut le pape JuUes, ce fattû Fran-
çois ^ , et fut eslu en son lieu le cardinal de Médids, pape
Léon nonmié. Il vint aussi en la coste de Bretaigne quel-
que armée des Angloys, qui ne firent pas grant chose.
Ung jour, entre les autres, ung gros navire d'Angle-
terre dicte la Régente ^ et une nef de la royne de
France, duchesse de Bretaigne, nonunée la Cordelière^
se trouvèrent et s'acrochèrent pour combatre« Durant
le combat, quelc'un gecta du feu dedans l'une des
nefz ; mais finablement furent toutes deux bruslées. Les
Ânglois y firent grosse et lourde perte, car sur ladicte
Régente y avoit gros nombre de gentilzhommes, qui
1. Le 18 février 1513.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 351
y moururent sans leur estre possible trouver le moyen
d'eschapper * .
CHAPITRE LVII.
Comment le roy Henry cT Angleterre descendit en France
et comment il mist le siège devant Thérouenne. D'une
bataille dicte la Journée des Espérons ^ où le bon
chevalier fist merveilles d'armes et gros services en
France.
En l'an mil cinq cens et treize, vers le commence-
ment, le roy de France renvoya une armée en Ytalie
soubz la charge de la Trimoille. Jà avoit esté fait
l'appoinctement entre le roy de France et les Véni-
ciens qui y portoient faveur; toutesfois le cas alla
assez mal pour les François, car ilz perdirent une
journée contre les Suysses , et y furent les enfans de
messire Robert de la Marche, qui avoient charge de
lansquenetz, quasi laissez pour mors, et les alla quérir
leur père dedans ung fossé 2. Si convint encores aux
Françoys habandonner la Lombardie pour ceste
année. A leur retour fut adverty le roy de France
comment Henry, roy d'Angleterre, alyé de l'empe-
reur Maximilian, estoit descendu à Galays avecques
i . La flotte française était sous les ordres de Hervé Portzmo-
guer, dit Primauguet, amiral breton ; plus de deux mille hommes
périrent par le feu sur les deux navires amiraux enflammés. Voir
sur Primauguet un intéressant article de M. Jal dans son Diction^
naire de biographie et d'histoire.
2. Voir pour les détails de cette bataille de Novare ou de Tre-
cas le chap. xxxvii des Mémoires de Fleuranges.
35S mSTOIRE DE BAYART
grosse puissance pour entrer en son pays de Picardie,
ouquel pour y résister envoya incontinent grosse puis-
sance et fist son lieutenant général le seigneur de
Pyennes*, gouverneur oudit pays. Les Ângloys, entrez
qu*ilz feussent en la campaigne de pleine arrivée,
sdlèrent planter le siège devant la ville de Théroenne,
qui estoit bonne et forte, où pour icelle garder
estoient commis deux très hardiz et gaillars gen-
tilzhommes, Tung le seigneur de Théligny, séneschal
de Rouergue, cappitaine saige et asseuré, et ung
autre du pays mesmes, appelle le seigneur de Pont-
dormy ', avecques leurs compaignies, quelques aven-
turiers françoys, avecques aucuns lansquenetz soubz
la charge d'ung cappitaine Brandec. Hz estoient
tous gens de guerre et pour bien garder la ville lon-
guement s'ilz eussent eu vivres ; mais ordinairement
en France ne se font pas voulentiers les provisions de
saison ne de raison. Le siège assis par les Anglois
devant ladicte ville de Théroenne, conunencèrent à la
canonner; encores n'y estoit pas la personne du roy
d'Angleterre ; ains, pour ses lieutenans y estoient le
duc de Sufibc, messire Charles Brandon', et le cappi-
1. Philippe de Hallwyn, seigneur de Piennes, gonvemenr de
Picardie. Il était fils de Louis de Halwyn et de Jeanne de Ghis-
telles, il épousa Françoise de Bourgogne et mourut vers 1517.
2. Antoine de Gréqui, seigneur de Pont-de-Remy, dit Pon-
dormy, bailli d'Amiens, fils de Jean de Gréqui, seigneur de
Ganaples, et de Françoise de Rubempré. Il épousa Jeanne de
Saveuse et fut tué au siège d'Hesdin (1521).
3. Gharles Brandon, favori de Henri Vin, qui le créa duc de
Sufifolk après avoir dépouillé la famille des Poole, ducs de Suffolk,
de ses titres et de ses biens. II épousa la veuve de Louis XII, et
après la mort de cette princesse se remaria pour la quatrième
fois.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 353
taine Talbot ^ . Mais peu de jours après y arriva, qui
ne fut pas sans avoir une grande frayeur, entre Galays
et son siège de Théroenne, auprès d*ung village dit
Tournehan^, car bien cuyda là estre combatu par les
François, qui estoient en nombre de douze cens
hommes d'armes tous bien délibérez; mais avecques
eulx n'avoient pour Fheure nulz de leurs gens de
pied, qui leur fut gros malheur; et luy par le con-
traire n'avoit nulz gens de cheval, mais environ douze
mille honmies de pied, duquel nombre estoient quatre
mille lansquenetz. Si s'approchèrent les deux armées
à une portée de canon Tune de l'autre^ Quoy voyant
par le roy d'Angleterre eut paour d'estre trahy, si
descendit à pied et se mist au meillieu des lansque-
netz. Les François vouloient donner dedans, et mes-
mement le bon chevalier, qui dist au seigneur de
Piennes plusieurs fois : c Monseigneur, chargeons-
les ; il ne nous en peult advenir dommage sinon bien
peu, car si à la première charge les ouvrons, ilz sont
rompuz; s'ilz nous repoussent, nous nous retirerons
tousjours; ilz sont à pied et nous à cheval. » Quasi
tous les François furent de ceste oppinion; mais ledit
seigneur de Piennes disoit : c Messeigneurs, j'ay
charge sur ma vie du roy nostre maistre de ne riens
bazarder, mais seullement garder son pays ; faictes ce
qu'il vous plaira, mais de ma part je ne m'y consen-
tiray point. » Ainsi demeura ceste chose, et passa le
1. Greorges Talbot, comte de Shrewsbury, autre favori de
Henri VIII ; il était fils de Jean Talbot et de Catherine Straffort.
Il épousa Anne Hastings, puis Elisabeth Walden de Erithe, et
mourut en 1541.
2. Tournehem (Pas-de-Calais).
23
35i HISTOIRE DE BAYART
roy d* Angleterre et sa bende au nez des François. Le
bon chevalier, qui envis eust laissé départir la chose
en ceste sorte ^ , va donner sur la queue avecques sa
compaignie , et les fist serrer si bien qu'il leur convint
habandonner une pièce d'artillerie dicte SairUrJehan;
et en avoit le roy d'Angleterre encores unze autres
de ceste façon, et les appelloit ses douze apostres;
ceste pièce fut gaignée et amenée au camp des Fran-
çois.
Quant le roy d'Angleterre fut arrivé au siège de Thé-
roenne avecques ses gens, ne fault pas demander s'il
y eut joye démenée, car il estoit gaillart prince et
assez libéral. Trois ou quatre jours après arriva l'em-
pereur Maximilian avecques quelque nombre de
Hennuyers et de Bourguignons; si se firent les
princes grant chère l'ung l'autre. Après ce furent
faictes les approuches devant la ville et iceUe canon-
née furieusement. Geulx de dedans respondoient de
mesmes et faisoient leurs rampars au mieulx qu'ilz
povoient, mais sans doubte ilz avoient nécessité de
vivres. Le roy de France estoit marché jusques à
Amyens, lequel mandoit tous les jours à son lieute-
nant général le seigneur de Piennes que, à quelque
péril que ce feust, on advitaillast Théroenne. Gela ne
se povoit faire sans grant hazart, car elle estoit toute
enclose d'ennemys; toutesfois, pour complaire au
maistre, fut conclud qu'on yroit avecques toute la
gendarmerie dresser ung alarme au camp, et cepen-
dant que quelques-ungs ordonnez à porter des îartz
i . Qui envis eust laissé départir la chose en ceste sorte, qui eut
bien malgré lui laissé la chose se terminer ainsi.
PAR LE LOYAL SERVllVUR. 355
pour mettre dedans la ville les yroient gecter dedans
les fossez et que après ceulx de la garnison les retire*
roient assez. Si fut pris le jour d'exécuter ceste entre-
prinse dont le roy d'Angleterre et l'empereur furent
advertizy conune povez entendre par quelques espies
dont assez s'en trouve parmy les armées et y en
avoit alors de doubles qui faignoient estre bons Fran-
çois et ilz estoient du contraire party.
Le jour ainsi ordonné d'aller advitailler la ville de
Théroenne montèrent les cappitaines du roy de France
à cheval avecques leurs gensdarmes. Dès le poinct du
jour le roy d'Angleterre qui sçavoit ceste entreprinse
avoit fait mectre au hault d'ung tertre dix ou douze
mille archiers anglois et quatre ou cinq mille lansque-
netz avecques huyt ou dix pièces d'artillerie, afïin que,
quant les François seroient passez oultre, ilz descen-
dissent et leur couppassent chemin ; et par le devant
avoit ordonné tous les gens de cheval, tant Anglois,
Bourguignons que Hennuyers, pour les assaiUir. Il
fault entendre une chose, que peu de gens ont sceu,
et qui ont donné blasme de ceste journée aux gen-
tUzhommes de France à grant tort ; c'est que tous les
cappitaines françois déclarèrent à leurs gens d'armes
que ceste course qu'ilz faisoient estoit seulement pour
refreschir ceulx de Théroenne et qu'ilz ne vouloient
aucunement combatre, de sorte que s'ilz rencon-
troient les ennemys en grosse troppq, ilz vouloient
qu'ilz retournassent au pas, et s'ilz estoient pressez,
du pas au trot, et du trot au galop, car ilz ne vou-
loient riens bazarder. Or, conunencèrent à marcher
les François et approchèrent la ville de Théroenne
d'une lieue près et plus, où conunença l'escarmouche
356 HISTOIRE DE BAYART
forte et rudde. Et très bien fist son devoir la gendar-
merie firançoise jusques à ce qu'ilz vont veoir sur le
costeau ceste grosse troppe de gens de pied en deux
bendes, qui estoient marchez plus avant qu'ilz n'es-
toient et vouloient descendre pour les enclorre ; quoy
voyant fut la retraicte sonnée par les trompettes des
François. Les gensdarmes, qui avoient leur leçon de
leurs cappitaines, . se misrent le grant pas au retour;
ilz furent pressez et allèrent le trot, puis au grant
galop, tellement que les premiers se vindrent gecter
sur le seigneur de la Palisse, qui estoit en la bataille
avec le duc de Longueville^ en si gradde fureur qu'ilz
misrent tout en désordre. Les cbassans qui très bien
poursuyvoient leur pointe, voyant si povre con-
duite, poussèrent tousjours oultre tellement qu*ilz
firent du tout tourner le doz aux François. Le sei-
gneur de la Palice et plusieurs autres y firent plus
que leur debvoir, et cryoient à haulte voix : c Tourne,
homme d'armes, tourne ; ce n'est riens. > Mais cela ne
servoit de riens, ains chascun taschoit de venir gai-
gner leur camp où estoit demourée TartiHerie et les
gens de pied. En ce grant désordre fut prins prison-
nier le duc de Longueville et plusieurs autres, comme
le seigneur de la Palice, mais il eschappa des maios
de ceulx qui Favoient pris^. Le bon chevalier sans
1 . Louis I, marquis de Rothelin, puis duc de Longueville, fils de
François I, comte de Dunois et de Longueville, et d'Agnès de
Savoie. Il fut grand chambellan, gouverneur de Provence, et
mourut en 1516. Il avait épousé Jeanne de Hochberg.
2. Parce que les espérons servirent plus que l'espée, fut nom-
mée la journée des espérons. En ladicte roupte furent pris le dac
Loui8 de Longueville, le seigneur de la Palice (mais ils furent
rescous), le capitaine Bayard, le seigneur de Glermont d'Anjoa,
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 357
paour et sans reproche se retiroit à grant regret et
tousjours tournoit sur ses ennemys menu et souvent,
avecques quatorze ou quinze hommes d'armes qui
estoient demourez auprès de luy. Si vint en se reti-
rant à trouver ung petit pont où il ne pouvoit passer
que deux hommes à cheval de fronc, et y avoit ung
gros fossé plain d'eaue, qui venoit de plus de demye-
lieue loing et alloit à bien demy-quart de lieue plus
bas faire mouldre ung moulin. Quant il fut sur ce
pont, il dist à ceulx quy estoient avecques hiy :
c Nosseigneurs, arrestons-nous icy, car d'une heure
noz ennemys ne gaigneront ce pont sur nous ; > et
puis il appela ung de ses archiers auquel il dist :
c Allez vistement à nostre camp et dictes à monsei-
gneur de la Palice que j'ay arresté les ennemys sur
le cul, du moins d'icy à demye-heure, et que cepen-
dant il face chascun mettre en bataille et qu'on ne
s'espovente point, ains qu'il me semble qu'il doibt
tout bellement marcher en çà ; car si les gens ainsi
desroyez poussoient jusques là, ilz se trouveroient
deffaictz. > L'archer va droit au camp, et laissa le
bon chevalier, avecques si peu de gens qu'il avoit,
gardant ce petit pont où il fist d'armes le possible.
Les Bourguignons et Hennuyers y vindrent; mais là
convint-il combatre, car bonnement ne povoient
passer à leur aise, et l'arrest qu'ilz firent là donna
loysir aux François qui estoient retournez en leur
camp d'eulx mettre en ordre et en deffense si besoing
en eust esté. Quant les Bourguignons veirent que si
lieutenant de Monsieur d'Angoulesme , le seigneur de Bussy
d'Amboise et plusieurs autres tant cappitaines que soldats
(Du Bellay, Mémoires, liv. D.
358 HISTOIRE DE BAYART
peu de gens leur faisoient barbe, commencèrent à
crier qu'on fist venir des archiers en diligence, et
aucuns d'eulx les allèrent haster. Cependant plus de
deux cens chevaubc chevauchèrent le long de ce ruys-
seau et allèrent trouver le moulin où ilz passèrent.
Ainsi fut encioz le bon chevalier des deux costez,
lequel dist à ses gens : c Messeigneurs, rendons-nous
à ces gentilzhonunes, car nostre prouesse ne nous
serviroit de riens. Noz chevaulx sont recreuz; ilz sont
dix contre ung ; noz gens sont à trois lieues d'icy ; et
si nous attendons encores ung peu, et les archiers
anglois arrivent, ilz nous mettront en pièces. » Sur ces
parolles vont arriver ces Bourguignons et Hennuyers,
crians : c Bourgongne ! Bourgongne ! » et firent grosse
envahye sur les Fraiiçois qui , pour n'avoir moyen
d'eulx plus deffendre, se rendoient Fung çà et Tautre
là, aux plus apparens. Et ainsi que chascûn taschoit à
prendre son prisonnier, le bon chevalier va adviser
ung gentilhonune bien en ordre seubz de petitz
arbres, lequel, pour la grande et extresme dialeur
qu'il avoit, de façon qu'il n'en povoit plus, avoit osté
son armet, et estoit tellement affligé ^ et travaillé qu'il
ne se daignoit amuser aux prisonniers. Si picqua son
cheval droit à luy, l'espée au poing qu'il luy vient
mettre sur la gorge, en luy disant : c Rendz-toy,
homme d'armes, ou tu es mort. » Qui fut bien
esbahy? ce fut le gentilhomme, car il pensoit bien
que tout feust prins. Toutesfois il eut paour de mou-
rir, et dist : c Je me rends doncques, puisque prins
suis en ceste sorte. Qui estes-vous? — Je suis, dist
1. Affligé, épuisé.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 359
le bon chevalier, le cappitaine Bayard, qui me rends
à vous ; et tenez mon espée, vous supliant que vostre
plaisir soit moy emmener avecques vous ; mais une
courtoysie me ferez ; si nous trouvons des Anglois en
chemin qui nous voulsissent tuer, vous me la ren-
drez. > Ce que le gentilhomme luy promist, et le luy
tint, car en tirant au camp, convint à tous deux jouer
des cousteaulx contre aucuns Anglois qui vouloient
tuer les prisonniers, où ilz ne gaignèrent riens.
Or, fut le bon chevalier mené au camp du roy d'An-
gleterre, en la tente de ce gentilhomme qui luy fist
très bonne chère pour trois ou quatre jours; au
cinquiesme le bon chevalier luy dist : c Mon gentil-
homme, je vouldrois bien que me voulsissiez faire
mener seurement au camp du roy mon maistre, car
il m'ennuye desjà icy. — Gonunent, dist l'autre, en-
cores n'avons-nous point advisé de vostre rançon. —
De ma rançon ? dist le bon chevalier^ mais à moy de
la vostre, car vous estes mon prisonnier; et si depuis
que j'euz vostre foy me suis rendu à vous, ce a esté
pour me sauver la vie et non autrement. > Qui fut
bien estonné? ce fust le gentilhonune, car encores luy
dist plus le bon chevalier : c Ce fut ^ mon gentil-
homme ; où ne me tiendrez promesse, je suis asseuré
qu'en quelque sorte j'eschapperay, mais croyez après
que j'auray le combat à vous. > Ce gentilhomme ne
sçavoit que respondre, car il avoit assez ouy parler
du cappitaine Bayart, et de combat n'en vouloit pas ;
toutesfois il estoit assez courtoys chevalier, et enfin
dist : € Monseigneur de Bayart, je ne vous veulx faire
1. Ce fut, cela s'est passé ainsi.
360 HISTOIRE DE BAYART
que la raison ; j'en croiray les cappitaines. » Il fault
entendre qu'on ne sceut si bien celer le bon cheva-
lier qu'il ne feust sceu parmy le camp ; et sembloit
advis, à ouyr parler les ennerays, qu'ilz eussent gaigné
une bataille. L'empereur l'envoya quérir, et fut
mené à son logis, qui luy fist une grande et merveil-
leuse chère, en luy disant : « Gappitaine Bayart, mon
amy , j'ay très grant joye de vous veoir ; que pleust
à Dieu que j'eusse beaucoup de telz honmies que
vous ; je croy que avant qu'il feust guères de temps
je me sçaurois bien venger des bons tours que le roy
vostre maistre et les François m'ont faiz par le passé. >
Encore luy dist-il en riant : « Il me semble, monsei-
gneur de Bayart, que autresfois avons esté à la guerre
ensemble, et m'est advis qu'on disoit dans ce temps-
là que Bayard ne fuyoit jamais. > A quoy le bon che-
valier respondit : t Sire, si j'eusse fuy, je ne feusse
pas icy. > En ces entrefaictes arriva le roy d'Angle-
terre, à qui fist congnoistre le bon chevalier, qui luy
fist fort bonne chère et il luy fist la révérence conuue à
tel prince appartenoit. Si commencèrent à parler de
ceste retraicte, et disoit le roy d'Angleterre que
jamais n'avoit veu gens si bien fuyr et en si gros
nombre que les François qui n'estoient chassez que de
quatre à cinq cens chevaulx ; et en parloient en assez
povre façon l'eippereur et luy. « Sur mon ame ! dist
le bon chevalier, la gendarmerie de France n'en doit
aucunement estre blasmée, car ilz avoient exprès com-
mandement de leurs cappitaines de ne combatre
point, parce qu'on se doubtoit bien, si veniez au
combat, amèneriez toute vostre puissance, conune
avez fait, et nous n'avions ne gens de pied ny artille-
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 361
rie. Et jà sçavez, haulx et puissans seigneurs, que la
noblesse de France est renommée par tout le monde.
Je ne dis pas que je doive estre du nombre. —
Vrayement, dist le roy d'Angleterre, monseigneur de
Bayart, si tous estoient voz semblables, le siège que
j'ay mis devant ceste ville me seroit bicntost levé;
mais quoy que ce soit, vous estes prisonnier. —
Sire, dist le bon chevalier, je ne le confesse pas, et
en vouldrois bien croire l'empereur et vous. > Là
présent estoit le gentilhomme qui l'avoit amené et à
qui il s'estoit rendu depuis qu'il avoit eu sa foy. Si
compta tout le faict ainsi que cy-dessus est récité; à
quoy le gentilhomme ne contredit en riens, ains
dist : « Il est vray ainsi que le seigneur de Bayart le
compte. > L'empereur et le roy d'Angleterre se
regardèrent l'ung l'autre; puis commença à parler
l'empereur, et dist que à son oppinion le cappitaine
Bayart n'esloit point prisonnier, mais plustost le
seroit le gentilhomme de luy. Toutesfois, pour la
courtoysie qu'il luy avoit faicte, demoureroient quictes
l'ung envers l'autre de leur foy, et le bon chevalier
s'en pourroit aller quant bon sembleroit au roy d'An-
gleterre S lequel dist qu'il estoit bien de son oppi-
nion, et que s'il vouloit demourer six sepmaines sur
sa foy sans porter armes, que après luy donnoit
congé de s'en retourner, et que cependant il allast
veoir les villes de Flandres. De ceste gracieuseté
remercia le bon chevalier très-humblement l'empe-
reur et le roy d'Angleterre, puis s'en alla esbatre par
1. Suivant Ghampier, dont le récit (f. xLin) di£fôre sensible-
ment de celui du Loyal serviteur, Tempereur fixa la rançon de
Bayart à mille écus que celui-ci paya avant de rentrer en France.
362 HISTOIRE DE BAYART
le pays jusques au jour qu'il avoit promis. Le roy
d'Angleterre durant ce temps le fist praticquer pour
estre à son service, luy faisant présenter beaucoup
de biens ; mais il perdit sa peine, car son cueur estoit
du tout françois^ Or, fault entendre une chose que,
combien que le bon chevalier n'eust pas de grans
biens, homme son pareil ne s'est trouvé de son
temps qui ait tenu meilleure maison que luy ; et tant
qu'il fut es pays de l'empereur, la tint opulentement
aux Hennuyers et Bourgongnons. Et néantmoins que
le vin y soit fort cher, si ne leur faiUoit-il riens quant
ilz s'alloient coucher; et fut tel jour qu'il despendit
vingt escus en vin. Plusieurs eussent bien voulu qu'il
n'en feust jamais party ; toutesfois il s'en retourna en
France quant il eut achevé son terme , et fut conduit
et très bien accompaigné jusques à trois lieues du
pays de son maistre.
Quelques jours demourèrent l'empereur et le
roy d'Angleterre devant Théroenne, qui enfin se
rendit faulte de vivres ; et fut la composition : que
les cappitaines et gens de guerre sortiroient, vies
et bagues sauves, et que mal ne seroit faict aux
habitans de la ville, ni iceUe desmolie. Ce qu'on
promist aux gens de guerre fut bien tenu, mais
non pas à ceulx de la ville, car le roy d'Angleterre
i. Le roi d'Angleterre ne fut pas le seul prince qui chercha
à s'attacher Bayart : c Au retour de Garillan, écrit Ghampier,
le pappe JuUes II voulut faire capitaine de l'Église le noble che-
valier Bayard, mais oncques ne le voulut accepter; si respondit
qu'il remercioit le pappe de son bon vouloir grandement, mais
qu'il avoit on seigneur au ciel et on autre en terre. G'estoit Dieu
an ciel et le roy de France en terre et que autre ne serviroit en
ce monde. Dont fut très desplaisant le pappe Jules. >
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 363
fist abatre les murailles et mettre le feu en plusieurs
lieux, qui fut grosse pitié; toutesfois, depuis, les
François la remisrent en bonne ordre et plus forte
que jamais. De là levèrent leur siège Terapereur et le
roy d'Angleterre et Tallèrent planter devant la ville
de Tournay, qui se feust assez deffendue si les babi*
tans eussent voulu accepter le secours des François
qu'on leur vouloit bailler; mais ilz dirent qu'ilz se
defiendroient bien d'eulx-mesmes, dont mal leur en
print, car leur ville fut prinse et mise es mains du
roy d'Angleterre qui la fortifïia à merveilles. L'yver
estoit desjà avancé, parquoy fut l'armée rompue, et se
retira le roy d'Angleterre en son royaulme et l'empe-
reur en Almaigne. Pareillement le camp du roy de
France se defïist , et se logea l'on par les garnisons
sur les frontières de Picardie.
Il fault sçavoir une chose qui est digne d'estre
mis par escript; c'est que, durant le camp du
roy d'Angleterre et de l'empereur en Picardie, les
Suysses, ennemys pour lors du roy de France,
le seigneur du VergyS et plusieurs lansquenetz,
en nombre de bien trente mille honunes de guerre,
descendirent en Bourgongne, où gouverneur estoit
le vertueux seigneur de la Trimoille, qui pour
l'heure estoit au pays ; et pour n'avoir puissance à les
combatre aux champs, fut contrainct se retirer dedans
Dyjon, devant laquelle ville il espéroit arrester ceste
i. Guillaume de Vergi, seigneur de Vergi, baron de Bourbon-
Lanci, maréchal de Bourgogne, fils de Jean de Vergi et de Paule
de Miolans; il épousa Marguerite de Vergi, sa cousine, puis Anne
de Rochcchouart-Mortemart, et mourut en 1520.
364 mSTOIRE DE BÀYART
grosse armée, qui peu après y vint mettre le siège
en deux lieux, et icelluy assis, la canonnèrent furieu-
sement. Le bon seigneur de la Trimoille faisoit son
devoir en ce qui estoit possible, et luy-mesmes jour
et nuyt estoit aux rempars; mais quant il veit les
berches faictes, et si mal gamy de gens de guerre
qu'il estoit, congneut à l'œil que la ville s'en alloit
perdue, et par conséquent le royaaljn^» de France en
gros dangier, car si Dyjon eust esté prîns ilz feussent
allez jusques à Paris. Si fist secrètement traicter
avecques les Suysses, et leur fist faire plusieurs belles
remonstrances des biens et honneurs qu'ilz avoient
receuz de la maison de France, et qu'il espéroit qu'en
brief seroient encores amys plus que jamais, et que,
quant ilz entendroient bien leurs affîJres, la ruyne de
la maison de France estoit à leur grant désavantage.
Ilz entendirent à ces propos, et encores sur sauf-con-
duit furent d'accord qu'il allast parler à eulx, ce qu'il
fist; et si bien les mena et de si belles paroUes, aussi
moyennant certaine grosse sonmie de deniers qu'il
leur promist (pour seureté de laquelle leur baiUa pour
hostaiges son nepveu le seigneur de Maizières, le sei-
gneur de Rocbefort, filz du chancelier de France S et
plusieurs bourgeois de la ville) qu'ilz s'en retour-
1. René d*Anjou, sieur de Mézières, né en 1483, fils de Louis
d'Anjou et d'Anne de la Trémouille; il épousa Antoinette de
Ghabannes et mourut vers 1521.
Jean de Rochefort, seigneur de Pleuvant, baiiU de Dijon,
écuyer du roi, ambassadeur à Rome et à Venise, fils de Guy
de Rochefort, cliancelier de France, et de Marie Chambellan ; il
épousa Antoinette de Chàteauneuf et mourut en 1536.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 365
nèrent. De ceste composition fut blasmé ledit seigneur
de la Triraoille de plusieurs ; mais ce fut à grant tort,
car jamais homme ne fist si grant service en France
pour ung jour que quant il fist retourner les Suysses
de devant Dyjon; et depuis Ta-on bien congneu en
plusieurs manières ^ .
Le bon roy Loys douziesme, en ceste année mil
cinq cens et treize eut de terribles affaires, et
de ses alliez aussi , dont Tung des plus apparans
estoit le roy d'Escosse, qui en une bataille , cuydant
entrer en Angleterre, fut deffaict par le duc de
Norfort ^, lieutenant du roy d'Angleterre , et luy-
mesmes y fut tué. Or, quelque chose qu'il y eust, le
roy de France estoit tant aymé de ses subjectz que à
leur requeste Dieu luy ayda ; et combien que la plus-
part des princes d'Europe eussent juré sa ruyne, et
mesmement tous ses voisins, garda très-bien son
royaulme. Du partement de Picardie s'en retourna
par ses ^tites journées en la ville de Bloys, qu'il
aymoit fort parce qu'il y avoit prins sa naissance;
mais guères n'y séjourna que ung grant et irrépa-
rable mattieur luy advint, comme vous orrez.
1. Le traité conclu avec les Suisses par La Trémouille stipulait
que le roi de France renoncerait au Milanais, promettrait de ne
rien attenter contre le pape et donnerait quatre cent mille écus à
Farmée assaillante. Ce traité imposé à La Trémouille par les cir-
constances était tellement onéreux que Louis XU refusa absolu-
ment de le ratifier.
2. Thomas Howard, comte de Sutry, duc de Norfolk. Il vain-
quit à la bataille de Flodden , le 9 septembre 1513 , Jacques IV,
roi d'Ecosse, qui perdit la vie dans le combat. Il était fils de Jean
Howard et mourut en 1524 à Tâ^e de 70 ans.
366 HISTOIRE DE BAYART
CHAPITRE LVUI.
Du trespas de la magnanyme et vertueuse princesse
Anne^ royne de France et duchesse de Bretaigne. Du
mariage du roy Loys XII^ avecques Marie d'Angle-
terre^ et delà mort dudit roy Loys.
Le bon roy de France Louis XII*, après avoir passé
toutes ses fortunes en ceste année mil cinq cens et
treize et qu'il eut fait asseoir ses garnisons en Picar-
die, s'en retourna en sa ville de Bloys où il se vouloit
resjouyr quelque peu, mais le plaisir qu'il y pensoit
prendre luy tourna en grande douleur et tristesse;
car, environ le commencement de janvier, sa bonne
compaigne et espouse Anne, royne de France et
duchesse de Bretaigne, tumba malade fort grièvement,
car, quelques médecins que le roy son mary ny elle
eussent pour luy ayder à recouvrer santé, en moins
de huyt jours rendit l'ame à Dieu, qui fut dommage
nom-pareil pour le royaulme de France et dueil per-
pétuel pour les Bretons. La noblesse des deux pays y
fîst perte inestimable, car de plus magnanyme, plus
vertueuse, plus sage, plus libéralle ne plus acomplie
princesse n'avoit porté couronne de France depuis
qu'il y a eu tiltre de royne * . Les François et Bretons
ne plaignirent pas seuUement son trespas, mais es
1. Anne de Bretagne mourut le 13 février 1513. Dans la céré-
mooie des funérailles, Bayart marcha près du corps de la reine
(Godefroy, Cérémonial de France, 1619, p. 124).
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 367
Âlmaignes, Espaignes, Angleterre, Escosse, et en tout
le reste de l'Europe fut plaincte et plorée. Le roy son
mary ne donnoit pas les grans sommes de deniers de
paour de fouller son peuple, mais ceste bonne dame y
satisfaisoit ; et y avoit peu de gens de vertus en ses
pays à qui une fois en sa vie n'eust fait quelque pré-
sent. Pas n'avoit trente et huyt ans acomplis la gen-
tille princesse, quant cruelle mort en fist si grant
donunage à toute noblesse. Et qui vouldroit ses
vertus et sa vie descripre comme elle a mérité, il
fauldroit que Dieu fist ressusciter Gicero pour le latin
et maistre Jehan de Meung pour le françois, car les
modernes n'y sçauroient attaindre. De ce tant lamen-
table et très piteux trespas en fiit le bon roy Loys
si afQigé que huyt jours durant ne faisoit que lar-
moyer, souhaitant à toute heure que le plaisir de
Nostre-Seigneur feust luy aller tenir compaignie. Tout
le reconfort qui luy demoura, c'estoit que de luy et
de la bonne trespassée estoient demourées deux bonnes
et belles princesses, Claude et Renée, qui avoit envi-
ron trois ans. Elle fut menée à Sainct-Denys, et là
enterrée ; et luy fut fait son service tant audit Bloys
que audit lieu de Sainct-Denys, autant sollempnel qu'il
fut possible, plus de trois moys entiers par tout le
royaulme de France ; et par la duché de Bretaigne
n'eust-on ouy parler d'autre chose que de ce lacry-
mable trespas. Et croy certainement qu'il en sou-
vient encores à plusieurs ; car les grans dons, le doulx
recueil et gracieulx parler qu'elle faisoit à chascun la
rendront inmiortelle.
Environ le moys de may après, qu'on disoit mil
cinq cens et quatorze, épousa monseigneur François,
368 HISTOIRE DE BAYART
duc de Valois et d'Angolesme, prochain héritier de la
couronne, madame Claude, aisnée fille de France et
duchesse de Bretaigne, au lieu de Sainct-Germain-eo-
Laye.
En ladicte année, et environ le moys d^octobre,
par le moyen du seigneur de Longueville, luy estant
prisonnier, qui avoit traicté le mariage en Angle-
terre du roy Loys et de madame Marie, seur
audit roy d'Angleterre, fut icelle dame amenée à
Abbeville, où ledit seigneur l'espousa. Il n'avoit
pas grant besoing d'estre marié, pour beaucoup
de raisons et aussi n'en avoit-il pas grant vou-
loir; mais parce qu'il se voyoit en guerre de tous
costez, qu'il n'eust peu soustenir sans grandement
fouller son peuple, ressembla au pellican ; car, après
que la royne Marie eut fait son entrée à Paris, qui fut
fort triumphante, et que plusieurs joustes et tournois
furent achevez, qui durèrent plus de six sepmaines S
le bon roy, qui à cause de sa femme avoit changé
toute manière de vivre, car où il souloit disner à hujt
heures convenoit qu'il disnast à midy, où il se souloit
coucher à six heures du soir, souvent se couchoit à
minuyt, tumba malade à la fin du moys de décembre,
de laquelle maladie tout remède humain ne le peuh
garantir qu'il ne rendist son ame à Dieu le premier
de janvier ensuyvant, après lami-nuyct. Ce fut en son
i. Bayart prit part aux tournois donnés à l'entrée de la reine
Marie à Paris : le Livre des Joutes qui furent faictes à Paris à
Ventrée de la royne Marie d'Angleterre constate qu'il rompit dix
lances (Bibi. nation., Ms. Fr. 5103). Ses principaux adversaires
dans ces tournois furent Montmorency, Maugiron, Dampierre, la
Baume, Chandos, etc.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 369
vivant ung bon prince, saige et vertueux, qui maintint
son peuple en paix sans le fouUer aucunement fors que
par contraincle. Il eut en son temps du bien et du mal
beaucoup, parquoy il avoit ample congnoissance du
monde; plusieurs victoires obtint sur ses ennemys,
mais sur la fin de ses jours fortune luy tourna ung
peu son effrayé visaige. Le bon prince fut plainct et
ploré de tous ses subjectz, et non sans cause, car il
les avoit tenuz en paix et en grande justice, de façon
(|uc après sa mort et toutes louenges dictes de luy,
fut appelle père du peuple; ce tiltre luy fut donné à
bonne raison. Il n'avoit pasencores cinquante-six ans
quant il paya le tribut de nature. On le porta enterrer
à Sainct-Denys, avecques ses bons prédécesseurs, en
grans pleurs et criz, et au grant regret de ses subjectz.
Après luy succéda à la couronne Françoys, pre-
mier de ce nom, en Taage de vingt ans, beau
prince autant qu'il en y eust point au monde, lequel
avoit espousé madame Claude de France, fille aisnée
du roy son prédécesseur et duchesse de Bretaigne.
Jamais n'avoit esté veu roy en France de qui la no-
blesse s'esjouyst autant. Et fut mené sacrer à Reims,
acompaigné de tous ses princes, gentilzhommes et
officiers, dont il y avoit si grant nombre que c'est
quasi chose incroyable. Et fault dire que les logis
estoient pressez, car il n'y avoit grant, moyen ne
petit qu'ilz ne voulsissent estre de la feste.
CHAPITRE LIX.
Comment le roy de France Françoys , premier de ce
nom^ passa les montZj et comment il envoya devant
24
370 HISTOIRE DE BÀYÀRT
le bon okevaUer sans paaur et sans reprouche^ et de
la prinse du seigneur Prospre Coulanne par sa sulh
tilité.
Après le sacre du roy François, premier de ce nom,
et sa coaronne prinse à Sainct-Denys, s*en revint
faire son entrée à Paris, qui fut la plus gorgiase et
triumphante qu'on ait jamais tcu en France ; car de
princes, ducz, contes et gentilzhonunes en armes, y
avoit plus de mille ou douze cens. L'entrée fedcte, y
eut plusieurs joustes et toumoiz en ta rue Sainct-
Antoine, où chascun fist le mieulx qu'il peut. Ledit
seigneur s'y tint jusques après Pasques, où cependant
se traicta l'appoinctement de luy et de l'archeduc conte
de Flandres S moyennant le mariage de luy et de
madame Renée de France, belle-seur du roy. Il y fut
aussi fait d'aultres mariages, comme de madame
Marie d'Angleterre, lors vefve du feu roy Loys dou-
ziesme et douairière de France, avec le duc de Sof-
fort, messire Charles Brandon^, qui estoit fort aymé
du roy d'Angleterre, son maistre, et du conte de
Nansso à la seur du prince d'Orenge'. Le duc de
Bourbon fut faict connestable de France^, él environ le
i. Depuis empereur sous le nom de Gharles-Quint.
2. Charles Brandon, duc de Saffolk, avait accompagné Marie
lorsqu'elle vint en France épouser Louis XII ; lorsque cette prin-
cesse fut retournée en Angleterre après la mort du roi, elle épousa
secrètement Charles Brandon. Le roi Henri VIU, d'abord mé-
content de cette union, finit par la ratifier. La reine Marie mourut
en 1533.
3. Henri de Nassau épousa Philiberte, fille de Jean, prince
d'Orange.
4. Charles de Bourbon, fils de Gilbert, duc de Mofitpensier,
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 374
mois de may partirent de Paris, en Tan mil cinq
cens XY , et s'en Yindrent leurs belles petites journées
à Amboise, où le gentil duc de Lorraine^ espousa la
seur germaine dudit duc de Bourbon.
Durant toutes ces choses, faisoit le roi de
France secrètement préparer son voyage pour la
conqueste de sa duché de Milan, et peu à peu
envoyoit son armée vers le Lyonnois et le Daul-
phiné, où desjà estoit le bon chcYalier, lors son
lieutenant au pays, ouquel il estoit autant aymé
que s'il eust esté leur naturel seigneur. Or, comme
par cy-dcYant avez entendu en plusieurs passaiges,
tousjours en allant sur les énnemys estoit you«
lentiers le bon cheYalier mis devant, et au retourner
derrière, conrnie encores il fut en ce voyage; car il
fiit envoyé avecques sa compaignie et troys ou quatre
mille hommes de pied sur les confins du Daulphiné et
des terres du marquis de Saluées, lesquelles il avoit
toutes perdues, excepté ung chasteau appelle Ravel ^,
assez fort. Es places du marquis de Saluées y avoit
gros nombre de Suysses en garnison ; et mesmement
y faisoit résidence le seigneur Prospre Goulonne ^, lors
né en 1489, tné à l'assaut de Rome le 6 mai 1527, fut pourvu en
1515 de l'office de connétable; nommé gouverneur du Milanais,
il fat rappelé par suite des intrigues de Louise de Savoie, qui lui
disputait un héritage. Il ourdit alors une vaste conspiration qui
fut découverte, ce qui le força à se réfugier près de l'empereur.
1. Antoine, qui épousa Renée de Bourbon, sœur du conné-
table.
2. Revello, à une lieue de Saluces.
3. Prospero Golonna, duc de Trajetto, comte de Fondi^ fils
d'Antoine, prince de Balerne, épousa Isabelle Garaffia et mourut
en 1523.
372 HI8T0IRB DB BÀYART
lieutenant général du pape, qui tenoit tout le pays en
apatis^ et en faisoit ce qu'il vouloit. Fort bien estoit
acompaigné, comme de trois cens hommes d'armes
d'eslite, montez comme Sainct-George, et si avmt
quelques dievaulx iégiers. Le bon chevalier secrète-
ment sentoit^ par ses espies ouc|uel lieu ce seigneur
Prospre repairoit^ le plus souvent; et tant en enquist
qu'il congneut à la vérité que, s'il a voit puissance
pareille à la sienne, quant aux gens de cheval, il luy
feroit une mauvaise compaignie. Si en advertit le duc
de Bourbon, connestable de France, qui estoit à
Brianson ou Daulphiné, lequel le fist entendre au roy
qui desjà estoit à Grenoble pour parachever son
voyage. Et selon la demande que faisoit le bon che-
valier, furent soubdainement envoyez trois cappitaines
triumphans avec leurs bendes, les seigneurs de la
Palisse, d'Ymbercourt et d'Aubigny. H estoit venu
quelques bonnes nouvelles au bon chevalier, par-
quoy, par ung lieu appelle Dronyez^, descendit en la
playne du Pyémont, dont fut adverty ce seigneur
Prospre ; mais parce qu'il entendit qu'il n'avoit que
sa compaignie, n'en fist pas grosse estime, et disoit
souvent en son langaige : < Quoesto Bayardo a poi-
sato gly monte ^; de Vavro como uno pipione in la
gabbia. > De toutes ces parolles estoit bien adverty le
i. En apatis, à contribution.
2. Smtoit, entendait.
3. Repairoit, faisait sa résidence, se retirait
4. Dronero, province de Goni.
5. Pour : Questo Baiardo passato a gli monii : inpoco l'avro eonu
un pippione in gabbia. Nous avons cru devoir remplacer par des
points les mots ynanee poco de que donne le texte et qui n'ont
aucun sens.
PAR LE LOYia SE^iVITEUR. 373
bon chevalier, et aussi estoit acertené comment les
bons cappitaines marchoient pour parachever l'entre-
prise. Le seigneur de Moréte^ de la maison du Solier^
et ung sien cousin pymontois, s'enmesloient d'une
grande ruse et en faisoient très bien leur debvoir ; de
sorte que la chose feut conclute que Ton yroit trouver
le seigneur Prospre dedans la ville de GarmaignoUe,
en laquelle de nuyt on entroit par le chasteau, ouquel
on avoit intelligence, mais que les cappitaines fran-
çois feussent arrivez, qui ne séjournèrent guèrQfi,.f!t
se vindrent tous rendre en la plaine du Pymont, en
une petite ville dicte Saveillan^, en laquelle ilz trou-
vèrent le bon chevalier qui les receut au mieulx qu'il
peut. Bien leur dist : c Messeigneurs, il ne nous fault
pas reposer icy ; car si le seigneur Prospre scet vostre
arrivée, nostre entreprise s'en va rompue; car il se
retirera ou bien il appellera les Suysses à son secours,
dont il y a bon nombre à Pynerol et à Saluées. Je
suis d'advis que nous facions bien repaistre noz che-
vaulx ceste nuyt, et puis, au point du jour, nous
parachèverons nostre affaire. Il y a grosse eaue à
passer ; mais le seigneur de Morete que vecy présent,
scet ung gué où il nous mènera sans dangier. > Ainsi
fut la chose conclute, et s'en alla chascun reposer ung
petit , mais on regarda premier si riens failloit aux
chevaulx ; et quant se vint deux ou trois heures après
la my-nuyt, tout homme nionta à cheval sans grant
bruyt. Le seigneur Prospre estoit dedans Garmai-
1 . Charles de Solar, seigneur de Moretto.
2. Savigliano, à trois lieues de Saluces.
37& HISTOIRE DE BAYART
gDoIleS et avoit bien entendu par ses espies, que les
François estoient à la campaigne. 11 ne s'en efiBrayoit
guères, car pas ne cuydoit qu'il y eust autre oompaî-
gnie en la plaine que celle du bon chevalier, et n'es-
toit point délibéré de desloger de Carmaignolle, n'eust
esté que le soir, dont les François luy cuydoient
trouver le matin, il eut des nouvelles pour se retirer
à Pynerol, afBn d'entendre aux affaires, parce qu'on
sçavoit au vray que les François estoient aux passages.
Si deslogea non pas trop matin , et se mist à chemin
très bien en ordre pour s'en aller disner à une petite
villette à sept ou huit mille de là, appellée Ville-
franche^. Quant les François furent arrivez devant le
chasteau de Garmaignolle, parlèrent au castelan^, qui
leur dist conmient il n'y avoit pas ung quart d'heure
que le seigneur Prospre et ses gens estoient deslogei;
dont ilz furent si très marriz qu'on ne pourroit pen-
ser, et se misrent en conseil qu'ilz dévoient faire.
Les ungs vouloient aller après, autres faisoient des
doubtes; mais quant chascun eut parlé, le bon die-
valier dist : c Messeigneurs, puisque nous sommes si
avant, je suis d'advis que nous poursuyvons. Si nous
les rencontrons à la campaigne, il y aura beau hutio,
s'il ne nous en demoure quelcun. — Par Dieu ! dist le
seigneur d'Ymbercourt, oncques homme ne dist
mieulx. > Les seigneurs de la Palisse et d'Aubigny
n'allèrent pas k l'encontre, et commencèrent k mar-
cher ; mais devant envoyèrent, en habit dissimulé, le
1 . Carmagnola, à 6 lieues de Turin.
2. Villafranca^PiemofUe, dans le marquisat de 8aluoes.
3. Casteian, châtelain.
PAR LE LOYAL SEEVITBUR. 375
seigneur de Morete, pour entendre en quel estât
seroient leurs ennemys. Si fist si bonne diligence qu'il
sceut au vray que le seigneur Prospre et sa bende
disnoient à Villefranche. llz furent bien aises, et con-
clurent en leur affaire qui fut tel : c'est que le sei-
gneur d'Ymbercourt marcheroit devant, avec cent
archiers, et, uhg ject d'arc après, le suyvroit le bon
chevalier ^vec cent hommes d'armes ; et les seigneurs
de la Palisse et d'Aubigny yroient après, avec tout le
reste de leurs gens. Or entendez qu'il advint; le sei-
gneur Prospre avoit bonnes espies , et fut adverty en
allant à la messe, dedans ceste petite ville de Ville-
franche, que les François estoient aux champs en gros
nombre. Il fist response en son langage qu'il sçavoit
bien qu'il n'y avoit que le cappitaine Bayart et sa
bende, si les autres ne sont voilez par dessus les
montaignes. Ainsi qu'il retournoit de la messe, vin-
drent encores d'autres espies qui luy dirent : c Sei-
gneur, je vous advertyz que j'ay laissé près d'icy plus
de mille chevaulx des François, et vous viennent
trouver icy. > Il fut ung peu esbahy ; si regarda ung
gentilhomme des siens auquel il dist : c Prenez vingt
chevaulx et allez le chemin de Garmaignolle jusques à
deux ou trois mille d'icy et regardez si verrez riens
qui puisse nuyre. > Cependant il commanda au marés-
chal des logis de ses bendes qu'il fist sonner la trom-
pette et qu'il allast faire le Ic^is à Pynerol où il le
suyvroit, mais qu'il eust mangé ung morceau. Il fist
son commandement sur l'heure. Lies François mar-
choient tousjours, selon l'ordonnance cy devant dicte,
et approchèrent Villefranche d'environ mille et demy où
en sortant d'ung petit tailliz vont rencontrer ceulx que le
376 in8T0IRE DE BÀYART
seigneur Prospre envoyoit pour les desoouvrir. Les-
quelz quant ilz les advisèrent commencèrent à tourna
le doz et à bride abatue retourner devers Villefranche.
Le gentil seigneur d'Ymbercourt leur donna la chasse
à tire de cheval, et manda au bon chevalier, par ung
archer, qu'il se hastast. Il ne luy convint pas dire
deux fois. Avant que les gens du seigneur Prospre
eussent gaigné Villefranche, ou tout le moins ainsi qu*ilz
vouloient rentrer en la porte, les ataignit le seigneur
d'Ymbercourt qui commença à crier : c France!
France! » On voulut serrer la porte,, mais il les en
garda ti^nt qu'il peut, et y fist d'armes le possible,
sans estre blessé, fors ung peu au visaige. Cependant
va arriver le bon chevalier qui fist ung bruyt mer-
veilleux, en sorte qu'ilz gaignèrent la porte. Ce mares-
chal des logis qui jà estoit monté à cheval avecques
aucuns gens d'armes, et s'en cuydoit aller à Pynerol,
ouyt le bruyt ; si se va gecter en la place et se voulut
mettre en deffence, mais tout cela fut poussé par terre
et en fut tué une partie. Les seigneurs de la PaUsse
et d'Aubigny arrivèrent, qui misrent ^arde à la pre-
mière porte, et en allèrent garder une autre affin que
personne ne s'eschappast, car il n'y en a voit que ses
deux en la ville ; mais il ne fut possible de si bien les
garder que, par dessus la petite planchete qui est
joignant du pont leviz, ne se sauvassent deux Alba-
noys, qui, comme si tous les dyables les eussent em-
portez, coururent dire à une troppe de quatre mille
Suysses, qui n'estoient que à trois mille de là, le
meschief^ qui estoit advenu au seigneur Prospre,
1. Meschief, malheur.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 377
lequel cependant fut assaîlly en son logis où il disnoit
et se voulut deffendre comme homme de guerre qu'il
estoit ; mais quant il congneut que peu luy vauldroit
son effort et qu'il entendit les noms des cappitaines
qui estoient là assemblez, se rendit au plus grant
regret du monde, mauldissant sa fortune d'avoir ainsi
esté surpris, et que Dieu ne luy avoit fait ceste grâce
d'avoir trouvé les François aux champs. Le bon che-
valier oyans ces paroUes le réconfortoit le mieulx qu'il
povoit, en lui disant : t Seigneur Prospre, c'est l'heur
de la guerre! une fois perdre et l'autre gaigner. »
Mais tousjours y avoit-il meslé quelque mot joyeulx ;
et disoit encores : t Seigneur Prospre, vous souhaitez
nous avoir trouvez à la campaigne ; je vous prometz
ma foy que ne le devriez pas vouloir pour la moytié
de vostre bien, car à la fureur et ou talent de bien
combatre qu'estoient noz gens, eust esté bien diffi-
cille que vous, ne nulz des vostres feussiez eschappez
vifz. > Le seigneur Prospre respondoit froidement :
c J'eusse bien voulu, s'il eust pieu à Nostre Seigneur,
prendre sur ce hazard, l'adventure. »
Quant et le seigneur Prospre furent pris le conte Poli-
castreS PetreMorgant et Charles Gadamosto, lesquelz
estoient cappitaines des gens de guerre estans là, qui
furent aussi prisonniers. Et puis chascun se mist au
pillage, qui fut fort grant pour si petite compagnie, car
s'il eust esté bien mené on en eust tiré cent cinquante
mille ducatz. Et entre autres choses c'estoit ung
trésor des chevaulx qui y furent gaignez, où il y en
1. Frédéric Garaffa, comte de Policastro, lils de Jean Garaffa. U
mourut assassiné à Naples.
378 HISTOIRE DE BAYART
avoit six ou sept cens, dont les quatre cens estoient
de pris, tous coursiers ou chevaulx d'Espaigne. Et
a Ton depuis ouy dire au seigneur Prospre que ceste
prinse luy cousta cinquante mille escus, tant eo vais-
selle d'or et d'argent, argent monnoyé, que autres
meubles ^ . Les François n'eurent pas loysir de tout
1 . Arrivé [à Ambron, le roy] eut àdvertissement comme Pros-
père Golomie, grand capitaine romain qui estoit venu aTOC qoiiue
cens chevaux envoyés par le pape Léon au secours des Suisses,
estoit logé au pied des montagnes dans le Piedmont, ne se doub-
lant de rien, parce que les Suisses tenoient tous les destroits et
passages des montagnes. Mais il fut rapporté par quelques bons
guides qui estoient à messire Charles de Soliers, seigneur de Mo-
rette, qu'il y avoit un passage près de Rocque-Esparvière, auquel
les Suisses ne faisoient point de garde parce qu'on n*y avoit
jamais veu passer gens de cheval, et que par là on pourroit sor^
prendre ledict Prospère Colonne. Ledict rapport faict le roy des-
pescha le mareschal de Chabannes, le seigneur d'Imbercourt, le
seigneur d'Aubigny, le seigneur de Bayart, le seigneur de Bussy
d'Amboise et le seigneur de Montmorency, pour lors lieutenant
de la compagnie du grant maistre de Boisy, pour exécuter ladicte
entreprinse sous la conduicte dudit seigneur de Morette et de ses
guides. Ayant nos gens descendus à la plaine sans allarme furent
advertis que ledict Prospère et sa cavalerie estoient à YiUeneufve
de Soliers, parquoi prindrent leur chemin, auquel lieu anÎTé
trouvèrent qu'ils estoient allés à ViUefranche, qui est une petite
ville assise sur le Pau à deux milles de là... Le seigneur d'Imber*
court, qui avoit charge des coureurs, arriva à la porte de Ville*
franche sur l'heure du disner; quelques-uns estans dedans k ville
voyans approcher lesdicts gens de cheval coururent fermer las
portes, mais deux hommes d'armes dudict d'Lnbercourt, l'un
nommé Beauvais le Brave, Normant, et l'autre Hallancourt, Pi-
card, donnèrent contre la porte à bride abbatue de cul et de teste,
de sorte que iceluy Hallancourt du choq de son cheval tomba dans
les fossés. Si est-ce qu'il esbranla ceux qui vouloient fermer U
porte, tellement que Beauvais eut loysir de jetter sa lance dedans
la porte et empescha qu'elle ne peust soudain estre fermée, car
incontinant arriva le seigneur d'Imbercourt, lequel Hiettant pied
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 379
emporter, car nouvelles vindrent que les Suysses,
devers lesquelz ses deux Albauoys estoient allez, mar-
eboient le grant trot et estoient desjà bien près ; si
furent entre eulx-mesmes conseillez d'eulx mettre au
retour, et sonna la trompette à ceste fin. Ghascun
prist le meilleur de son butin, misrent leurs prison-
niers devant eulx, puis s'en retournèrent ; et comme
ilz sortoient par une porte, les Suysses entroient par
Tautre , mais les ungs estoient à pied et les autres à
cheval qui ne s'en soucyoient guères. Ce fut une des
belles entreprinses qui deux cens ans devant eust esté
faicte, et le seigneur Prospre qui se ventoit qu'il
prendroit le bon chevalier comme le pyjon dedans
la caige, eut le contraire sur luy-mesmes, et tout par
la vigilance d'icelluy bon chevalier.
Le roy de France estoit desjà par les montaignes où
jamais n'avoit passé armée , et eut les nouvelles de
ceste belle deffaicte à la montaigne de Sainct-Pol ^ ,
dont il fut joyeulx à merveilles ; si fut toute sa com-
paignie. Or n'est-il riens si certain que la prinse de
Prospre Goulonne fist moult de service aux François ;
car sans cela se feust trouvé à la bataille qui fut quel-
que temps après , et par son moyen s'i feussent trou-
vez tous les Espaignolz et le reste de l'armée du
•
à terre força la porte. Pendant ce temps arriva le mareschal de
Ghabannes et tout le reste et entrèrent tous à cheval dedans la
ville où fut surpris ledit Prospère Ooloone estant à table... Ge
foict, nos gens craignant les Suisses, qui estoient à Gosny, avec
leurs prisonniers et chevaulx se retirèrent à Fossan (Du Bellay,
liv. I). On trouve des détails peu différents sur cette affaire, qui
se passa le 15 août 1515, dans Marillac (Vie du connétable de
Bourbon), Ghampier (fol. xlviii) et Aymar du Rivail (fol. 559).
1. Saint- Paul-sur- Ubaye (Basses^ Alpes).
380 HISTOIRE DE BÀYART
pape, qui eulx assemblez eussent fait nombre de
mille hommes d'armes, qui estoient pour faire- de
Tennuy et de la fascherie, dont on se passa bien.
CHAPITRE LX.
De la bataille que le roy de France FrgatçoiSy premier
de ce nom, eut contre les Suysses à la conqueste
de sa duché de Milan j où il demoura victorieux;
et comment, après la bataille gaignée, voulut estre
fait chevalier de la main du bon chevalier sans paour
et sans reprouche.
Le roy de France, qui fut bien joyeulx de la prinse
du seigneur Prospre, aussi a voit-il raison, marcha
avecques son armée le plus légièrement qu*il peut;
et vint par dedans le Pymont à Thurin, où le duc
de Savoye, son oncle, le receut honnestement. Les
Suysses qui s'estoient mis sur les passages, quant
ilz sceurent la prinse du seigneur Prospre et la
rotte de sa bende, les habandonnèrent et se reti-
rèrent vers Milan, où ilz furent tousjours poursuyviz.
Quelque propos d'appoinctement se mist sus \ et le
tenoit Ton quasi conclud ; parquoy le duc de Gueldres^,
alyé et tousjours loyal serviteur de la maison de
France, lequel avoit amené une troppe de dix mille
i . Se mist sus, survint.
2. Charles d'Egmont, duc de Gueldre, fils d'Adolphe d'Egmont
et de Catherine de Bourbon; il épousa Elisabeth de Brunswick
et mourut sans postérité en 1538.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 381
lansqueDetz au service du roy, s'en retourna en ses
pays, mais il laissa ses gens à son nepveu le seigneur
de Guyse ^ , frère de ce gentil prince le duc de Lor-
raine, et à ung sien lieutenant qu'on appelloit le cappi-
taine Miquel. Ce propos continua tousjours que Tap*
poinctement se feroit, tant que l'armée du roy
approcha à douze ou quinze mille de Milan, où s'es-
toient retirez les Suysses avecques se bon prophète
le cardinal de Syon, qui toute sa vie a esté ennemy
mortel des François, comme encores bien le monstra
à ceste fois ; car néantmoins que le seigneur de Lau-
trec feust allé porter les deniers à Galezas pour satis-
faire au pourparlé appoinctement, ung jeudy au soir
prescha si bien ses Suysses et leur remonstra tant de
choses que, comme gens désespérez, sortirent de
Milan et vindrent ruer sur le camp du roy de France^.
Le connestable duc de Bourbon qui menoit l'avant-
garde, se mist en ordre incontinent, et advertit le
roy qui se vouloit mettre au soupper; mais il laissa
là, et s'en vint droit, vers ses ennemys qui estoient
desjà meslez à l'escarmouche, qui dura longuement
devant qu'ilz feussent au grant jeu. Le roy de France
avoit gros nombre de lansquenetz , et voulurent faire
1. Claude de Lorraine, duc de Guise, fils de René et frère
d'Antoine, tous deux ducs de Lorraine. li naquit en 1496, épousa
Antoinette de Bourbon et mourut en 1550.
2. Oh avait offert aux Suisses sept cent mille écus s'ils vou-
laient retourner dans leur pays; ce traité était accepté et Lautrec
portait la somme promise lorsque les Suisses, changeant d'avis
après une vigoureuse harangue du cardinal de Sien, attaquèrent
l'armée française et furent même sur le point de s'emparer de
Lautrec et de l'argent dont il était porteur. La bataille de Mari-
gnan eut lieu les 13 et 14 septembre 1515.
382 HISTOIRE DE BÀYART
une hardiesse de passer ung fossé pour aller trouver
les Suysses, qui en laissèrent passer sept ou huyt
rencs, puis les vous poussèrent de sorte que tout ce
qui estoit passé fut gecté dedans le fossé, et furent fort
effrayez lesditz lansquenetz. Et n'eust esté le seigneur
de Guyse qui résista à merveilles et enfin fut laissé
pour mort, le duc de Bourbon, connestable, le gentil
conte de Sainct-PoP, le bon chevalier et plusieurs
autres, qui donnèrent au travers de ceste bende des
Suysses, ilz eussent fait grosse fascherie, car il esloit
jà nuyt, et la nuyt n'a point de honte. Par la gendar-
merie de Tavant-garde fut le soir rompue ceste bende
de Suysses, où une partie d'environ deux mille vint
passer viz-à-viz du roy qui gaillardement les chargea;
et y eut lourt combat, de sorte qu'il iîit en gros
dangier de sa personne, car sa grant buffe y fut per-
cée à jour d'ung coup de picque. 11 estoit desjà si tard
que l'on ne voyoit pas l'ung l'autre, et furent con-
trainctz pour ce soir les Suysses se retirer d'ung
costé et les François d'ung autre, et se logèrent
comme ilz peurent ; mais je croy bien que chascuD
ne reposa pas à son ayse. Et y prist aussi bien en gré
la fortune, le roy de France, que le moindre de ses
souldars , car il demeura toute la nuyt à cheval comme
les autres.
Il fault sçavoir une chose du bon chevalier sans
paour et sans reprouche, qui fut bien estrange
et très dangereuse pour luy. A la dernière charge
1. François de Bourbon, comte de Saint-Fol, grand-onde da
Henri IV, fils de François de Bonrbon et de Marie de Lnzem-
bourg, comtesse de Saint -Fol. Il épousa Adrienne d'Estoote-
ville et mourut en 1545.
PAR LE LOYAL SBRVITBUR. 383
qu'on flst sur les Sujsses le soir, il estoit monté
sur ung gaillart coursier qui estoit le second, car
à la première charge luy en fut tué ung entre ses
jambes. Ainsi qu'il voulut donner dedans, fut tout
enferré de picques, de façon que sondit cheval fut
desbridé. Quant il se sentit sans frain, se mist à la
course, et en despit de tous les Suysses ne de leur
ordre passa tout oultre , et eroportoit le bon cheva-
lier droit en une autre troppe de Suysses, n'eust esté
qu'il rencontra en ung champ de seps de vigne qui
tiennent d'arbre en arbre, où il par force s'arresta.
Le bon chevalier Ait bien effrayé, et non sans cause,
car il estoit mort sans nul remède s'il feust tumbé
entre les mains des ennemys. Il ne perdit toutesfoyes
point le sens, mais tout doulcement se descendit et
gecta son armet et ses cuyssotz, et puis le long des
fossez, à quatre beaulx piedz, se retira à son oppi-
nion vers le camp des François, où il oyoit crier
€ France ! > Dieu luy fîst la grâce qu'il y parvint sans
dangier ; et encores, qui mieulx fat pour luy, c'est
que le premier honune qu'il trouva fut le gentil duc
de Lorraine, l'ung de ses maistres, qui fat bien
esbahy de le veoir ainsi à pied. Si luy fîst ledit
duc incontinent bailler ung gaillart cheval qu'on nom-
moit le Carmariy dont luy-mesmes autresfois luy
avoit fait présent, et fat gaigné à la prinse de Bresse ;
et à la journée de Ravenne fut laissé pour mort , et
en descendit le bon chevalier, parce que il avoit deux
coups de pique aux flancs et en la teste plus de vingtz
coups d'espée ; mais le lendemain quelc'un le trouva
qu'il paissoit, et commença à bannir; parquoy fut
ramené au logis du bon chevalier, qui le fîst guarir ;
38i HISTOIRE DE BÀYART
mais c'estoit une chose non croyable que de son faict,
car comme une personne se laissoit coucher et mettre
tentes en ses playes sans remuer aucunement. Et
depuis, quant il voyoit une espée, couroit l'empoigner
à belles dens ; ne jamais ne fut veu ung plus hardy
cheval, et y feust Bucifal, celluy de Alexandre. Quoy
que ce soit, le bon chevalier fut bien joyeulx de se
veoir eschappé de si gros dangier et remonté sur ung
si bon cheval ; mais il luy faschoit qu'il n'avoit point
d'armet, car en telz afiSures fait moult fort dangereux
avoir la teste nue. Il ad visa ung gentilhomme fort son
amy, qui faisoit porter le sien à son paige, auquel il
dist : c J'ay paour de me morfondre pour ce que
j'ay sué d'avoir si longuement esté à pied; je vous
prie, faictes-moy bailler vostre armet, que vostre
homme porte, pour une heure ou deux. > Le gentil-
homme, qui ne pensoit pas à ce que le bon chevalier
entendoit, le luy fist bailler, dont il fut bien ayse, car,
depuis ne le laissa que la bataille ne feust fînye, qui
fut le vendredy environ dix ou unze heures.
Car dès le point du jour, les Suysses voulurent recom-
mencer, et vindrent droit à l'artillerie des François, dont
ilz furent bien serviz. Toutesfois, jamais gens ne comba-
tirent mieulx, et dura l'affaire trois ou quatre bonnes
heures ; enfin furent rompuz et deffaictz, et en mourut
sur le camp dix ou douze mille. Le demourant, en
assez bon ordre, le long d'ung grant chemin se reti-
rèrent à Milan, où ilz furent conduytz à coups d'es-
pée, tant par les François que par le cappitaioe
général de la seigneurie de Venise, messire Bartbe-
lomé d'Alvyano, qui peu devant estoit arrivé avecques
le secours des Véniciens, et y perdit, en une charge
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 385
qu'il fist, deux ou trois cappitaines, entre lesquelz
fut le filz du conte Petilano ^ . Les François y firent
grosse perte, car du jeudy ou du vendredy moururent
François monsieur de Bourbon, le gentil cappitaine
Ymbercourt, le comte de Sanxerre et le seigneur de
Mouy, et y furent blessez le prince de Talmont^ et le
seigneur de Bucy, dont depuis moururent.
Le roy se mist en conseil pour veoir si Ton poursuy-
vroit les Suysses ou non. Plusieurs furent de diverses
oppinions ; enfin il fut advisé pour le mieulx que on les
lai/^seroit aller, car on en pourroit bien avoir à faire
le temps advenir. Le jour qu'ilz deslogèrent du camp
demourèrent à Milan, et le lendemain en partirent
tirans en leurs pays; ilz furent poursuyviz de quel-
ques gens ; mais non pas à l'extrémité, car si le roy
eust voulu, ne s'en feust pas sauvé ung. Le soir du
vendredy, dont fina la bataille à l'honneur du roy de
France, fut joye démenée parmy le camp, et en parla
Ton en plusieurs manières , et s'en trouva de mieulx
faisans les ungs que les autres; mais sur tous fut
trouvé que le bon chevalier par toutes les deux jour-
nées s'estoit monstre tel qu'il avoit acoustumé es
autres lieux où il avoit esté en pareil cas. Le roy le
voulut grandement honorer, car il print l'ordre de
1. Ghiapino Orsini, fils naturel de Nicolas Orsini, comte de
Petigliano et de Noie.
2. Charles du Bueil, comte de Sancerre, fils de Jacques du
Bueil.
Jean de Mouy, seigneur de la Meilleraye, qui portait la cornette
blanche.
Charles de la Trémouille, prince de Talmont, fils de Louis de
la Trémouille et de Gabrielle de Bourbon; il épousa Louise de
Coêtivi, comtesse de Taillebourg.
25
386 mSTOIRE DE BAYART
chevalerie de sa main; il avoit bien raison, car de
meilleur ne l'eust sceu prendre ^ Le seigneur Maxi-
milian Sforce^, qui occupoit la duché, comme son
père le seigneur Ludovic avoit fait autresfois, demourt
ou chasteau de Milan, où on mistle siège, mais guères
1. Le roi avant de créer les chevaliers appella le noble chevar
lier Bayard, si luy dist : « Bayard, mon amy, je veulx que
anjourd'liuy soye faict chevalier par voz mains pour ce que le
chevalier qui a combatu à pied et à cheval en plusieurs batailles
entres tous aultres est tenu et réputé le plus digne chevalier... »
Aulx parolles du roy respond Bayard : a Sire, celluy qu'est cou-
ronné, loué et oing de l'uyle envoyé du ciel et est roy d'un si
noble reaulme, le premier fils de l*Église, est chevalier sur tous
aultres chevaliers. » Si dist le roy : « Bayard, despeschez-vous. » '
Alors print son espée Bayard et dict : « Sire, autant vaille que si
estoit Roland ou Olivier, Godefroy ou Baudoin son frère. Certes,
vous estes le premier prince que oncques fist chevalier; Dieu
veuille que en guerre ne preniez la fuyte. » Et puys après par
manière de jeu il cria aultement l'espée en la main dextre : • Tu
es bien heureuse d'avoir aujourd'huy à ung si beau et puissant
roy donné l'ordre de chevalerie. Certes, ma bonne espée, vous
serez moult bien comme reliques gardée et sur toutes aultres
honnorée et ne vous porteray jamais si ce n'est contre Turcs,
Sarrasins ou Mores. » Et puys fist deulx saults et après remist
au fourreau son espée (Ghampief, fol. xlix).
Finito conflictu rex a Bayardo fieri miles voluit et de
more, ipsius Francisci régis humeros ter nudo ense percuasit et
licet in castris essent Carolus, dux Borbonius conestabilis, et Ven-
docinensis comes, ac Sabaudiae, Ferrarras que duces et fere omnes
GallioD et Italiœ principes ac proceres quorum intererat regem
creare militem, hoc tamen honore Franciscus Bayardum ob insi-
gnem ejus virtutem donavit (Ou Rivail, p. 561).
Paul Jove (Vie de Gonsalve de Cardoue, lib. Il et V) et Du
Bellay (Mémoires, l. I) racontent également le même fait avec peu
de différences.
2. Maximilien Sforce, fils de Ludovic le More et de Béatrix
d'Esté, né en 1491, s'empara un instant du Milanais, mais bientôt
fut obligé de se remettre entre les mains du roi de France. Il
mourut à Paris en 1530, sans alliance.
PAR LE LOYAL 88RTITEUR. 387
ne demoura qu'il ne se rendist, et luy fîit faiete com-
position dont il se contenta; et s'en allèrent ceulx qui
estoient dedans^ leurs bagues saufVes.
Je laisseray à parler de tout ce qui advint en deux
moys, mais ou moys de décembre alla le roy de
France visiter le pape en la cité de Boulongne, qui luy
fist gros recueil. Hz eurent devis ensemble de plu-^
sieurs choses dont je n'empescheray ^ aucunement
ceste histoire.
CHAPITRE LXI.
De plusieurs incidences qui advindrent en France,
Ytalie et Espaigne^ en V espace de trois ou quatre
ans.
Au retour de Bolongne, le roy de France vînt à
Milan, où après avoir laissé le duc de Bourbon, con-
nestable de France, son lieutenant général, s'en
retourna en Ses pays ; et alla droit en ProuVénce, où*
il trouva sa bonne et loyalle espouse et madame sa
mère, qu'il avoit à son partement laissée régente en
son royaulme.
Vers ceste saison trespassa Ferrande, roy d'Ar-
ragon^, qui en son vivant a eu de belles et grosses
victoires. Il estoit vigilant, cault et subtil, et ne
1. Empescher, encombrer.
2. Ferdinand le Catholique mourut le 13 janvier 4516 d'une
hydropisie causée par un philtre que lui avait fait prendre Ger-
maine de Foix, sa seconde femme.
388 HISTOIRE DE BAYART
trouve Ton guères d'histoires qui faœnt mention
qu'on l'aye trompé en sa vie; ains durant icelle
augmenta merveilleusement les biens de son succes-
seur. Le seigneur Julian de Médicis, qu'on appella duc
de Modène, frère du pape Léon, alla aussi de vie à
trespas^ Il eut espouse la duchesse de Nemours,
fille de Sjavoye et tante du roy de France.
L'empereur Maximilian, desplaisant de la belle vic-
toire qu'avoit eue le roy de France sur les Suysses et de ce
qu'il a voit conquesté sa duché de Milan, assembla gros
nombre de lansquenetz et quelques Suysses des cantons
de Zuric et de la ligue Grise et s'en vint en personne
oudit duché de Milan, où, pour la grosse puissance
qu'il avoit, le connestable ne fut pas conseillé de
l'attendre à la campaigne , et se retira avecques son
armée dedans la ville de Milan, où peu de jours après
luy vindrent huyt ou dix mille Suysses de secours.
Quoy voyant par l'empereur, qui estoit le plus sous-
peçonneux homme du monde, se retira en ses pays.
Il n'eust pas grant honneur en son entreprinse, et le
connestable y acquist gros renom ^. Le bon chevalier
fist plusieurs courses sur les Âlmans et en print de
i . Julien de Médicis, duc de Nemours, gonfalonnier et lieute-
nant général des armées du pape, fils de Laurent de Médicis et de
Clarisse Orsini. Frère du pape Léon X, il épousa Philiberte de
Savoie, sœur de Louise de Savoie, mère de François I, et mourut
en 1516.
2. Les dix mille Suisses qui vinrent rejoindre l'armée française
retourneront dans leur pays après avoir touché leur solde, mais
sans avoir pris part à aucun engagement. Cependant l'em-
pereur,, eflfrayé de leur seule arrivée, rebroussa chemin en toute
hâte. Peu après, le connétable fut rappelé en Franco à son grand
déplaisir et remplacé par Lautrec.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 389
prisonniers beaucoup, mais jamais n'en avoit que la
picque et la dague ^
L'année ensuyvant, Jehan, roy de Navarre, qui
en avoit été spolié par Ferrande, roy d'Arragon,
alla de vie à trespas^. Oudit an, environ le moys
de juillet, fiit faict certain appoinctement entre le
roy de France et le roy de Gastille, Charles, para-
vant archiduc d'Âustriche, moyennant le mariage
de luy et de Loyse, fille aisnée de France ; il fut con-
clud en la ville de Noyon, mais il ne dura guères. Je
ne feray nul discours dudit traicté, car il est assez
escript ailleurs'. Environ le moys d'octobre fut donné
le pardon de la croisade en France par le pape Léon,
dont il sortit beaucoup de scandalles et de mocqueries
à l'occasion des prédicateurs, qui disoient beaucoup
plus que la bulle ne portoit.
Le dernier jour de février mil cinq cens dix sept,
la bonne, sage et très parfaicte royne de France,
Claude, accoucha de son premier filz, Françoys,
daulphin du Yiennoys, en la ville d'Amboise, qui
fut gros esjouyssement par tout le royaulme de
France. Et entre autres villes, celle d'Orléans fist
merveilles ; car durant ung jour entier y eut devant
la maison de la ville deux fontaines qui gectoient
vin cleret et blanc, et par ung petit tuyau sortoit
de l'ypocras, auquel beaucoup de gens après qu'ilz
en avoient tasté, se tenoient. Le daulphin fut bap-
1. C'est-à-dire qu'ils étaient trop pauvres pour payer rançon.
2. Jean d'Albret mourut le 17 juin 1516.
3. Deux traités entre François I et Gharles-Quint furent, à
cette occasion, conclus à Noyon les 43 août et 29 septembre 1516.
390 HISTOIRE DE BAYART
Usé en ladicte ville d'AmboiseS et furent parrains
pape Léon (mais son nepveu, le magnifioque Laurens
de Médicis, le tint pour luy), le duc de Lorraine, et
madame la duchesse d'Alençon% commère. Il y fut
fait fort grosse chère. Ce seigneur Laurens de Médicis
en ce temps espousa une des filles de Boulongne et
l'emmena en Ytaiie, mais elle n'y vesquit guères ne
luy après elle ; tputesfois d'eulx deux est demourée
une fille ^.
L'an mil cinq cens dix*neuf , alla de vie à trespas
l'empereur Maximilian^, qui mist beaucoup de gens
en peine. Il avoit esté en son vivant de bonne nature,
libéral autant que le fut jamais prince , et s'il eust
esté puissant de biens, eust achevé beaucoup de
choses, mais il estoit povre selon son cueur. Le filz
de son filz, Charles, roy des Espaignes, ftit esleu
empereur après luy.
CHAPITRE LXII.
Comment messire Robert de la Marche fist quelqws
1. François, dauphin, duc de Bretagne, naquit le 28 février
1517, et mourut le 10 août 1536.
2. Marguerite d'Orléans, fille de Charles d'Orléans, comte
d'Angoulème, et de Louise de Savoie, épousa Charles de Bour^
bon, duc d'Alençon, se remaria en 1527 avec Henri d'Albret, roi
de Navarre, et mourut en 1549.
3. Laurent II de Médicis épousa en 1513 Madelaine de la Tour-
Boulogne, qui mourut en 1519. Il mourut lui-même le 4 mai
de la même année, ne laissant qu'une fille, qui fut Catherine de
Médicis.
4. Le 12 janvier.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 391
ctmrses sur les pays de Pesleu empereur, qui dressa
grosse armée^ et ce qu'il en advint.
Peu de temps après, ne sçay qui en donna le con-
seil, le seigneur de Sedan, qu'on nomme messire
Robert de la Marche, qui pour lors estoit au service
du roy de France, fist quelques courses sur les pays
de Fesleu empereur, qui commença à lever grosse
année, et telle qu'il fut maistre et seigneur de la
campaigne. Les chiefz de son armée estoient le conte
de Nansso^ et ung autre cappitaine Francisque^, gail-
lart homme à la guerre, et avoit bon crédit parmy
les compaignons. Ilz estoient bien en nombre, tant
de cheval que de pied, quarante mille honmies ou
plus. Durant cest affaire, le roy de France et ledit
esleu empereur estoient en paix, et ne demandoient
riens l'ung à l'autre; parquoy l'armée des Âlmans
tira droit aux places dudit seigneur de Sedan, et en
furent les aucunes assiégés et deffendues. Toutesfois
enfin s'en perdirent quatre, c'est à savoir : Floranges,
Buillon, Loigne et Messancourt, et peu de gens eschap-
pèrent vifz desdictes places. Ledit seigneur de Sedan
estoit dedans sa place de Sedan, qui est quasi impre-
1. Henri de Nassau-Dillembourg, né en 4483, fils de Jean III
et d'Elisabeth de Hesse; il mourut en 1538 après s'être marié
trois fois.
2. Frantz de Sickingen, fils de Schweicbart, grand maréchal
du Palatinat et de Marguerite de Hohemburg. Il naquit en 1481,
épousa Hedwige de Flersheim et mourut en 1523 d'une blessure
reçue au siège de Landstahl. Albert Durer Ta représenté sous les
traits du Chevalier de la Mort, dans la célèbre gravure de ce nom ;
Goethe en a fait un des personnages de son drame de Goètz de
Berlichingen.
392 HISTOIRE DE BAYART
nable; parquoy fut exempte de siège. Et pareille-
ment ceulx qui estoient dedans une de ses autres
places nommée Jamais ^
Le roy de France, deuement acertené de ceste
grosse armée qui costoyoit sa conté de Gham-
paigne, eut doubte qu'on luy jouast quelque finesse.
Si envoya son beau-frère, le duc d'Alençon^, avec-
ques quelque nombre de gens d'armes sur la fron-
tière, et tira jusques à Reims. Les Âlmans usoient
d'une subtilité pour parvenir à leurs atlainctes; car
ilz ne prenoient riens es pays du roy de France sans
bien payer, et faisoit semer parmy son camp le conte
de Nansso que l'empereur son maistre le luy avoit
ainsi enchargé, comme délibéré de demourer tous-
jours en l'amytié qu'il avoit avecques France. Ce
néantmoins, sans faire autrement sommation de
guerre, s'en vint planter le siège devant une petite
ville appellée Mozon^, de laquelle estoit gouverneur
et cappitaine le seigneur de Montmor^, grant-escuyer
de Bretaigne pour le roy de France ; et avoit quelques
i. Jameti (Ardennes).
2. Charles de Bourbon, duc d'Alençon, gouverneur de Cham-
pagne, Perche et Normandie, pair de France, fils de René de
Bourbon et de Marguerite de Lorraine, épousa Marguerite d'Or-
léans et mourut en 1525.
3. Le siège de Mouzon commença le 21 août 1521. On trou-
vera à l'appendice les lettres échangées à cette occasion par les
capitaines français et allemands.
4. Louis de Hangest, s' de Montmor et Chaleranges, grand
écuyer de Bretagne, capitaine de 30 lances, fils de Jean de Han-
gest et de Marie d'Amboise. Sa conduite à propos du siège de
Mouzon fut discutée; les uns l'accusèrent d'impéritie ou de
lâcheté, les autres le plaignirent de n'avoir pas pu se faire obéir
de ses soldats. Voir à l'appendice plusieurs lettres à ce sujet.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 393 "
geDS de pied avecques sa compaignie en la ville, qui
n'estoit guères bien munye d'artillerie ny de vivres,
et qui pis est les compaignies qui estoient dedans ne
se trouvèrent pas du vouloir de leur cappitaine et
gouverneur, qui délibéroit jusques à la mort garder
la ville ; et quelques remonstrances qu'il sceust faire
aux gens de pied, se trouva en dangier dedans et
dehors ; parquoy, pour éviter plus gros inconvénient,
rendit la ville, leurs vies saufves. On en murmura en
beaucoup de sorte, et disoient aucuns que le cappi-
taine ne s'estoit pas bien porté ; mais les gens d'hon-
neur et de vertu congneurent bien qu'il ne se povoit
faire autrement, et qu'il n'avoit pas tenu audit sei-
gneur de Montmor qu'il n'estoit mort sur la berche ;
car si tous ceulx qui estoient avec luy eussent esté
de son cueur, les Âlmans ne fussent pas tirez plus
oultre. Or, la ville de Mozon rendue si soubdaine-
ment donna quelque tiltre d'esbahyssement aux Fran-
çois, qui ne pensoient jamais que l'empereur eust
voulu rompre la trefve. Toutesfois en telles choses le
souverain remède est de prompte provision. On
regarda que Maizières estoit la plus prochaine ville,
après Mozon, et qu'il failloit entendre à la garder et
deflFendre ; car si elle se perdoit, la Ghampaigne s'en
alloit en mauvais party. Le roy de France en fut
adverty, lequel manda soubdainement qu'on envoyast
le bon chevalier sans paour et sans reprouche dedans
ladicte ville de Maizières, et qu'il ne congnoissoit
homme en son royaulme en qui il se fiast plus;
davantage que son espoir estoit qu'il la garderoit si
bien et si longuement que sa puissance seroit assem-
blée pour résister aux surprinses que l'empereur luy
39i msToms de bayàbt
vouloit faire. De ce commandemeot n'eust pas voulu
tenir le bon chevalier sans paour et sans reprouche
cent mille escuz, car tout son désir estoit de faire
service à son maistre et d'acquérir honneur. Il s'en
alla gecter dedans Maizières, avecques le jeune sei-
gneur de Montmorency^ et quelques autres jeunes
gentilzhonmies qui de leur gré Tacompaignèrent, et
d'ung nombre de gens de pied, soubz la charge de
deux jeunes gentilzhonmies, l'ung nonuné le cappî-
taine Boncal, de la maison de Reffuge, et l'autre le
seigneur Montmoreau.
CHAPITRE LXIII.
Comment le bon chevalier sans paour et sans reprouche
garda la ville de Maizières contre la puissance de
V empereur y où il aequist gros honneur.
Quant le bon chevalier fut entré dedans Maizières,
trouva la ville assez mal en ordre pour attendre siège,
ce qu'il espéroit avoir du jour à lendemain. Si voulut
user de diligence, qui en telle nécessité passe tout sens
1. Bayart, Anne de Montmorency, futur connétable de France,
Jacques de Silly, bailli de Gaen, Jean d*Albret, seigneur d'Orral,
Pierrepont, Boncal, Antoine de Glermont, Guigo Guiffrey de
Boutières, François de Sassenage, Montmoreau, etc., entrèrent
dans Mézières les premiers jours du mois d'août. On trouvera à
Tappendice des lettres de Bayart, du duc d'Alençon, de d'Orval
et de Chàtillon donnant dea renseignements détaillés sur la. coin*
position de la garnison et les travaux de fortification auxquels
elle se livra avec une extrême ardenr en attendant l'arrivée de
Tennemi.
PAR LE LOYAL SKRVITEUR. 395
humain, et commença à faire ramparer jour et nuyt,
et n'y avoit homme d'armes ny homme de pied qu'il
ne mist en besongne ; et luy mesmes pour leur donner
coMrage, y travailloit ordinairement et disoit aux
compaignons de guerre : c Gomment, Messieurs, nous
sera-il reprouché que par nostre faulte ceste ville
soit perdue, veu que nous sommes si belle compai-
gnie ensemble et si gens de bien. Il me semble que
quant nous serions en ung pré, et que devant nous
eussions fossé de quatre piedz, que encores comba-
trions-nous ung jour entier avant que estre deffaietz.
Et Dieu mercy ! nous avons fossé, muraille et ram-
part, où je croy, avant que les ennemys mettent le
pied, beaucoup de leurs compaignies dormiront aux
fossez. » Br^, ildonnoittel courage à ses gens qu'ilz
pensoient tous estre en la meilleur et plus forte place
du monde.
Deux jours après fut le siège assis devant Mai-
zières en deux lieux, l'ung deçà de l'eaue et l'autre
delà. L'ung des sièges tenoit le conte Francisque, qui
avecques kiy avoit quatorze ou quinze mille honmies,
et en l'autre estoit le conte de Nansso avec plus de
vingt mille. Le lendemain du siège lesditz conte de
Nansso et seigneur Francisque envoyèrent ung hèrault
devers le bon chevalier, pour luy remonstrer qu'il
eust à rendre la ville de Maizières, qui n'estoit pas
tenable contre leur puissance, et que, pour la grande
et louable chevalerie qui estoit en luy, seroient mer--
veilleusement desplaisans s'il estoit prins d'assault,
car son honneur grandement en amoindriroit, et par
adventure luy cousteroit-il la vie ; et qu'il ne failloit
que ung malheur en ce monde venir à ung homme
3m
poÊT taire QHbfier toos les beaolx £uctz qu'il aaroit
maa a an en soo ^i^ant; et qœ, là où fl vouklroit
entendre a raiisQn, iny feroient a boonc oompositîoo
cpi '3 âe derercit oontenter. Ptosieors autres beaulx
prepo» iBT a««lèrent par ce héranlt, qui, après aToir
este ouT et i»en enfcefidn par ie bon dievalier, se
print a sonbzrire et oe cipnnrnrfai conseil pour res-
pondre à honnne vivant ; mais lont soubdain luy dist :
€ Son amy, je m'eabays de fai graeienseté que me font
et présentent monseignenr^ de Xansso et le seignair
Francisque^ considéré que jamais n'euz praticque ny
\ GongnoissanGe aveeqnes eulx, et ilz ont si
grant paour de ma personne. Hà*ault, mon amy,
vnos vous en retoum^n^ et leur direz : que le roy
mon maistre avoit beancoop pins de sufiBsaos person-
nages en son royaulme qœ moy pour envoyer garder
Geste ville qui vous Eut firontière ; mais, puisqu'il m'a
Sût cest honneur de s'^en fier en moy, j'espère,
avecques fayde de Xostre-Seigneur, la luy conserver
ai longuement qn^ii ennoyra beaucoup plus à * voz
maistres d^estre an siège qne à moy d'estre assiégé ;
et cpe je ne sms plus enfant qu'on estonne de
paroUes. » Si commanda qu'on festoya fort bien le
bérauit^ et cpi'on le nnst bors de la ville. Il s'en
retourna au camp et rapporta la responce que le bon
chevalier hiy avoit tucte, qui ne fut guères plaisante
aux seigneurs, en présence desquelz estoit ung cap-
pitaine nommé Grant-Jdian Picart^, qui toute sa vie
avoit esté au service des roys de France en Ytalie, et
!. Se print, Bayart se prit.
^. Le texte porte par erreur nî$sseiçneurs.
3. Voyez sur ce personnage le chapitre xxxm, p. 160.
PAR LE LOYAL SERYITEUft. 397
mesmement où le bon chevalier avoit eu charge, qui
dist tout hault adressant sa parolle au conte de Nansso
et au seigneur Francisque : c Messeigneurs, ne vous
attendez pas, tant que vive monseigneur de Bayart,
d'entrer dedans Maizières ; je le congnois, et plusieurs
fois m'a mené à la guerre , mais il est d'une condition
que, s'il avoit les plus couars gens du monde en sa
compaignie, il les fait hardis. Et sachez que tous ceubc
qui sont avecques luy mourront à la berche, et luy le
premier, devant que nous mections le pied dedans la
ville; et quant à moy je vouldrois qu'il y eust deux
mille hommes de guerre davantage et sa personne n'y
feust point. » Le conte de Nansso respondit : c Gap-
pitaine Grant-Jehan , le seigneur de Bayart n'est de
fer ny d'acier nem plus que ung autre ; s'il est gentil
compaignon, qu'il le monstre, car devant qu'il soit
quatre jours, je luy feray tant donner de coups de
canon qu'il ne sçaura de quel costé se tourner. —
Or, on verra que ce sera, dist le cappitaine Grant-
Jehan, mais vous ne l'aurez pas ainsi que vous en-
tendez. » Ces paroi les cessèrent et ordonnèrent le
conte de Nansso et seigneur Francisque leurs bateries
chascun en son endroit et de faire tous les effbrs
qu'on pourroit pour prendre la ville ; ce qui fut fait,
et en moins de quatre jours , il fut tiré plus de cinq
mille coups d'artillerie ^ ; ceulx de la ville respondoient
1. Tjes péripéties du siège de Mézières sont décrites dans
Du Bellay {Mémoires^ 1. I), 8. Champier (f. l), Aymar du Rivail
(p. 567).
Ce fut surtout dans les derniers jours de Tinvestisscment que
les ennemis firent contre la ville un feu terrible. Voir à Tappen-
dice la lettre que Robert de la Marck écrit à ce sujet.
Dans le cours même du siège, le roi de France témoigna son
396 msTomE de bayart
pour faire oublier tous les beaulx faictz qu'il auroit
menez à fin en son vivant; et que, là où il vouldroit
entendre à raison, luy feroient si bonne composition
qu'il se deveroit contenter. Plusieurs autres beaulx
propos luy mandèrent par ce hérault, qui, après avoir
esté ouy et bien entendu par le bon chevalier, se
print ^ à soubzrire et ne demanda conseil pour res-
pondre à homme vivant ; mais tout soubdain luy dist :
c Mon amy, je m'esbays de la gracieuseté que me font
et présentent monseigneur^ de Nansso et le seigneur
Francisque, considéré que jamais n'euz praticque ny
grande congnoissance avecques eulx, et ilz ont si
grant paour de ma personne. Hérault, mon amy,
vous vous en retournerez, et leur direz : que le roy
mon maistre avoit beaucoup plus de sufiisans person-
nages en son royaulme que moy pour envoyer garder
ceste ville qui vous fait frontière ; mais, puisqu'il m'a
fait cest honneur de s'en fier en moy, j'espère,
avecques l'ayde de Nostre-Seigneur, la luy conserver
si longuement qu'il ennuyra beaucoup plus à * voz
maistres d'estre au siège que à moy d'estre assiégé ;
et que je ne suis plus enfant qu'on estonne de
paroUes. » Si commanda qu'on festoya fort bien le
hérault, et qu'on le mist hors de la ville. Il s'en
retourna au camp et rapporta la responce que le bon
chevalier luy avoit faicte, qui ne fut guères plaisante
aux seigneurs, en présence desquelz estoit ung cap-
pitaine nonmié Grant-Jehan Picart^, qui toute sa vie
avoit esté au service des roys de France en Ytalie, et
1. Se print, Bayart se prit.
2. Le texte porte par erreur messeigneurs,
3. Voyez sur ce personnage le chapitre xxxin, p. 160.
PAR LE LOYAL SERVITEUft. 397
mesmement où le bon chevalier a voit eu charge, qui
dist tout hault adressant sa parolle au conte de Nansso
et au seigneur Francisque : c Messeigneurs, ne vous
attendez pas, tant que vive monseigneur de Bayart,
d'entrer dedans Maizières ; je le congnois, et plusieurs
fois m'a mené à la guerre , mais il est d'une condition
que, s'il avoit les plus couars gens du monde en sa
compaignie, il les fait hardis. Et sachez que tous ceubc
qui sont avecques luy mourront à la berche, et luy le
premier, devant que nous mections le pied dedans la
ville ; et quant à moy je vouldrois qu'il y eust deux
mille hommes de guerre davantage et sa personne n'y
feust point. » Le conte de Nansso respondit : c Gap-
pitaine Grant-Jehan , le seigneur de Bayart n'est de
fer ny d'acier nem plus que ung autre ; s'il est gentil
compaignon, qu'il le monstre, car devant qu'il soit
quatre jours, je luy feray tant donner de coups de
canon qu'il ne sçaura de quel costé se tourner. —
Or, on verra que ce sera, dist le cappitaine Grant-
Jehan, mais vous ne l'aurez pas ainsi que vous en-
tendez. » Ces paroi les cessèrent et ordonnèrent le
conte de Nansso et seigneur Francisque leurs bateries
chascun en son endroit et de faire tous les effbrs
qu'on pourroit pour prendre la ville ; ce qui fut fait,
et en moins de quatre jours , il fut tiré plus de cinq
mille coups d'artillerie * ; ceulx de la ville respondoient
1. Les péripéties du siège de Mézières sont décrites dans
Du Bellay {Mémoires^ 1. I), 8. Champier (f. l), Aymar du Rivail
(p. 567).
Ce fut surtout dans les derniers jours de l'investissement que
les ennemis firent contre la ville un feu terrible. Voir à l'appen-
dice la lettre que Robert de la Marck écrit à ce sujet.
Dans le cours même du siège, le roi de France témoigna son
396 HISTOIRE DE BAYART
pour faire oublier tous les beaulx faictz qu'il auroit
menez à fin en son vivant; et que, là où il vouldroit
entendre à raison, luy feroient si bonne composition
qu'il se deveroit contenter. Plusieurs autres beaulx
propos luy mandèrent par ce Hérault, qui, après avoir
esté ouy et bien entendu par le bon chevalier, se
print ^ à soubzrire et ne demanda conseil pour res-
pondre à homme vivant ; mais tout soubdain luy dist :
c Mon amy , je m'esbays de la gracieuseté que me font
et présentent monseigneur^ de Nansso et le seigneur
Francisque, considéré que jamais n'euz praticque ny
grande congnoissance avecques eulx, et ilz ont si
grant paour de ma personne. Hérault, mon amy,
vous vous en retournerez, et leur direz : que le roy
mon maistre avoit beaucoup plus de suffîsans person-
nages en son royaulme que moy pour envoyer garder
ceste ville qui vous fait frontière; mais, puisqu'il m'a
fait cest honneur de s'en fier en moy, j'espère,
avecques l'ayde de Nostre-Seigneur, la luy conserver
si longuement qu'il ennuyra beaucoup plus à * voz
maistres d'estre au siège que à moy d'estre assiégé ;
et que je ne suis plus enfant qu'on estonne de
parolles. » Si commanda qu'on festoya fort bien le
hérault, et qu'on le nust hors de la ville. Il s'en
retourna au camp et rapporta la responce que le bon
chevalier luy avoit faicte, qui ne fut guères plaisante
aux seigneurs, en présence desquelz estoit ung cap-
pitaine nommé Grant-Jehan Picart^, qui toute sa vie
avoit esté au service des roy s de France en Ytalie, et
1. Se print, Bayart se prit.
2. Le texte porte par erreur messeigneurs,
3. Voyez sur ce personnage le chapitre xzxm, p. 160.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 397
mesmement où le bon chevalier avoit eu charge, qui
dist tout hault adressant sa parolle au conte de Nansso
et au seigneur Francisque : c Messeigneurs, ne vous
attendez pas, tant que vive monseigneur de Bayart,
d'entrer dedans Maizières ; je le congnois, et plusieurs
fois m'a mené à la guerre , mais il est d'une condition
que, s'il avoit les plus couars gens du monde en sa
compaignie, il les fait hardis. Et sachez que tous ceulx
qui sont avecques luy mourront à la berche, et luy le
premier, devant que nous mections le pied dedans la
ville ; et quant à moy je vouldrois qu'il y eust deux
mille hommes de guerre davantage et sa personne n'y
feust point. > Le conte de Nansso respondit : c Gap-
pitaine Grant-Jehan , le seigneur de Bayart n'est de
fer ny d'acier nem plus que ung autre ; s'il est gentil
compaignon, qu'il le monstre, car devant qu'il soit
quatre jours, je luy feray tant donner de coups de
canon qu'il ne sçaura de quel costé se tourner. —
Or, on verra que ce sera, dist le cappitaine Grant-
Jehan, mais vous ne l'aurez pas ainsi que vous en-
tendez. » Ges paroi les cessèrent et ordonnèrent le
conte de Nansso et seigneur Francisque leurs bateries
chascun en son endroit et de faire tous les effors
qu'on pourroit pour prendre la ville ; ce qui fut fait,
et en moins de quatre jours , il fut tiré plus de cinq
mille coups d'artillerie * ; ceulx de la ville respondoient
i. Les péripéties du siège de Mézières sont décrites dans
Du Bellay {Mémoires^ 1. I), 8. Champier (f. l), Aymar du Rivail
(p. 567)."
Ce fut surtout dans les derniers jours de l'investissement que
les ennemis firent contre la ville un feu terrible. Voir à l'appen-
dice la lettre que Robert de la Marck écrit à ce sujet.
Dans le cours même du siège, le roi de France témoigna son
396 HISTOIRE DE BAYART
pour faire oublier tous les beaulx faictz qu'il auroit
menez à fin en son vivant; et que, là où il vouldroit
entendre à raison, luy feroient si bonne composition
qu'il se deveroit contenter. Plusieurs autres beaulx
propos luy mandèrent par ce Hérault, qui, après avoir
esté ouy et bien entendu par le bon chevalier, se
print ^ à soubzrire et ne demanda conseil pour res-
pondre à homme vivant ; mais tout soubdain luy dist :
c Mon amy, je m'esbays de la gracieuseté que me font
et présentent monseigneur ^ de Nansso et le seigneur
Francisque, considéré que jamais n'euz praticque ny
grande congnoissance avecques eulx, et ilz ont si
grant paour de ma personne. Hérault, mon amy,
vous vous en retournerez, et leur direz : que le roy
mon maistre avoit beaucoup plus de suffîsans person-
nages en son royaulme que moy pour envoyer garder
ceste ville qui vous fait frontière ; mais, puisqu'il m'a
fait cest honneur de s'en fier en moy, j'espère,
avecques l'ayde de Nostre-Seigneur, la luy conserver
si longuement qu'il ennuyra beaucoup plus à * voz
maistres d'estre au siège que à moy d'estre assiégé ;
et que je ne suis plus enfant qu'on estonne de
parolles. » Si commanda qu'on festoya fort bien le
hérault, et qu'on le mist hors de la ville. Il s'en
retourna au camp et rapporta la responce que le bon
chevalier luy avoit faicte, qui ne fut guères plaisante
aux seigneurs, en présence desquelz estoit ung cap-
pitaine nommé Grant-Jehan Picart^, qui toute sa vie
avoit esté au service des roys de France en Ytalie, et
1. Se print, Bayart se prit.
2. Le texte porte par erreur messeigneurs,
3. Voyez sur ce personnage le chapitre xzxm, p. 160.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 397
mesmement où le bon chevalier avoit eu charge, qui
dist tout hault adressant sa paroUe au conte de Nansso
et au seigneur Francisque : c Messeigneurs, ne vous
attendez pas, tant que vive monseigneur de Bayart,
d'entrer dedans Maizières; je le congnois, et plusieurs
fois m'a mené à la guerre , mais il est d'une condition
que, s'il avoit les plus couars gens du monde en sa
compaignie, il les fait hardis. Et sachez que tous ceulx
qui sont avecques luy mourront à la berche, et luy le
premier, devant que nous mections le pied dedans la
ville; et quant à moy je vouldrois qu'il y eust deux
mille hommes de guerre davantage et sa personne n'y
feust point. > Le conte de Nansso respondit : c Gap-
pitaine Grant-Jehan , le seigneur de Bayart n'est de
fer ny d'acier nem plus que ung autre ; s'il est gentil
compaignon, qu'il le monstre, car devant qu'il soit
quatre jours, je luy feray tant donner de coups de
canon qu'il ne sçaura de quel costé se tourner. —
Or, on verra que ce sera, dist le cappitaine Grant-
Jehan, mais vous ne l'aurez pas ainsi que vous en-
tendez. > Ces parolles cessèrent et ordonnèrent le
conte de Nansso et seigneur Francisque leurs bateries
chascun en son endroit et de faire tous les effors
qu'on pourroit pour prendre la ville ; ce qui fut fait,
et en moins de quatre jours , il fut tiré plus de cinq
mille coups d'artillerie * ; ceulx de la ville respondoient
i. Les péripéties du siège de Mézières sont décrites dans
Du Bellay {Mémoires^ 1. I), 8. Champier (f. l), Aymar du Rivail
(p. 567).
Ce fut surtout dans les derniers jours de l'investissement que
les ennemis firent contre la ville un feu terrible. Voir à l'appen-
dice la lettre que Robert de la Marck écrit à ce sujet.
Dans le cours même du siège, le roi de France témoigna son
396 HISTOIRE DE BAYiOlT
pour faire oublier tous les beaulx faictz qu'il auroit
menez à fin en son vivant; et que, là où il vouldroit
entendre à raison, luy feroient si bonne composition
qu'il se deveroit contenter. Plusieurs autres beaulx
propos luy mandèrent par ce Hérault, qui, après avoir
esté ouy et bien entendu par le bon chevalier, se
print ^ à soubzrire et ne demanda conseil pour res-
pondre à homme vivant ; mais tout soubdain luy dist :
c Mon amy, je m'esbays de la gracieuseté que me font
et présentent monseigneur^ de Nansso et le seigneur
Francisque, considéré que jamais n'euz praticque ny
grande congnoissance avecques eulx, et ilz ont si
grant paour de ma personne. Hérault, mon amy,
vous vous en retournerez, et leur direz : que le roy
mon maistre a voit beaucoup plus de suffisans person-
nages en son royaulme que moy pour envoyer garder
ceste ville qui vous fait frontière; mais, puisqu'il m'a
fait cest honneur de s'en fier en moy, j'espère,
avecques l'ayde de Nostre-Seigneur, la luy conserver
si longuement qu'il ennuyra beaucoup plus à * voz
maistres d'estre au siège que à moy d'estre assiégé;
et que je ne suis plus enfant qu'on estonne de
parolles. » Si commanda qu'on festoya fort bien le
hérault, et qu'on le mist hors de la ville. Il s'en
retourna au camp et rapporta la responce que le bon
chevalier luy a voit faicte, qui ne fut guères plaisante
aux seigneurs, en présence desquelz estoit ung cap-
pitaine nonmié Grant-Jehan Picart^, qui toute sa vie
avoit esté au service des roys de France en Ytalie, et
1 . Se print, Bayart se prit.
2. Le texte porte par erreur messeigneurs,
3. Voyez sur ce personnage le chapitre xxxin, p. 160.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 397
mesmement où le bon chevalier avoit eu charge, qui
dist tout hault adressant sa parolle au conte de Nansso
et au seigneur Francisque : c Messeigneurs, ne vous
attendez pas, tant que vive monseigneur de Bayart,
d'entrer dedans Maizières ; je le congnois, et plusieurs
fois m'a mené à la guerre , mais il est d'une condition
que, s'il avoit les plus couars gens du monde en sa
compaignie, il les fait hardis. Et sachez que tous ceulx
qui sont avecques luy mourront à la berche, et luy le
premier, devant que nous mections le pied dedans la
ville ; et quant à moy je vouldrois qu'il y eust deux
mille hommes de guerre davantage et sa personne n'y
feust point. > Le conte de Nansso respondit : c Gap-
pitaine Grant-Jehan , le seigneur de Bayart n'est de
fer ny d'acier nem plus que ung autre ; s'il est gentil
compaignon, qu'il le monstre, car devant qu'il soit
quatre jours, je luy feray tant donner de coups de
canon qu'il ne sçaura de quel costé se tourner. —
Or, on verra que ce sera, dist le cappitaine Grant-
Jehan, mais vous ne l'aurez pas ainsi que vous en-
tendez. > Ces parolles cessèrent et ordonnèrent le
conte de Nansso et seigneur Francisque leurs bateries
chascun en son endroit et de faire tous les effors
qu'on pourroit pour prendre la ville ; ce qui fut fait,
et en moins de quatre jours , il fut tiré plus de cinq
mille coups d'artillerie ^ ; ceulx de la ville respondoient
i. Les péripéties du siège de Mézières sont décrites dans
Du Bellay (Mémoires^ 1. I), 8. Champier (f. l), Aymar du Rivail
(p. 567).'
Ce fut surtout dans les derniers jours de l'investissement que
les ennemis firent contre la ville un feu terrible. Voir à Tappen-
dice la lettre que Robert de la Marck écrit à ce sujet.
Dans le cours même du siège, le roi de France témoigna son
308 mSTOIRE DE BAYiOlT
fort bien selon rartillerie quMlz avoient, mais du
camp de Francisque se faisoit grant dommage en b
ville parce qu'il estoit logé sur ung hault et batoît
beaucoup plus à son ayse que ne faisoit le conte de
Nansso.
Le bon chevalier, combien qu'il feust tenu ung
des plus hardis honmies du monde, avoit bien une
autre chose en luy autant à louer, car c'estoit ung
des vigillans et subtilz guerroyeurs qu'on sceu
trouver. Si advisa en soy-mesmes conune il pourroit
trouver moyen de faire repasser l'eaue au seigneur
Francisque, car de son camp estoit-il fort dommage.
Si fist escripre unes lettres à messire Robert de la
Marche, qui estoit à Sedan, lesquelles estoient en
ceste substance' : c Monseigneur mon cappitaine, je
croy qu'estes assez adverty comme je suis assiégé en
ceste ville par deux endrois, car d'ungcosté est le conte
de Nansso, et deçà la rivière le seigneur Francisque.
Il me semble que puis demy an m'avez dit que voulez
trouver moyen de le faire venir au service du roy
contentement aux défenseurs de Mézières par une lettre que Ton
trouvera également à l'appendice.
1 . Nous ferons remarquer que le Loyal serviteur est le seul des
auteurs contemporains qui ait parlé de cette ruse de guerre em-
ployée par Bayart. Champier lui-même, panégyriste souvent exa-
géré de son héros et généralement bien informé, n'en dit pas un
mot. La levée du siège de Mézières doit être attribuée non pas
seulement à cette lettre de Bayart, mais à la défense acharnée
des assiégés, aux préparatifs considérables du roi de France pour
les secourir, à la saison froide qui s'approchait et à la jalousie
qui n'avait pas tardé à éclater entre les deux chefs de Tannée
impériale. Le siège fut levé le 27 septembre; depuis quelques
jours déjà on prévoyait ce résultat. Voir à l'appendice une lettre
du bâtard de Savoie sur ce sujet.
PAR LE LOYAL SIRVITEUR. 399
nostre maistre, et qu'il estoit votre al jé. Pource qu'il a
bfuyt d'estre très gentil galant, je le désirerois à
merveilles ; mais si vous oognoissez que cela se puisse
conduyre, vous ferez bien de le sçavoîr de luy, mais
plustost aujourd'huy que demain. S'il en a le vouloir,
j'en seray très ayse , et s'il l'a autre, je vous advertiz
que, devant qu'il soit vingt et quatre heures, luy et tout
ce qui est en son camp sera mis en pièces ; car à
trois petites lieues d'icy viennent coucher douze mille
Suysses et huyt cens honunes d'armes, et demain à la
pointe du jour doivent donner sur son camp, et je
feray une saillye de ceste ville par ung des costez, de
façon qu'il sera bien habille homme s'il se sauve. Je
vous en ay bien voulu advertir, mais je vous prie que
la chose soit tenue secrète. » Quant la lectre fut
escripte, prist ung paysant auquel il donna ung escu,
et luy dist : t Va-t'en à Sedan, il n'y a que trois
lieues d'icy, porter ceste lectre à messire Robert, et
luy dis que c'est le cappitaine Bayart qui luy envoyé. >
Le bon honune s'en va iwontinent. Or sçavoit bien
le bon chevalier que impossible seroit qu'il passast
sans estre pris des gens du seigneur Francisque,
comme il fut, avant qu'il feust à deux gectz d'are de
la ville. Incontinent fut amené devant ledit seigneur
Francisque, qui luy demanda où il alloit. Le povre
honmie eut belle paour de mourir, aussi estoit-il en
grant dangier, si dist : c Monseigneur, le grant cap^
pitaine qui est dedans nostre ville m' envoyé à Sedan
porter unes lettres à messire Robert, > que le bon
homme tira d'une boursette où il l'avoit mise. Quant
le seigneur Francisque tint ceste lettre^ l'ouvrit et
commença à lire ; et (ut bien esbahy quant *il eut veu
400 HISTOIRE DE BAYÀRT
le contenu. Si se commença à doubler que par envye
le conte de Nansso luy avoit fait passer Teaue affin
qu'il feust deffaict, car auparavant y avoit eu quelque
peu de picque entre eulx, parce que icelluy seigneur
Francisque ne vouloit pas bien obéyr au conte. A
grant peine eut-il achevé de lyre la lectre qu*il com-
mença à dire tout hault : c Je congnois bien à ceste
heure que monseigneur de Nansso ne tasche que à
me perdre, mais, par le sang Dieu ! il n'en sera pas
ainsi. > Si appella cinq ou six de ses plus privez et leur
déclaira le contenu en la lectre, qui furent aussi
estonnez que luy. II ne demanda point de conseil
mais fait sonner le tabourin et à l'estandart, charger
tout le bagaige et se mist au passage de Teaue. Quant
le conte de Nansso ouyt le bruit, fut bien estonné,
et envoya sçavoir que c'estoit par ung gentilhomme,
lequel, quant il arriva, trouva le camp du seigneur
Francisque en armes. Il s'enquist que c'estoit. On luy
dist qu'il vouloit passer du costé du conte de Nansso.
Le gentilhonune le luy alla dire; dont il fut bien
esbahy, car en ceste sorte se levoit le siège de devant
la ville. Si envoya ung de ses plus privez dire au sei-
gneur Francisque qu'il ne remuast point son camp que
premier n'eussent parlé ensemble, et que s'il le faisoit
autrement, ne feroit pas bien le service de son
maistre. Le messagier luy alla dire sa charge, mais
Francisque, tout esmeu et courroucé, luy respondit :
c Retournez dire au conte de Nansso, que je n'en
feray riens, et que à son appétit je ne demoureray
pas à la boucherie. Et s'il me veult garder de loger
auprès de luy, nous verrons par le combat à quy
demourera le camp, à luy ou à moy. > Le gentil-
VAK LE LOYAL SERVITEUR. 401
homme du conte de Nansso s'en retourna, et luy dist
ce qu'il avoit ouy de la bouche du seigneur Francisque.
Jamais homme ne fut si esbahy qu'il fut ; toutesfois
pour n'estre point surpris, fîst mettre tous ses gens en
bataille. Cependant passèrent les gens du seigneur
Francisque, et eulx passez, se misrent pareillement en
bataille ; et à les veoir sembloit qu'ilz voulsissent com-
batre les ungs les autres, et sonnoient tabourins impé-
tueusement. Le povre honmie qui avoit porté la lectre
à l'occasion de laquelle c'estoit élevé ce bruit, ne sçay
conmie Dieu le voulut, eschappa, eî s'en retourna
bien esbahy, comme ung honmfie qui pensoit estre
eschappé de mort, dedans Maizières devers le bon
chevalier, auquel il alla faire ses excuses, disant qu'il
n'avoit peu aller à Sedan, qu'on l'avoit pris en che-
min, et mené devant le seigneur Francisque qui avoit
veu ses lectres, et que incontinent s'estoit deslogé.
Le bon chevalier se prist à rire à plaine gorge , et
congneut bien que sa lectre l'avoit mis en pensement.
Il s'en alla sur le rampart avecques quelque gentilz-
honmies, et veit ses deux camps en bataiUe l'ung
devant l'autre, c Par ma foy, dist-il, puisqu'ilz ne
veullent conmiencer à combatre, je vois* moy-mesmes
commencer. > Si fist tirer cinq ou six coups de canon
au travers des ennemys, qui, par gens lesquelz
allèrent d'ung costé, puis d'autre, se rapaisèrent et
se logèrent. Le lendemain troussèrent leurs quilles,
et levèrent le siège sans jamais y oser donner assault,
et tout pour la crainte du bon chevalier. Si tost ne
i. Vois, vais.
26
402 HISTOIRE DR BAYART
se fist pas la paix du costé du coiite de Nansso et du
seigneur Francisque, car plus de huyt jours furent
sans loger ensemble ; et s'en alla Francisque vers la
Picardie, du costé de Guyse, mettant le feu partout,
et plus hault marchoit le conte de Nansso ; mais peu
après se rapaisèrent et furent amys.
Ainsi, par la manière que dessus avez ouy, fut levé le
siège de devant Maizières, où le bon chevalier sans paour
et sans reprouche acquist couronne de laurier ^ ; car bien
qu'on ne livrast nul assault, il tint les ennemys trois
sepmaines durant en aboy^. Pendant lequel tems, le
roy de France leva grosse armée, et assez puissante
pour combatre ses ennemys, et vint luy-mesmes en
personne dedans son camp, où le bon chevalier luy
alla faire la révérence, et en passant reprist la ville
de Mozon. Le roy son maistre luy fist recueil mer-
veilleux, et ne se povoit saouUer de le louer devant
tout le monde. Il le voulut honnestement récom-
pencer du grant et recommandable service qu'il luy
venoit fipeschement de faire. Il le fist chevalier de soo
ordre, et luy donna cent hommes d'armes en chef;
puis marcha après ses ennemys, qu*il expulsa hors de
ses pays, et les chassa jusques dedans Yalencieimes,
i . On trouvera à l'appendice la lettre circulaire adressée par le
roi aux parlements à l'occasion du siège de Mézières et une autre
lettre de la reine Louise de Savoie où elle parle avec les plus
grands éloges de Bayart et de Montmorency et des récompenses qui
leur sont destinées. En ce qui concerne Bayart, ces promesses ne
reçurent pas d'exécution et il ne retira de son fait d'armes que
Fordre de Saint-Michel, beaucoup d'honneur et la jalousie des
courtisans.
2. Tenir en aboy, tenir en suspens.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 403
OÙ le bon chevalier se porta, ootnme il avoit tousjours
de ooustume ^ • Lob Almans firent en Picardie beaucoup
de mal |Ér le feu, maiâ les François ne furerit point
ingratz, et le leur rendirent au double en Hainault^.
1. « Après 4^6 les AUemans eurent levé le siège de devant
Mézières, le noble Bayard bouta garnison pour garder la ville, et
veint devant Mouzon qui incontinent se rendit au roy sans aucune
résistance. Après preint son chemin Bayard devers le roy et feut
moult bien receu de luy et de toute la court, et luy donna à celle
heure le roy cent hommes d'armes en chef, car par avant estoit
lieutenant de la compagnie de monseigneur de Lorraine, et outre
plus luy diinna en signe de mémoire des nobles gestes qu'il avoit
faicts l'ordre de chevalerie de Sainct-Michel... Le roy avec toute
sa gendarmerie passa une rivière fort estroicte mais moult pro-
fonde et fist faire ung petit pont de bateaulx là où passarent tous
en armes et allèrent bien deulx lieulx oultre la rivière, et estoit
Bayard tousjours des premiers, lequel courut jusques à Valen-
cienne, et s'il eust esté suyvy, le roy, comme Ton disoit, eust
prins Valencienne, mais à l'apétit d'aucuns print un autre che-
min... Aucuns cappitaines estoient desplaisans de ce que Bayard
estoit aymé et loué d'ung chascun et que Ton disoit plus de bien
de Bayard que des aultres, et aulcuns dès lors conceurent contre
Bayard grosse rencune. Et depuis eust les longs voyages, nonolM-
tant ce que le roy l'aymoit moult fort sur tous aultres, comme
bien il méritoit... Depuis la chasse des Ennuyers et Brabançons,
le noble Bayard n'eust grant charge ny crédit et despuis ne fast
chief en aulcun lieu de guerre >» (Ghampier, fol. lu). Il faut attri-
buer la disgrâce de Bayart dans les dernières années de sa vie
non seulement à son succès à Mézières et dans la Flandre, comme
le prétend Ghampier, mais à sa liaison avec le coimqfable de
Bourbon, dont tous les amis, même les plUjS fidèles au roi, étaient
alors devenus suspects. Bayart était très-lié avec le connétable
et avait même armé chevalier son fils aine : f Sedatis in Italia
rébus, écrit Aymar du Rivail, Bayardus ad regem profectus
est et Molini ducis Borbonii primogenitum in cunabulis, mili-
tem, iter transeuntem, creavit. Magni enim dux Borbonius
ipsum Bayardum faciebat, et bonum omen esse credebat si ab
ipso Bayardo filius miles fieret » (A. du Rivail, p. 564).
2. Voir dans l'appendice une lettre de Bayart à ce sujet.
404 HISTOIRE DE BAYART
Au retour que le roy fist en la ville de Gom-
piègne, eut quelques nouvelles de Gennes, et qu'il
estoit besoing y envoyer quelque sage, hardy et
advisé chevalier; parquoy ledit seigneur sachant la
bonne nature du bon chevalier sans paour et sans
reprouche, et que jamais ne se lassoit de faire ser-
vice, luy en bailla la commission, le priant très fort
que, pour Tamour de luy, voulsist faire ce voyage,
car il avoit grant espoir en sa personne. Il l'accepta
d'aussi bon cueur qu'on le luy bailla , puis passa les
montz, et fut à Gennes très bien receu, tant du gou-
verneur, des gentilzhommes, que de tous les habitans;
et tant qu'il y demoura, fut honnoré et prisé d'ung
chascun ^ .
Il y eut plusieurs affaires en Ytalie, dont ne vous
feray aucune mention pour beaucoup de raisons;
mais vous viendray à déclairer le trespas du bon che-
valier sans paour et sans reprouche, qui fut ung grief
irréparable. Dolente et malheureuse la journée pour
toute la noblesse de France^ !
1. On trouvera à l'appendice plusieurs lettres de Bayart datées
de Gênes et écrites au roi. Hieronimo Adomo, banni de Gènes,
avait tenté avec quelques-uns de ses amis et trois mille Espa-
gnols d'y faire éclater une sédition contre les Français, telle fut la
cause de l'envoi de Bayart dans cette ville. Parti de Grenoble le
i7 janvier, il arriva à Gènes le 21 du même mois, accompagné de
Charles Alleman, Gumin de Romanche, Balthazard de Beau-
mont, etc. (A. du Rivail.)
2. Le Loyal serviteur, peut-être parce qu*il avait quitté à cette
époque le service de Bayart, passe ici sous silence les actions
de son héros pendant près de deux ans. Il nous suf&ra de dire
qu'après son voyage à Grènes Bayart alla dans le Milanais,
assista au combat de la Bicoque (29 avril 1522) et revint en
Dauphiné avec les débris des troupes françaisee. Vers le
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 405
CHAPITRE LXIV.
Comment le bon chevalier sans paour et sans reprouchey
en une retraicte qu'il fist en Ytalie^ fut tué d'ung
coup d'artillerie.
Au commencement de l'an mil cinq cens xxmi, le
roy de France avoit une grosse armée en Ytalie, soubz
la charge de son admirai, le seigneur de Bonnyvet^ à
qui il en avoit donné la charge, car il luy vouloit
beaucoup de bien. Il avoit en sa compaignie force
bons cappitaines ; mesmement y estoit nouvellement
arrivé ung jeune prince de la maison de Lorraine,
nonuné le conte de Yaudemont^, lequel désiroit à
merveilles sçavoir les armes, et suyvre par œuvres
vertueuses ses ancestres. Or le camp du roy de France
se tenoit pour lors en une petite ville nommée Biagras^,
.mois do septembre 1523 il écrivit au roi pour lui demander
de faire partie de la nouvelle expédition qui se préparait pour
reconquérir le Milanais. François I* lui répondit par une lettre
dont la traduction latine nous a été conservée par Aymar du
Rivail et qu'on pourra lire à l'appendice. Sous les ordres de
Bonnivet, au commencement de l'année 1524, Bayart s'empara
de Lodi, de Trevi, assiégea inutilement Crémone, prit une part
aètive à tous les combats de cette désastreuse campagne et fut
blessé devant Milan.
1. Guillaume GoufQer, seigneur de Bonnivet, grand amiral de
France, tué à Pavie (1524), fils de Guillaume Gouffier et de Phi-
lippe de Montmorency.
2. Louis de Lorraine, comte de Yaudemont, fils de René, duc
de Lorraine; il mourut en 1528.
3. Biagrasso, hameau de la commune de Groppo, province
d'Alexandrie.
406 mSTOIRE DE BAYART
OÙ eulx estans là, le chef de l'année qui estoit Tad-
miral, appella ung jour le bon chevalier et luydist:
c Monseigntur de Bayart, il fetult que vous allez loger
à RebecS avec deux cens hommes d'armes et les
gens de pied de Lorges^, car par ce moyen, travaille-
rons merveilleiisement Cfeulx de Milan, tant pour les
vivres, que pour mieulx entendre de Xetfs affîiires. >
Il fault sçavûir que, combien que le bon chevalier ne
murmurast jamais de commission qu'on luy baillast,
ne se povoit bbnnement contenter de ceste là pour la
congnoistre dangereuse et doubteuse, et respondit
comme ^ à son lieutenant de roy : t Monseigneur, je
ne sçay comment vous l'entendez, car pour garder
Rebec, au lieu ou il est assis, la moytié des gens qui
sont en nostre camp y feroient bien besoing. Je con-
gnois noz ennemys; ilz s<Mit vigilans, et suis bien
asseuré qu'il est quasi difficile que je n'y reçoive de
la honte. Car il m'est bien ad vis que, sî quelque
nombre de noz ennemys y estoient, par une nuyt les
yrois resveiller à leur désavantage. Et pour ce, Mon-
seigneur, je vous supplie que vous advisez bien où
vous me voulez envoyer. > L'admirai luy tint plu-
sieurs propos qu'il ne se souciast point, car il ne sor-
tiroit pas une soris de Milan qu'il n'en feust adverty,
et tant luy en dist d'unes et d'autres, que le bon
chevalier, avecques grosse fascherie, s'en alla avecques
les gens qu'on luy avoit baillez, dedans Rebec ; mais
il n'y mena que deux grans chevaulx, car ses muletz
i . Robecco sul Naviglio, province de Milan.
2. Jacques de Montgommery, seigneur de Lorges, colonel de
rinfanterie française, capitaine des gardes du roi.
3. Comme, voici comment.
PAR MTliOYAL SERVTTBUR. 407
et tout le reste de son train envoya dedans Novare,
quasi prévoyant perdu ce qu'il détenoit avec luy.
Yenuz cpi'ilz feussent en ce village de Rebec, advi-
sèrent comment ilz le fortiffieroient, mais nul gaoyen
n'y trouvèrent, sinon faire barrières aux venues;
mais par tous les costez on y povoit entrer. Le bon
chevalier escripvit plusieurs fois à Tadmiral qu'il
estoit en lieu très dangereux, et cpie s'il vouimt qu'il
s'i tiensist longuement, luy envoyast du secours;
mais il n'en eut point de response. Les ennemys qui
estoient4ledans Milan, en nombre de quatorze ou quinze
mille honunes, furent advertiz par leurs espies que le
bon chevalier estoit dedans Rebec, à petite compai-
gnie, dont ilz furent très joyeulx. Si délibérèrent par
qoe nuyt l'aller surprendre et defiBaiire. Et suyvant ce
vouloir se misrent aux champs environ mynuyt, en
nombre de six à sept mille hommes de pied, et quatre
à cinq cens hommes d'armes. Hz estoient guyde^ par
des gens qui sçavoient le village et les logis des plus
apparans. Le bon chevalier, qui tousjours se doub-
toit, mettoit quasi toutes les nuyctz la moytié de ses
gens au guet et aux escoutes, et luy-mesmes y passa
deux ou trois nuytz, teUement qu'il tumba malade tant
de mélencolie que de froidure, beaucoup plus fort
qu'il n'en faisoit le semblant ; toutesf ois contrainct fut
de garder la chambre ce jour. Quant se vint sur le
soir, il ordonna à quelques cappitaines qui estoient
avecques luy aller au guet, et adviser bien de tous
cosf^z à ce qu'ilz ne feussent surpris. Ilz y allèrent ou
firent semblant d'y aller ; mais par ce cpi'il plouvinoit
ung peu, se retirèrent tous ceulx qui estoient au
guet, réservé trois ou quatre povres archiers. Les
408 HISTOIRE DE BAYAAT
Espaignolz marchoient tousjours, et avoient, pour
mieulx se oongnoistre la nuyt, chascun une chemise
vestue par dessus leur harnois. Quant ilz appro-
chèrent d'ung gect d'arc du village, furent bien
esbahis qu'ilz ne trouvèrent personne, et eurent pen-
sement que le bon chevalier avoit esté adverty de
leur entreprinse, et qu'il s'estoit retiré à Byagras.
Toutesfois ilz marchoient tousjours, et ne furent pas
cent pas loing, qu'ilz ne trouvassent ce peu d'archiers
qui estoient demeurez au guet, lesquelz sans escrier
commencèrent à charger. Les povres gens ne firent
point de résistence, ains se misrent à la ftiyte, en
criant : c Alarme ! alarme ! » Mais ilz iîirent si
vivement suyviz, que lesditz ennemys furent aux bar-
rières aussi tost que eulx. Le bon chevalier, qui en
tel dangier ne dormoit jamais que vestu, gamy de
ses avanbraz et cuyssolz, et sa cuyrasse auprès de
luy, se leva soubdainement et fist brider ung coursier
qui jà estoit sellé, sur lequel il monta, et s*en vint
avecques cinq ou six honmies d'armes des siens, droit
à la barrière, où incontinent survint le cappitaine
Lorges et quelque nombre de ses gens de pied qui se
portèrent^ très bien. Les ennemys estoient à Tentour
du village, cherchant le logis du bon chevalier, car
a*ilz l'eussent prins, peu leur estoit le demeurant;
mais encores ne le tenoient-ilz pas. La huée fut grosse
et l'alarme chault. Durant ce combat, à la barrière, le
bon chevalier va ouyr les tabourins des gens de pied
aux ennemys, qui sonnoient l'alarme tant dru que
merveilles. Alors il dist au cappitaine Lorges :
i. Portèrent, comportèrent.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 409
c Lorges, mon amy, vecy jeu mal party. S'ilz pas-
sent ceste barrière nous sonmies fricassez; je vous
prie, retirez voz gens , et serrez le mieulx que pour-
rez, marchez droit à Byagras, car, avecques les gens
de cheval que j'ay, demoureray sur le derrière; il
fault laisser nostre bagage aux ennemys, il n'y a
remède, saulvons les personnes s'il est possible. »
Incontinent que le bon chevalier eut parlé, le cappi-
taine Lorges fist son conmiandement et se retira
cependant qu'ilz faisoient ceste résistance à la barrière.
La pluspart de tous les François montèrent à cheval
et se retirèrent selon la fortune très-gaillardement, et
ne perdirent point dix honmies. Les ennemys est oient
descenduz la pluspart et par les maisons, et de tous
costez cherchoient le bon chevalier, mais il estoit
desjà à Byagras, où luy arrivé, eut quelques parolles
fascheuses à l'admirai. Toutesfois je n'en feray aucune
mention ; mais si tous deux eussent vescu plus longue-
ment qu'ilz ne firent, feussent peult-estre allez plus
avant. Le bon chevalier cuyda mourir de dueil du
malheur qui luy estoit advenu, mesmement que ce
n'estoit pas par sa faulte; mais en guerre y a de
l'heur et du malheur plus qu'en toutes autres choses ^ .
i. Erat in Rabecca vico juxta emissarium ex Ticino amne
Baiardus, inter Gallos duces pugnacissimus, cum equitibus utrius-
qae armaturœ circiter mille et tribus peditum vexillis, quatuor
fere miliarum intervallo a majoribus disjunctus castris Qua
fretus propinquitate castrorum Baiardus, per se vir impiger et
elatus, valido que innixus praesidio, ut plerunque strenuis accidit,
negligentius excubebat. Hune cum opprimere statuisset [Pesca-
rius] tria milia Hispanorum délecta Mediolano de prima vigilia
educit ; iis imperat ut tunicas linteas thoracibus superinduant ut
eo candore per tenebras ab hostibus dinoscantur... Porro Garo-
410 mSTOIRB DE BAYAET
Quelque peu de temps après oeste retraicte de Rebec,
le seigneur admirai congnoissant son camp admoin-
lum Lanoium monet ut instnicta acie cum reliquis copiis ad
sextum usque lapidem diluculo subsequaiur, ut si BoniTettos
Baiardo auxilium ferre velit, Hispanis ad integram aciem detur
receptus... Itaque Piscarius nÀtu confecto itinere paulo ante
lucem Rabeccam pervenit, Joannem Medicem cum equitatu vias
egressusque omnes ita obsidere jubet ut silentio équités ad Abia*
tum excurrant, ne Bonivettus, si quid fortasse senserit, ad feren-
dam opem improvisus adveniat. Ipse ante alios scuto gladioque
contentus stationem adoritur : Gralli semisomnes arma capiunt,
ad poftam tuiDsltuarie munitionis Egidius Gortonensis cum
vexillo Gorsorum impigre resistit. Sed dum frenantur equi, dum
e stratis, tuba exciti, sese équités ejiciunt et in omnes vici partes
discurrunty irrumpente Piscario, Egidius interficitur, cœduntur
Gorsi, Galli inermes foeda fuga undique dilabentes capiuntur.
Baiardus uti erat discinctus, relictis signis militaribus, evasit;
reliqui ferme omnes équités aut in vico capti sunt, aut in Medices
turmas, dum profugerent, inciderunt (Paul Jove, Vie de Pescttire,
1. m, p. 367).
Los Franceses medio adormidos toman las nrnuaii ; el capitan
Egidio de Ck)rtono con una vandera de Gorços, animosamente
resistio a la puerta con un reparo, pero en tanto que se enfre-
navan los caballos y la gente de arma despertada por las trom-
petas se levantava de las camas y diicurria por todas partes,
entrando el marques de Pescara con furia, fue muerto el capitan
Egidio y los Gorços rompidos^ y los Franceses ^Marmados
huyendo afrentosamente por ttHlas partes fueron presos. El
capitan Bayardo assi desarmado como estava se salvô dexando
las vanderas militares, y los otros cavalleros casi todos fueron
prendidos en la ciudad, o huyendo cayeron en la gente del capitan
Juanis de Medicis (HUtoria del fortissimo y prudenHssimo capitan
don Hernando de Avalos^ marques de Pescara recopilada por el
maestro Vallès. Anvers, 1578, in-8*, p. 95).
Le village estoit plein des ennemys; si combatirent bien deuli
heures de nuyt, qui fust cause que plusieurs Françoys eurent
loisir soy armer et se saulver. Quant les Espaignols virent que il
n'estoit possible avoir Bayard, si ce renforcèrent de plus fort que
jamais. Quant Bayard veist que les EspaignoU estoient tous
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 4H
drir de jour en jour, tant par faulte de vivres que de
maladie qui couroit parmy ses gens, tint conseil
avecques les cappitaines, où pour le mieulx fut déli-
b^, qu'on se retirerait, et ordonna ses batailles, où
en Tarrière-garde, comme tousjours estoit sa cou-
tume aux retraictes, demovra le bon chevalier ^ . Les
après luy et que il les avoit abusés affîn que les Françoys eussent
loisir de eulx saulver, si se retira tousjours sedefféDdantd'eulx...
si faisoit son cousin [Gaspard du Terrail de Bemin] qui estoit
fort jeune, puissant et hardy, et firent tant qu*ilz se deffirent de
leurs ennemys (Ghampier, fol. lv).
Il marchese de Pescara... avendo notitia che nella terra di
Rebecco allogiavano con monsignore di Bayardo trecento cavalli
leggieri e molti fanti, chiamato in compagnia Giovanni de Me-
dici, flCBSaltatigli improvisamente, presa la maggior parte de gli
uomini e de cavalli^ dissipati e missi in fuga gli al tri, ritomo
subito a Milano per noa dar tempo a nimici ch' erano in Bia^
grassa de segutarlo (Guichardin, 1. VI, p. 458).
Pauci, in quibus Baiardus etEgidiusGortonensis, memores pris-
tinse virtutis hosti occurrere, multos dejecere ; reliqui fuga sibi
consulere. Ita factum ut multis cœsis Robecho hostes potirentur.
Terralius, qui se unum peti non ignorabat, cum duodecim equi«
tibus, ferro via aperta, viam sibi fecit et ad Gouffierum pervenit
(Ferron., 1. VH, p. 140).
1. Bonnivet blessé abandonna le commandement de l'armée en
retraite à Bayart et à Vandenessè : |a Bonivetus, écrit Beaucaire,
ne in Borbonii, homiids inimicissimi, manus incideret veritus,
imperio se abdicavit ac Baiardo reducendi exercitus munus
delegavit; quem Baiardus militari libertate excipiens : i Si rébus
integris, inquit, munus hoc mihi delegasses ne gsllicœ existima-
tioni, exercituique melius consulisses; quantumvis autem res nos-
trae afflictœ sunt, eam nihilhominus quam debeo patriae fortem
operam praestabo. » Bonivetus statim ex acie excessit ac mox
lectita vectus se subduxit. Baiardus ac Vendenessius, Palicii
frater, cum fortissimis equitum, postremam aciem clauserunt.
Fcederati, numéro aucti, altéra impressione in nosiros invaserunt;
sed ita Baiardo ac Vendenessio, Gallis que equitibus repulsi sunt
ut nostris in posterum negotium iacessere ausi non sunt; verom
412 HISTOIRE DE BAYART
Espaignolz les suyvirent de jour en jour, et mar-
choient en belle bataille après les François, et souvent
s'escarmouchoient ; mais quant venoit à charger,
tousjours trouvoient en barbe le bon chevalier
avecques quelque nombre de gens d'armes, qui leur
monstroit ung visage si asseuré qu'il les faisoit
demeurer tout coy, et menu et souvent les rembar-
roit^ dedans leur grosse troppe. Ilz géctèrent aux
deux esles d'ung grant chemin, force hacquebutiers
et hacquebouziers, qui portent pierres aussi grosses
que une hacquebute à croc, dont ilz tirèrent plusieurs
coups, et de l'ung fut frappé le gentil seigneur de
Yendenesse^, ttonl il mourut quelque temps après, qui
fut ung gros dommage pour la France. Il estoit de
petite corpulence, mais de haultesse de cueur et de
hardiesse personne ne le passoit. Ce jeune seigneur
uterquc in eo conflictu sclopetorum farcis impositorum glandibus
caesus est (Bcaucaire, Comment.^ p. 542).
Estonces el capitan Boniveto porquo con el dololïH'la hcrida
yendo en una litera no podia hazer el ofQcio de capitan, dio todo
el cargo y govierno al capitan Bayardo y le rogô muy eucares-
ciendamente que, por la honra de la nacion francesa, quisiesse
defender la artilleria y vanderas que estavan encomandadas a su
fe y virtud, pues en todo el exercito no avia ninguno que fuesse
meior que el de manos ni en conseio. Respondio el diziendo : c Bien
quisiera oy, monsegnor capitan, que uvierades entregado esse
cargo honroso en fortuna mas favorable a nosotros : pero como
quiera que la ventura se tratare comigo, yo alomenos hare lo que
en mi fuere, denfendiendola valerosamente y entretanto que yo
viviere, ella no vendra en manos del enemigo. > (Vallès, p. 105).
Voyez en outre Brantôme, sur la mort de Bayart (Édit. de la
Soc. de THist. de France, vol. II, p. 382).
1. Rembarroit, rejetait.
2. Jean de Ghabannes, seigneur de Vandenesse, capitaine de
mille hommes de pied, frère du maréchal de la Palisse.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 413
de Yaudemont, qui de nouvel estoit au mestier des
armes, s'i porta tant gaillardement que merveille, et
fist tout plein de belles charges, tant qu'il sembloit
que jamais n'eust fait autre chose. En ces entre-
faictes, le bon chevalier, asseuré comme s'il eust
esté en sa maison, faisoit marcher les gens d'armes,
et se retiroit le beau pas, tousjours le visage droit
aux ennemys, et l'espée au poing, leur donnoit plus
de craincte que ung cent d'autres ; mais comme Dieu
le voulut permettre, fut tiré ung coup de hacque-
bouze, dont la pierre le vint frapper au travers des
rains, et luy rompit tout le gros os de l'eschine.
Quant il sentit le coup, se print à crier : c Jésus! » et
puis dist : c Hélas ! mon Dieu, je suis mort. » Si print
son espée par la poignée et baisa la croisée en signe
de la croix, et en disant tout hault : c Miserere meiy
BeuSy secundum inagnam misericordiam tuam; » et
devint incontinent tout blesme, comme failly des
esperitz, et cuyda tumber; mais il eust encores le
cueur de prendre l'arson de la selle, et demoura en
estant^ jusques à ce que ung jeune gentilhonune, son
maistre d'hosteP, luy ayda à descendre et le mist
soubz ung arbre. Ne demoura guères qu'il ne feust
sceu parmy les amys et les ennemys que le cappi-
taine Bayart avoit esté tué d'ung coup d'artillerie,
dont tous ceulx qui en eurent les nouvelles furent à
merveilles desplaisans ^ .
1. En estant, debout.
2. Maître d'hôtel ou prévôt de sa maison; il se nommait
Jacques Jofifrey, était de Saint-Chef en Viennois (Aymar du
Rivail, p. 577) et avait remplacé Ymbert de Vaux-Milieu.
3. Si vint un coupt par le vouloir de Dieu, frappa le noble Bayard
par le my du corps : quant le noble chevalier sentit qu'il estoit
&U mStOIRË DE BAYART
CHAPITRE LXV.
Du grant dueil qui fut démené pour le trespas du bon
chevalier sans paour et sans reprouche.
Quant les nouvelles furent espandues parmy les
deux armées, que le bon chevalier avoit esté tué ou
ainsi blecé, si ce fist descendre de cheval soubz ung arbre, si
demanda ung prestre pour soy confesser et ordonna son testament
estre faict ensuyvant celluy de son père Aymé Terrail, lequel
avoit substitué après ses frères son cousin Gaspard Terrail; si
fist son éxéquatur testamentaire le seigneur d'Alègre qui estoit
présent (Ghampier, fol. lvi).
En quai rencuentro mienta que el capitan Bayardo hazia bolver
la cavalleria para retirarse poco a poco, fue herido de un tiro de
arcabuz en un lado, y cayo... Fue tomado de los cavalleros vizinos
para llevarlo en medîo de la balalla de la infanteria, pero el luego
que entendio, rompidas las entrafias, que estava cercano al fin de
su vida, les rogô que lo dexassen en aquel campo en donde avia
combatido : porque, como convenia a hombre de guerra y el
antes siempre lo avia desseado, muriesse armado (Vallès, p. iOS).
Baiardus dum equitum alas ad suos se recipiat volubilis dr-
cumagit, se sub latere dextro glande plumbea ictus corruit, ac
sese circa vicinam quercum protemens christum optimum maxi-
mum obtestatus est (Ferron., 1. VII, p. 143).
Le capitaine Bayard et le seigneur de Vandenesse estans
dtmourez sur la queue, soustindrent Teffort de ceste charge,
mais tous deux y demeurèrent Le seigneur de Vandenesse mou-
rut sur le champ et le capitaine Bayard fut blessé d'une arque^
bouzade au travers du corps, lequel, persuadé de ses gens de se
retirer, ne le voulut consentir, disant n'avoir jamais tourné le
derrière à Tennemy. Et après les avoir repoulsés se feit descendre
par ung sien maistre d'hostel, lequel jamais ne Tabandonna, et se
feit coucher au pied d'ung arbre le visaige devers Tennemy (Du
Bellay, Uv. I).
Ce fut à dix heures du matin que Bayart fut frappé du coup
mortel (Aym. du Hivail, ilnd,).
PAR LE LOYAL SERVITEUR. i\h
f
pCMir le moins Uessé à mort, mesmement au camp
des Espaignolz, combien que se feust i'ung des
hommes du monde dont ilz eussent greigneur^
craincte, en iîirent tous, gentilzhonmies et souldars,
desplaisans merveilleusement pour beaucoup de rai-
sons ; car cpiant en son vivant faisoit courses et il en
prenoft aucuns prisonniers, les traictoit tant humaine^
ment cpie merveilles, et de rançon tant doulcement
que tout homme se contentoit de luy. Ilz congnois-
soient que par sa mort noblesse estoit grandement
aflfoiblie ; car sans blasmer les autres, il a esté parfaict
chevalier en ce monde. Faisant la guerre avec luy,
s'adressoient leurs jeunes gentilziiommes^. Et dist ung
de leurs principaulx cappitaines, qui le vint veo^
devant qu'il rendist l'ame, nonmié le marquis de Pes-
care, une haulte parolle à ilf louenge, qui fut telle, en
son langage : c Pleust à Dieu, gentil seigneur de Bayart,
qu'il m'eust cousté une quarte de mon sang, sans
mort recevoir, je ne deusse manger chair de deux
ans, et je vous tiensisse en santé mon prisonnier, car
par le traictement que je vous feroye, auriez con-
gnoissance de combien j'ay estiaié la haulte prouesse
qui estoit en vous. Le premiar loz que vous don-
nèrent ceulx de ma nation quant ont dist : Mouches
Grisonnes et paticos Bayardos^y ne vous fut pas donné
1 . Greigneur, plus grande.
2. G'est-àF-dire que les jeunes gentilshommes ennemis se dres-
saient parfaitement à Tart de la guerre en combattant contre
Bayart.
3. Pour : t Muchos Grisones e pootn Bayardos. > U y a beaucoup
de grisons, mais peu de bayards.
416 HISTOIRE DE BAYART
à tort ; car depuis que j'ay congnoissance des armes,
n'ay veu ne ouy parler de chevalier qui en toutes
vertus vous ait approuché. Et combien que je deusse
estre bien aise vous veoir ainsi, estant asseuré que
l'empereur, mon maistre, en ses guerres n'avoit
point de plus grant ne rude ennemy, toutesfois, quant
je considère la grosse perte que fait aujourd'huy toute
chevalerie, Dieu ne me soit jamais en ayde si je ne
vouldroys avoir donné la moytié de mon vaillant ^ et
il feust autrement. Mais puisque à la mort n'a nul
remède, je requiers cil qui tous nous a créez à sa
semblance, qu'il vueille retirer vostre ame auprès
de luy. » Telz piteux et lachrymables regretz faisoit
le gentil marquis de Pescare et plusieurs autres cappi-
taines sur le corps du bon chevalier sans paour et
sans reprouche, et croy qu'il n'y en eut pas six de
toute l'armée des Espaignolz qui ne le viensissent
veoir Tung après l'autre^. Or, puisqu'ainsi est que les
ennemys si efforcéement ploroient sa mort, peult-oo
assez considérer la grande desplaisance qui en fut
1. Mon vaillant, mon bien.
2. Le Loyal serviteur ne parle pas de la célèbre rencontre de
Bayfurt et du connétable de Bourbon, c Le duc de Bourbon, ■ dit
Du Bellay (liv. I), « lequel estoit à la poursuite de nostre camp,
le vint trouver et dict audict Bayard qu'il avoit grant pitié de luy
le voyant en cest estât, pour avoir esté si vertueux chevalier. Le
capitaine Bayard luy feit responce : c Monsieur, il n'y a point de
t pitié pour moy; car je meurs en homme de bien, mais j'ay pitié
t de vous, de vous veoir servir contre vostre prince et vostre patrie
a et vostre serment. » Et peu après ledict Bayard rendit Tesprit. i
Semianimis adhuc venienti Borbonio ejusque consolanti nihil
aliud respondit quam : f Sero et ubinam fides, hère ? > (Perron.,
LVn, p. 143).
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 417
par tout le camp des François, tant des cappitaines,
gens d'armes que gens de pied ; car de chascun en sa
qualité se faisoit aymer à merveilles! Vous eussiez dit
qu'il n'y avoit celluy qui n'eust perdu son père ou sa
mère. Mesmement les povres gentilzhonmies de sa
compaignie faisoient dueil inestimable, c Las! di-
soient-ilz parlans à la mort, desloyalle furie! que
t'avoit meffaict « tant parfaict et vertueux chevalier?
tu ne t'es pas vengée de luy tout seul ; mais nous tous
as mis en douleur, juscpies à ce que tu ayes fait ton
chef-d'œuvre sur nous comme sur luy. Soubz quel
pasteur yrons-nous plus aux champs! Quelle guyde
nous pourra désormais Dieu donner, où nous feus-
sions en telle seureté que quant nous estions avecques
luy? car il n'y avoit celluy qui en sa présence ne feust
aussi asseuré qu'en la plus forte place du monde. Où
trou verrons- nous doresnavant cappitaine qui nous
rachapte quant nous serons prisonniers, qui nous
remonte quant serons desmontez, et qui nou^ nour-
risse comme il le faisoit? Il est impossible. 0
cruelle mort ! c'est tousjours ta façon que tant plus
est ung homme parfait, de tant plus prens-tu tes
esbas à le destruire et le defifaire. Mais si ne sçaurois-
tu si bien jouer qu'en despit de toy, combien que tu
luy ayes osté la vie en ce monde, que renonunéé et
gloire ne luy demoure immortelle tant qu'il durera, car
sa vie a esté si vertueuse qu'elle laissera souvenir à
tous les preux et vertueux chevaliers qui viendront
après luy. » Tant piteusement se. démenoient les
povres gentilzhorames que, si le plus dur cyeur du
monde eust esté en présence, l'eussent contrainct
27
418 HISTOIRE DE BAYART
partir ^ à leur dueil . Ses povres serviteurs domesticques
estoient tous transsiz ; entre lesquelz estoit son povre
maistre d'ostel, qui ne Tabandonna jamais , et se con-
fessa le bon chevalier à luy par faulte de prestre. Lie
povre gentilhomme fondoit en larmes, voyant son bon
maistre si mortellement navré que nul remède en sa
vie n'y avoit. Mais tant doulcement le réconfortoit
icelluy bon chevalier, en luy disant : c Jaques, mon
amy, laisse ton dueil; c'est le vouloir de Dieu de
m'oster de ce monde ; je y ay, la sienne grâce, lon-
guement demeuré, et y ay receu des biens et des
honneurs plus que à moy n'appartient ; tout le regret
que j'ay à mourir, c'est que je n'ay pas si bien feit
mon devoir que je devoys, et bien estoit mon espé-
rance, si plus longuement eusse vescu, d'amender les
faultes passées. Mais puisqu'ainsi est, je supplie mon
Créateur avoir pitié, par son infinie miséricorde, de
ma povre ame , et j'ay espérance qu'il le fera, et que,
par sa grande et incompréhensible bonté n'usera point
envers moy de rigueur de justice. Je te prie.
Jaques mon amy, qu'on ne m'enliève point de ce
lieu ; car quant je me remue, je sens toutes les dou-
leurs que possible est de sentir, hors la mort, laquelle
me prendra bientost. »
Peu devant que les Espaignolz arrivassent au
lieu où avoit esté blessé le bon chevalier, le sa-
gneur d'Alègre, prévost de Paris, parla à luy, et
luy^ déclaira quelque chose de son testament.
i. Partir à, partager.
2. Bt luy, et Bayart lui...
PAR LB LOYAL SKRVTTBUR. 419
Aussi y vint ung cappitaine des Suysses, nommé
Jehan DyesbacS qui Tavoit voulu emporter sur des
picques, avecques cinq ou six de ses gens, pour le
cuyder sauver ; mais le bon chevalier, qui congnois-
soit bien conmient il luy estoit, le pria qu'il le laissas!
pour ung peu penser à sa conscience, car de l'oster
de là ne seroit que abrègement de sa vie. Si convint
aux deux gentilzhonmies en grans pleurs et gémisse-
mens, le laisser entre les mains de leurs ednemys;
mais croyez que ce ne fut pas sans faire grans regretz,
car à toutes forces ne le vouloient habandonner ; mais
il leur dist : c Messeigneurs, je vous supplie, allez-
vous-en ; autrement vous tumberiez entre les mains
des ennemys, et cela ne me prouffiteroit de riens, car
il est fait de moy. A Dieu vous command', mes bons
seigneurs et amys. Je vous reconmiande ma povre
ame, vous suppliant, au surplus (adressant sa parolle
au seigneur d'Alègre), que me saluez le roy nostre
maistre, et que desplaisant suis que plus longuement
ne luy puis faire service, car j'en a vois bonne vou-
letité ; à messeigneurs les princes de France, et à tous
messeigneurs mes compaignons, et générallement à
tous les gentilzhommes du très honnorè royaulme de
France, quant les verrez. » En disant lesquelles pa-
roUes, le noble seigneur d'Alègre ploroit tant piteuse-
ment que merveilles, et print en cest estât congé de
luy*. Il demeura encores en vie deux ou trois heures;
1. Jean de Diesbach, fils de Guillaume, avoier de Berne, com-
mandant des bandes suisses.
2. Quant le noble Bayard sentit que les ennemis venoient droict
à luy si dict à Monsieur d'Alègre et à ceulx qui estoient présens :
« Monsieur, je vous prie, saulvez vous et vostre compaignie, que
420 BBSrOIEB DE BAYART
et par les ennemys luy fiii^ tendu ung beau pavillon et
ung lict de camp sur cpjoj il fut coudié ^ et luy fîit
amené ùng prestre auquel dévotement se confessa, et
en disant ces propres motz : c Mon Dieu, estant
asseuré que tu as dit que celluy qui de bon cueur
retournera vers toy, quelque pécheur qv^ ait esté,
tu es tousjours prest de le recevoir à mercy et luy
pardonner.' Hélas ! mon Dieu, créateur et rédempteur,
je t'ay offencé durant ma vie griefvement, dont il me
desplaist de tout mon cueur; je congnois bien que
quant je serois aux désers mille ans, au pain et à
Teaue, encores n'esse pas pour avoir entrée en ton
royaulme de paradis, si par ta grande et infime bonté
ne t'y plaisoit me recevoir ; car nulle créature ne peult
mériter en ce monde si hault loyer. Mon Père et Sau-
veur, je te supplie qu'il te plaise n'avoir nul regard
aux faultes par moy commises, et que ta grande misé-
ricorde me soit préférée à la rigueur de ta justice. >
Sur la fin de ces paroUes, le bon chevalier sans paour
ne soyez prins des ennemys. — CSertes, dist le seigneur d'Alègre,
ne feray, capitaine, car je ne vous laisseray point. — Alors, lay
dict Bayard, si ne le faictes me ferez très grant desplaisir, car je
suys mort et en moy n'a nul remède fors que de recommander
mon âme à Dieu et si ne veulx personne avecques moy, car bien-
tost rendray i'àme à Dieu auquel je prie que, par sa saincte pas-
sion, YueiUe «voir mercy de mon âme et à ma fin vueiUe par-
donner comme il fit au bon larron qui pendoit en croix avecques
luy. > Alors print Monsieur d'Alègre congié du noble Bayard les
larmes aulx yeulx (Ghampier, f. lvi).
1. £1 marques [de PescaraJ despues que recibio al capitan
Bayardo diputandole gardas que le serviessen diligentemente
quando espirass» y trabaiassen que no recibesse ninguna fuerça
ni injuria de ningun soldado avariento o ignorante (Vallès,
p. 105.)
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 4SI
et sans reprouche rendit son ame à Dieu, dont tous
les ennemys eurent dueil non croyable. .
Par les chiefz de l'armée des Espaignolz, furent
conunis certains gentilzhommes pour le porter à
l'église, où luy fut fait .solennel service durant
deux jours, puis par ses serviteurs fut mené eu
Daulphiné ^ Et en passant par les terres du duc
de Savoye, où son corps reposoit, luy fîst faire
autant d'honneur que s'il eust esté son frère.
Quant les nouvelles de la mort du bon chevalier
furent sceues ou Daulphiné, ne fault point parti-
culièrement descripre le dueil qui y fut fait, car les
prelatz, gens d'église, nobles et populaire le faisoient
égallement ; et croy qu'il y a mille ans qu'il ne mourut
gentilhonmie du pays plainct de la sorte. On alla au-
devant du corps jusques au pied de la montaigne , et
fut amené d'église en église en grant honneur jusques
auprès de Grenoble^, où au-devant du corps une
1. Fut baillé un sauf conduict à son maistre d'hostel pour
porter son corps en Dauphiné, dont il estoit natif (Du Bellay,
liv. I).
2. Quelque temps après le corps de Bavard fut porté à Gre-
noble et fut par messieurs de justice et les gentilzhommes du
pays et par ceulx de la ville receu en moult honneur et grant
dueil, plain d'ung chascun tant de la noblesse que de messieurs
de justice que du populaire, et ne fust de vie d'homme tant
regretté seigneur uy aultre d'ung chascun que le noble Bayard.
Après que fust le corps porté à Grenoble, fust mys au couvent et
monastère des Minimes, lequel avoit fondé et faict édiffier mon-
seigneur Laurens des Allemans, oncle dudict Bayard, seigneur et
évesque de Grenoble, et pour ce que en son trespas le seigneur de
Bayard avoit ordonné estre sépulture avec son père et mère au
lieu de Grenion, furent assemblés les parens là où il devoit estre
inhumé et fust dict que pour ce qu'il avoit esté lieutenant du
422 HISTOIRE DE BAYART
demye lieue fiirent messeigneurs de la court de par-
lement du Daulphiné, messeigneurs des comptes,
quasi tous les nobles du pays, et la plus part de tous
les bourgeois, manans et habitans de Grenoble, les-
quelz convoyèrent le trespassé jusques en Téglise
Nostre-Dame dudit Grenoble, où le corps reposa ung
jour et une nuyt, et luy fut fait service fort solennel.
Le lendemain, ou mesme honneur qu'on l'avoit fait
entrer en Grenoble, fut conduit jusques à une religion
de Mynymes, à demye lieue de la ville, que autres-
fois avoit fait fonder son bo& oncle, Tévesque dudit
Grenoble, Laurens Aiment, où il fut honnorablement
enterré, puis chascun se retira en sa maison; mais
on eust dit durant ung moys que le peuple du Daul-
phiné n'attendoit que ruyne prochaine, car on ne
faisoit que plorer et larmoyer, et cessèrent festes,
dances, bancquetz, et tous autres passetemps. Las !
ilz avoient bien raison, car plus grosse perte n'eust
sceu advenir pour le pays. Et quiconques en eut dueil
au cueur, croyez qu'il toudioit de bien près aux
povres gentilzhommes, gentilzfemmes, vefves et aux
povres orphelins, à qui secrètement il doonoit et
départoit de ses biens. Mais avecques le temps toutes
choses se passent, fors Dieu aymer. Le bon chevaher
sans paour et sans reprouche l'a craint et aymé du-
rant sa vie ; après sa mort renommée luy demeure,
gouverneur du pays et que Grenoble estoit le chief de la justice
Daulphinale seroit meilleur qu41 fut en sépulture au couvent des
Minimes... Et furent les obsèques et funérailles faictes comme
s'il eust esté non ung lieutenant ou gouverneur, mais ung prince
(Gbampier, fol. Lvm).
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 423
comme il a vescu en ce monde, entre toutes manières
de gens ^ •
CHAPITRE LXVI ET DERNIER.
Des vertus qui estoient au bon chevalier sans paour et
sans reprouche.
Toute noblesse se debvoit bien vestir de dueil le
jour du trespas du bon chevalier sans paour et sans
reprouche, car je croy que depuis la création du
monde, tant en la loy chrestienne que payenne, ne
s'en est trouvé ung seul qui moins luy ait fait de
déshonneur ne plus d'honneur. Il y a ung conmiun
proverbe qui dit que nul ne veit sans vice; ceste
reigle a failly à l'endroit du bon chevalier, car j'en
prens à tesmoing tous ceulx qui l'ont veu, parlans à
la vérité, s'ilz en congneurent jamais ung seul en luy ;
mais au contraire. Dieu l'avoit doué de toutes les
vertus qui pourroient estre en parfaict homme,
èsquelles chascune par ordre se sçavoit très bien con-
duyre. Il aymoit et craignoit Dieu sur toutes choses;
ne jamais ne le juroit ne blasphesmoit, et en tous ses
affaires et nécessitez avoit à luy seul son recours,
estant bien certain que de luy et de sa grande et infinie
bonté procèdent toutes choses. Il aymoit son prochain
1. Les ennemis de la France eux-mêmes rendirent justice à
Bayart après si mort, ainsi que le témoigne une lettre écrite par
Adrien de Croy, seigneur de Beaurain, à l'empereur Charles-
Quint. On la trouvera à l'appendice : c'est un des plus éclatants
hommages rendus à la mémoire du bon chevalier.
426 HISTOIRE DE BAYART
loit des vicieux. U estoit fort mauvais flateur et adula-
teur; tout son cas estoit fondé en vérité, et à quelque
personne que ce feust, grant prince ou autre, ne
fléchissoit jamais pour dire autre chose que la raison.
Des biens mondains, il n'y pensa en sa vie ; et bien
Ta montré , car à sa mort il n'estoit guères plus riche
que quant il fut né^ Quant on luy parloit des gens
puissans et riches où il pensoit qu'il n'y eust pas
grande vertu faisoit le sourt et en respondoit peu, et
par le contraire ne se pouvoit saouller de parler des
vertueux. Il estimoit en son cueur ung gentilhomme
parfait, qui n'avoit que cent francs de rente, autant
que ung prince de cent mille, et avoit cela en sod
entendement que les biens n'anoblissent point le
cueur.
Le cappitaine Loys d'Ârs le nourrit en jeu-
nesse , et croy bien que soubz luy aprist le commen-
cement des armes. Aussi toute sa vie lui a-il porté
autant d'honneur que s'il eust esté le plus grant roy
du monde; et quant on parloit de luy, le bon cheva-
lier y prenoit plaisir merveilleux, et n'estoit jamais las
d'en bien dire. Il ne fut jamais honune suyvant les
armes qui mieulx en congneust l'ypocrisie, et souvent
1. Il y a quelque exagération dans cette affirmation si absolue
du Loyal serviteur. Bayart quitta la maison paternelle sans aucun
bien. Il acheta plus tard les terres de Grignon et Saint^Maxi-
min, ainsi qu41 résulte d'un acte d'acquisition daté du 31 octobre
1521 et conservé aux Archives de Tlsère {Quartus liber aliénation
num. Pièce 40), et laissa entre les mains de ses frères des sommes
assez fortes pour que, après sa mort, ils pussent donner ea
dot à sa fille naturelle quatorze cents écus d'or, ce qui repré-
sente une valeur intrinsèque de dix-sept mille francs et une
valeur dix fois supérieure à la puissance actuelle de l'argent.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 4SI7
disoit que c'est la chose en ce monde où les gens sont
plus abusez, car tel fait le hardy breneux en une
chambre, qui, aux champs devant les ennemys, est
doulx comme une pucelle. Peu a prisé en son temps
gens d'armes qui habandonnent leurs enseignes pour
contrefaire les hardis, ou aller au pillage. G'estoit le
plus asseuré en guerre qu'on ait jamais congneu , et à
ses parolles eust fait combatre le plus couart honmie
du monde, il a fait de belles victoires en son temps,
mais jamais on ne l'en ouyt venter, et s'il oonvenoit
qu'il en parlast, en donnoit tousjours la louenge à
quelque autre. Durant sa vie a esté à la guerre
avecques Ânglois, Ëspaignolz, Almans, Ytaliens et
autres nations, et en plusieurs batailles gaignées et
perdues ; mais où elles ont esté gaignées, Bayart en
estoit tousjours en partie cause, et où elles se sont
perdues, s'est trouvé tousjours si bien faisant que
gros honneur luy en est demouré. Oncques ne voulut
servir que son prince, soubz lequel n'avoit pas de
grans biens , et luy en a on présenté beaucoup plus
d'ailleurs en son vivant; mais tousjours disoit qu'il
mourroit pour soustenir le bien public de ses pays.
Jamais on ne luy sceut bailler conunission qu'il refu-
sast; et si luy en a on baillé de bien estranges. Mais
pour ce que tousjours a eu Dieu devant les yeulx,
luy a aydé à maintenir son honneur, et jusques au
jour de son trespas, on n'en avoit pas osté le fer
d'une esguillette.
Il fut lieutenant pour le roy son maistre ou Daul-
phiné, ouquel si bien gaigna le cueur tant des nobles
que des roturiers, qu'ilz feussent tous mors pour
luy. S'il a esté prisé et honnoré en ses pays ne se
426 HISTOIRE DE BAYART
loit des vicieux. U estoit fort mauvais flateur et adula-
teur; tout son cas estoit fondé en vérité, et à quelque
personne que ce feust, grant prince ou autre, ne
fléchissoit jamais pour dire autre chose que la raison.
Des biens mondains, il n'y pensa en sa vie ; et bien
Ta montré , car à sa mort il n'estoit guères plus riche
que quant il fut né^ Quant on luy parloit des gens
puissans et riches où il pensoit qu'il n'y eust pas
grande vertu faisoit le sourt et en respondoit peu, et
par le contraire ne se pouvoit saouller de parler des
vertueux. Il estimoit en son cueur ung gentilhoimne
parfait, qui n'avoit que cent francs de rente, autant
que ung prince de cent mille, et avoit cela en sod
entendement que les biens n'anoblissent point le
cueur.
Le cappitaine Loys d'Ars le nourrit en jeu-
nesse , et croy bien que soubz luy aprist le oommen-
cement des armes. Aussi toute sa vie lui a-il porté
autant d'honneur que s'il eust esté le plus grant roy
du monde; et quant on parloit de luy, le bon cheva-
lier y prenoit plaisir merveilleux, et n'estoit jamais las
d'en bien dire. Il ne fut jamais honune suyvant les
armes qui mieulx en congneust l'ypocrisie, et souvent
1. Il y a quelque exagération dans cette affirmation si absolue
du Loyal serviteur. Bayart quitta la maison paternelle sans aucun
bien. Il acheta plus tard les terres de Grignon et Saint^Maxi-
min, ainsi qu'il résulte d'un acte d'acquisition daté du 31 octobre
1521 et conservé aux Archives de Tlsère {Quartus liber aliénation
num. Pièce 40), et laissa entre les mains de ses frères des sommes
assez fortes pour que, après sa mort, ils pussent donner ea
dot à sa fille naturelle quatorze cents écus d'or, ce qui repré-
sente une valeur intrinsèque de dix-sept mille francs et une
valeur dix fois supérieure à la puissance actuelle de l'argent.
PAR LE LOYAL SERVITEUR. 4SI7
disoit que c'est la chose en ce monde où les gens sont
plus abusez, car tel fait le hardy breneux en une
chambre, qui, aux champs devant les ennemys, est
doulx comme une pucelle. Peu a prisé en son temps
gens d'armes qui habandonnent leurs enseignes pour
contrefaire les hardis, ou aller au pillage. G'estoit le
plus asseuré en guerre qu'on ait jamais congneu , et à
ses parolles eust fait combatre le plus couart homme
du monde, il a fait de belles victoires en son temps,
mais jamais on ne l'en ouyt venter, et s'il convenoit
qu'il en parlast, en donnoit tousjours la louenge à
quelque autre. Durant sa vie a esté à la guerre
avecques Anglois, Ëspaignolz, Almans, Ytaliens et
autres nations, et en plusieurs batailles gaignées et
perdues ; mais où elles ont esté gaignées, Bayart en
estoit tousjours en partie cause, et où elles se sont
perdues, s'est trouvé tousjours si bien faisant que
gros honneur luy en est demouré. Oncques ne voulut
servir que son prince, soubz lequel n'avoit pas de
grans biens , et luy en a on présenté beaucoup plus
d'ailleurs en son vivant; mais tousjours disoit qu'il
mourroit pour soustenir le bien public de ses pays.
Jamais on ne luy sceut bailler conunission qu'il refu-
sast; et si luy en a on baillé de bien estranges. Mais
pour ce que tousjours a eu Dieu devant les yeulx,
luy a aydé à maintenir son honneur, et jusques au
jour de son trespas, on n'en avoit pas osté le fer
d'une esguiliette.
Il fut lieutenant pour le roy son maistre ou Daul-
phiné, ouquel si bien gaigna le cueur tant des nobles
que des roturiers, qu'ilz feussent tous mors pour
luy. S'il a esté prisé et honnoré en ses pays ne se
428 HISTOIRE DE BAYART.
fault pas esmerveiller ; car trop plus Ta esté par
toutes autres nations, et cela ne luy a pas duré ung
ne deux ans mais tant qu'il a vescu, et dure encores
après sa mort, car la bonne €| vertueuse vie qu'il a
menée luy rend louenge immortelle. Oncques ne fut
veu qu'il ait voulu soustanir le plus grant amy qu'il
eust eu ou monde contre la raison ; et tousjours disoit
le bon gentilhonune que tous empires, royaulmes et
provinces sans justice sont forestz pleines de brigans.
Es guerres a eu tousjours trois excellentes choses et
qui bien afïièrent^ à parfaict chevalier : assault de
lévrier, deffense de sanglier et fîiyte de loup.
Brief, qui toutes ses vertus vouldroit descripre il y
conviendroit bien la vie d'ung bon orateur, car moy
qui suis débile et peu garny de science n'y sçauroy
attaindre; mais de ce que j'en ay dit supplie humble-
ment à tous lecteurs de ceste présente histoire le
vouloir prendre en gré, car j'ay faict le mieulx que
j'ay peu, mais non pas ce qui estoit bien deu pour la
louenge d'ung si parfaict et vertueux persom[iage que
le bon chevalier sans paour et sans reprouche, le gen-
til seigneur de Bayart, daquel Dieu par sa grâce
vueilk avoir l'ame en paradis. Amen.
1. AffUrent, convienneiU.
APPENDICE
I.
(Voir p. 3.)
La famille de Bayart,
La famille Terrait n'est pas d'une illustration fort ancienne ;
les généalogistes, n'en trou?ent pas de traces avant le xir* siècle :
elle appartenait à cette petite noblesse héroïque et pauvre dont
le principal privilège fut déverser son sang pour la France pendant
tout le moyen-âge. Voici, d'après Ghorler, la liste des aïeux de
Bl^fart : Aubert ou Albert, tué à la bataille de Varey (1 326) ; —
Robert, châtelain de la Buissière, combat à Varey (4 32M 333) ;
— Philippe, tué à la bataille de Poitiers (43!H>) ; — Pierre^ fait
construire le château de Bayart 14 404) , est tué à Azincourt (4445);
— Pierre, combat à la bataille d'Anthon (4430), est tué à celle
de Montlhéry (4465) ; — Aymon, blessé à la bataille de Gui-
negate, épousa Hélène Alleman et fut père de Bayart.
Bayart eut trois frères et quatre scBurs : Jacques et Philippe
entrèrent dans les ordres et devinrent successivement évéques
de Glandevez; Catherine fut religieuse au monastère de Pré-
mol ; Jeanne devint abbesse de celui de N. -D. des Haïes ; Marie,
épousa Jacques du Pont et fut mère du capitaine Pierrepont,
dont il est parlé si souvent dans les récils du Layal Ser-
viteur; Claudie épousa Antoine de Theys. Georges, frère aîné
de Bayart, épousa Claudie d'Arvillars et eut deux ûlles: Barbe,
qui ne se maria pas, et Françoise, qui épousa Charles Copier.
Bayart eut de Barbe de Tresea, appartenant à une noble
famille de Lombardie, une fille naturelle nommée Jeanne qui
épousa en 4525 François de Bocsozel; nous publierons plus loin
son contrat de mariage.
430 APPENDICE.
Une autre branche de la famille Terrail est issue de Jacques,
fils de Philippe ; elle prit le surnom de Bernin^ de même que
la branche aînée avait pris celui de Bayart. Elle finit en 4660
par Thomas, seigneur de Bernin, et François, seigneur de
Saussan et Pignan, morts tous deux sans alliances. Cette
branche avait embrassé le protestantisme. La famille Terrail
est entièrement éteinte aujourd'hui; ses armoiries étaient:
d'azur au chef d'argent chargé d'un lion naissant de gueules^
au filet d'or mis en bande brochant sur le tout.
Parmi les pièces relatives à la famille Terrail nous citerons
les lettres patentes du gouverneur du Dauphiné en date du
4 mars 4404 autorisant Pierre Terrail à construire une maison
forte au lieu de Bayart, au mandement d*Avalon ; rhonmiage
prêté par le même le 34 octobre 4443 pour les biens qu'il pos-
sédait dans le mandement d'Avalon; ces deux actes sont con-
servés aux archives de l'Isère. Dans les pièces originales da
cabinet des titres de la Bibliothèque nationale nous trouvons
une ordonnance du gouverneur du Dauphiné du 45 octobre
4424 enjoignant au receveur de Taide de la province de payer
à Pierre Terrail ses gages et ceux de sa compagnie, qui se com-
posait de quatre hommes d'armes, lui compris. Cette ordon-
nance est accompagnée de la montre de cette compagnie con-
tenant les noms de Pierre Terrail, écuyer banneret, Antboioe
Acquent, Jehan Ronde et le bâtard Terrail, et de la quittance
avec signature autographe donnée par le même Pierre Terrail
le 48 octobre 4 424 au trésorier qui Ta payé.
II.
(Voir p. 139.)
Ordonnance du roi de France du 12 janvier 1508
relative à la conduite des gens de pied et promesse
des capitaines de l'observer^.
C'est Tordre que le roy veult estre observée et gardée par les
1. Bibl. nat., ms. Dupuy, vol. 85, p. 26. Original.
APPENDICE. 431
cappitaines des gens de pié que ledict seigneur a retenuz pour
la conduite desdits gens de pié en Tannée qu'il fkit présente-
ment pour aller delà les monts.
Et premièrement, que lesdictz cappitaines ne prandront que
tous bons compaignons de guerre et que soient pour bien
senrir ledict seigneur.
Item, et après que lesdicts compaignons seront levez, lesdicts
cappitaines les conduiront et mèneront sans les habandonner
et ne souffreront qu'ilz pillent et facent maulx au peuple ainsi
que par cy-devant c'est fait, et si aucuns desdicts gens de pié
ftiisoient le contraire, lesdicts cappitaines seront tenuz les
mectre entre les mains de la justice pour en faire faire répara-
tion telle qu'il appartient, et s'ilz en estoient reffusans ledict
seigneur s'en prandra à eulx et en respondront sur leur yie.
Item, la montre desdicts gens de pié faicte et qu'ilz auront
eu paiement, lesdicts cappitaines les feront vivre en bon ordre
et police et paier les vivres qu'ilz prandront à pris raison-
nable.
Item, et ne bailleront lesdicts cappitaines aucunes charges
ou commissions à gens qu'ilz soient, pour lever lesdicts com-
paignons et les conduire, qu'ilz ne soient gens de bien et dont
ilz respondent s'ilz faisoient aucuns abbuz ou pilleries.
Item, et ne lèveront ou mectront sus plus grant nombre de
compaignons que leur sera ordonné sur peine de s'en prandre
à eulx.
Item, lesdicts cappitaines desdicts gens de pié pour chascune
compaignie de cinq cens hommes auront davantaige xxv payes
pour départir à leurs lieutenans, porteurs d enseignes, chefz
et autres bons personnages de leurs bendes à la discrétion des-
dicts cappitaines, et ainsi des autres bendes de plus plus et de
moinls moints à ladicte raison; et seront baillez lesdictes
payes à ceulx qui seront nommés par lesdicts cappitaines
sans mectre l'argent es mains d'iceulx cappitaines.
Item, quant la monstre desdicts gens de pié se fera, les cap-
pitaines feront sérement es mains des commissaires qu'ilz ne
feront point de faulces monstres et quUlz ne présenteront per-
sonnages qu'ilz ne sachent véritablement avoir servy et estre
432 APPENDICE.
poar senrir pour le temps que seront paiez f et s'il est trouvé
le contrère ledict seigneur s^en prandra ausdicts cappitaines.
Item, et ne pourront iesdicts cappitaines remplir leurs roolles
de ceulx qui seront morts ou absens ; mais si ou lieu d'ioeolx
on y en mectoit d'autres, ilz les feront enrooller par les comis-
saires et contrerolieurs à la dernière monstre pour estre payez
à la monstre ensuivant.
Fait à Bloys, le xij* jour de janvier Tan mil cinq éens et
huit.
Lots. — Gbdotn.
Nous, cappitaines cy-dessoubz nonmiez, confessons avoir
veu et entendu Tordonnançe qu'il a pieu au roy l^ire sur le
fait de ses gens de pié, laquelle chascun en nostre endroit
nous promectons entretenir selon ladicte ordonnance et le
voulloir et intention dudict seigneur. En tesmolng de ce nous
Mons signé ces présentes de noz mains le xv°^ jour de janvier
l'an mil cinq cens et huit.
Gallbt d'A||dtb. — RiiMON DR Daillon. —
Ph. de ItTCHEMONT. — OlIVIBR DE SnXT.
— Batart. — Uau6B^
m.
(Voir p. 311.)
Lettre de Bayart relative à la bataille de Ravenne
(1512).
[A Monsieur Tévêque de Grenoble'.]
Monsieur, si très humblement que faire je puis à vostre
i. La signature qui suit le noq^ de Bayart est celle de Soflrey
Alleman, s' d'Uriage, plus connu sous le nom de capitaine
Molart, dont il est parlé à plusieurs reprises dans notre chro-
nique. Les autres sont cdles de Gallet d^Aydie, s' de Les-
cun, surnommé le capitaine Oàet, d'Olivier de Silly, s** de U
Chapelle, et enfin de Raymond de Daillon, fils du seigneur da
Lude. Nous ignorons Torigine de Philippe de Richement.
2. Archives de Tlsère, B 2906, n» 364. Copie. Publié dans les
APPENDICE. 433
bonne grâce me recommande. Depuis que dernièrement vous ay
écrit, arons eu, comme jà avez peu savoir, la bataille contre
noz ennemis, mais pour vous en advertir bien au long, la chose
fut telle.
C'est que nostre armée vint loger auprès de ceste ville de
Ravenne -, noz ennemis y furent aussi tost que nous afln de
donner cœur à ladicte ville -^ au moyen tant d'aucunes nou-
felles qui couroient chaque jour de la descente des Suisses,
qu'aussi le manque de vivres qu'avions en nostre camp. Mon-
sieur de Nemotfrs se délibéra de donner la bataille et dimanche
dernier passa une petite rivière qui estoit entre nosdits ennemis
et nous. Si les viiiig^s rencontrer; ils marchoient en très-bel
ordre et estoieot plus de dix-sept cens hommes d*armes, les
plus gorgias et triomphans qu^on vit jamais, et bien quatorze
mille de pied aussi gentils galands qu'on sçauroit dire. Si
violjrent environ mille hommes d'armes des leurs comme gens
désespérés de ce que nostre artillerie les affoloit, ruer sur
nostre bataille en laquelle estoit Monsieur de Nemours en per-
sonne, sa compagnie, celle de Monsieur de Lorraine, de Mon-
sieur d^Ars et autres jusques au nombre de quatre cens
hommes d'armes ou envirpn, qui recourent lesdits ennemis de
si grand cœur, qu'on ne vit jamais mieux combatre. Entre
nostre avant-garde qui estoit de mille hommes d'armes et nous
il y avoit de grands fossez et aussi elle avoit affaire ailleurs
que nous pouvoir secourir. Si eonveint à ladite bataille de
porter le faiz desdits mille hommes ou environ ; en cet endroit
Monsieur de Nemours rompit sa lance entre les deux batailles
et perça un homme d'armes des leurs tout à travers et demie
brassée davantage. Si furent lesdits mille hommes d'armes
deffaits et mis en fuite et ainsi que leur donnions la chasse
vinsmes rencontrer leurs gens de pied auprès de leur artillerie
avec cinq ou six cens hommes d'armes qui estoient parquez
et au devant d'eux avoient des charretes à deux roues sur les-
quelles il y avoit un grand fer à deux aisles de la longueur de
deux ou trois brasses et estoient nos gens de pied combattus
notes d'ExpiUy sur la vie de Bayart. Grenoble. Jean Nicolas,
4650.
28
434 APPENDICE.
main à main. Leursdits gens de pied avoient tant d'arqué-
butes que quand ce vint à l'aborder ilz tuèrent quasi tous nos
capitaines de gens de pied en voye d'esbranler et tourner le
dos. Mais ils furent si bien secourus des gens d'armes qu^après
bien combatre nosdits ennemis furent deffaits, perdirent leur
artillerie et sept ou huit cens hommes d'armes qui leur furait
tuez et la plupart de leurs capitaines avec sept ou huict mille
hommes de pied. Et ne sçait-on point qu'il se soit saofé
aucuns capitaines que le vice-roi, car nous avons prisonniers
les seigneurs Fabrice Colonne, le cardinal de Médicis, légat do
pape, Petro Navarre, le marquis de Pesquiere, le marquis de
Padule, le fils du prince de Melfe , dom Jean de Gardonne, le
fils du marquis de Betonde, qui est blessé à mort, et d'autres
dont je ne sçais le nom ; et ceux qui se sauvèrent furent chassez
huict ou dix mille et s'en vont par les montagnes écartez et
encore, dit-on, que les vilains les ont mis en pièces.
Monsieur, si le Roy a gagné la bataille je vous jure que les
pauvres gentilhommes l'ont bien perdue, car ainsi que nous
donnions la chasse. Monsieur de Nemours vint trouver quelques
gens de pied qui se rallioient, si voulut donner dedans, mais
legentil prince se trouva si mal accompagné qu'ily fut tué, dont
toutes les desplaisances et dueils qui furent jamais fisdts ne fat
pareil que celuy qu'on a démené et qu'on démène encore m
nostre camp; car il semble que nous ayons perdu la bataille.
Bien vous promets-je, Monsieur, que c'est le plus grand dom-
mage que de prince qui mourut de cent ans a; et s'il eust
vescu âge d'homme il eust fait des choses que oncques prinee
ne fit, et peuvent bien dire ceux de deçà qu'ils ont perdu leur
père, et de moi. Monsieur, je ne sçaurois vivre qu'en mélan-
cholie, car j'ai tant perdu que je ne le sçaurois escrire.
En d'autres lieux furent tuez Monsieur d'Alègre et son fils,
Monsieur du Molar, six capitaines alemands et le capitaine
Jacob, leur colonel; le capitaine Maugiron, le baron de Grand-
Mont et plus de deux cens gentilshonunes de nom et tous d'es-
time, sans plus de deux mille hommes de pied des nostres, et
vous asseure que de cent ans le royaume de France ne recou-
vrera la perte qu'y avons eue.
Monsieur, hier matin fut amené le corps de feu Monsieur i
APFENDIGE. 436
Milan avec deux cens hommes d'armes au plus grand honneur
qu'on a sçeu adyiser, car on porte devant lui dix-huiet ou
vingt enseignes les plus triumphantes qu'on vid jamais qui ont
esté en cette bataille gagnée. Il demeurera à Milan jusques à ce
que le Roy ayt mandé s'il veut qu^il soit porté en France ou ûon.
Monsieur, nostre armée s'en va temporisant par cette
Romagne en prenant toutes les villes pour le concile^ ; ils ne
se font point prier d'eux rendre au moyen de ce qu'ils ont peur
d^estre pillez comme a esté cette ville de Ravenne, en laquelle
n^est rien demeuré, et ne bougerons de ce quartier que le Roy
n'ayt mandé ce quUl veut que son armée faoe.
lîonsieur, touchant le frère du Poste dont m'avez écrit, in-
continent que Tenvoyerez il n y aura point de fSaute que je ne
le pourvoye. Puisque cecy est despécbé je eroy qu'aurons
abstinence de guerres; toutesfois les Suisses font quelque
hruict tousjours; mais quand ils sçauront celte defiaite peut-
être ils mettront quelque peu d'eau en leur vin. Incontinent
que les choses seront un peu appaisées je vous iray voir. Priant
Dieu, Monsieur, qu'il vous donne très-bonne vie et longue.
Escrit au camp de Ravenne ce 44* jour d'avril.
Vostre humble serviteur,
Batabt.
^ IV.
(Voir p. 336.)
Lettre de Laurent Alleman^ évêque de Grenoble^ à la
reine Anne de Bretagne ^ relative à la maladie de
Bayart (1512).
A la Royne ma souveraine dame*.
Madame, j'ay receu les lettres qu'il vous a pieu m'envoyer
i . Poar le concile convoqué par Louis XII à Pise en opposition
à celui que Jules II réunit à Rome à Saint-Jean-de-Latran, et qui,
transféré à Milan, fut dissous après avoir déposé le pape. Bes déci-
sions n'eurent aucune autorité et ne furent pas mises à exécution.
2. Cabinet de M. de Terrebasse. Original. Publié dans la Kte de
Bayart par M. de Terrebasae. Vienne, 1870, in-8*, p. 461.
436 APPENDICE.
par maistre Pierre, vostre médecin, et entenda par luy fostre
vouloir et commandement. Madame, soyez toute «eseurée que
en toutes les heures, prières et sufifhiges qu'il se dist journel-
lement à nostre seigneur Dieu en vostre pays* de GraysiTodan
et mesme par les gens réformez avec grans abstinences, le roj
et vous, Madame, avec Testât de voz royaulme et seigneurie,
estes singulièrement et affectueusement recommandez et n'ot
possible, Madame, que tant de prières et larmes gectées ne
soyent exaulcez pour vous profiter en ce monde et en Tautre.
Madame, la venue de vostredit médecin est causé de guérir
mon nepveu Bayart, car les médecins d'içy n'avyont cognois-
sance d'une fièvre lante qu'il avoit en Testomac Qt tellement l'a
secouru que dedens trois ou quatre jours s'en va en Guyenœ
en vostre service.
Madame, j'ay parlé audit Bayart du mariaige duquel il vous
a pieu parler au vicomte de Rodes ^ dont lay et moy avons
bien cause d'estre très que adonnez et soigneulx de vous flûrB
service agréable, quant il vous plaist entendre à TafiEEure d'un
si petit vostre serviteur comme luy. U m*a dit qu'il est encore
bien mal fondé en biens pour supporter les charges de ce
mariaige et que encores il ne vous a fkict quelque bon service
ainsi qu'il a bien espoir de faire, mais que il s'en ira en
Guyenne pour se mectre en debvoir d'obeyr au com^aande-
ment du roy et de vous et pour ayder à résister aux gros
affaires et vous y faire quelque bon service ainsi qu'il a bien
espoir, car il n'a comme il dit, aultre désir en ce monde; el
comme que l'on vous ayt dit d'ung fils, il n'y a que troys filles
qui sont de deux mères donct Taynée est seule de la première;
et à ce que j^entens de luy il ne scet encores que veult dire se
marier. Mais s'il vous plaist. Madame, vous l'aurez pour
recommandé. Madame, fe prie au benoit fils de Dieu vous
donner très bonne et très longue vie. A la Plaine', ce vj«de
septembre.
Vostre très humble et très obéissant subget et serviteur,
L'ivisouB n Guifoiu.
1. n s'agit probablement ici de Guillaume de Carmain, vicomte
de Rodez.
2. Château des évoques de Grenoble.
ÀPPEIfDIGE. 437
V.
(Voir p. 392.)
Lettres de Frantz de Sickingen, de Louis de Hangest,
seigneur de Montmor^ de Charles de Bourbon, duc
d'Alençon , et de Gaspard de Coligny^ maréchal de
Châtillon^ relatives au siège de Mouzon (1521).
[AuRoi^]
Monseigneur, j'ay yeu les lettres qu'il vous a pieu m'escripre
par lesquelles me mandez adriser avec Messieurs d'Orval et
mareschal de Chastlllon quille provision Ton pourroit promp-
tement donner au fait de Toumay. Monseigneur, comme bier
je vous feis entendre par Fors monsieur d'Orval est à Mézières
devers lequel j'ay envoyé le capitayne Bayard, le bailly de
Gaen, Boucal, Pierrepont et Suzanne, lieutenant de l'artillerie,
pour veoir ce qui luy est nécessaire pour ledict Mézières et n'y
a de ceste heure icy que messieurs de Saint-Pol, mareschal de
Ghastillon et moy. Toutesfois ledict mareschal lequel a ce jour
d'huy depesché le messagier de Toumay, vous escript au long
ce qui luy en semble. Au demeurant je vous advise, Monsei-
gneur, que tout à ceste heure ay veu lettres par lesquelles l'on
advertit monsieur de MontiAor que le l)|ruict est que le siège
s'en va devant Mouzon, et pour ce qâ'il m'escript donner pro-
vision à ce qui luy est nécessaire je luy fais response, pour le
doubte que j'ay de ne luy pouvoir hailler gens qui assez tost
poussent estre vers luy, qu'il lieve en toute diligence ce qu'il
congnoistra qu'il luy en fkult, ou s'il voyt que une bande de
gens de pyé d'icy peust estre assez à temps vers luy qu'il le
mande et incontinent je les y feray marcher, et que au demeu-
rant il fasse retirer dedans la ville tant de vivres qu'il pourra.
Monseigneur, de ce que j'entendray vous advertyray tousjours
incontinent pour y pourveoir selon le bon plaisir de vous,
1. Bibl. nat.^ mss. Glairambault, vol. 319, p. 5995. Ck>pie.
438 appkudick.
Monseigneur. Pryant le créateur vous donner. Monseigneur,
très longue vie et très bonne santé. .
De Reims, ce dernier juillet
Vostre très humble et très hobéyssant suget et serviteur,
Ghaelbs.
Au cappitaine de Mouzon, sieur de Montmor^
Cappitaine, je vous adverty que me suis trouvé hier devers
monseigneur de Nassau et autres gens du conseil de guerre de
la très sacrée majesté de l'empereur, entre l6S(]^ielz a esté
advisé et conclu de vous assiéger. Et pour ce que, à mon retour
du Roy vostre maistre, me feistes en vostre maison de Cha-
vronge de l'honneur , bonne chère beaucoup, et de bonnes
offres et des présentations, je seray mary estre ingrat enfers
moy'; et pour ce que je considère^ et qu'il est vraysemblable
que la ville de Mouzon estant à présent soubz vostre charge,
comme en suis vériflé, n'est à résister contre telle foule, vous
prie que ayez la considération de la puissance dudict seigneur
empereur et de ma présente armée, que ne mectez aucune di(>
Acuité de vous départir, ensemble et voz gens de guerre avec
leur bagage, de ladicte ville en la mectant en mes mains; et je
vous asseure de vous en laisser départir, ensemble et voz gens
comment dict est; autrement la diligation à laquelle sera
faicte, et par tel ordre et debvoir que n'est à présupposer estre
à vous possible de la garder, et ne sera à moy, vous, ne à voz
gens rendre aucunement gratuite, dont me déplairoit, espérant
que ma trompette porteur par ces présentes, me ferez responce.
Escript au camp auprès de Stanay-sur-Houzon, ce zxj' jour
d'aoust l'an \^ zxi.
FBAifciSGUs M SiGUfGUf, mauu propria.
1. Bibl. nat., mss. français, vol. 3092, p. 121. Copie du tempe
On ne s'étonnera pas du style de cette lettre en se rappelant
qu'elle est écrite par un Allemand.
2. Il y a bien moy dans le texte; mais c'est vous qu'il faudrait.
APPENDICE. 439
Au cappitaine le seigneur Francisque*.
Gappitaine, j'ay à ceste heure yeu vostre lettre dattée du
xxj* d'aoust r^ XXI par vostre messager et trompette, par
laquelle vous dictes que du jour d'hier vous estes trouvé
avecques monsieur de Nassau et autres gens du conseil de
l'empereur entre lesquelz dictes avoir esté advisé de me assié*
ger, et que pour quelque bonne chère que dictes que vous ay
fait à ma maison de Chaberonges et plusieurs bonnes offres et
présentations, et à l'occasion de ce, me vouldriez fere plaisir
à moy et aux cappitaines et gens de guerre qui sont en ceste
ville et autres choses contenues en vostre dicte lettre dont vous
tiens assez recouz. Pour responce : il a pieu au roy très chres-
tien mon souverain seigneur de me bailler la garde de ceste
ville de Mouzon, avecques beaucoup de bons cappitaines et
gens de guerre qui sont icy, lesquelz eulx et moy sommes
délibérez de faire nostre debyoir et le bien et loyaument ser?ir
en actendant son bon plaisir, et du contenu de vos dictes
lettres l'advertiray à toute diligence. Bien est yray que je
trouve estrange, veu ancienes lettres que m'a escript monsieur
de Nassau, par lesquelles il m'a toujours escript qu'il n'avoit
charge de l'empereur faire guerre sur les pays et subgetz du
roy mondict souverain seigneur et n'ay point entendu qu'il y
ayt aucune déclaration de guerre entre nos princes et souve-
rains seigneurs. Quant à moy, où je vous pourrois faire plaisir
je le ferey de bon cueur, mon honneur saulve.
Escript à Mouzon, ce xxj" jour d'aoust w^ xxi.
Louis de Hângest.
Au Roy mon souverain seigneur >.
Sire, je vous escripviz hier comme j'avois mandé tous les
4. Bibl. nat., mss. finançais, vol. 3092, p. 120. Copie du temps.
2. Bibl. nat., mss. français, vol. 2967, p. 18. Original.
440 APPENDICE.
chef^ des bendes qui furent mises dedans Mouzon pour en-
tendre au vray la manière de la reddition de la ville. Sire, je
les ay ouyz parler, présens plusieurs gens de bien de la oom-
paignie qui est par deçà, lesquelz m'ont dit rinconTéoient estre
advenu par les gens de pyed qu'iiz se mutinèrent disans qu'ilz
ne combatroient ny ne se meetroient en defifence, s'ilz n'es-
toient payez d'un mois; et voyant, monsieur de Hontmor,
ensemble les gens de bien qui estoient avecques Iny, estre en
ceste nécessité, et que sans lesdicts gens de pyed qui estoient
la plus grosse force qu'iiz eussent ilz ne pouvoient fkire résis-
tance à rencontre de la puissance qui estoit devant eub, fut
ledict sieur de Montmor contrainct de rendre ladicte ville à
telle composition que avez esté adverty. Sirç, ledit tjkur de
Montmor, avecques le plus de ses gens qu'il a peu remonter et
armer, s'en va vers Saincte-Ménéhoult sur les passaiges et le
long de la lizière de Lorraine pour flaire et donner tout l'ennuj
et empescbement qu'il pourra aux Bourgongnons et à leurs
vivres principallement, et croy. Sire, qu'il vous y fera uug
grant service, car luy et la pluspart de ses gens congnoisient
ce pays là. Sire, quant au fait de Mezières, il ne nous est venu
aucunes nouvelles de ceulx de dedans, car les ennemys les
pressent et bâtent merveilleusement de deux cousiez et les
tiennent si bien encloz qu'il n'en peut sortir personne. Sire,
je prie Nostre-Seigneur qu'il vous doint très bonne vie et
longue.
A Reims, le iij* jour de septembre.
Vostre très humble et très hobéissant suget et servyteur,
Ghâstillor.
A mon très redoubté et souverain seigneur ^
Monseigneur, par Poton' avez entendu la composition de
Mouzon et depuis est icy venu le sieur de Hontmor qui a prié
que, en la présence des gens de bien qui y sont, les cappitaines
4. Bibl. nat., mss. français, vol. 2967, p. 6. Original.
2. Antoine Raffin, dit Poton, écuyer, s^* de Puychaunais.
APPENDICE. 441
et cbefz des bandes estans audict Mouzon avecques luy fussent
oyz, ce que j*ay bien voulu ; et après avoir le tout entendu vous
asseure qu'ilz n'en ont dit chose dont il sceust avoir reprouche
ne blasme, mais y a fait tout ce que homme de bien peut,
s*offirant tousjours de mourir le premier à la bresche, et sans
estre contrainct par les gens de pyé ne fust point venu là de
ceste sorte, mais d'avoir à combatre ceulx de dedans et de
dehors luy estoit trop difficile; car nomméement la pluspart
des gens de pyé et presque tous, luy dirent que sans estre paiez
d'un moys après le premier coup de canon tyré ilz ne comba-
troient point et ne feroient guect ne escoute, ne iroyent sur la
muraille, quelque remonstrance que leur peussent faire leurs
cappitaines, lesquelz y ont fait ce qu'ilz ont peu. Et à ceste
cause voyant par ledict sieur de Montmor que impossible luy
estoit de résister, ne plus tenir, par l'opinyon de tous les gen-
tilzhommes et gens de bien estans avecques luy y a fait ce que
voyez et avez peu savoir. Au demeurant, Monseigneur, voyant
qu'il est merveilleusement en bonne voulenté de vous faire bon
service et se revancher luy ay donné commission d'assembler
de sa compaignie ceulx qui pourront recouvrer harnois et
cbevaulx à Saincte-Menehoust, et avecques celle de monsieur de
Florenges se retirer vers la rivière, sur les passaiges et au
quartier de Lorrayne, dont viennent les vivres des Bourgui-
gnons, pour leur rompre chemyn et faire le plus d'ennuy qu'il
pourra. Monseigneur, je supplye le Créateur vous donner très
longue vye en très bonne santé.
De Reyms^ ce liij*' jour de septembre.
Vostre très humble et très hobeyssant suget et servyteur,
Charles.
VI.
(Voir p. 393.)
Lettres du Roi, de Louise de Savoie, de Bayart, de
Montmorency, du maréchal de Châtillon, de Charles
duc d'Alençon, de Jean d'Albret, seigneur dOr-
ki% APPSNDICB.
valt de Robert de la Marck et de René, grand bâtard
de Savoie, relatives au siège de Méziêres (1521).
A mon très redouté et souverain seigneur ^
Monseigneur, pour ce que je n'ay point encores eu de res-
ponse 3e monsieur d'Onral s'il viendroit ou non, doubtantque
par faulte de donner prompte provision aux places Ton peut
estre surplus, j'ay ce matin assemblé messeigneurs le mares-
chai de Ghaslillon, cappitaine Bayart et les autres» lesquelz
j'ayoyz envoyez visiter Mezières, et après avoir ouy leur rap-
port combien que de ceste heure elle ne soit en estât d'attendre
ung siège, ledit sieur de Bayard pense que estant dedans
avecques sa compagnie, celle de monsieur d'Orval, qui y est,
et les bandes du baron de Montmoreau et Boucal, qu'il la
pourra garder. À ceste cause les ay incontinent depeschez pour
les y envoyer, saicbant que si les Bourguignons passent oultre
on pourra tousjours retirer ses bandes. Monseigneur, j'euz
hier soir nouvelles que leur siège est devant Bouillon, mais ce
ne sont que les Lyegois ; toutesfois aux gens qui sont dedans
la place, je ne fais nul doubte qu^elle ne soit incontinant prinse.
D'avantaige l'autre bande ie leur armée devoyt aujourd'huj
venir coucher à Donzy', qui n'est que à une bonne lieue de
Mouzon, qui sont toutes les nouvelles que j'ay entendu, fors
ce que vous dira ce porteur qui en vyent, auquel j'ay fait
bailler la poste afin que, s'il vous plaist de Touyr, vous entendez
à la vérité où est le roy cathollcque et de ses entreprinses.
Monseigneur, quant au surplus j'ay envoyé la bande de Poif-
fou à Mouzon, où il y a bien deux cens cinquante hommes et
aujourd'huy ay mandé au sieur de Montmor lever jusques à
mille hommes de pyè parce que des gens de cheval il ne peut
avoir que sa compagnie. Qui sera pour la fin, après vous avoir
supplyé. Monseigneur, vouloir donner ordre au fait de l'argent
car nous en sonunes fort pressez icy et n'a l'on envoyé à mon-
1. Bibl. nat., rass. français, vol. 2962, p. 99. Original.
2. Douzy, arrondissement de Bedin (Ardennes).
APraifDiCE. 443
sieur le général que des parties en papier qui ne sont ayséea à
recouvrer soubdainement. Monseigneur, je supplye le Créateur
vous donner très longue vie en très bonne santé.
De Reims, ce iiij* jour d^aoust.
Vostre très humble et très hobéyssant suget et serviteur,
GflAELES.
[Au Roi^]
Sire, j'ay receu à ce soir les lettres qu'il vous a pieu m'es-
cripre du premier jour de ce mois, par lesquelles^ Sire, je vois
bien qu'on vous a donné à entendre que ceste ville de Mai-
sières n'est pas tenable ni gardable. Toutesfois, Sire, il me
semble que je suis aussy creable de ceste affaire, qui suis gou-
verneur et vostre lieutenant en ce pays passé a xxxvi ans, que
ceulx qui n'y furent jamais, et croy que vous avez bien ceste
fiance en moy que ne vouldroys perdre voz gens ne vostre
artillerie ne moy avecques, ne les mettre en hasard que ne
feust à bonne cause et qu'il soit ainsi que je dis vray. Sire, et
qu'en ce qu'on vous a escrlpt c'est par des gens qui ne con-
gnoissent pas la ville ne le pays. Il a pieu à Monseigneur '
envoyer en cestedicte ville depuis quatre ou cinq jours mes-
sieurs de Bayart, le bailly de Gaen^ Pierrepont et maistre de
l'artillerye Suzanne qui l'ont trouvée telle qu'elle ne se doibt
habandonner, mais chèrement garder pour l'importance de
vostre royaume et qu'elle le vault et est bien tenable avecques
les réparations qu'on y faict et avecques les gens et artillerie
que j'ay demandez, et tel a esté leur rapport faict à mondict
seigneur comme pourrez veoir par ses lettres qu^il m'a depuis
escriptes après avoir ouy leur dit rapport et croy qu'il ne tien-
dra à mondict seigneur qu'il ne soit pourvu à toutes choses
comme il appartient et que cestedicte ville ne soit bien gar-
dée. Toutesfois, Sire, vostre bon plaisir en soit faict, car, sup-
posé que je y perde, la perte sera trop plus grande ppur vous
1. Bibl. nat., mss. Glairambault, vol. 319, p. 6089. Copie.
2. Le duc d*Alençon.
444 APPENDICE.
que pour moy, et s'il tous plaist ainsy il me doibt bien plaire.
Sire, vous saurez le demourant par ce gentilhomme présenl
porteur que j'envoye pour ceste cause vers vous lequel il vous
plaise croire. Sire, je prie à Dieu qu'il vous doint très bonne
yie et longue.
Escript de Maizières, le iiij« jour d'aoust
Vostre très humble et très hobeissant subject et senîteur,
D'Albbabt.
[AuRoi^]
Sire, il se fait diligence extresme en ceste ville de Maizières
de la pourveoir et remparer en telle manière que j'espère que
si nous avons encores loisir de dix ou douze jours elle nous
fera tel service que vous en contenterez aultant que de lieu où
vous ayez mis vostre argent. Monseigneur m'a envoyé Tartil-
ierie que je demandoys et les gens pareillement qui seront icy
aujourd'huy ou demain, et dès hyer arrivèrent messieurs de
Bavard et baron de Montmoreau, et ^us advertis. Sire, que
vous avez icy une compagnie de gens qui sont bien délibérez
de vous faire service. Sire, j'ay souvent adverty mondict sei-
gneur de tout ce quUl m'est venu depuis que je suis icy pour
vous en advertir encores promptement, luy envoyé quelques
autres advertissements pour les vous envoyer. Sire, je prie à
Dieu qu'il vous doint très bonne vie et longue.
Escript à Maizières, ce 8* jour d'aoust.
Vostre très humble et très obéissant subget et serviteur,
D'AXKBBBT.
[Au Roi^]
Sire, Ton a mis dedans Mézières ii^ hommes d'armes et
II*" hommes de pied qui est au plus qu^on y «auroit mectre pour
1. Bibi. nat., mss. Glairambault, vol. 319, p. 6153. Copie.
2. Bibi. nat., mss. français, vol. 2975, p. 17. Original.
APPENDICE. «i&S
la deflendre sans espérance de secours, car ilz sçavent bien que
nous ne les sçaurions secourir de ce que nous aurons icy ; et à
ce qullz mandent tous les jours Je pense qu'elle se deffèndra
et qu'ilz^ ne l'emporteront point qui ne leur oousle du temps
beaucoup, et cependant si yoz Suysses venoient je ne ditz pas
que on ne essayast bien de les lerer^. Quant à Mouzon, il n'est
si bien equippé, car il n^a sceu avoir que m ou iiir^ aventu-
riers, le reste jusque à mil hommes ce sont gens du pays, et n'a
compaignie de gens d'armes que la sienne. Pour ceste raison
je feiz hier partir la gendarmerie qui pourront estre environ
iii<: hommes d^armeset iront jusques aux portes dudict Mouzon
qui les favorisera fort, et d'adventaige ilz mectront xxx hommes
d'armes de la bende de Monseigneur, de monseigneur de
Guyze et de la myenne, et ne sçauroient venir audict Mouzon
que les Bourgongnons ne les veoient entrer dedans, mais la
rivière de Meuze est entre deux et ne bougeront lesdicts gens
d'armes de là autour quUlz ne veoient ce que lesdicts Bourgon-
gnons vouldront faire. Et s'ilz passent la rivière leur rom-
pront les vivres et feront tous les ennuyz que possible leur
sera. Mondict sieur de la Roche' s^en va demain au matin après
qui aydera à conduire cela
Sire, je prie Nostre-Seigneur qu'il vous doint très bonne vie
et longue.
A Reims, le xiij* jour d'aoust
Vostre très humble et très hobeyssant suget et servyteur,
Chastillon.
Au Roy, mon souverain seigneur^.
Sire, tant et si très humblement que je puis me recom-
mande à vostre bonne grâce. Sire, j'ay receu la lettre qu'il
1 . Les ennemis.
2. De faire lever le siège.
3. Anne de Montmorency, s^ de la Hochepot ou de la Roche du
Maine.
4. Bibl. nat., mas. français, vol. 2975, p. 21. Original. Publié
dans la Vie de Bayart par M. de Terrebasse.
446- APPENDICE.
VOUS a pieu m'escripre par laquelle me fliîctes açavoir que
moDseigueur d'Alençon vous a escript la bonne volante que
j'ay à vous faire service et mesmement en Paffero de Mesières,
là où je suis venu, où j'ay treuvé monsieur d'Orval, lequel n'en
a point bougé et y a donné si bon ordre que je n'y auray pas
grant peyne : toutesfois si TafiTere y venoit là ou ailleurs vous
me trouverez vray gentilhomme. Sire, je prie à Dieu qu'il vous
doint très bonne vie et longue.
A Mesiëres, le xiij d'aoust.
Vostre très humble et très obéissant subget et serviteur,
Batàet.
A Monseigneur, Monseigneur duc d'Alençon * .
Monseigneur, ce jourd'uy, environ l'heure de mydy, sont
venuz quinze ou seize enseignes de messieurs les Bourgui-
gnons devant ceste ville à ung gect d*arc près de nous, toutes-
foiz ne nous ont point encores salluez d'artillerye, combien
qu'ilz nous ont assiégez de deux costez, et croy que si n'eus-
sions brullé les faulxbourgs qu'ilz feussent de ceste heure
dedans. Nous vous en avons bien voullu adverlir pour vous
fère tousjours entendre de noz nouvelles, vous advisant, Mon-
seigneur, que Targent est venu si bien à point qui n'y a oelluy
en la compaignye qui n'ait merveilleusement bonne volenté de
bien servir le roy. Monseigneur, nous mectr[ons peine] d'enc-
tendre tousjours nouvelles de noz eùnemys pour vous eu
advertir, ensemble de ce qui surviendra, le plus souvent que
nous pourrons. Qui sera fin de lettre, suppliant Nostre-Sei-
gneur, Monseigneur, vous donner très bonne et longue vie.
A Mesuères, ce ijendredy au soir^.
Vos très humbles et très obéissons serviteurs,
Baiart. — MonillO&AMCT.
1. Bibl. nat, ms. français, vol. 2%7, p. 32. Original publié par
M. de Terrebasse, p. 465.
2. C'est le vendredi 30 août 1521 que commença le siège de
Mézîères et que cette lettre fut adressée au duc d'Aiençon.
APPEimicv. 447
Au Roy, mon souyerain seigneur ^
Sire, j'ay présentement eu lettres venues de Meziëres de
monsieur de la Roche et de Bayard où ilz m^escriprent que dès
yendredy les Bourgongnons les sont venuz assiéger, mais
encores ne tire leur artillerie à cause que le feu est dedans les
faulxbourgs qui les garde de aproucher. J'ay eu à ceste heure
lettres de mon lieutenant qui est à Rethel que ceste nuyt sont
parties deux bendes de noz gensdarmes. Tune Ta droit audict
Meziëres pour entendre des nouvelles s'il est possible et l'autre
va entre Sedan et ledict Meziëres pour veoir s*ilz departiroient
point leur armée pour aller en quelque autre endroit; et sans
point de faulte, avecques le peu de gens qu'on a, on fait ce
qu'on peut, mais ce n'est pas que la pouvre gendarmerie ne
soit fort foullée, parquoy. Sire', sMl vous plaist ferez haster
celle qui est ordonnée venir par deçà
Sire, je prie Nostre-Seigneur qu'il vous doint trës bonne vie
et longue.
A Reims, le premier jour de septembre.
Vostre très humble et trës hobeissant suget et servyteur,
CflASTlLLON.
A Monsieur, Monsieur le mareschal^.
Monsieur, nous avons receu vostre lettre et sommes trës
aises de ce' que les forces du roy sont ensemble, vous adver-
tissans que depéys deux ou troys jours noz ennemys ne nous
ont pas tant pressez d'artillerye comme ilz faisoient par avant
et ne savons si c'est par faulte d'amonycion ^ ou de craincte
1. Bibl. nat., mss. français, vol. 2968, p. 11. Original. Publié
par M. de Terrebasse.
2. Bibi. nat., mss. français, vol. 2962, p. 18. Original. C'est au
maréchal de Ghàtillon qu'est adressée cette lettre; elle a été
publiée par M. de Terrebasse comme adressée au duc d'Alençon
(p. 464).
3. Amonyciony munition.
i&8 APPENDICE.
qu'ilz ont de l'armée dudict seigneur. Au surplus. Monsieur,
quant à ce que nous mandez si nous pouvions tenir jusques
vers TafBn de cesle sepmaine, nous ne vous y mectrons point
de terme, mais vous supplions croire que ce sera tant que
nostre honneur et noz vies se pourront estandre pour le service
du maistre. Qui sera TafOn de lettre, suppliant Nostre-Sei-
gneur, Monsieur, tous donnez bien bonne et longue vie.
A Mesuëres, ce mardy à dix heures de nuyt^
Voz plus humbles serviteurs,
MONTMORAIIGT. — BaTABT.
[A Monsieur le baillif de Gaen '.]
Monsieur le baillif, je me recommande bien fort à yostre
bonne grâce. Je vous admise* pour le commencement de ma
lettre que nous la ferons assez courte pour ce que nous escrip-
vons au Roy tout au long comme vous voirez, mais bien vous
veuil advertir que nos ennemis ont déjà bien grant faim aui
dents et ne leur vient plus de vivres par terre, c*il ne leur en
vient par mer; et contraignons de faire dilligence tant de bat-
terie que d'autre chose, dediligenter de leurs affaires, et espère
que tout viendra si bien à l'honneur du maistre que ses enne-
mis el les nostres y auront dommaige et honte, et ne sçayent
pas bien comment entendre cette famine icy et Tennuy qu'on
leur fait. Des ^ nouvelles de Mezières, ilz ont faict une merveil-
1. Le maréchal de Ghâtillon envoya la lettre précédente, à loi
adressée, au roi en raccompagnant d'une * lettre dont noas
extrayons le passage suivant :
c Sire, à ce matin ay eu lettre du bailiy de Gaen et mon lieute-
nant de quelque petite exécution gui fut faicte hier ainsi que
pourrez voir par les lettres dudict bailiy que monseigneur vous
envoyé; pareillement celle de messieurs de la Roche et de
Bayard par lesquelles pourrez aussi entendre comme ils se portent
dedans leur ville qui n'ont que bien, Dieu mercy. » 9 septembre.
(Blbl. nat. mss. Glairanabault, 320, p. 6747.)
2. Bibl. nat., mss. Glairambault, vol. 321, p. 6871. Copie.
3. Des, quant aux.
APPENDICE. &49
leuse batterie toute ceste nuit et tout ce jour, mais en récom-
pense de cela ilz ont eu de la pluye tout leur sou, que je croy
que, s*il continue dans ce pays, ce ne sera pas leur avantaige.
Ils ont esté toute oeste nuyt icy nous faire une alarme, la plus
grosse qu'ils se sont pu adviser, mais ce qu'ils y ont gangné
ne leur coustera guëres à emporter. Monsieur le bailly, je vous
prie que me mandez de yoz nouyelles, qui sera la fin de ma
lettre, en tous disant à Dieu, qui vous doinl tout ce que désirez.
A Sedan, ce xx® jour de septembre.
Geluy qui est et sera le meilleur de yos amis,
Robert db la Mabchb.
A Monsieur de la Rochepot, mon bon frère et ami ' .
Mon bon frère, j'ay reçeu voz lettres par ce porteur et aupa-
ravant vous en avois escript unes que ay depuis %çeu ne vous
ont encore» esté envoyées et baillées avec ces présentes. Mon
bon frère, je vous asseure que avez faict très aise le Roy et la
compaignie des bonnes nouvelles que luy avez mandées, et est
â croire que les ennemys, veu la constance et preudbommie
qu'ilz voyent en ceulx à qui ilz ont affaire, qui ne les craignent
guières, quilz se retireront, et y a de l'apparence puis qu'ilz
conmiencent à deslouger leur artillerie comme escripvez. Vous
sçaurez, mon bon frère, toutes nouvelles par ce pourtour qui
me gardera vous faire plus longue lettre et à tant prie à Dieu
vous donner ce que désirez.
A ce matin est arrivé Monsieur le connestable qui s'en est
retourné pour haster sa compagnie qui de brief sera icy et
nostre force assemblée pour vous aller veoir de plus près.
Escript à Sainct-Tbierry, le xxvj^ jour de septembre.
Vostre bon frère et amy.
Le bastard de Savotb^.
4. Bibl. nat., mss. Glairambault, vol. 324, p. 6947. Copie.
2. René de Savoie, grand bâtard de Savoie, comte de Villars,
lils de Philippe II, duc de Savoie, et de Libéria Portoneria. Il
épousa Anne Lascaris, dame de Tenda, et mourut en 1524.
29
450 ÀPPSIfDIGE.
[A Messieurs de Montmorency et Bajart ^]
Montmorency et vous Bayart, j'ay veu ce que tous m*avez
escript et faîct sçavoir par le cappitaîne Ilerrepont, lequel je
vous renvoyé, et sachant que vous le croirez^e ce qu'il vous
dira je ne vous diray autre, fors que je vous aillTertis que non
seullement je suis content de vous, mais povez estre seurs que
j'en fèray telle démonstration que tout le monde le cognoistra.
Priant Dieu qu'il vous ait en sa saincte garde.
Escript à Sainct-Thierry, ce xxvj« jour de septembre.
FaANÇOTS. — ROBBETST.
[Au Roi».]
Sire, à ce matin est arrivé l'une des espies que la Roche du
Mayne a accDuslumé tousjours d'envoyer, qui est bien seur,
qui dit que hier environ neuf heures du matin les deux
bandes, c^est Assavoir le comte de Nanssou et Francisque se
Jettèrent aux champs en bataille et parlèrent ensemble, lediel
sieur de Nanssou et Francisque ayans grosses paroUes en-
semble et reproches, en façon que le comte de Hom el le
comte de Félix furent contraints eub getter entre deux, autre-
ment se Touloient courir sus, et dirent tous deux que jamais
ne seroient au service de l'empereur Ton avecques l'autre, et
ledict espie dit qu'il vit ledit Francisque mareher droit à Don-
chery. Sire, ledict espie dit davantage que au camp duditsieor
de Nanssou le bruit est tout commun qu'ils s'en vont à Tour-
nay, disant que l'empereur l'a assiégé, et ce ne fust cela qu'ils
ne de fussent encore levez de devant Mezières..... Ce sont nou-
velles d'espies ; vous les prendrez pour le poix qu'on le mes a
baillées Sire, je prie Nostre-Seigneur qu'il vous doint très
bonne vie et longue.
De Rhetel, le 26* jour de septembre.
Vostre très humble et très obéissant serviteur,
GHlSTILtOll.
1. Bibl. nat., mss. GlairambauU, vol. 321, p. 6945. Copie.
2. Bibl. nat., mss. Glairambault, vol. 321, p. 6949. Ck)pie.
APPENDICE. 451
[AuRoi^]
Sire, présentement est arrivé ung homme que messieurs de
la Roche et Bayard m*ont envoyé, par lequel m'ont mandé que
le camp des Bourguignons s'en va tirant le chemin de Guyse
et que la bende de Francisque s*est revenue joindre avecques
eulx, et n'y a riens plus vray que hier ilz se séparèrent et
quMls eurent les parolles que vous ai escriptes et en sçavent
nos gens la vérité par deux hommes de la bende des Espai-
gnolz qui sont venus en leur camp. Sire, au chemyn qu'ils
prennent il semble qu'ils veullént tenir le chemyn dudict
Guyse, toutesfois ledict sieur de la Roche et Bayard m'ont
mandé que à ce qu'ils ont entendu qu'ils ont entreprinse sur
Sainct-Quentin, par quoy, Sire, adviserez d'y faire pourveoir.
Sire, ils ont envoyé dedans Mouzon quatre enseignes de gens
de pyed, c'est à savoir Grant-Jehan le Picard, Grant-Jehan des
Bordes, le beau Yauldray et le bailly de Haynault. Sire, il me
semble qu'ilz ont mis ces bendes là dedans que c'est pensant
que vous y veuillez amuser pour la reprendre et cependant
qu'ils aillent faire leur effort audict Sainct-Quentin ou à Tour-
nay ; parquoy, Sire, me semble que y devez prendre une bonne
résolution, car je ne crains que le temps qui vous contraigne.
Vous manderez vostre J)on plaisir et on mectra peine de l'ac-
complir*
A Rethel, le xxvij* jour de septembre.
Vostre très humble et très obeyssant suget et serviteur,
Ghistillon.
De par le Roy'.
Très chers et bien amez, nous avons esté présentement
advertis que nos ennemys et de nostre royaume estans en
grand nombre tant de cheval que de pyé et grosse bande d'ar-
4. Bibl. nat., mss. Glairambault, vol. 321, p. 6955. Gopie.
2. Bibl. nat., mss. Glairambault, vol. 321, p. 6975. Gopie.
452 APPENDICE.
tillerie devant Mezières et l'avoir ung mois durant tenue assié-
gée, voyans les provisions par nous faictes pour assembler en
toute diligence toute nostre force et autres choses nécessaires à
la conduite d'icelle, et ayant à leur barbe mys dedans ladicte
ville de Mezières le sieur de Lorges avec mil hommes de
pyé desquels il a la charge sans ce qu'ils, ayent fait aucun
semblant de le vouloir empescher, ayant pareillement eu nou-
velles par leurs espies de la délibération par nous prise de
marcher et nous mettre en camp pour nous approucher et que
pour ce faire avons fait dresser ledict camp et pris en icelluy
logeiz pour toute nostredicte force et armée qui est de deux
mil honmies d'armes, douze mille Souysses et vingt quatre mil
hommes de pyé françois avecques grosse bende d'artillerie, et
ayant fait lesdicts ennemis le plus grand et le plus gros effort
qu'il est possible de faire contre icelle ville et y avoir tiré quatre
mil coups de canon et longues couleuvrines et fait bresche rai-
sonnable pour y donner Tassault, n'ayant jamais l'osé entre-
prendre ne exécuter, quelque apprest que ils eussent fait sur
le bord du faussé, tant d'escbelles, de fagots que autres choses
à ce requises; et après avoir fait tout ce que faire se pouvoit
jusques à les assaillir et essayer d'y entrer, hier matin sca-
chans que nous estions sur nostre partement pour aller en
nostredit camp et les approucher, ils se sont levez, deslogez
et retirez honteusement, habandonnant leur siège, au plus
grand désordre et confusion que feirent oncques gens de guerre
et se sont séparez en deux bandes et pris deux chemins, c'est
asçavoir le sieur de Nanssou le chemin de Dynan et Francisque
cellui qu'il avoit fait quant il vint et s'en vont en grand mur-
mure et malcontantement les ungs des autres, mourans de
faim sans victuailles ne payement; vous advisant que s'ils
eussent encore demouré deux jours nous les eussions approu-
chez de si près que pour le moins leur artillerie y fust demou-
rée. Desquelles choses nous avons bien voulu vous advertir
pour estre nouvelles telles que de leur cousté se peut tenir la
guerre faillie et qu'il touche maintenant à nous pour le leur
rendre si bon nous semble. Et pour ce que non-seulement
devant ledict Mezières mais devant nostre ville et cité de
Parme nous avons eu et obtenu victoire sur nosdicts ennemys
APPENDICE. 453
et que bous tenons et reputons procéder de Dieu nostre créa-
teur qui est seryateur de nostre cueur et qui congnoist nostre
bonne intencion et juste querelle, nous vous prions, requérons
et mandons que incontinant ces présentes receues vous
vueillez envers nostredit Créateur en rendre et faire rendre
grâces, iouenges et mercys et par prières, oraisons et autres
démonstrations de joye aecoustumées estre faictes en tel cas
inciter nostre peuple à continuer Jesdictes prières en manière
qu'il plaise à nostredict Créateur préserver et garder nous et
nos armées, nous donner victoire contre nos ennemys ou les
humilier de venir à paix honnorable, seure, prouâteble pour
nous et nostre royaume, à l'honneur, proufHt, repos, utilité et
soulagement d'icelluy et de nostre peuple qui est la chose de ce
monde que plus désirons.
Donné à Sainct-Thierry, le xxviij' jour de septembre.
FaANÇOTS.
A Monsieur le trésorier Robertet^
Monsieur le trésorier, j'euz hier deux lettres de vous, l'une
escripte à Athygny et l'autre à Rethel : par la première vous
me faictes savoir comme les ennemys sont encores vers Ver-
vins, de la bonne santé du roy, ce qu'il a faict au camp des
Suisses et ce que vous a dit votre nepveu de ma part, la venue
de Baiard et Montmorency vers ledict seigneur-, par l'autre
l'arrivée dudict seigneur à Rethel, ce qu'il a sceu de la néces-
sité de Toumay et le renvoy qu'il a fait du cordelier et prestre
secullier, comme ledict seigneur a ordonné que lesdictz Baiard
et Montmorency courroient la part que estoient les ennemys,
les propoz que ledict seigneur a tenuz du bon traiclement qu'il
veut faire audict Baiard, du fait de monsieur d'Albanye, ce que
ledict seigneur avoit sceu d'Ytalie et des Suisses
Monsieur le trésorier, vous congnoissez la bonne nature du
roy et suis bien asseuré que pour recueillir gens qui luy ont
1. Bibl. nat., mss. français, vol. 2962, p. 23. Original. Publié
en partie par M. de Terrebasse.
454 APPENDICE.
foit tel service que Baiard et Montmorency qu'il n'a riens oublié
de ce qu'il y fouit foire; et au regard du bon traictement qu'il
tient propoz foire audict Baiard en suis très aise et scay bien
qu'il le fera tel qu'il pourra et aussi est-ce en endroit ou lediet
seigneur ne sçauroit rien perdre d'y user de sa débonnaire et
grande libéralité, car c'est pour ung personnaige qui vault et
mérite tant et tant que pour luy Ton ne sçauroit trop faire. . .
A tant vous direy adieu, Monsieur le trésorier, lequel je prye
vous avoir en sa saincte garde.
Escript de Meaulx, ce xij* jour d'octobre.
LOTSB.
VU.
(Voir p. 403.)
Lettre de Bayart'au Roi, relative à la campagne de
Picardie {ib2i).
Au Roy, mon souverain seigneur * .
Sire, j'ay reçeu les lettres qu'il vous a pieu me mander,
datées du vu* de ce moys par lesquelles me mandes que je
assamble le.plus gros nombre de gensd'armes que je pourra;
pour aller faire une grosse course au pays de Henault, ce que
je ne puis faire sans gens de pié car il fault passer par boys et
par passaiges fort estroitz et en desca estreen quelque endroicl
la ou il me foilloit laisser aux passaiges quelque nombre de
gensd'armes, comme je vous ay adverti par monsieur de Barbe-
zieux; et si n'ay des bandes qu'il vous a pieu ordonner îcy que
celle de monsieur de Lorraine, et monsieur de Mullebert avec-
ques celle de monsieur [de] Guyse, et Sepoys qui a quarante ou
cinquante chevaulx, qui est la plus grosse bande de cheyaux
legiers qui soit en ce quartier icy. Demain je partiray d'icy
deux heures devant jour avecques le nombre que j'ay pour
1. Bibl. nat., mss. fr., vol. 2962, p. 22. Original. Publié par
M. de Terrebasse, p. 466.
APPENDICE. 455
aller de l'autre costé et feray le plus gros bruyct que je pourray
mais de grand dommaige ne leur puis-je pas faire. J'avoys
amené icy la bande de gens de pié de Longueval pour m'en
cuider aider et quant je leur ay parlé de les mener aux champs
pour vous faire service ils m'ont respondu qu'ilz n'yroient
point sans argent et s'en sont allez, et n'y a pas grand perte
car ilz n'estoient que soixante ou quatre vlngs qui ne valoient
riens. Sire , il y a dans le Quesnoy huit cens chevaulx et de
piétons de sept à huict cens Namuroys et un c. lansquenets et
d'autres gens du pays jusques au nombre de trois ou quatre
mille et vouloient faire quelque course en ce pays mais jusques
icy ilz n'ont encores riens £ait et ay sceu cecy par quelques
paysans qui ont esté prins en un villaige des leurs et par ung
homme de cheval et ung varlet. Sire, en passant par Bapames
je vis les gens de monsieur de Sorce qui estoient si nymces^ et
si petit nombre que je luy ay mandé qu'il ne bougeast de Saint-
Quentin. Sire, je prie à Dieu qu'il vous doint très bonne vie et
longue.
A Guyse, ce ix^ de novembre.
Vostre très humble et très obéissant subget et serviteur.
BiTART.
VIII.
(Voir p. 404.)
Lettres de Bayart et de Lautrec, relatives au
voyage de Gênes (1521-1522).
Au Roy mon souverain seigneur'.
Sire, a cest' heure j'ay receu deux paires de voz lettres, la
première du m' de ce moys, l'autre du uiv et par la première
1. Nymces, mal équipés.
2. Bibl. nat., mss. français, vol. 3005, p. 97. Original.
Publié par M. de Terrebasse. C'est peut -être de la lettre
précédente que parle Bonnivet dans une lettre à Montmo-
rancy, dont nous extrayons ce qui suit : c Je vous envoyé ce que
Monsieur de Bayard escript au roy, et par cela congnoistrez la
456 APPENDICE.
me faictes scavoir que je m'en aille à Saluées et par l'autre que
je m'en aille à tiennes devers les Gouverneur et Arœvesque
dudict lieu pour leur aider à garder et conserver la ville et le
pays, et que je foce marcher ma compaignie le plus dillig^nment
qu'il me sera possible sur les confins dudict Gennes. Sire, vous
scavez que de la compaignie vous m'en donnastes cinquante
de ceulx de monseigneur de Lorraine quant je partis d'avecques
vous lesquelz estoient encores pour lors à Saint-Quentin et les
autres cinquante ne sont pas encores faitz et ne voy point qu'il
y ait ordre soubdainement de vous pouvoir faire service de
ladicte compaignie veu que la moitié est encores aodict Saint-
Quentin ou par chemin qui s'en alloient en Champaigne en
leur garnison, et que l'autre moitié n'est pas encores de tout
dressée et à cestuy-la qui meyne les cinquante je iuy avoys
donné charge de dresser le demeurant. Je Iuy escripz qu'il s'en
vienne à la meilleur dilligence qu'il pourra sur les confins
dudict Gennes. Sire, pour ce que par voz premières lettres me
mandiez que je m'en allasse à Saluées pour garder les passaiges,
et que avant mon parlement du Daulphiné je dressasse quelques
cappitaines de gens de pié et que je leur fisse tenir prestz troys
ou quatre mil hommes des meilleurs qu'ilz pourront recouvrer
pour vous en servir au lieu et ainsi que leur ferez scavoir, à
ceste cause je m'en vois passer par le Daulphiné pour y donner
le plus brief et meilleur ordre qu'il sera possible et ce fait je
parliray incontinent pour m'en aller audict Gennes bu je me
essaieray d'y faire ce qu'il vous a pieu me mander en actendaot
ma compagnie que ne porra estre là si tost. Sire, je prie à
Dieu qu'il vous doint très bonne vie et longue.
A Lyon, le vn« de décembre.
Vostre très humble et très obéissant subget et serviteur.
Batart.
bonne voulante de mes Dauiphynois que je vous prie faire en-
tendre au roy, afin qu^il soit asseuré qu'ilz n'ont moindre voa-
loir de Iuy faire éervice que leur gouverneur. Faictes commander
les lectros qu'il escript pour le faict do rarrière-ban de Daulphiné,
aussy pour leur faire avoir des picques et hallebardes. » Bibl. nat.,
mss. Giairambault, vol. 314, p. 3403. Copie.
APPENDICE. 457
A monsieur Tesouyer Francisque, conte de Pontremuly^
Monsieur Tescuyer, je vous escripvys hier par vosire homme
et vous feiz response à ce que vous m'avez par luy escript, et
afin que ne faillez d'estre adverty du contenu en mesdictes
lettres je veulx bien vous prier derechef que de vostre cousté
sollicitiez la venue des lansquenets en la plus grand xiiligence
que faire se pourra et que, des incontinent qu'ils seront arrivez
de Gennes, Monsieur de Bayart les m'amène, sans les laisser
séjourner la ne autre part, par la voye de Pontremuly ou Valde-
nevre, et m'advertissez soigneusement, soudainement et par
divers messaigiers, de leur arrivée et du chemin qu'ils auront
advisé de tenir affin que je les aille recueillir et me joindre avec
eulx. J'escripts à monsieur le gouverneur de Gennes'que des
trois mille hommes qu'il a présentement à la solde il m'en
envoyé les deux mille avecques la personne du capitaine
Nicolo Furgoso, à quoy vous le conforterez' de vostre cousté
luy faisant entendre qu'il a du cousté de la marine et qu'il ne
scauroit faire plus grant ne meilleur service au Roy pourceste
heure que de m'envoyer lesdicts deux mille hommes avecques
lesdicts lansquenets, car si une fois nous sommes ensemble non
seuUement nous recouvrerons Millan mais ferons que le Roy
pourra commander par toute l'Ytalié, laquelle nous luy nettoye-
rons de ses ennemis. Vous tiendrez la main que monsieur de
Bayart m'amène lesdicts lansquenets incontinent qu'ils seront
•
1. Bibl. nat., mss. Glairambault, vol. 323, p. 8043. Copie. Lau-
trec avait également informé le roi des espérances qu'il avait
conçues à la venue de Bayart en Italie ainsi que le témoigne
l'extrait suivant d*une lettre qu'il lui adressa à ce sujet : c Sire,
incontinent que j'ai sceu que monsieur de Bayart estoit venu à
Gennes, j*ay envoyé cinq ou six messaigers devers luy pour le
solliciter de me amener les lansquenets, par la voye de Pontre-
muly ou du val de Nure, aussi tost qu'ils seront arrivés et je pas-
seray le pont que j'ay fait faire sur le Pau à l'endroit de cette
ville et m'en iray joindre avecques luy. » (Bibl. nat., mss. Clai-
rambault, vol. 323, p. 8127.)
iÔ8 APPENDICE.
aryyés et monsieur le gouverneur de Gennes de m'enyoyer
quantité desdicls lansquenets, le capitsdne Nicolo Furgoso avec
les deux mille hommes dont dessus est faict mention. Priant
Dieu, monsieur Técuyer qu'il vous doint ce que plus desirez.
Il me semble que vous ferez bien de vous envenir avecques
monsieur de Bayart et lesdicts lansquenets et vous me ferei
grant plaisir; j'escripts présentement au Roy et envoyé le
pacquet de mes lettres à monsieur le Gouverneur lequel vous
solliciterez de les envoyer incontinent par courrier exprès ou
par la posfe ,^
Escript à Grémonne, le vi« jour de janvier.
Le tout vostre
Odkt db Poix.
Au Roy, mon souverain fleigneur^
Sire, dernièrement je escripvis qu'il n'y avoil point d*afibm
en vostre pays de Gennes et depuys n'y est riens surveoa
comme vous dira démens, présent pourtour, qui vient de
Romme et de voz autres afTeres d'Ytalie. Le Gouverneur de
ceste ville vous en escript tous les jours cequUl en peult scavoir
de tous costez; parquoy je ne vous en mande riens. Sire, je
prie à Dieu qu'il vous doint très bonne vie et longue.
A Gennes, le xxii de janvier.
Vostre très humble et très obéissant subget et serviteur.
Batabt.
Au Roy, mon souverain seigneur'.
Sire, j'ai reçeu la lettre qu'il vous a pieu m'escripre faisant
mention que depuis que je suis par deçà n'avez point hea de
mes lettres et que je vous escripve là ou je suis. Sire, il vous
pleust me mander que je m'en vinsse incontinent en ceste ville
1. Bibl. nat., mss. français, vol. 2930, p. 166. Original. Publié
par M. de Terrebasse.
2. Bibl. nat., mss. français, vol. 2992, p. 2. Original. Publié
par M. de Terrebasse.
APPENDICE. 459
pour aider au Grouvemeur et à TArcevesque à conduyre leurs
gens de pié pour la garde de ceste ville et du pays de Gennes
et n'en fusse pas bougé que je n'en eusse esté chassé par force
ou que m'eussiez mandé quelque autre chose. Sire, je vous ay
escript plusieurs fois qu'il n'y avoit point d'afferes icy et que
j'estoys bien marry de ce que je me sejournoys et que je n'aves
quelques gens pour aller trouver monsieur de Lautrec et vous
faire quelque service en vostre duché de Myllan, et m'en suis
plaint à démens quant il passa par cy pour le vous dire; car
se j'eusse heu deux ou troys mil hommes de pié françoys je
vous eusse fait quelque bon service, car de ceulx qui estoient
en ceste ville on ne les vouloit point bouger pour la garde de
la ville. Aussi, Sire, je vous ay escript que, si les Soysses
mectoient vos afferes à la longue, qu'il estoit necessere que envois-
siez cinq ou six mil hommes de pié à monsieur de Lautrec, car
s'ils fussent venus il y a quinze jours, ou s'ils y estoient à ceste
heure, vous recouvreriez vostre duché de Myllan bien toust, et
le principal r est de y faire toute dilligence qu'il vous sera
possible et cependant j'ay toujours &it gros bruyt de sorte que
le cardinal de Hedicis et vos ennemys auront grand crainte
qu'il n'y eust quelques gens en ceste ville pour aller à Florence,
tellement que ledict Cardinal a habandonné Romme pour venir
garder ledict Florence et y a fait venir les gens qui estoient à
Bonlougne tant pour la crainte du duc d'Urbin que de celle de
oeste ville. Sire, par vos lettres me mandes qu'avez escript à
monsieur le Grand maistre qu'il face bonne dilligence de fere
marcher ung nombre de Soysses droict à Myllan en actendant
le demourant, et avez merveilleusement bien fait. Aussi j'ay
veu par vos lettres le bon ordre qu'avez donné en vos bonnes
villes pour la préservation de vostre royaulme qui est une très
bonne chose et vous mercie très humblement de ce que vous a
pieu le me fere scavoir. Sire, de tout plein d'autres afferes de
par deçà monsieur le Gouverneur d'icy et monsieur TArcevesque
son frère m'en parlent souvent et m'ont dicl qu'ils vous en
escripvent; aussi fait l'escuyer Francisque. Sire, je rescripvis
dernièrement à Sucie puis qu'il n'avoit point de maistre que
s'il vouloit estre à vous que vous le traicteriez bien, et que si
ainsi il le vouloit qu'il le me fist scavoir et que je vous çn
460 APPENDICE.
adverliroys. L'abé du Bourgueul m'en a escrîpt une lettre que
je vous euYoye. Sire, je prie à Dieu qu'il tous doint très bonne
vie et longue.
A Gennes, le dernier jour de janvier.
Vostre très humble et très obéissant subget et serviteur.
Batart.
IX.
Lettres écrites par Bayart pendant son séjour en
Dauphiné (1522-1523).
A Monsieur, Monsieur le niareschal de Montmorançy ^
Monsieur, je me recommande bien humblement à vostre
bonne grâce. Monsieur, monsieur de Grenoble a une abbaye à
Tholose qui s'appelle Saint-Sernyn, et pour ce que, quant il va
là, il ne se veut point amuser dMer à la chasse ny estre
amoureux, sinon de continuer et hanter gens de bien, sçavans
et pleins de bonne volante, à ceste cause il m'a prié. Monsieur,
vous vouloir, escripre qu'il vous plaise vous employer à luy
faire avoir du Roy une place de conseiller audlct Tholose quant
1. Bibl. nat., mss. français, vol. 3005, p. 100. Original. Publié
par M. de Terrebasse, p. 467.
Cette lettre et les trois suivantes, écrites toutes quatre de Gre-
noble, nous paraissent avoir été écrites pendant le séjour de près
de deux ans que fit Bayart en Dauphiné, çn 1522-1523. Il était à
cette époque lieutenant du gouverneur de cette province. Cet éloi-
gnement des affaires était un véritable exil ; Bayart en effet était
alors tombé en disgrâce à cause de ses relations amicales avec le
connétable de Bourbon, poursuivi par la haine de Louise de Sa-
voie. Il avait été à plusieurs reprises visiter le connétable dans ses
terres du Bourbonnais et il avait môme eu Thonneur d'armer
chevalier son fils aîné; c'en était assez pour que les courtisans,
jaloux de la gloire qu'il avait acquise au siège de Mézières, le
fissent reléguer dans sa province. Il n'en sortit que pour aller
mourir sur le champ de bataille de Biagrassa.
APPENDICE. 461
il y yra afin qu'il puisse entrer audict parlement et en icelluy
oppiner et avoir sa voix tout ainsi que bit monsieur l'abbé de
&ûnt-Denys au parlement de Paris sans aucuns gaiges. Mon-
sieur, je vous supplie que pour amour de moy la luy veuillez
foire avoir suivant le mémoire que je vous envoyé. Monsieur,
je prie à Dieu qu'iJ vous doint très bonne vie et longue.
A Grenoble, le iij* de février.
Vostre humble et bien bon serviteur,
Batart.
A Monseigneur, Monseigneur le mareschal
de Montmorency ^
Monseigneur, je me reconunande bien humblement à vostre
bonne grâce. Monseigneur, j*ay receu les lettres que m'avez
escriptes par Monsieur de Monteynard 3 et vous mercie de la
bonne souvenance qu'avez de moy et vous prometz ma foy,
Monseigneur, que vous n'avez pas tort, car je suis aussi fldelle
pour la case ^ de Montmorency que vous mesmes. Monseigneur,
monsieur de la Val * a prins fantesie de s'en aller en court pour
vous voir et remercier de tout plein d'onnestes propoz que vous
avez tins de luy et pour vous parler de ses afferes, s'il y en a
point \ il vous dira beaucoup de choses, mais je croy que vous
ne le croirez pas de tout. Monseigneur, je prie à Dieu qu'il
vous doint bonne vie et longue.
A Grenoble, le xxiij* de février.
Vostre bon soudart et bien bon serviteur,
Batart.
A Monsieur du Ghastellard '. ,
Monsieur du Chastellard, aux estatz dernièrement tenuz,
1. Bibl. nat., mss. français, vol. 3014, p. 53. Original. Publié
par M. de Terrebasse.
2. Louis de Monteynard, d'une illustre famille dauphinoise,
mort en 1549.
3. Case, maison.
4. Personnage de la famille danphmoise des AUeman.
5. Appartient à M. Veyron-Lacroix, à Grenoble. Original.
462 APPBNDIGB.
ceulx du pays aocordarent mectre sus dix mil hommes embas-
tionnez* pour la deffence du pays, qui esta raison de deui
hommes pour feu ; et pour ce qu'il est plus que nécessaire que
iesdicts X mil hommes soyent bientost prestz, je escriptz par
tous les baillages qu'ilz fassent faire leurs monstres et péréqua-
tions à deux hommes par feu et qu1iz choisissent des plus
genlilz compaignons et myculx embastionnez sans nul espar-
gner, et leur escriptz que quant ils feront lesdictz montrez
qu'ilz vous y appellent ainsi qu'il a esté conclud par lesdictz
estatz, qui vous ont esleu pour avoir la conduite de ceulx que
montrera votre parti. Je vous prie d'en faire ung rouUe et les
faire tenir pi*estz pour les mener là ont je vous manderay, sans
toutesfoys les mectre ne faire gecter aux champs jusques à ce que
je le vous mande pour obvier à la foulle du peuple. Vous disant à
Dieu , Monsieur du Chastellard, qui vous doint ce que vous désirez.
Je vous advertiz que quant TafTaire viendra que je serey
quant et quel ^ vous, et espère que à l'ayde de Dieu nous ferons
quelque bon service au Roy pour la.deireiice du pays et quelque
honorable effect. • /.r*» .
A Grenoble, le iij* de mars. 'jCr*
■r> .-
Batart.
À Monsieur de Van toUet ^.
Monsieur de Vantollet, j'ay donné charge à Monsieur de
Publié dans le Bulletin de TAcadémie delphinale, année 1866,
p. 25. Cette lettre est probablement adressée à François de Boc-
sozel, s' du Gh&telart, qui deux ans après épousa la fille naturelle
de Bayart; elle est, avec la suivante, la seule lettre authentique
de lui qui existe en dehors de celles que Ton trouve à la Biblio-
thèque nationale.
1. Embastionnez, armés.
2. Ouant et quel, avec et comme vous.
3. Appartient à M. Veyron-Lacroix, à Grenoble. Original.
Publié dans le Bulletin de TAcadémie delphinale. Année 1867,
p. 26. Cette lettie est adressée à Jean Ventolet, greffier du par-
lement de Greno^ (1498-15 ), fils de Claude Ventolet, Imissier
du même parlement (1483) et père de François Ventolet, auditeur
à la chambre des comptes (1544).
APPENDICE. 463
Glandèves mon frère, vous soliciter pour estre rambourcé des
mil escuz que Je prestis à feu Monsieur Tesleu de Valence^ jà
eomme sçayez. Je vous prie vouloir fere dilligence ad ce que
ladicte somme me soit rendue; et je m'en vois prier Dieu, Mon-
sieur de VantoUet, qu'il vous doint ce que désirez.
A Grenoble, le xxiiii d'aoust.
• Vostre bon amy,
Batâbt.
X.
(Voir p. 404.)
Lettre de François /" à Bayart, lui promettant de
l'emmener avec lui en Italie (1523)*.
Bayarde, recepi tuas brèves litteras quae mihi singulariter
placuere, et tibi gratias agimus vehementer, quod semper sis
bons voluntatis \ et longe antequam tuas litteras recepissemus,
deliberaveram, si belli occasio occurreret, te non relinquere
tam otiosum sicut ab reditu tuo ex Italia ftiisti. Et propono
quod, durante negotio, non distabîmus longo intervallo, et
semper compertum habebis hominem armorum quem tua manu
militem fecisti, ita bono corde valebit, quod non erit tibi dede-
cori. Et vale.
Scriptum Parisiis, décima nona decembris. •
Fràitgisgus.
Amanuensis, Brito.
XL
(Voir p. 423.)
Lettre d'Adrien de Croy sur la mort de Bayart.
[A l'Empereur*.]
Sire, nostre camp se logea ledit jour sur le bort de la Seze,
i. Cette lettre nous est connue seulement par la traduction
latine qu'en a donnée Aymar du Rivail (De ÀHobrogibusy 1844,
p. 578); il n*y a néanmoins, croyons-nous, aucune raison d'en
suspecter l'authenticité.
2. Archives de Belgique. Documents historiques, t. II, p. 130.
46i APPENDICE.
lequel partit le lendemain devant le jour pour les suivre, mais
avant povoir passer ladicte rivière, ilz estoient jà loing. Nos
chevaulx légiers et quelques gens de pîet Espaignolz, saos
ordre, les syevirent et ruèrent sur la queue de si bonne sorte
qu'ils destroussèrent force bagaiges et municions d'artillerie,
tuèrent quelque deux cens Suysses et defOrent la bende des
Escochois. Us avoient gaignet deux autres pièces d'artiller>e ;
quoy voyant, le capitaine Bayart retourna avec aucuns chevau-
cheurs françois et quatre ou cinq enseignes de gens de piet. Si
rebouta noz gens et rescouvrit lesdites pièces d^artillerie que
mieulx luy eut vallu laisser perdre-, car, ainsi qu'il seculdoil
retourner, il eut ung cop de harquebuse, duquel il mourut le
soir mesme, et Ait monsieur de Vandenesse qui luy tenoit
compaignye fort blessé. Sire, combien que ledit sieur Bayart
ftist serviteur de vostre ennemy, si a ce esté domoiaige de sa
mort, car c'estoit ung gentil chevalier, bien aymé d'ung chas-
cun et qui a voit aussi bien vescu que fit jamais homme de son
estât. Et, à la vérité, il a bien monstre à sa fin, car ce a esté
la plus belle que je ouys oncques parler. La perte n'est point
petite pour les François et aussi s'entournèrent-ilz bien eston-
nez, de tant plus que tous ou la pluspart de leurs capitaines
sont malades ou blessez.
Du camp de Biroux, le 5 mai 4524.
Sire,
De Vostre Majesté^
Vostre bien humble et obéissant subgect et serviteur,
Adrien de '^ftoi.
XII.
Quittances de Bayart.
Nous, Pierre de Terrel, seigneur de Bayart, chevalier de
Copie incomplète. Publié dans le Bulletin de la Commission
royale de Belgique, t. V, p. 320. L'auteur de cette lettre eet
Adrien de Croy, s' de Beaurain. Elle est écrite du camp de Perost
(val Pérouse) sur les fronlières de la France et du marquisat de
Saluées.
APPENDICE . 465
Tordre du roy nostre sire et cappitaine de cent lances fournies
de ses ordonnances, confessons avoir eu, receu comptant de
maistre Jehan de Ponchier, conseiller et trésorier des guerres
dudit seigneur, la somme de troys cens livres tournois ainsi
ordonnées pour nostre estât et devoir de cappitaine desdictes
cent lances pour le quartier d'avril, may et juing dernier passé,
qui est au fears de xx sols pour chascune lance fournye par
moys. De laquelle somme de iii^ livres tournois nous tenons
contant et en quictons ledict maistre Jehan de Ponchier et tous
autres, tesmoing nostre seing et scel de noz armes icy mis le
xij"* jour de décembre l'an mil cinq cens vingt et deux.
Batart * .
Nous, Pierre de Bayart, chevalier de Tordre, confessons avoir
receu de maistre Jehan Testu , conseiller du roy, nostre sei-
1. Bibl. nat. Cabinet des titres. Pièces originales. Art. Terrail.
Le désir de publier tous les autographes de Bayart^ous a engagé
à faire imprimer cette quittance et les quatre suivantes malgré
leur peu de valeur au point de vue historique. Dn ne connaît en
effet jusqu'à présent aucun autographe authentique de Bayart en
dehors de ceux que nous publions, et cette rareté a précisément
engagé les faussaires à exercer leur coupable industrie. Nous signa-
lerons parmi les plus curieuses lettres fausses de Bayart celle qui
se trouve à Grenoble entre les mains de M. Yeyron-Lacroix. Cette
pièce, adressée à Tévéque de Grenoble, a été fabriquée à la fin du
xvi« siècle pour favoriser certaines prétentions de la famille de
Bocsozel, dont un membre avait épousé, comme nous venons de
le dire, la fille naturelle de Bayart. Celui-ci y apprend à l'évèqud
son oncle qu'il a contracté un mariage secret avec Barbe de
Tresca, mère de cette fille, mais qu'il ne croit pas devoir encore
le rendre public. Les Bocsozel, en faisant composer cette lettre,
espéraient effacer la tache imprimée à leur nom par un
mariage avec une bâtarde et peut-être aussi se ménager des
droits à la succession de la famille de Tresca. Un assez grand
nombre d'autres faux autographes de Bayart ont été jetés dans
la circulation il y a quelques années. Plusieurs sont assez habi-
lement faits pour tromper même de fins connaisseurs. Nous signa-
lons comme sortant de cette officine trois lettres de Bayart à
Louis XII, deux à d*Alègre et deux à Robertet.
30
i66 APPENDICE.
gneur, trésorier et receveur généra) de aes flnances es pajs
de Languedoc, Lyonnais, Foreatz et Beai^^et, la somme de
cinq mil cent livres tournois, en deux décfaarges, eaeriptes dn
svj' jour du présent moys de juillet, levées ^nsi qu'il s'ensuit.
C'est asçavoir unners equivallente deux mil livres et unnen
octroy prochain trois mil cent livres, qui est ladite somme de
cinq mil cent livres à nous ordonnée par le roy, nostrediet
seigneur, pour nostre pension et entretenement en son service
durant ceste présente année, commençant le premier jour de
janvier dernier passé; de laquelle somme de «nq mil cent
livres nous tenons pour content et acquictona ledîct Testu,
trésorier susdict. En tesmoing de ce nous avons signé œs pré-
sentes de nostre main et faict sceller du scel de dos armes le
xix* jour de juillet l'an mil cinq cens vint trois.
BltlBT^.
1. Bibl. Dst. , msB. ClEtirambault , vol. 120, publiée par
M. de Terrettosse, p. 472. — A cette quittance, ainsi qn'aui
trois suivantes, est suspendu, sur double queue de parche-
min, le sceau de Bayart en cire ronge, revêtue de papier.
Sa forme est orbiculaire et !e type reprée^ute l'écu de la famill*
Terrail, panché, timbré d'un heaume de profil, orné de lambte-
quins et «urmonté, comme cimier, de la partie antérieuro d'un
lion. La légende est mes" pierbe de batart chTh s' dvd' lift.
Cette légende est singulière en ce qu'elle qualifie Bayart de mts-
tire, titre tort rare sur les sceaux, quoique non sans exemple, el
en ce qu'elle le nomme Pierre de Bayart et non Pierre Terrait :
le nom de Terrait s'était effacé devant celui de Bayart, entourr
d'une si légitime illustratiou. Nous ajouterons une observation
APPENDICE. 467
Nous, Kerre de Terraîl, chevalier, seigneur de Bayart, cap-
pitaine de cent lances fournies des ordonnances du roy nostre
sire, confessons avoir eu et receu de maistre René Thizart,
conseiller d'icelluy seigneur et trésorier de ses guerres, la
somme de trois cens livres tournois à nous ordonnée par ledict
seigneur pour nostre estât et droict de cappitaine desdictes
cent lances du quartier de juillet, aoust et septembre Tan mil
cinq cens vingt deux derrenier passé, qui est au feur de vingt
sols tournois pour chascune lance fournie par mois. De laquelle
somme de trois cens livres tournois nous tenons content et
bien paie et en avons quicté et quictons ledict maistre René
Thizard, trésorier des guerres dessusdict et tous autres. En
tesmoing de ce nous avons signé ces présentes de nostre main
et fait sceller du seel de nos armes le dernier jour d'aoust Tan
mil cinq cens et vingt trois.
Nous, Pierre de Terrail, chevalier, seigneur de Bayart, cap-
pitaine de cent lances fournies des ordonnances du roy nostre
sire, confessons avoir et receu de maistre René Thizart, con-
seiller du Roy nostre sire et trésorier de ses guerres, la somme
de trois cens livres tournois à nous ordonnées par ledict sei-
gneur pour nostre estât et droit de cappitaine desdits cent
lances du quartier de janvier, février et mars mil cinq cens et
vingt deux dernier passé qui est au feur de vingt solz tournois
pour chascune lance fournie par moys. De laquelle somme de
in^ livres tournois nous tenons content et bien payé et en avons
quicté et quictons ledict maistre René Thizart, trésorier des-
dictes guerres, devant nommé, et tous autres*, en tesmoing de
ce nous avons signé ces présentes de nostre main et faict
sur le titre de seigneur de Bayart qui lui est donné dans sun
sceau et dans la plupart de ses quittances : le véritable seigneur
du château de Bayart était Georges Terrail, son frère aîné; tout
au plus Bayart avait-il une faible part dans cette seigneurie et
encore cela est-il loin d'être certain.
1. Bibl. nat. Gab. des Titres. Pièces originales. Art. Terrail.
468 APPENDICE.
dodler du seel de noz armes, le xxviij* jour d^octobre Tan mil
cinq cens et vingt trois.
Batart*.
Nous, Pierre de Terrail, chevalier de Tordre, seigneur de
Bayart et cappitaine de cent lances fournies des ordonnances
du roy nostre sire, confessons avoir eu et receu de maistre
René Thizart, aussi conseiller dudict seigneur et trésorier de
ses guerres, la somme de trois cens livres tournois à nous
ordonnée par icelluy seigneur pour nostre estât et droict de
cappitaine desdictes cent lances, du quartier d'avril, may et
juing mil cinq cens et vingt trois dernier passé, qui est au feur
de vingt solz tournois pour chascune lance fournie par moys.
De laquelle somme de iii<= livres tournois nous tenons autant et
bien payé, en avons quicté et quictons ledict maistre RenéThi-
zard, trésorier des guerres dessusdict et tous autres. En tes-
moing de ce nous avons signé ces présentes de nostre main et
foit seeler du seel de nos armes, le premier jour de novembre
Pan mil cinq cens et vingt trois.
Batârt*.
XIII.
Montre de la compagnie de Bayart^.
Roole de monstre et reveue foicte à Gassan en Italie le vingt
et quatriesme jour d'octobre Tan mil cinq cens vingt trois, de
quatre vingt dix neuf hommes d'armes et deux cens archiers
du nombre de cent lances fournies de Tordonnance du roy
nostre seigneur, estans soubs la charge et conduicte de messire
Pierre de Bayart, seigneur dudict lieu, chevalier de Tordre
dudict seigneur, leur cappitaine, sa personne y comprînse, par
1. Bibl. nat. Gab. des Titres. Pièces originales. Art. Terrail.
2. Bibl. nat. Gab. des Titres. Pièces originales. Art. Terrail.
3. Bibl. nat., mss. Glairambault, vol. 247. Original.
APPENDICE.
469
nous, Pierre de Berard, conte de Dizenne et seigneur de la
Foucaudière, commis et ordonné, ladicte monstre et reveue
servant à Tacquit de maistre René Tizart, conseiller du Roy et
trésorier de sa guerre pour le quartier de janvier, février et
mars dernier passé. Desdicts hommes d'armes et archiers les
noms et surnoms s'ensuivent.
Hommes alarmes.
Monsieur de Bayart
Guigo Guiffrey
Germain d'Eurre
Jacques du Pont
Anthoine de la Villetle
Gaspard Terrel (Terrail)
Jacques de Gorbon
Le bastard Turpin
Tybault Ronan
Jacques de Monteynart
Georges de Saint-Gilles
Anthoine de Bazincourt
Michel le Blanc
Charles de FArtaudière
Dizimieu
Anthoine de Glermont
Le baron de Sassonnaige
Anthoine de Rommaneche
Benoist de Montorcier
La Bastide
Jehan de la Bergnie
Jehan de la Roche
François de Ghissey
Gabriel Genton
Bertrand de la Barme
Sebastien de Vescq
Pierre le Blanc
Estienne du Puys
Pierre de la Cardonnière
Humbert d'Anconne
Jacques le Blanc
Georges de BouUe
Henri du Moustier
Geoffrey Bovan
René de Rouedde
Gracien de Ghigoye
Bernard de Sainte-Columbe
Guillem de Mousse
Claude de Musset
Pierre de la Rocque
Claude Genton
Mericq de Gensac
Maynault de la Rocque
François de Crennes
Adrien de Lestic
Hurban Surtet
Pierre de Pagas
François de Rissac
Gaillard de Mortaigne
Claude de Vacbières
Claude de Vaulx
Guijgo Francque
Anthoine de Beaumont
Anthoine de Ruyn
Anthoine de la Grune
Bertrande de Modins
Françoys FAlement de Champs
Andrà Arnault
Guillem d'Ières
Jehan de Suze
470
APPBNDICB.
Saint- André
Jeban le MesUral
Anthoine Roux
Claude de Loras
Philibert VaUier
Jehan Fauveau
Jacques de Pys
Claude de Marrieu
Jehan-Françoys de Corbières
Françoys Lotier
Claude de Musse
Laurent de Beaufort
Pierre de Beaufort
Ambroise de la Croix
Pierre de Montfort
Lyonnet de Thèze (Theys)
Charles Bernier
Jehan de Temay
René d'Aubigny
Charles de Cordon
Claude Baronnat
Girard de Florenville
Jehan de Fleury
Phelix de Gennas
Georges de Cordon
Tallebart
Jehan de Saint-Jehan
Gaspard de Froussas
Claude de la Croix
Constans de Trennes
Françoys TAllement
Charles de Conillien
Claude Perier
Guiilem de Chastillon
Balthazar de Beaumont
Pierre Gley
Jacques GeofFrey
Humbert de la Cardonniere
Michel Galbert.
Archiers.
Benoist de Reyn
Guillaume Golumbeau
Vincent de Surich
Humbert de la Vallée
Jehan de Montbrun
Jehan Vigier
Le bastard de Gordon
Alexandre Bernart
Claude Mroin (Morin)
Claude Chaffiirt
Loys Bernard
Claude Chapponay
Françoys Berrion
Christofle de Torcy
Anthoine de Ghampotîeu
Pierre Jaquelin
Rostaing Esperendieu
Loys Sans Layne
La Trompeté
Le bastart de Semests
Jacques du Pré
Balthazar de Moustier
Pierre Martin
Françoys de Brisac
Le cirurgien
Le bastart du Gast
Georges Poignant
Pierre Salignon
Claude Girard
Jehan Gay
Jehan Bernier
Jacques de la Maladîère
Guigo de Montbourd
Barrochin Martin
APPENDICE.
471
Le bastart de Revêt
Michel le Moyne
Grand-Jehan Ollier
Anthoîne de la Barme
Jacques de Barrault
Jean de Ghissey
Jacques de Longpois
Jehan Doulcet
Jacques de Marnis
Font d'Amours
Claude de Gommiers
Claude de Ghazeron
Claude de Sainte^Agathe
Michel de Montaigne
Gabriel de la Roche
Guillem d'Arse
René le Conte
Michel Arpoillant
Pierre d'Aubigny
Charles de Plantes
Bernard de Moreul
ï^ierre Ghivalet
Loys Tournet
Charles de Ghazey
Jehan le Vieulx
Nicolas Planson
Jehan de Syon
Guillem Boys
Gaspard de Saint-Germain pour
I mois
Vibraye pour le reste
Jehan le Mareschal
Pierre de Blacon
Lancellot Blocet
Balthezar Vaultierhault
Raymonnet de Lericq
Guillem de Mouzon
Prançoys Maistre
Balthezar du Mas
Jehan Faure
Jehan de Muz
Jehan Mauvigne
François Pigron
Esme Pigron
Bertrand de Lagier
Pierre de Arrensac
Le bastart de Vaunière
Guillem de Pujoz
Jehan de Luppé
Nicolas Chavaigne
Jehan Carie
Barberinquin
Françoys de la Ferrièrc
Michel de Belzonce
Jehan Gamier
Theodor de Medolienne
Jacques Bertholier
Enymon Baille
Jehan de Noyret
Pierre de Teufiles
Jehan de la Croix
Françoys de Pressin
Claude Myonnet
Enymont Mondon
Colin Allement
Eymard de la TuUière
Gracien de Modins
Jehan de Toumeville
Jehan de Bornes
Bastien de BocheroUes
Guillem de Lére
Françoys Sieure
Ozias l'Avantureux
Pierre Sauret pour ivi jours
Claude Bossozel pour le reste
Girault Chenac
472
APPENDICE.
Jehan de Vigne
Jacques de Mailles
Jehan Armant
Mathieu Merlier
Pierre Roux
Arnault de Lescq
Allevet
Faulquet fioussieux
Lienard Steole
Sauvaige
Clerevaulx
Jehan de Presnoy
Françoys du Truc
Prançoys Verbon
Jehan Roybon
Amyot dlères
Anthoine Marcel
Anthoine de la Thonnière
Jehan Taulmont
Prançoys Charbonneau
Claude Plocte
Claude de Stanville
Rouvene
Labaillye
Mathieu Gui guenon
GuiJlem de la Yalle
Claude Anthoine
Jehannot de Saulx
Anthoine de la Croix
Nycolas de Beaudmont
Jehan Menyer
Estiene de Souran
Josse
Jehan Papet
Laui^ns Bergue
Guigon Nonail
Jehan Gaultier
Pierre Policart
Guillaume du Pré
Jehan Blanchart
Jehan Paulquier
Thomas du Pont
Le bastart du Pont
Estienne Armant
Pierre Bertrand
Jehan du Paur
Jacques Maccaire
Pierre de Moras
Jehan de Saint-Barthelemy
Guillem de la Cheize
Le bastart de la Bataille
Martin du Port
Le bastart de Beauregard
Rogier Villete
Jehan Quart
Jehan Racle
Jehan de la Touche
Colin Prançoys
. Jacques de Pradines
Jehan Tournemine
Jehan de la Plume
Le bastart de la Barme
Jehan de Mortaing
Barthélémy de Quincent
Le bastart de Bernys
Prançoys le Blanc
Pierre de Bordeaulx
Le bastart de Jensac
Guillaume de Corsant
Bernard TArdent
Prançoys de Tassin
Michel de Plory
Jehan de Pougières
Jehan de Saint-Germain
Grant-Jehan d*Arc
Le Bernuoys
APPENDICE. 473
Jehan de Palerme Pierre Paris
Ghristofle de Parme Le bastart de Montmartre
Michel Maistre Esmé le Blanc
Le bastart d'Omyn Jullien Hardif
Le bastard de Francque Pierre Sabley
Le bastart de Beaufort Anthoine de Tur
Le bastart de Ghavesteing Jehan de Montruc
Melchior Poignant Hercules de Vienne *
Humbert de Pillon
Nous, Pierre de Berard, conte de Dizenne et seigneur de la
Foucaudière, commissaire dessusnommé, certiffions à nossei-
gneurs des comptes à Paris et autres qu'il appartiendra avoir
veu et visité par forme de monstre et reveue tous les dessus-
dicts quatre vingts dix neuf hommes d'armes et deux cens
archiers du nombre desdicts cent lances fournies de Fordon-
i. Nous n'essaierons pas de faire un travail généalogique
sur les hommes d'armes et les archers qui composaient la
compagnie de Bayart, cela nous entraînerait trop loin; nous
appellerons seulement l'attention sur quelques noms qui nous
paraissent particulièrement dignes de remarque. Ce sont, en
première ligne, Jacques de Mailles, secrétaire de Bayart, celui
que l'on considère avec tant de vraisemblance comme l'au-
teur de l'histoire de Bayart, ainsi que nous croyons l'avoir
démontré dans notre préface ; puis Guigo Guififrey, s' de Bou-
tières, et Antoine de Glermont, vicomte de Tallard, qui furent,
successivement après lui, lieutenants du gouverneur du Dauphiné;
Jacques Jeoffrey, son maître d'hôtel, qui assista à ses derniers
moments et ramena son corps à Grenoble ; Jean de la Bergnie (de
la Vergue) et le bâtard de Gordon, dont il est fait mention dans
l'histoire de Bayart (voy. p. 173-339 et 345); Gaspard de Froussas
(Frussasco), fils de la dame qui avait été le premier amour de
Bayart, ainsi que le raconte le Loyal Serviteur (p. 64 à 70). Nous
signalerons encore Gaspard Terrail, s' de Bernin, cousin de Bayart,
et Pierre de Biacons, qui vécut assez pour prendre part aux pre-
mières guerres de religion dans les rangs des protestants dauphi-
nois. Nous ferons enfin remarquer que près de cent des hommes
d'armes et archers de Bayart appartiennent à des familles du
Dauphiné et que les plus illustres maisons, telles que les Alleman,
Montaynard, Sassenage, Glermont, Beaumont, Moustiers, Loras,
La Vilette, Flotte, Arces, Gommiers, etc., y sont représentées.
i74 APPENDICE.
nance du roy nostre dict seigneur estans soubz la charge et
conduicte de mondict sieur de Bayart, chevalier de Tordre
dudict seigneur, leur eappitaine, sa personne y comprinse, les-
quelz avons trouvez en bon estât et soufHsant habillement de
guerre pour servir le Roy nostre dict seigneur au ftiit de ses
guerres et partout ailleurs où il luy plaira, cappables d'avoir et
prendre les gaiges et souldes que icelluy seigneur leur a ordon-
nées pooç le quartier de janvier, février et mars dernier passé.
En tesmèing de ce nous avons signé ce présent roole de nostre
main et mis le seel de noz armes le jour et an dessusdicts.
D£ Beraed.
XIV.
*
Contrat de mariage de François de Bocsozel^ seigneur
du Châtelard de Champier, avec Jeanne Terrait,
fille naturelle de Bayart *.
In nomine Domini, amen : cunctis, tam presentibus quam
futuris, pateat et liquide flat manifeslum, quod cum traclatum
fleret de matrimonio contrahendo per verba de future inter
nobilem Franciscum de Boczosello, dominum de Ghastelario-
Ghampiaci, Viennensis diocesis, ex una; et nobilem domîcelam
Johannam, Qliam magnifflci quondam domini Pétri Terralii,
domini de Baiardo, militis ordinis regii, et locumtenentis
Dalphinatusac cappilanei centum régis armorum, ex alia; bine
est, quod anno nativitatis ejusdem Domini currente millésime
quingentesimo vicesimo quinto, et die vicesima quarta mensis
augusti, coram me notario publioo subsigtalo, et lesUbus infe-
rius nominatis, prefatus nobilis Franciscus de Boczoselo,
sponsus futurus, promisit et juravit disponsare in facie sancte
matris ecclesie et in uxorem suam accipere prefatam nobilem
Johannam Terralie, loties quoties fuerit reqilisitus; el reve-
rendi domini episcopus Glandatensis et abbas de Josapbat,
avunculi dicte sponse, promiserunt nomine eorum neptis, dis-
ponsari facere per eam dictum nobilem Franciscum de Boczo-
1. Cabinet de M. Morin-Pons à Lyon. Copie. Publié par
M. Morin-Pons dans les Mémoires de l'Acidémie de Lyon, 1876.
APPENDICE. 475
sello loties quoties ftierinl requisiti. Et favore et contempla-
cione hujusmodi futuri matrimonii, et ut facilius ooera iUius
melius supportari possint et valeant, personaliter constituti
prefati reverendi in Christo patres et domini dominus Phi-
lippus Terralii, episcopus Glandatensis, et Jacobus Terralii,
abbas' de Josaphat, avunculi dicte nobilis Johanne Ter-
rallie, tam nomine proprio, quam uti procuratores ad infra-
scripta peragenda nobilis et potentis Georgii Terralii^ domini
de Baiardo, eorum fratris, heredis dicti quondam domini de
Baiardo, prout de hujusmodi procuratorio constat instrumento
super hoc confecto, recepto per me jam dictum notarium sub-
signatum, htc inserto, cujus ténor est talis :
Noverint univers! et singuli, quod anno Domini millesimo
quingentesimo vicesimo quinto, et die quindecima mensis
augusti, coram me notario publico subsignato, et teslibus
inferius nominatis, constitutus personaliter nobilis et potens
Georgius Terralii, dominus de Baiardo, qui actendens quod
nobilis Johanna Terrallie, fllia quondam magnifflci et illustris
domini Pétri Terralii, militis ordinis regii, et locumtenentis
Dalphinatus, fratris sui, est nubilis, ft quod tractatur matri-
moDium inter eam et nobilem Franciscum de Boczosello,
dominum de Chastelario-Ghampiaci, Yiennensis diocesis,
gaudens de hujusmodi matrimonio contrahendo, gratis igitur
et sponte, non vi, non cohactus, sed ei ejus mera yoluntate,
vult et consentit quod domus fortis Edochie cum juribus suis,
censibus, redditibus, reacheptis et aliis juribus suis et perti-
nenciis, constituatur in dotem et nomine dotis dicte nobilis
Johanne ejus neptis erga prefatum nobilem Franciscum de
Boczosello, pro precio duodecim centum sculorum auri ad
solem, quos prefatus magnifflcus fraler suus dederat pro dote
ipsius nobilis Johanne, inclusis yestibus nuplialibus, et ex
nunc, prout ex tune, ut supra consentit constituendo per pré-
sentes ejus certos et indubitatos procuratores ac nuncios
expressos, reverendos patres dominos dominum Philippum
Terrallii, episcopum Glandatensem, et Jacobum Terrallii,
abbatem de Josaphat, firatres suos abscentes tanquam pré-
sentes, et ipsorum quemlibet in solidum, ad presentandum et
faciendum similem eonscensum nomine suo, quando eelebra-
bitaf^alrimoiiuni dicte sue neplis cum eodem nobili de
476 APPENDICE.
Boczosello, et ad faciendum pacta in dicto matrimooio que
sibi ipsis dominis procuratorihus suis videbuntur neœssaria,
ac si presens et personaliter interesset. Promittens ideo pre-
fatus nobilis Georgius Terrallii constituens, per ejus jura-
mentum super sacrosanetîs scripturis prestitum, bona sua
quecumque mobilîa et immobilia propCer hoc obligando et
ypothecaodo, premissa acteodere et observare et non contra-
yenire ; supponens se et omnia sua bone quibuscomque curils
dalphinalibus tam spiritualibus quam temporalibus, pro
observacione premissorum cum relevacionibus, titullis et aïiis
clausulis in talibus necessariîs et opportunis. De quibus pre-
missis, prefatus nobilis constituons precepit mihi jamdicto
notario, fleri presens publicum instrumentum. Actum apud
Baiardum in aula bassa domus dicti loci, presentibus venera-
bilibus viris dominis Guichardo Orseti et Martino de Torneno,
presbiteris, et Urbano, fllio Frapcisci Gaberi, testibus ad pre-
missa vocatis et rogatis.
Ipsi, inquam, reverendi domini nominibus quibus supra,
gratis et eorum spontaneis voluntatibus, dederunt et consti-
tuerunt in dotem et pro dote dicte nobilis Johanne, eorum
neptis, dicto nobili Francisco de Boczosello, sponso futulo,
presenti, stipulanti et récipient!, pro se^t suis beredîbuset
successoribus quibuscumque, quatuordecim centum scuta auri
ad solem in modum qui sequitur. Videlicet quod constituerunt
pro suma duodecim centum scutorum auri ad solem, per sup-
perius nominatum quondam dominum de Baiardo datorum et
constitutorum pro dote dicte sue fliie in ejus ultima voluntate,
inclusis vestibus nuptialibus, domum fortem Edochie, que sit
pro ejus dote, et que domus olim pertinebat dicto quondam
strenuo milliti domino de Baiardo, et ex post per ejus mortem
dicto nobili Georgio de Baiardo, una cum suis ipsius Eydochie
juribus et pertinences universis, sive sint, domus, terre,
prata, pascua, vinee, nemora, silve, molendina, stagna, aque,
aquarumque decursus, garene, actiones, census, redditus,
reachepta et alia quecumque jura ad dictam domum fortem
Eydochie pertinencia, cum tamen oneribus omnibus et ehar-
giis que reperientur fore et esse in et super dicta domo forti
Eydochie et pertinenciis ejusdem, sicuti legatis fondadonibos,
summis dotaum, reparationibus ei aliis quibuacumque
APPENDICE. 477
et chargiis, et maxime de satisfacîendo Dobili Loysie de Boczo-
sello, domine Prati Rotondi, restam summe quatercentum scu-
torum auri ad solem sibi debitoriim ex accordio cum ipsa
facto per diclum quondam dominum de Baiardo, tune domi-
num dicte domus fortis Eydochie, et etiam de solvendo restam
centum scutorum dotis Anthonie, fliie naturalis quondam
nobilis Artbaudi de Boczosello, uxoris Ludovici Vincendoa, et
generaliter de solvendo omnia et quecumque débita que repe-
rirentur in et super dicta domo Eydocbie. Item plus, superius
nominati reverendi domini episcopus Glandatensis et abbas
de Josaphat, fratres, et ayunculi dicte Johanne, sponse future,
gratis et eorum propriis voluntatibus, favore et contemplacione
hujusmodi matrimonii, et in dotem dicte eorum neptis, de
eorum propriis bonis, dederunt et consUtuerunt in augmen-
tum dotis dicte nobilis Johanne, eorum neptis, videlicet qui-
libet ipsorum centum scuta auri ad solem, que centum scuta
promisit solvere pro sua parte dictus reverendus dominus
episcopus Glandatensis ad requestam dicti nobilis Francisci de
Boczoselo, post consummationem hujusmodi matrimonii. Quo
vero ad centum scuta conatitnta per prefatum dominum abba-
tem de Josapbat, prefatus nobilis Franciscus de Boczosello
confessus fuit et ^uQUtar idè babuisse et realiter récépissé
ab eodem domino abbite-, rioque de eisdem centum scutis se
tenuil pro bene conteniO e( aoloto, et de quibus quictavit et
quictat dictum dominum abbatem cum pacto de non ulterius
quicumqae plus petendo seu peti faciendo. Item quod etiam
prefati reverendi domini episcopus et abbas oonstituentes,
dederunt dicte sponse future, eorum nepti, quilibet ipsorum
centum libras turonenses pro suis vestibus nuptialibus, necnon
reverendus in Ghristo pater et dominus dominus Laurencius
AJamandi, episcopus et princeps Gratianopolis, etiam dédit
dicte nobili sponse future pro suis vestibus nuptialibus cen-
tum libras turonenses, per ipsum nobilem sponsum futurum
habitas et receptas, et etiam dictas centum libras per dictum
dominum abbatem de Josapbat ut supra donatas, sicque de
eisdem ducentum libris, se tenuit pro bene contento et soluto
et de quibus quictavit ipsum reverendum dominum episcopum
Gratianopolis et abbatem de Josapbat, et reverendus dominus
episcopus Glandatensis promisit solvere dictap centum libraa
&78 APPENDICE.
per ipsum ul supra donatas, ad requestam dicU nobilis Fran-
cisci de Boczosello. Et premissis m^iantibus, consUtutus per-
sonaliter prefatus nobilis Franciscus de Boczosello, sponsos
futurus, qui gratis et sponte, pro se et suis heredibus et
successoribus quibuscumque, dédit et donavit dicte nobili
Johanne, ejus sponse»Aiture, presenti et pro se et suis stipa-
lanli et recipieoti, in augmentum supradicte dotis, ascendentis
in universo ad quatuordecim centum scuta auri, yidelicet sum-
mam septem centum scutorum similium. Item, plus dédit et
donavit prefatus nobilis sponsus futurus dicte nobili Jobanoe,
ejus sponse future, stipulanti ut supra, pro suis ornamentis et
jocalibus, teroentum scuta similia, de quibus ipsa nobilis
sponsa futura disponere possit ad ejus voluntatem maritata
vei non maritata, et quo ad dictum augmentum dotis fait
actum, quod dissoluto bujusmodi matrimonio per mortem
ipsius nobilis sponse future, dicta septem centum scuta dicti
augmenti remaneant dicto nobili sponso futuro et suis. Item
ultra premissa prefatus nobilis Franciscus de Boczosello,
sponsus futurus, gratis ut supra, dédit de doario annuo dicte
sponse future, in et super omnibus suis bonis, et maxime in
et super quadam sua domo appelata de Charpenes, sita io
mandamento Goste et parrocbia de Nantuy, cum censibus, red-
ditibus et pertinenciis dicte domus, usque ad valorem dicla-
rum centum librarum annualium, et quam domum, una cum
grangiis et plassagiis ejusdem reliquid idem nobilis Franciscus
de Boczosello dicte nobili Johanne, ejus sponse, pro ejus man-
sione et habitacione, casu quo non posset vivere et manere in
dicta domo Edochie cum liberis eorumdem conjugum, dum-
tamen vitam honestam et vidualem duxerit ut supra. Item fuit
actum et conventum inter ipsas partes quod casu quo hujus-
roodi matrimonium dissolveretur per mortem dicti nobilis
Francisci de Boczosello, susceptis ex eodem liberis cum dicta
ejus sponsa futura, quod restituendo dicte nobili Jobanne,
sponse, dicta duodecim centum scuta in unica solutione supra-
dicta, domus Eydocbie, cum pertinenciis suis supradictis, et
ipsis liberis remanebit; et casu quo non baberint ipsi futuri
conjuges liberos ex hoc matrimonio et superviveret dicta
nobilis Johanna, sponsa, dicto ejus sponso, quod ad eam
revertatur et restituatur dicta domus Eydocbie cum suis perti-
APPEm>iGE. 479
Denciis ; acto tamen quod si ipse nobilis de Boczosello foirsam
fecerit, sive sui fecerint, aliquas necessarîas et utiles repara-
tiones, vel aliqua bona reacheptaverint, quod ipse reparationes
et bona reacbeptata deducantur vel solvantur beredibus ejus-
dem de Boczosello, necnon etiam débita que reperientur fuisse
soluta per prefatum domioum de Boczosello vel suos. Item
plus fuit actum et conyentum inter îpsas parles, quod super-
yiyens eorumdem lucretur duocentum scuta super bouis pre-
morîenlis, de quibus in morte pariter et in vita disponere
possit, sive convolaverit ad secundas nuptias sive abstînuerit.
Item plus fuit actum et conventum inter ipsas partes, quod
supradicte dos una cum dicto augmento et aliis que restitui
debebunt, soluto matrimonio, per mortem dicti nobilis de Boc-
zosello, restituantur et solvantur incontinenti sicut reperientur
fuisse soluta. Et mediantibus premissis, prefatus nobilis de
Boczosello, sponsus futurus, celebrato hujusmodi matrimonio,
promisit quictari facere per dictam nobilem Johannam, ejus
sponsam, omnia et quecumque bona paterna, juraque et
actiones que babet et babere posset in eisdem bonis nunc vel
in futurum ; hoc acto quod si forsan ipsa nobilis Johanna in
preteritum fecisset aliquam donationem vel quictacionem de
bonis suis ante presentem contractum, quod eo in casu illa
donacio seu quictacio sint nuUius momenti et valoris. Promio-
tentes propterea superius nominale partes, ipsarum quelibet
in quantum eam tangit, per eorum juramenta, videlicet ipsi
reverendus dominus episcopus Glandatensis et abbas de Josa-
pbal, nominibus quibus supra, manus ad pectus eorum more
prelatorum ponendo, et dictus nobilis de Boczosello taclis
manualiter sacrosanclis scripturis, et sub omnium bonorum
suorum expressa obligacione et ypothecacione bonorum mobi-
lium, immobilium presentium et futurorum, premîssa omnia
superius et inferius scripta actendere, complereque et inviola-
biliter observare absque conlradictione quacumque, et Dun-
quam per se vel per alium contra ire, nec alicui contra ire seu
venire volenti in aliquo quovismodo consentire; dictique reve-
rendi domini constituenles, nominibus quibus supra, dictam
domum Edochie, cum dictis suis juribus et pertinenciis, dictis
futuris conjugibus manutenereetdeffendere adversus et contra
omnes, et stare de omni evictione universali et particulari, tam
iSO APPENDICE.
in proprietate quam in possessione; oecnon premîssa ratifB-
cari facere per dominam de Baiela ac dominas religiosas una
de Hays et alla de Prato-Mollo, eorumdem duorum constiluen-
tium sorores quathenus opus erit. Et etiam promisit prefatus
dominus episcopus Glandatensis tradire et expedire diclo
nobili de Boczosello instriimenla et documenta que habet pênes
se, facientia ad opus dicte domus Eydochie. Renunciantes pre-
nominate partes, et ipsarum quelibet, omnibus et singulis juri-
bus, juriumque exceptionibus tam canonicis quam ciTilibus
quibus mediautibus contra premissa aut premissorum aliqua
facere, dlcere, exponere vel contravenire possent, aut in aliquo
se tuheri quomodolibet vel.deffendere, et maxime juri dicenli
generalem renunciationem non yalere nisi speciali précédente.
Acta fuerunt premissa Gratianopoli in domo episcopali ipsius
loci, presentibus spectabilibus dominis Faicone de Auriiiaco,
présidente Dalphinatus, Jacobo Gaiiani, Georgio de Sancto
Marcello, Aymaro Rivalli, consiliariis dalphinalibus, nobilibus
Bartbolomeo de Monteforti, milite et receptore Scalarum, Petro
de Legaz et Jacobo de Buffevent testibus ad premissa vocatis et
rogatis. Et me Jacobo de Mailles, diocesis Gracianopolis aucto-
ritate dalpbinali notario publico, qui in premissis omnibus et
singulis, dum sic ut premictitur agerentur et fièrent, una cum
prenominatis testibus presens interfui, eaque onmia et singula
sic fieri vidi et audiyi, ac in notam sumpsi et recitavi a qua-
quidem nota, hoc presens publicum instrumentum, manu
fldeiis coadjutoris mei fideliter scriptum, extrahi et grossari
feci, ac ibidem me suscripsi manu propria signari in robur et
fldem omnium et singulorum premissorum.
De Màillbs*.
1. Nous ferons remarquer la signature du notaire : c'est Jacques
de Mailles, l'auteur présumé de la présente histoire.
Jeanne Terrai! fut mère de Tinfortuné Pierre de Bocsozel, s' du
Ghatelart, célèbre par son amour pour Marie Stuart et sa fin
tragique (1562). Ghatelart était poète; Le Laboureur nous a trans-
mis une poésie charmante adressée par lui à sa maîtresse.
GLOSSAIRE
à, avec, 143.
aboys, suspens, 402.
abreuvé, triste, 78.
abstrainct, dépourvu, 312.
acertené, instruit, rendu cer-
tain, 164.
à coup, Dour cette fois, à coup
sûr, 32.
acquerre, acquérir, 40;
acteur, auteur, i. "^ '*'
adresse, dédicace, 1.
advitaiUer, ravitailler, 355.
affiérer, convenir, 428.
affaler, effrayer, blesser, 9.
ainçois, avant, 18.
ains, mais, 14.
à Vemblée, d'emblée^ 2.
apatis, contribution, 362.
à poux de lance, à longueur de
lance, 46.
appert, habile, 24.
appertise, exploit, 283.
appoincter, solder, 23.
arrivée (d% dès le début, 321.
asseuréement, avec assurance,
232.
assiète (d')^ assis, 136. «
attainctes, desseins, but, 241.
avoir à besongner, avoir besoin,
30.
B
bagues, bagages, 80.
baller, danser^ 16.
bastillon, fortin, 132.
bcuton, arme, 21.
benoit, béni.
berche, brèche, 156.
blasonner, louer, 65.
bouge, valise, 116.
bruyt, renommée, 3.
canonnière, pièce de canon, 245.
cariage, ba^Age, 42.
castelan, châtelain, 374.
cault, rusé, 136.
ce, si, 102.
c'est mon, vraiment, 14.
chailloir, importer, 27.
chapelet, petit chapeau, 49.
chassement, expulsion, 71.
cil, celui, 416.
commander, recommander, 33.
comme, ainsi, 406.
comparer, payer, 271.
conquester, conquérir, 55.
contenir, comporter, 8.
convoyer^ convieiv 6o.
cordelle (tirer éi^fajy séduire,
entraîner, 2|Çr^;':
courserot, petUi.^iQttl, 35.
cronicqué, menàonilé dans les
chroniques. 204.
eropir, croupir, 91.
crote, grotte, 207.
cuyder, croire, 49.
31
482
GLOSSAIRE.
D
davantage, de plus, 3f .
daxes, taxes, 62.
dédiasse, chassé, 342.
defTaillir, manquer, 4.
de/fensible, défenseur, 2.
de/portune, infortune, 228.
de/froy, entretien, 134.
délayer, retarder, 312.
délibérer, décider, 120.
démené (le), ce qui se prépare,
200.
démener, mener, 298.
demeure, délai, 116.
départir, séparer, 52.
depescher, débarrasser, 31.
desduire, parler, 97.
deslacher, lâcher, 274.
desroter, mettre en déroute, 201.
desservir, mériter, 199.
devise, livrée, 321.
devise, devis, entretien, 52.
dilation, retard, 22.
doint (qu'il), qu'il donne, 10.
dominager, endommaj^er, 398.
donner garde (se)^ avoir la garde,
314.
double, crainte, 318.
doubler, redouter, 123.
droit, vrai, 143.
durer, résister, 110.
duyt, habile, 38.
£
eleu, dȎlite, 92.
embattre, abattre, 111.
embattre (s'), s'ébattre, 309.
embuscher, embusquer, 140.
empescher, embarrasser, 387.
empris, entrepris, 1.
emprise, entreprise, 37.
encharger, charger. 11.
encloueure, piôge, â4.
enfondrer, effondrer, 335.
enroser, arroser, 163.
enseignes, indications, 242.
ensépuîturé, enseveli, 57*
envahie, charge de cavalerie,
190.
envis, malgré, 24.
es, au, 14.
eschapins de chausse, cbauBSure
légère, 280.
escoute, guetteur^ 116.
e^ouissement, réjouissance, 48.
este, aile, 280.
espérer, attendre. 223.
e^perit, esprit, 413.
estant (en), se tenant debout,
413.
estoffe (gens d'), troupe de résis-
tance, 278.
estradiote, cimeterre, 211.
évader, éviter, 320.
exterminer, chasser.
faigner, être fainéant, 305.
failtùir, faUoir, 312.
fascherie, inconvénient, 154.
fenestre, armoire, 29.
fès, faix.
finer, financer, 85.
finer, finir. 80.
flou, fiot, 282.
foncer, financer. 27.
frayer, nasser, o35.
fuytif fcgitif, 63.
garnir, pourvoir, 8.
gecter, jeter, 309.
genétaires, cavalerie légère. 115.
genète (à la),- en chevau-léger,
253.
gentilfemme, femme noble, 339.
gentillesse, noblesse, 258.
graigneur, plus grand, 415. .
grenète, marché aux grains, 35.
grisle, grille, 270.
gorgias, beau, 199.
guerpir, déguerpir, 133.
guerroyable (guerre), guerre «é-
riaiiBe, 90.
guete^ alarme, 97.
habiller, panser, raccommoder,
98.
GLOSSAIRE.
483
hacquebute, arquebuse, 126.
halecret, corselet, 274.
haridelle, cavalier, 264.
harnoys, armure, 25.
hoc, haie, 32S.
/lutin, choc, 322.
intrade, tjÊ^nu^ 244.
J
joinct, en outre, 9.
L
ou, au, 127.
oyseux, oisif, 100.
paillart, lâche, 326.
paour, peur, 1.
paravant, auparavant, 389.
parfond, profond, 263.
parfoumir, fournir, 49.
parquoy, pourquoi. 24.
partir, partager, séparer, 35.
pas, joute, 5. .. i.
picquer un cheval, If faire sau*
ter, caracoler, 22.
plains, plaintes, 110.
lacrymable, digne de larmes, P^^viner, pleuvoir, 265.
367.
léans, céans, 31.
loge, hutte, 322.
piteux, ayant de la pitié, 2.
poignant, pointant, 306.
poindre, course, 49.
luyie, luyùr, lutte, lutter, 107. Pot>ite, première attaque, 155.
luz, luth, 295
lyément, joyeusement, 124.
lyonicque, de lion, 105.
M
mais que, dès que, 172.
mais que, pourvu que, 58.
maldisant, médisant, 11.
malheureté, désastre, 250.
maltalent, colère, 84.
man^on, manchette, 66.
mercyer, remercier, 21.
meschanceté, misère, 250.
meschief, malheur, 376.
meshuy, aujourd'hui, 124.
mesmement, môme, 259.
mestier, besoin, 305.
mettre sus, survenir, 380.
N
navrer, tuer, 324.
nem plus, non plus, 198.
notice, connaissance, 300.
nourriture, éducation, 66.
nouvel (de), nouvellement, 306.
0
oppressé, écrasé, 8.
portatif (évéque), évoque in par-
tibui, 228.
porter (se), se comporter, 293.
prée, pré, 22.
privaulté, honneur, estime par-
ticulière, 261.
procès, discussion, 272.
puissance, force militaire, 352.
Q
quant et, en même temps que,
avec, 200.
quant et quant, ensuite, 214.
quatrin, menue monnaie, 293.
que, comme, 176.
quereller, réclamer, 145.
qui, qu'il, 154.
quilles (trousser ses), se retirer,
401.
R
rabiller, rétablir. 102.
rebatre, parer, 2o5.
recharger, revenir à la charge,
51.
recompenser, dédommager, 95.
recours, secouru, 124.
recoux, recouvré, 187.
recru, fourbu, 94.
i8i
GLOSSAIRK.
recueil, accueil, 27.
religion, couvent, 287.
rementavoir, remémorer, 65.
repérer, se retirer, 372.
resolution, solution, 52.
retirer, conserver, 244.
révolter (se), faire volte-face, se
retourner, 332.
riote, querelle, 11 i.
ronçon, épieu, 148.
rooller, rouler, 318.
rotte, déroute, 157.
rotte, troupe, 143.
rouer, rôder, 288.
saillie, saillir, sortie, sortir, 4.
saisir, posséder. 118.
saulte'iuisson, fantassin, 264.
saulveté, salut. 201.
sçavoir mon, c est à savoir, 262.
secrète, casque rond, 116.
secrétain, sacristain, 31.
semondre, engager, inviter, 25.
sentir, entendre, 372.
seoir, siéger, 57.
serréement, en ordre serré, 122.
se, ce, 51.
soris, souris, 406.
souldar, soldat, 50.
soulde, solde. 50.
soulier, souiller, 102.
targuète, petit bouclier, 256.
tascher, viser, 113.
taudis, amas, 153.
tenir bataille, être rangé en ba-
taille, 186.
tenu, ayant de l'obligation, 333.
terayeul, trisaïeul. 4.
tiensùt (qu'il), qu'il tînt, 306.
tirer à une part, aller d'un côté,
207.
trafique, affaire, 245.
travaillé, malade, 206.
trépasser, dépasser, 189.
triumphamment , triomphale -
ment, 10.
troppe, troupe, 113.
trousse, mauvais tour, 251.
trousser son cas, préparer ses
bagages, 272.
vaillant (le), l'avoir, la fortune,
288.
valloir, mériter, 85.
vêla, voilà, 17.
venue, réception, 199.
veue, entrevue, 135.
veue, visière du casque, 49.
vois (je), je vais, 401 .
voulsist (qu'il), qu'il voulùti 12.
INDEX ALPHABETIQUE
A^nadel (bataille d'), 142.
Amay (ai)baye d'). Le cousin
de Bayart y est abbé , 5. Le
roi y voit Bayart à cheval, 21.
Aire. Bayart y arrive, 41. Il y
donne un tournoi, 46.
Albret, Voy. Avenues.
Aldano. Son duel avec Peralte,
256.
Alègre (Yves d'), au siège de
Legnano, 204; à celui de
Montselice, 208 ; à la reprise
de Brescia, 277. Fait prison-
nier André Gritti, 283 ; combat
à Ravenne, 314. Fait avancer
Tartillerie, 318; et la gendar-
merie, 321. Est tué, 327-330.
Alègre (à'). Voy. Milhau.
Alençon (Charles de Bourbon,
duc d'), surveille de Reims
l'armée des impériaux, 392.
Alençon (Marguerite d'Orléans,
duchesse d'), est marraine du
dauphin, 390.
Alexandrie. Le s' de Ligny y
vient, 82.
Allemagne. Ludovic le More s'y
retire, 61. Il en revient, 71.
Alpopos fortifié par le duc de
Ferrare, 157.
Aitamura (Aliénor de Beaux,
duchesse d') , épouse le s' de
Ligny. Sa mort, 87. '
Altemeze (Francisque d'), est
témoin du combat entre Ba-
yart et Soto Mayor, 106.
Alleman (Guignes), s' d'Uriage,
donne un cneval à Tévèque
de Grenoble, 9.
Alleman (Hélène)^ mère de Ba^
yart, sœur de Tevôque de Gre-
noble, 4. Ses adieux à son
fils, 10.
Alleman (Laurent I), évèque
de Grenoble, 4. Se rend au
château de Bayart, 7. (]!on-
seille d'envoyer Bayart au
duc de Savoie, 8. Lui fait ca-
deau d'un cheval et d'habits, 9.
Le conduit à la cour de Sa-
voie où il le donne au duc,
12-15. Retourne à Grenoble,
15. Reçoit Bayart à son re-
tour d'Italie, 336.
Alvarade, tué à Ravenne, 330.
Alviano (Barthélémy d'), gé-
néral des Vénitiens, 141;
est battu à Aj^adel, 142;
blessé et fait pnsonnier, 143.
Amène aux Français du ren-
fort à Marignan, à84.
Amboise. Charles VIII y meurt,
58. Le dauphin François y est
baptisé, 390.
486
II^EX ALPHABÉTIQUE.
Amboise (Georges d*), cardinal,
lieutenant-général en Mila-
nais, 86. Ambassadeur vers
l'empereur, 146. Meurt, 205.
Amboise, vov. Chaumont.
Anhalt (Ruaolphe, prince d').
R^oint l'armée française,
152. Va au siège de Pacioue,
159. Veut aller à l'assaut,
185. Accompagne les Fran-
çais après le sie^e de Padoue,
186. Frète des lansquenets à
Bayart, 199. Assiste au siège
de Legnano, 204.
Andria. Bayart y fait une
course, 91.
Angleterre (Marie d'), épouse
Louis Xn, 368.
Anjou (duché d'), donné à Fré-
déric, roi de mples, en com-
pensation de son royaume, 88.
Anne de Bretagne. Aide à bâ-
tir un couvent de Gordeliers,
19. Séjourne à Lyon avec
Charles VIII , 57. Épouse
Louis xn, 59. Sa mort, son
éloge, 366-367.
Annona, mise à sac, 61.
Anton (Jean d'), cité, 80, 104,
108, 114.
Aragon (Pierre d\ Extinction
de sa famille, 127.
Arbresle (l*). Bayart y est ac-
compagné par Bellaore, 43.
Arces (Antoine de Morard d'),
combat à Agnadel, 141.
Argenta, ville d'Italie; son im-
portance, 231.
Ars (Louis d'). Lieutenant du
8' de Ligny, permet aux
jeunes gens de faire des tour-
nois, 45. En est nommé juge,
48. Litercède pour les sujets
révoltés du s' ae Ligny, 83,
84. Rend ses places au
royaume de Naples par ordre
de Louis XII et rentre en
France, 125, 126. Loué du
roi d'Espagne, 135. Assiste
au siège de Legnano, 204.
Opine pour la bataille à Ra-
venne, 312. Poursuit les en-
nemis, 323. A Pavie, 334.
Astesan (1*), traversé par l'ar-
mée française, 60.
Ascanio (le cardinal). Laissé
dans Milan par son frère Lu-
dovic le More, 79. Est fait
prisonnier et livré aux Fran-
çais, 81.
Avennes (Gabriel d'AJbret, s'
d'), reçoit le duc de Savoie;
son arrivée à Lyon, 18.
Avogaro (Louis)." Sa ouerelle
avec Gambara, 269. II livre
Brescia aux Vénitiens, t^.
A la tète tranchée, 283.
Aubigny (Robert Stuart, s' d).
(lionduit l'armée française en
Italie, 60. Est envoyé à la
conquête de Naples, 88-89.
Est chassé de Naples par
Gonsalve de C^ordoue, 89.
Fait couper la tète à Augus-
tin Guerlo, 241. Gouverneur
de Brescia, 336. Entre en
Italie, 372. Poursuit Prospero
Golonna, 375.
Aydie (Gallet d'), surnommé le
capitaine Odet; à Agnadel,
139 ; à Ravenne, 313.
Azevedo. Sa (juerelle et son
duel avec Sainte-Croix, où il
est vainqueur, 252-256.
B
Baglione (Jean-Paul). Va au
secours de Brescia, 273. Met
le siège devant Valeggio, 273.
Est battu par les Français,
274.
Baobdil, voy. Gblco.
Bardassan. (Ilombat à Ravenne,
313; y est tué, 325-330.
Barletta. Bayart y fait une
course, 91.
Basque (Pierre de Tardes, dit
le). Envoyé à la poursuite de
Soto-Mayor, 97. Le reprend,
98. Combat au pont de Gari-
ffliano, 120, 121. Renverse
Salvator de Borgia de son
cheval, 124.
INDEX ALPHABÉTIQUE.
487
Bassano. L'empereur y arrive,
152. La garnison inquiète le
camp de Temperenr, 171.
Rendu à Bayart, 177.
Bastida di fossa Geniolo, atta-
qué par le pape, 231. Le gou-
verneur demande du secours,
232. Bataille qui s'y livre,
237. Déroute de l'armée du
pape, 238.
Baulme (La), fait trois prison-
niers quoique ayant une
jambe de bois, 251.
Bayart (château de). L'évêque
ae Grenoble y vient. 7.
Bayart (Pierre Terrait, s' de).
Don extraction, 3. Déclare à
soa.père qu'il veut suivre la
carrière des armes, 4. Ses
adieux à «a famille, 9. Est
conduit à la cour de Savoie,
12. Est présenté au duc. 14.
L'accompagne à Lyon, lé. Se
g répare à être pFésenté à
iharles VIU, 21. Fait sous
ses yeux l'exercice du cheval,
23. Entre à son service, 24.
Se fait inscrire pour prendre
part au pas d'armes au s' de
Vauldray, 26. Obtient de
l'abbé d'Ainay les moyens
d'y fig;urer, 27. Prend chez son
fournisseur pour une grosse
somme d'étoffes, 31. Lutte
avec honneur au tournoi, 38.
Va en garnison en Picardie,
38. Ses adieux au roi et au
8' de Ligny, 40. Sa générosité
envers leurs gens, son voyage,
42. Arrive à Aire, 43. Donne
un tournoi^ 45. Son combat
avec Tàrtann, 48. Avec Han-
notin de Sucker, 51. Distri-
bue les prix, 53. Sa libéralité
envers ses compagnons, 54.
Il se siffnale à Fomoue et
reçoit 500 écusdu roi, 56. Va
visiter la veuve du duc de
Savoie, 63. Retrouve à sa
cour son ancienne amie la
dame de Frussasco, 64. Donne
un tournoi, 65. Combat contre
le S' de Rovastre, 67. Fait
décerner les prix par la dame
de Frussasco, 68. Sa libéra-
lité, 70. Retourne en Italie,
72. Son expédition contre le
capitaine Gaeache , 73. : ^II
entre à Milan avec les enne-
mis et est fait prisonnier, 74.
Son entretien avec Ludovic
le More, 75. On lui rend la
liberté, 77. Il reçoit en cadeau
du s' de Ligny l'argenterie
que lui offrent ses sujets
rebelles et la distribue à ses
compagnons, 85. Ses adieux
au S' de Ligny, 88. Com-
mande à Minervino, 91. Bat
et fait prisonnier Soto-Mayor,
92. Lui donne le château
pour prison, 95. Le fait en-
fermer après sa tentative d'é-
vasion, 99. Lui demande rai-
son des méchants propos qu'il
tenait sur lui, 101. Le tue en
combat singulier, 104. Rend
son corps à ses compagnons,
109. Son combat avec 12 com-
pagnons contre 13 Espagnols,
111. S'empare d'un trésorier
espagnol; ses démêlés avec
Tardieu pour le partage du
butin; sa cénérosité envers
lui et ses soldats, 115. Défend
seul un pont contre 200 en-
nemis, 120. Est fait prison-
nier, puis délivré, 122. Ren-
tre en France, 125. Part pour
Gênes, quoique malade, 130.
S'empare d'un fort, 132. Re-
çoit le commandement de
500 hommes de pied. 140.
S'empare des avenues de Pa-
doue, 159. Dresse une em-
bûche à Lucio Malvezza, 165.
Le défait, 168. Dresse une
embûche à Rinaldo Conta-
rini, 171. Le déftflt, 174. Le
force à lui faire rendre le
château de Bassano, 176. Son
avis sur l'assaut projeté de
Padoue, 182. Son humanité
à la Icf^ée du siège de Pa^
488
INDEX ALPHABÉTIQUE.
doue, 186. Il tient garnison à
Vérone, 187. Il se retire avec
honneur de Tembûche que
lui tend Jean-Paul Manfroni,
189. Défait une bande de
gens de pied, 193. Déjoue la
trahison d'un espion, 196.
Défait le capitaine Manfroni,
201 . Fait pendre des pillards,
207. Ck)nduit un renfort à la
Mirandole, 224. Tente sans
succès de s'emparer du pape,
225. Apprend le siège de la
Bastide, 232. Plan qu'il pro-
pose au duc de Ferrare pour
la secourir, 233. Succès de
•son exécution, 238. S'oppose
à ce que le duc fasse assassi-
ner le pape, 245. Est fait lieu-
tenant du duc de Lorraine,
249. Prend Gradisca et Gori-
zia, 249. Loué de Trivulce
pour sa conduite à Bologne,
251 . Venge la mort du s' de
Gonti, 258. Se fait dire la
bonne aventure, 261. De-
mande à marcher le premier
à l'assaut de Brescia, 277.
Est blessé, porté dans un
palais et soigné, 284. 11 pro-
tège les habitants du patais,
285. Obtient de rejoindre
l'armée, 292. Reçoit de son
hôtesse 2,500 ducats et les
distribue à ses filles et aux
pauvres, 295. Ses adieux,
296. U arrive à l'armée devant
Ravenne, 298. Opine pour la
bataille, 302. Envové en es-
carmouche contre les Espa-
enols^ 306. Secourt le baron
ne Beam, 309. Se promène
avec Nemours avant la ba-
taille. 315. Ses pourparlers
avec les Espagnols, 31 o. Fait
avancer l'artulerie, 318, et
diviser la cavalerie en deux
troupes, 320. Poursuit les
fuyards, 323. S'empare des
enseignes ennemies, 328. Est
blesse à Pavie, 335. Rentré à
Grenoble, y tomb^ malade.
336. Guérit, 338. Son aventure
avec une jeune fille noble et
pauvre qu il dote. 339. Va en
Navarre, 341. 8 empare par
ruse d'une place forte, 343.
Refuse de donner aux lans-
quenets double paie, 346. Un
lansijuenet ivre veut le tuer;
il lui pardonne et le fiait as-
seoir a sa table, 347. Donne i
dîner au duc de SufiEblk, 349.
Engage le s' de Piennes à char-
, ger à Toumehem le roi d'An-
gleterre et ses troupes, 353.
'empare d'une pièce d'artil-
lerie, 354. A la journée des
Eperons arrête les ennemis
au passage d'un pont, 357.
Fait prisonnier un Anslais,
puis se rend à lui, 35S. Le
roi d'Angleterre le fait déli-
vrer sans rançon, 361. Est
envoyé en Piémont, 371.
Parvient à s'emparer de Pro&-
pero Golonna, 372. Sa conver-
sation avec lui après sa cap-
ture, 377. Charge les Suisses
à Marignan, 382. Son che-
val s'emporte, et il se sauve
à grand'peine des mains des
ennemis, 383. Il arme Fran-
çois I"* chevalier, 385. Est
aésigné pour défendre Mé-
zières, 393. Ses préparatifs,
394. Sa réponse aux proposi-
tions des ennemis, 396. Kuse
qu'il emploie pour brouiller
les deux chefis des ennemis,
398. Succès de sa ruse, levée
du siège, 401. Il est fait
chevalier de Saint-Michel ,
402. Va à Gènes , 404. Est
envoyé par Bonnivet pour
garder Robecco, 406. Y tombe
malade, 407. 'É&i surpris par
les ennemis, 408. Bonnivet
lui remet le commandement
de l'armée, 412. Il est blessé
à mort, 413. Ses derniers
moments , 414-420. Ses funé-
railles, 421. Son éloge, 423-
428.
INDEX ALPIDIBÉTIQUE.
489
Bazillac (Pierre de), blessé à
Ravenne, 308.
Béam (François de). Est témoin
du combat de Bayart contre
Soto-Mayor, 105. Va au se-
cours de l'empereur, 149. Son
rôle dans un duel entre deux
Espagnols, 252. Battu dans
une escarmouche, 306. Est
sauvé par Bayart, 308.
Beaucaire, cité, 108, 114, 411.
Beaudinar (François de Grussol,
s' dé), au siège de Gènes,
133.
Beaumont (François de)^ té-
moin du duel de Sainte -
Croix, 253.
Bellabre (Pierre de Pocquières,
S' de). Engage Bayart à
prendre part au tournoi du
S' de Vauldray, 25 ; à deman-
der de l'argent à l'abbé d'Ai-
nay, 27, 28 j à se faire re-
mettre des étoffes pour une
grosse somme, 30. Le mène
acheter des chevaux, 35. Ar-
rive à Aire, 48 ; combat contre
David de Fougas, 49; contre
Arnauton de Pierre-Forade ,
51. Emporte le prix du tour-
noi, 53. Choisi pour témoin
de Bayart dans son duel
contre Soto-Mayor, i03.
Bellay (Martin du), cité 356,
378,386,397,414, 416,421.
Bentivoglio (Jean), chassé de
Bologne par iQsJPrançais, 128.
Bergame, pris psr les Français,
145.
Bersaques (Philippe de) , à Ra-
venne, 308.
Bessey, voy. Dijon.
Betonte (mirquis de), fait pri-
sonnier à Ravenne, 331.
Biagrasso. Lies Français y ont
leur camp, 405. Bayart, sur-
pris à Renecco, y ramène les
restes de sa troupe, 409.
Binasco. Combat de Bayart avec
la j|;amison de Binasco, 72.
Bisaigne (Diego de), défie Ba-
yart, 111.
Bisegna, fief du s' de Ligny,
87.
Blanche Paléologue, duchesse
de Savoie, reçoit la visite de
Bayart, 63. Sa joie de ce qu'il
donne un tournoi, 67. (]!onvie
les combattants à souper, 68.
Blois. Louis XII y tonibe ma-
lade, 126. ^.
Bologne. Prise p&p^ Français
et donnée au pi^, 128. Les
Espagnols y mettent le siège,
25/. Pfemours le fait lever,
272. Le roi de France y visite
le pape, 387.
Bonnet (Jacques), s' de Mazuel.
Va en Italie combattre pour
l'empereur, 150. Prend part à
l'expédition contre Lucio Mal-
vezza, 166; à celle contre la
garnison de Bassano, 173; à
la reprise de Brescia, 277 ; à la
bataille de Ravenne, 313. Y est
tué, 325.
Bonne val (Germain de), prend
part au tournoi de Vauldray,
37.
Bonnivet (Guillaume Gouffier,
S' de). Commande Tannée
française en Italie, 405. En-
voie Bayart à Rebec en lui
promettant secours, 406. Se
querelle avec lui. 409. Il lui
cëde le commanaem^il) 411.
Borgia (Salvator de), renversé
de son cheval par le Basque,
124.
Bories (le chevalier des), com-
bat à Ravenne^ 324.
Borsa C!alcagnini, emprisonné
à Ferrare, 241.
Bourbon (Anne de), dame de
Beaujeu, séjourne à Lyon,
Bourbon (Charles, duc de). Est
envoyé en Navarre avec une
armée, 341. Est fait conné-
table de France, 370. Est
averti à Briançon de la pré-
sence de Prospère Colonna,
372. Conduit l'avant-garde
à la bataille de Marignan,
490
INDEX ALPHABÉTIQUE.
381. Charge les Suisses, 382.
Bourbon (François, duc de),
tué à Marignan. 385.
Bourbon (Renée de), épouse le
duc de Lorraine^ à7i.
Bourdillon (Philibert de la
Platière, s' de), prend part au
tournoi de Vauldray, 37.
Bourgeois (Jean), persuade à
Charles VIII de bâtir un
couvent de Cordeliers, 19.
Boutières (Guigo Guiffrey, s'
de). Fait prisonnier un en-
seigne ennemi, 175. Félicité
Ear Bayart, Propose le corn-
ât i fon prisonnier, 177.
Bouvans (Jatius de), prend part
au tournoi de Carignan, o7.
Bozzolo (Frédéric de Uonzague.
s' de). Témoin dans le auel
d'Azevedo, 253. Prend part
à Tattaque de Havenne, 305.
Brantôme^ cité 110,. 412.
Brescia. Pris par les Français,
145. Repris par les Vénitiens,
267. Repris par les Français,
279. Butin qu'ils y font. 284.
Brezon, prendpart à 1 expédition
contre Lucio Malvezza, 166.
Brindisi, rendu au roi d'Espa-
gne par les Français, 145.
Bussy (Jean d'Amfioise, s' de).
Va en Italie combattre pour
l'empereur, 150. Est tué à
Mangnan , 385.
Cadamosto (Charles) , est pris
par les Français, 3"/ 7.
Cambrai. Ligue ^ui s'y conclut
contre les Vénitiens, 137.
Camican, blessé à l'assaut de
Montselice, 210.
Canosa de Puglia, fief du s^ de
Lipny, 87.
Gantiers (Guion de). Est trompe
par un espion, 214. Fait une
sortie,21 7 .Est battu et tué,21 8.
Caravaf^io, pris, 144.
Cardonne (Jean Folch de), fait
prisonnier à Ravenne, 330.
Cardonne (Menaldo Folch de),
tué à Ravenne, 330.
Cardonne (Raymond Folch de).
Commande l'armée espagnole,
289. Est battu à Ravenne,
319. S'enfuit, 328.
Carignan, ville du douaire de
la duchesse Blanche de Sa-
voie. Bayart y va, 63. Tournoi
qui s'y fait, 66.
Carmagnole. Séjour qu'y fait
Prospero Colonna, 374.
Carpi. Les Français y campent,
2o9. Prédictions qu'un astro-
logue y fait à divers capitai-
nes, 2d0.
C]!astel-Franco. Les Français y
campent, 152.
Castel-San-Pieiro dell' Emiha.
L'armée espagnole y campe,
289.
Cazache(Jean-Bemardin). Com-
mandant à Binasco. Va au-
devant des Français. Les
combat, 73. Obli0e*de reca-
ler, rentre dans Milan. Fait
Bayart prisonnier, 74. Le
mène à Ludovic le More, 75.
Cerignole (bataille de), 89.
Chambéry. Bayart y est con-
duit, 13.
Ghampier, cité 6. 92, 94, 103,
108, 121, 131, 134,234,235,
279, 282, 287, 297, 328, 361,
362, 379, 386, 397, 403, 410,
414, 420, 421.
Chantemene (Marc de) , va aa
secours de la Mirandole, 224.
Charles I, duc de Savoie. Sé-
journe a Qiambérv, 8. Reçoit
nonorabldment r évèque " de
Grenoble, 13. Accepte Bayart
comme page, 14. Va voir à
Lyon Charles Vin, 15. St
rencontre avec lui, 19. Loi
S résente Bayart, 2^. Le loi
onne. 23. Ketonme en Sa-
voie, 24.
Charles m, duc de Savoie, rend
des honneurs au corps de
Bayart 421. .
Charles VIII, roi de France.
INDEX ALPHABÉTIQUE.
491
Séjourne à Lyon, 15. Ses
vertus, 16. Envoie à la ren-
contre du duc de Savoie, 16.
Fonde un couvent de Corde-
liers. Reçoit le duc de Savoie,
19. Remarque Bayart, 20.
L'accepte du duc ae Savoie
6t le donne au s' de Li^ny,
23. Quitte Lyon et y revient,
24. Approuve Bayart de vou-
loir prendre part au tournoi
du S' de Vauldray, 26. Le
loue de sa conduite au tour-
noi, 39*. Reçoit ses adieux,
40. Entreprend le voyage de
Naples, 54. Est vainqueur à
Fornoue, 55. Séjourne à
Lyon. Va à Saint-Denis, 57.
Projette une nouvelle con-
quête de Naples. Meurt à
Amboise. Son éloge, 58.
Charles-Quint. Projet de ma-
riage entre lui et Renée de
France, 370. Traité de ma-
riage entre lui et Louise de
France. 389. Bst élu empe-
reur. 390.
Ghatellart (Jean de Lay, s' de),
sa mort, 139.
Ghâtillon (Jacques de (Iloligny.
8' de). Prena part au tournoi
de Vauldray, â7. Est blessé à
Ra venue et meurt. 304.
Ghaumont (Charles a Amboise,
8' de). S'empare de Bologne.
128. De Legnano, 204. Défend
le Milanais contre les Suisses,
212. Sa mort, son éloge,
257.
Chiara d'Adda, usurpée par les
Vénitiens, 139.
Chiozza. La flotte vénitienne y
passe, 157.
Chevron, combat contre Mont-
dragon, 68.
Ghico (Baobdil, dit le roi), roi
de Grenade, 127.
Ghimay (bâtard de), combat
contre Tardieu, 50.
Claude de France. Sa naissance,
62. Épouse François I«, 367.
Accouche d'un âls, 389.
Claude, chirurgien du duc de
Nemours, panse Bayart, 286.
Clayette (Marc de Ghantemerle,
s' de la). Va en Italie combat-
tre pour l'empereur, 1 50. Prend
g art à Tentreprise contre Lucio
[alvezza, 1d5 ; à celle contre
la garnison de Bassano, 171.
Clèves (bâtard de), prend part
à la reprise de Brescia, 277.
Goiffnes (Pedro de), prieur de
Messine. Témoin dans le duel
de Sainte-Croix^ 253. Se rend
pour lui, 255. Tué à Raven-
ne, 330. *
Golonna (Fabricio), combat à
Ravenne, 303, 319.
Golonna (Marc- Antoine), défend
Ravenne, 302, 305.
(Ilolonna (Prospère). Tient gar-
nison au marquisat de Sa-
luées, 371. Ses bravades à
propos de Bayart, 372. Son
séjour à Carmagnole, 373.
S'en va à Villafranca, 374.
Est averti de rapproche de
Bayart et envoie a la décou-
verte, 37S. Les Français en-
trent dans Villafranca en
même temps que ceux qu'il
envoyait à la découverte, à76.
Golonna est pris, Villefran-
che pillé, 377. Service que
cette prise rend aux Fran-
çais, 379.
(Ilonche (comte), fait prisonnier
à Ravenne, 331.
Goncordia. Le pape y passe,
222.
Constantin Paléologue , lieu-
tenant de Tempereur, 155.
Est soupçonné de trahison,
163.
(Ilontarini (Rinaldo)» comaian-
dant le châteiiu de Bassano,
171 . Défait et pris par Bayart,
174. Fait rendre Bassano,
176.
Conti (Frédéric de Mailly, baron
de) . Va enitalie combattre pour
Tempereur, 149. Prend part au
comnat contre Manfroni, 200.
492
nrOEX AliPHABÉTIQUB.
Tué par les Suisses, 258.
Gordon (bâtard de), singulière
commission que lui donne
Bayart, 339.
Gordoue ( Gonzales Ferrande
de). Envoyé par le roi
d'Espagne a la conquête de
Naples^ 89. En chasse les
Français, 90. Un de ses tré-
soriers est fait prisonnier, 115.
Cessé (René de), s^ de Brissac,
prend part à Texpédition
contre Lucio Malyezza, 166.
Grécy (bataille de), 4.
Grema, pris, 145.
Crémone, pris. 145.
Crote ^François de Daillon. s'
de la); combat à Agnaael,
139. Va en Italie combattre
pour l'empereur, 150. Prend
part à l'expédition contre Lu-
cio Malvezza, 165. A celle
contre la garnison de Bassano,
171. Gouverneur de Le^ano,
205. Autorise une sortie, 216.
En est blâmé, 221 ; combat â
Ravenne, 313, 330.
Grussol (Jacques 4e), opine
pour livrer la bataille de Ka-
venne, 304, 312.
D
David de Fouflnis. Combat contre
Bellabre, 49. Contre Tardieu,
52. Emporte le prix du toui^
noi, 53.
Diion (Antoine de Bessey, bailli
ae), son crédit sur les Suisses,
80.
Donzellas (Diego de Cordova,
alcade de las), commande
pour le roi d'Espagne en Na-
varre, 343.
Dronero. Passage que prend
Bayart pour aller en Piémont,
Dunois (François d'Orléans ,
comte ae), cnef d'une expé-
dition en Roussillon, 125.
Lieutenant général en Mila-
nais, 257.
Duras (Jean de Durfort, af de).
GomlMit i Açoadel, 139, et i
Ravenne, 3l3.
E
Ecosse (Jacques IV, roi d'), taé
â la bataille de Flodden, 365.
Empser (Jacob). Veut aller à
l'assaut de Padoue, 185. Com-
bat à la reprise de Brescia,
277. Rej^it une lettre de l'em-
pereur lui ordonnant de quit*
ter l'armée fran^ae, ^. Li
communique à Bayart et la
cache à ses compagnons. 300.
Est tué â Ravenne, 324^30.
Eperons (journée des), 356.
Espagne (Ferdinand, roi d*).
Epouse Germaine de Foix,
120. Bon entrevue avec Louis
Xn, 135. Reçoit Brindisi et
Otrante des Français, 145.
Meurt, 387.
Espy (Pkul de Beusserade, ^
a'). Nommé gouverneur du
château de Milan, 62. Est
blessé à Ravenne et meut,
304.
Estançon (Jean d'), combat i
Agnadel, 141.
Estoges (René d'Anglare.s'd'),
prend part à l'attaque ae Ri-
venue, 305.
Estreille ( Alonso de V) , tué à
Ravenne, 330.
Faenza, remis au pape par les
Français, 145.
Fay (Antoine, bâtard du). Goi-
Qon de Bayart. Prend part
à l'expédition contre la gar-
nison de Bassano, 173. A
celle contre Jean-Paul Man-
froni, 191, 201 ; à la bataille
de la Bastide, 236 ; à ceUe de
Ravenne, 307, 326.
Ferdinand d'Aragon, roi de
Naples. Reconquiert son
royaume, 58. II meart, 87.
INDEX ALPHABÉTIQUE.
493
Ferdinand, voy. Espagne.
Ferrare. Occupé par les Fran-
çais, 222. Menacé du siège
par le pape, 230. Délivré, 240.
Ferrare (Alphonse I". duc de).
Bat les Vénitiens, 157. Atta-
qué par le P&pOi secouru par
le roi de France, 221. Ses
craintes à la nouvelle du
siège de la Bastide, 233. De-
mande ravis des capitaines,
234. Ses préparatifs, 235. Sa
victoire , 239. Reçoit du
pape des propositions pour
tranir les Français, 241. Les
repousse, 242. Veut faire tuer
le pape par son envoyé, 243,
245. Part qu'il prend à la
bataille de Ravenne, 313.
Ferrare (Lucrèce Borgia. du-
chesse de). Son accueil aux
Français, son éloge, 239. De-
mande qu*on sépare Azevedo
et Sainte-Croix, 255.
Ferrare (Hippolyte d'Esté, car-
dinal ae). Amène un secours
à l'empereur, 154. Ya au
siège de Padoue, 158.
Ferron (Arnaud), cité 92, 95,
100, 103, 108, lue, 114y.411,
414, 416.
Fiesque (Jean-Louis), avertit la
France de la révolte de Grô-
nes, 130.
Finale neir Emilia. Les Fran-
çais y campent, 259.
Flêuranges (Robert de laMarck,
8' de), cité 203, 315. 319, 321.
Foix (Germaine de), épouse
Ferdinand d'Arason, 129.
Fontrailles (Michel d'Astarac,
S' de). Est témoin du duel de
Bayart contre Soto-Mayor,
105. Envoyé au secours du
duc de Ferrare, 211. Combat
à la Bastide, 238. Avec Ba-
yart en Frioul, 249.
Forli, remis au pape par les
Français, 145.
Fornoue (bataille de), 55.
Fort (Jean). Ses conseils au
Sape, 230. Envoyé au siège
e la Bastide, 231.
H.
Fossa. Les Français y campent,
256.
Fougas, voy. David.
Francisique de Sickingen. At-
taque Robert de la Marck,
391. Envoie un héraut à Ba-
rart Aour le sommer de rendre
léziei^s, 395. Place ses bat-
teries, 397. Se croit trahi par
Nassau, 400. Lève le siè^e.401 .
François I*. Est envoyé, lors-
qu'il n'était que duc d'Ajigou-
lôme, en Navarre avec une
armée, 341. Épouse Claude
de France, 367. Monte sur le
trône, 370. Se décide à con-
quérir le Milanais, 371. Passe
les monts, 377. Fait chevalier
par Bayart, 385. Visite le
pape à Bologne, 387. Son
accueil à Bayart. Il le crée
chevalier, 402.
François, dauphin, sa naissan-
ce,*389.
Francolino. La flotte vénitienne
y arrive, 157.
Frédéric d'Aragon, toi de.Na-
gles. Succède à Mm neveu,
7 . Est chassé de son royaume.
Reçoit en compensation le
duché d'Anjou. Sa mort, 88,
127.
Fribourg (Philippe de), est tué
à Ravenne, 319, 330.
Frussasco (le s' de). Juge du
tournoi de Carignan, 66. An-
nonce à sa femme quefiayari
lui remet le soin de distri*
huer les prix, 69.
Frussasco (la dame de). Aimée
de Bayart, 64. L'enfinge à
donner un tournoi, dd. Lui
donne une de ses manchettes
conmie prix du tournoi, 66.
Distribue les prix du tour-
noi, 69.
6
Galeazzo. ravagé par les Suis-
ses, 212.
Galiot JJacques de Grenouillac
de). Prend nart au tournoi de
Vauldray, 37,
i9i
INDEX AUm^BÉTTQUS.
Gambara (Jean-François). Par-
tisan des Français dans Bres-
cia, 269. 8a querelle avec
Avogaro, ibid. Sa femme se
réfugie aiï château, 270. Ses
biens sont pillés, 271.
Garigliano. Bataille et combat
livrés sur"ses bords, 90, 119.
Gènes. Conquis par les Fran-
çais, 62. Se révolte, 129. Est
repris par les Français, 132,
135. Le roi y envoie Bayart,
404.
Gié (Pierre de Rohan, s' de),
reçoit le duc de Savoie à son
arrivée à Lyon, 18.
Gioi (bataille de), 89.
Giustiniani (Demetrio), a la tête
tranchée, 135.
Godefroy (Théodore)^ cité 366.
Grondelmarre (Antonio), ambas-
sadeur de Venise près de
Louis XII, 136.
Gonza^e (Boussin de), fait le
cardinal Ascanio prisonnier
et le livre aux Français, 81.
Godefa (tour de), à Grènes, 135.
Gorizia, pris par Bayart, 249.
Gradisca, pris par myart. 249.
Grammont (Claude de). Donne
un cheval à Bayart, 190.
Combat à Ravenne, 313. Y
est tué, 325-330.
Grammont (Pierre Barthélémy,
s' de), juge du tournoi ae
GariAian, 68.
Graowean le Picard. Prend
patt wi sièffe de Padoue ,
160. Apprend aux impériaux
quel ennemi ils ont dans la
personne de Bayart, 397.
Grenoble. Séjour qu'y fait Ba-
yart, 336. Le roi y passe,
372. Le corps de Bayart y
est transporté et enseveli,
421.
Gritti (André). S'empare de
Padoue, 146. Blâme le capi-
taine Manfroni. 194. Dresse
des embûches a la garnison
de Legnano, 215. La détruit
en partie, 218. Veut s'empa-
rer, mais sans succès, de la
ville par un stratagème. 219.
S'empare de Brescia, 270. As-
siège le château, 27i. Attaqué
dans Brescia, battu et tait
prisonnier, 279.
Gueldres (Charles d'E^ont,
duc de), quitte Tannée fran-
çaise, 380.
Guerlo (Augustin). Est exécuté,
241. Envoyé par le pape à
Ferrare pour brouiller le duc
avec les Français, ibid. Son
entrevue ayec'le duc auquel
il promet d'em^isonner le
pape, 243. II est renvoyé à
Rome. 246.
Guichardin, cité 134-143, 411.
Guiiîrey (Pierre). S'aperçoit gne
Bayart a été fait prisbnmer,
123. Le déliyre ayec ses corn*
pagnons, 124.
Guinegate (bataille de), 4.
Gurk (Mathieu Langen, évéque
de ) , ambassadeur près de
Louis XU, 146.
Guise (Claude de Lorraine, duc
de). Prend le commandement
de la comnagoie du duc de
Gueldres, 381. Laissé pour
mort à Marignan, 382.
Haldes (Pedro de), est témoin
du combat entre Bayart el
Soto-Mayor, 106.
Hannotin de Sucker. Combat
contre Bayart, 51. L'avertit
de la perfidie d'un espion,
196. Prend part au combat
contre Manfroni, 199.
Haubourdin. Ses paroles an
duc de Nemours. 315.
Henri VIII, roi d'Angleterre.
Se prépare à descendre en
France. 289. Fait une expé-
dition aans la Picardie, 3dl.
Entre en France, 353. A^
rive à Thérouenne, 3&4. Ac-
cueille Bayart prisonnier et
le renvoie sans rançon, 361.
Prend Thérouenne, 362. Met
le siège devant Tonmay et
INDEX ALPHABÉTIQUE.
495
retourne en Angleterre, 363.
Hérigoie, commandant du châ-
teau de Brescia^ 268.
Hérisson (V) , fait partie de la
garnison ae Leffnano, 205.
Humbercourt (Adrien de Bri-
meu, 8' ^. Est témoin du
combat de Bayart contre
Soto-Mayor, 105. Va au se-
cours de l'empereur, 14ft» Est
d'avis que les Français aiïlent
à l'assaut de Paaoue. 181,
Un astrologue lui prédit son
sort, 260. A Ravenne, 313.
A Pavie, 334. Entre en Italie,
372. Poursuit Prospero Colon-
na, 376. Est tué à Marignan,
385.
Imola, remis au pape par les
Français, 145.
Isabelle la Catholique. 8a mort,
127.
Isola délia Bcala, théâtre du
combat entre Bayart et Man-
froni, 195.
■r-
Jacomo, fait partie de la garni-
son de Legnano, 205.
Jacquin CSaumont. 8e dispute
avec l'astrologue Garpi, oui
lui annonce qu'il sera penau,
262. Il veut fourmr une
lance en présence de Ne-
mours, la nuit, 263 ; il tombe
à l'eau avec son cheval, 265 ;
est raillé par ses compa-
gnons, 266. Pille Ravenne et
est pendu, 331.
Jametz, est garanti d'un siège
par sa position, 392.
Jean IL roi de France , perd la
bataille de Poitiers, 4.
Jeanne de France, duchesse de
Berry, est répudiée par Louis
Xn, 59. Sa mort. 126.
Jove (Paul), cité 92, 100, 103,
108, 325, 332, 333, 386, 409.
Jules n. Accueille les Français
revenant de Naples, 125. Re-
çoit Bologne des Français,
i28. Fait révolter les Génois,
130. Reçoit Ravenne etForly
des Français, 145. Attaque le
duc de Ferrare, 211. Somme
la comtesse de la Mirandole
de lui remettre cette ville,
222. Y met le sièçe, 224. Sur
le point d'être pris par Ba-
yart, 227. Prend la Miran-
dole ^ 229. Fait attaquer la
Bastide, 231. Renonce au
siège de Ferrare, 240. Veut
brouiller les Français et le
duc de Ferrare, 241. Est
battu par Trivulce, 251 . Excite
l'empereur et les Suisses
contre la France, 333.
Las (le s^ de), commandant le
châtelet de (rênes, 130.
Laurencin. Reçoit la virite de
Bayart envoyé par l'abbé
d'Ainay pour choisir des
étoffes, 30,31.
Lautrec (Odet de Foix, s' de).
Au siège de Gênes, 133.
Opine pour la bataille à Ra-
venne^ 303, 311. Y est laissé
§our mort, 327. Porte aux
uisses les sommes conve-
nues; est sur le point d'être
fait prisonnier par eux, 381.
Legnano. Occupé par les Véni-
tiens, 187. Est assiégé, 203,
et prisj 204. Sa garnison
est déamée par trahison,
213.
Léon X. Voit François I«» à
Bologne, 387. Projette une
croisade, 389. Est parrain du
dauphin, 390 (voy. cardinal
de Médicis).
Lesparre (André de Foix. s* de),
au siège de (xênes, 13^.
Lezzola, fortifié par le duc de
Ferrare, 157.
Licite (marquis de). Est témoin
496
INDEX ALPHABÉTIQUE.
du combat de Bayart contre
Soto-Mayor, 106. Fait pri-
Bonnier a Ravenne, 331.
Ligny (Louis de Luxembourg,
comte de). Conseille au duc
de Savoie de donner Bayart
au roi de France, 16, 17.
Charles yill lui confie Ba-
yart, 23: Il l'envoie à Aire
en garnison, 39. Ses adieux,
41. Accompagne Charles Vni
à la conquête de Naples, 54.
Est envoyé pour reconouérir
le duché de Milan, 7z. Sa
•joie de revoir Bayart délivré,
78. Fait Ludovic le More pri-
sonnier, 80. Va visiter les
terres que le roi lui avait don-
nées en Milanais et dont les
habitants s'étaient révoltés;
sa colère contre eux ; finit par
leur pardonner. 82-86. Épouse
la princesse d Altamura, 87.
N'est pas envoyé à la conauête
de Naples. Ses derniers aaieux
à Bayart, 88.
Loches. Ludovic le More y est
enfermé. Il y meurt, 80.
Lombardie, occupée par les
troupes françaises, 63.
Lon^faro. Les personnes réfu-
giées dans les grottes de Lon-
garo y sont enfumées, 207.
Les assassins sont pendus,
208. Un seul enfant échappe
à la mort, 208.
Longueville ^uis d*Orléans,
duc de). Est envoyé avec
une armée en Navarre, 341.
Est fait prisonnier à la Jour-
née dés éperons, 356. Traite
le mariage de Louis XII
et de Marie d'Angleterre,
368.
LoTges (Jacques de Montgom-
méry, s' de), remplace son
frère tué à Trevise, 249. Ac-
compagne Bayart a Rebecco.
406. Sauve les gens de piea
et se retire a Biagrasso,
409.
Lorraine (Antoine, duc de).
Reçoit une compagnie d'hom-
mes d'armes avec Bayart pour
lieutenant, 249. il^pouse Re-
née de Bourbon, 371. Ren-
contre Bayart à Marignan,
383.
Louis XU. Assiégé par Ludo-
vic Sforce dans Novare, 57.
Monte sur le trône ; répudie
Jeanne de France; épouse
Anne de Bretagne, 59. Songe
à recouvrer le Milanais. Ar-
rive à Lyon. Fait passer son
armée en Italie, 60. Ses. suc-
cès, 61 . Naissance de sa fille
Claude, 62. Allège les impôts,
62. Retourne en France, 62.
Accorde les ducs de Clèves et
de Juliers, 62. Envoie une
expédition en Roussillon^ 1 25.
Sa maladie et sa guénson,
126. Assiège Gènes, 131. Son
entrevue avec le roi d'Es-
pagne, 135. Son entrée i
Rouen. 137. Sa joie de la
prise de Brescia, 288. Écrit
a Nemours de livrer bataille,
311. Épouse Marie d'Angle-
tiorre et meurt, 368. Son
éloge, 369.
Louise de France. Traité de
mariage entre elle et Gharles-
QuinU 389.
Lude («facques de DaiUon, s*
du). Envoyé au secours du
duc de Ferrare, 211. Com-
bat à la Bastide, 238. Com-
mande dans Brescia qui est
grise par les Vénitiens, 268.
e réfugie au château qui
est assiégé, 271. Demande
du secours, tfrûl.
Ludovic le More. Assiège le
duc d'Orléans dans Novare,
S7. Perd le duché de Milan.
Fuit en Allemagne, 61. Re-
vient d'Allemagne. Reprend
Milan, 71 . Demande à voir Ba*
yart prisonnier, 74. Son en-
tretien avec lui, 75. Lui rend
son cheval , ses armes, et la
liberté, 76. Se retire k No-
INDEX ALPHABÉTIQUE.
497
vare, 79. Est fait prisonnier,
finit ses jours en France, 80.
Lune (la), trompette. Porte le
défi de Bayart à Soto-Mayor,
102. Rapporte la réponse de
ce dernier, 103. Est Tinter-
médiaire entre les deux ad-
versaires pour les conditions
du combat, 104.
Lupp6 (Jean de Gaste, bâtard
de), au siège deGônes^ 133.
Lyon. Charles Vin y séjourne,
15. Charles !•' de Savoie y
arrive, 16. Tournoi qu'y fait
Claude de Vauldray, 24.
Charles Vin y va, 57. Louis
XII y passe, 60. Ludovic le
More y est mené prisonnier,
80. La paix y est signée entre
la France, l JËspagne et le roi
des Romains, 89.
Lys-Saint-Greorges (le). Ludovic
le More y est prisonnier, 80.
M
Magurin (Geralde), fait révolter
les Padouans, 147.
Malespina (Alberic), àRavenne,
314.
Malherbe (Jacques de), est pris
dans une sortie de la garni-
son de Legnano, 218.
Malvezs» (Luccio). S'empare de
Padoue, 146. Inquiète le
camp de l'empereur, 165.
Est oattu par Bayart, 169.
Manfroni (Jean-Paul). Inqiaiète
Tannée française, 188. Tend
sans succès une embuscade à
Bayart, 189, 192. Envoieiain
espion pour tromper Bayart,
qui reconnaît le piège, 195.
Est battu par Bayart, 199.
Fait pendre Tespion, 203.
Mantoue (Jean de Gonzague,
S' de). Sa place au siège de
Padoue, 158.
Mantoue (Sigismond de Gon-
zague, cardinal de), amène
du secours àTempereur, 154.
Va au siège de Padoue, 158.
Mantoue (Charles-François de
Gonzague, marauis de). Vain-
cu à Fomoue, o6.
Marck (Robert de la). Ses en-
fants sont blessés à Novare,
351. Il attaque l'empereur.
Ses villes sont prises. Il s'en-
ferme dans Sedan, 3âl.
Marignan (bataille de), B81.
Marillac, cité 379.
Martinengo (Jean-Marie), mis à
mort pour trahison, 268.
Maugiron (Perrot de). Au siège
de Gènes, 132; à la reprise
de Brescia, 277 : à Ravenne,
313. Y est tué, 325-330.
Maulevrier (Louis de Brezé,
comte de). Au siège de Pa-
doue, 161 ; à la reprise de
Brescia, 277. Opine pour
la bataille à Ravenne, 303,
311.
Maximilien I", empereur. Re-
çoit Ludovic le More fugitif,
61. Arrive à Bassano, 152.
Son équipage de guerre, 153.
Complimente Bayart sur la
défaite de Malevezza, 170. Se
décide à faire donner l'assaut
à Padoue, 179. Ses pourpax^
1ers avec les seigneurs alle-
mands, 183. Il levé le siège.
184. Demande secours au rot
de France pour conquérir le
Frioul, 248. Ordonne aux
lansquenets de quitter Tannée
française, 299. Abandonne
ralUance de Louis XU, 332.
Fait avec le roi d'Angleterre
une expédition en Picardie ,
351. Met le siège devant Thé-
rouenne, 354. Accueille Ba-
yart prisonnier, 360. Prend
Thérouenne, 362. Met le
siège devant Toumay et re-
tourne en Allemagne, 363.
Envahit le duché de Aiilan, et
en est chassé, 388. Meurt,
390.
Médicis (cardinal de), fait pri-
sonnier à Ravenne, 331 ; est
délivré, 333 (voy. Léon X).
32
498
INDEX ALPHABÉTIQUE.
Médicis (Julien de). Sa mort,
ses alliances, 388.
Médicis (Laurent de), épouse
Madelaine de la Tour-Bou-
logne; meurt ainsi que sa
femme. Leur fille survit,
390.
Mercurio Rona. Fait tuer ses
prisonniers , 209. En veut au
seigneur du Ru et est soup-
çonné de ravoir trahi, 25i.
Meung (Jean de), cité 129,
367.
Mézières. Menacée, 393. Défen-
due par Bayart, elle est déli-
vrée, 394, 401.
Mézières (René d'Anjou, s' de),
donné en ota^e aux Suisses
par la TrémouiUe, 364.
Milan rduché de). Droits des
rois de France sur ce duché,
60. Louis XII en fait la con-
quête, 61. Repris par Ludo-
vic le More. 7l. Ludovic le
More Tabanaonne, 79. Il re-
vient aux Français, 81. Fran-
çois I^ en tente la conquête,
371.
Milan (ville de). Prise par les
Français, 61 . Reprise par Lu-
dovic le More, 71. Bayart y
est mené prisonnier, 74. Aban-
donnée par Ludovic le More,
79. Le cardinal Ascanio en
sort, 81. Les Francs s'y
retirent et y sont assiégés par
les Suisses, 258. Les Suisses
s'y retirent, 381. 384. Est
prise par Maximilien Sforce
et reprise sur lui, 386.
Milhau (Gabriel d'Alègre, s'
de). Amène ses aventuriers à
l'empereur, 154. Prend Mont-
selice, 156. Va au siège de
Padoue, 160. Il reçoit le tes-
tament de Bayart, 418. Sa
douleur à la mort de celui-ci,
419.
Milieu (Imbert de Vaux, s' de),
maitre d'hôtel de Hayart,
349.
Minervino-Murge, fief du s' de
Ligny, 87. Commandé par
Bayart. 90.
Miquel, lieutenant du duc de
Guise, 391.
Mirandoie (la). Assiégé par le
pape, 222; pris, 229; repris
par Trivulce, 251.
Mirandoie (Luaovic Pic de la),
tué, 158.
Mirandoie (Albert Pic de la),
reçoit le duc de Nemours,
Mokrt (Sofifrey Alleman, s' du).
A Agnadel, 139. Au siège de
Legnano, 204. Témoin du
duel de Péralte, 256. A la
reprise de Brescia, 276. A
Ravenne, 413-314. Est tué
d'un coup de canon, 319-
330.
Monart, guetteur de Bayart,
167.
Monselice, pris, 155 ; repris par
les Vénitiens, puis par les
Français, 208, 210.
Montagnana. Un espion de cette
ville trompe Malnerbe et Go-
yon de Gantiers, 214.
Montcavrel (Jean de Monchv,
s' de), combat à Ravenne, 323.
Montchenu (Marin de). Va au
secours de la Mirandoie, 223.
Montdragon (Jaci^ues de). Prend
rau tournoi de Cïarignan,
Combat contre le s' de
Chevron, 68. Reçoit le prix
du tournoi, 69.
Montfaucon (Gabriel de), blessé
à l'assaut ae Montsehce, 210.
Montlhéry (bataille de), 4.
Montmor (Louis de Hangest,
S' de), capitule à Mouzon,
393.
Montmorency (Anne de), con-
tribue avec Bayart à la dé-
fense de Mézières, 394.
Montoison (Philibert de Qer-
mont. S' de). Envoyé an se-
cours du duc de Ferrare, 211.
Rend courage au duc, 235.
Sa mort, 239.
Montpeusier (Gilbert de Bour-
INDEX ALPHABÉTIQUB.
499
bon, duc de). Nommé vice-
roi de Naples. 55. Meurt à
Pouzzoles, 58-86.
Moretto (GharliBS de Bolar, 8'
de). Indique aux Français la
marche des ennemis, 373. Se
déguise pour savoir où est
Prospère Golonna, 374.
Morgjant (Pierre). Tente d'intro-
duire les Français à Rome,
331. Est pris par les Fran-
çais, 377.
Mouy (Jean de), tué à Mari-
gnan, 385.
Mouzon, assiégé, 392; pris,
393 ; repris par Bayart, 402.
Mypont. va en Italie combattre
pour Tempereur^ 150. Prend
part à 1 expédition contre
Lucio Malvezza, 166.
N
Nagera ( Pierre -Manrique de
Lara, duc de), commandant
pour le roi d'Espagne en Na-
varre, 343.
Naples (royaume de). Conquis
par Charles Vin, 55 ; se ré-
volte, 58-87. Louis Xn en-
voie des troupes pour le con-
quérir, 88. Les Français le
reperdent, 89.
Nassau (Henri de). Epouse Phi-
liberte d'Oranée, 370. Atta-
que Robert delaMarck, 391.
â'empare de Mouzon. 393.
(Voy. Francisque de Sickin-
gen.)
Navarre (Jean d'Albret, roi de),
est envoyé avec une armée
françsdse en Navarre pour en
faire la conquête, 342 ; meurt,
389.
Navarre (Pedro), commandant
rinfanterie espagnole, 290 ; à
Ravenne, 320; est fait pri-
sonnier, 326-330.
Nemours (Gaston de Foix, duc
de). Arrive en Italie, 203.
Va voir la duchesse de Fer-
rare, 252. Autorise un duel
entre deux Espagnols, 252.
Refuse de séparer les com-
battants. 25d. Chass» les
Suisses au duché de Milan,
258. Rassemble son armée a
Final, 259. Passe par Carpi,
ibid. Un astrologue prédit
sa victoire et sa mort, 260,
261. Va à Ferrare, 266.
Va au secours de Brescia,
272. Bat Baglione, 273. Entre
au château de Brescia, 275.
Se décide à atta(pier la ville,
276. Fait à Gritti des propo-
sitions qui sont repoussees,
278. Reprend la ville, 279.
Sa conduite après la victoire,
287. Il visite Bayart. 288.
Conduit l'armée à Bologne,
289; à Ravenne, 299. Tient
un conseil de guerre, 301.
Fait cesser l'assaut de Ra-
venne, 308. Tient un conseil
de guerre. 311. Décide la ba-
taille , 312. En règle l'ordre,
313. Signes qui annoncent
sa mort. 315. Respects que
lui rendent les Espagnols,
317. Il propose un combat
singulier au chef de l'armée
ennemie, 317. Charge les en-
nemis, 320. Croit la bataille
perdue, 326. Est tué en pour-
suivant Finfanterie des enne-
mis, 327. Son éloge, 329. D
est enterré à Milan, 332.
Norfolk (Thomas Howard, duc
de), bat le roi d'Ecosse à la
journée de Flodden^ 365.
Novare. Le duc d'Orléans y est
assiégé, 57. Ludovic le More
s'y retire. 79, et y est fait pri-
sonnier, 80.
Novi (Paul de), élu doge à Gè-
nes, 130.
Nqyon (traité de) entre François
iV et Charies-Quint, 387.
0
Orange (Philiberte d'), épouse
~ ' ■ ■" ,370.
Henri de Nassau
500
INDEX ALPHABÉTIQUE.
Orléans. Louis XII y va, 62.
Fêtes ponr la naissance du
dauphin, 389.
Orose (François d'Urfé, s' d*).
Est témoin du combat ae
Bayart et Soto-Mavor, 105.
Est défié par les Espagnols,
ili. Prend part au combat
de 13 contre 13, 113.
Orsini (Robert), tente d'intro-
duire les Français à Rome,
331.
Ospitaletto di Bondeno. Le duc
ae Ferrare y dresse un pont
de bateaux, 222.
Otrante, rendu au roi d'Espagne
par les^rançais, 145.
Padoue. pris, 145; repris par
les Vénitiens, 146. L'empe-
reur y met le siège, 155. Bes
fortifications, 163rLe siège est
levé, 185.
Padule (marquis de), capitaine
espagnol. 124 ; combat à Ra-
yonne, 217.
Palisse (Jacques de Ghabannes,
s' de la). Sa compagnie en
garnison en Picardie, 47. Par-
rain de Bayait dans son duel
contre Boto-Mayor, 103. Va
au secours de l'empereur,
149. Sa querelle avec Ck)n8-
tantin Paléolo^ey 163. dlom-
plimente Routières, 178. Est
averti par l'empereur de con-
duire les Français à Fassaut
de Padoue, 179. Ses pour-
parlers avec les capitaines
rrançais, 180. Sa réponse à
l'empereur, 183. Est envoyé
au secours de l'empereur,
248. Son armée est aétruite
par les maladies, 250. Un
astrologue lui prédit sa mort,
260. Opine pour la bataule à
Ravenne, 303, 312. Est élu
chef de l'armée à la mort de
Nemours, 332. A Pavie, 334.
Est envoyé en Navarre avec
une armée, 342. Est fait pri-
sonnier à la journée des épe-
rons, 356. Entre en Italie,
372. Poursuit Prospero Co-
lonna, 375.
Pandino. L'armée française y
séjourne, 142.
Pas (Pedro de). Vaillant capi-
taine espagnol, mioique petit
et contremit, 119. Engage
une escarmouQ^ pNOur se
saisir du pont du Garigliano,
120. Sa conversation avec
Bayart, 316 ; avec le duc de
Nemours, 317.
Pavie. Bataille qui s'y livre
entre les Français et les
Suisses, 334.
Pavie (François Aledosi, car-
dinal de), ministre du pape,
227 ; tue par le duc d'Urbin,
247.
Pempelune. Le si^e y est mis
par les Français , 342. Le
siège est levé,*348.
Pepoli (Gomelio, comte), fait
prisonnier à Ravenne. 331.
Peralte. Son duel avec Aldano,
256.
Pescaire (Ferdinand d'Avalos,
marquis de), fait prisonnier
à Ravenne, 331. Ses regrets
de la mort de Bavart, 415.
Peschiera, pris, 14. Le roi y
séjourne, 145.
Peschin (Louis de), gentil-
homme de Tempereur, 169.
Petigliano (Nicolas Orsini ,
comte de). Commande la cava-
lerie de Venise. 141. Battu i
Agnadel, 142. S^échappe, 143.
Sa défense de Padoue, 163.
Petigliano (Ghiapino Orsini de),
est tué à Marignan, 385.
Philippe - le - Beau , archiduc
d'Autriche. Sa mort, 127.
Piennes (Philijppe de Hallwyn,
S' de). Reçoit le commande-
ment de 1 armée de Picardie,
352. Refuse de laisser char^
ger les ennemis, 353. Ses
préparatifs pour secourir Thé-
INDEX ALPHABÉTIQUE.
501
rouenne, 355. Il est battu à
la journée des Eperons, 356.
Pierre-Forade (Amauton de),
combat contre Bellabre, 51.
Pierrepont (Pierre du Font,
dit^. Lieutenant de Bayart,
140. Prend part au combat
contre Jean-Paul Manfroni,
190, 196. A la bataille de la
Bastide, 237. A Ravenne,
307, 309. A Pavie, 334. Aver-
tit Bayart qu'un lansquenet
veut le tuer, 347.
Pizou de Gbenas, palefrenier.
Prépare le cheval de Bayart
pour le présenter à Charles
VlII, 21. Reçoit un cadeau
de Bayart, 70.
Plessis-lez-Tours. Frédéric, roi
de Naples, y meurt, 127.
Plessis (Jean de la Barre, s' du),
gouverneur de Vérone, 256.
Poitiers (bataille de), 4.
Polesine (la), attaquée par les
Vénitiens, 157.
Policastro (Frédéric Garafifa,
comte de), est pris par les
Français, 377.
Pontdofmy (Antoine de Créqui,
s»" de). On lui confie la dé-
fense de la ville de Thé-
rouenne. 352.
Porte (Anaré de la), à Agnadel,
14i.
Primauguet (Hervé Portzmo-
cuer, dit), amiral, comman-
dant la Cordelière, attaque le
vaisseau anglais la Régente;
les deux navires brûlent, 350.
Q
Querdes (Philippe de Grève-
cœur, S' de). Sa compagnie
est en garnison en Picardie, 47 .
Quifiones (Dieffo de), est témoin
du combat de Bayart contre
Soto-Mayor, 106. Tué à Ra-
venne, 330.
R
Ramassot, commandant de Tin-
fanterie italienne, 290. A
Ravenne, 319. S'enfuit, 328.
Ravenne. Remis au pape par
les Français, 145. Assièffé
par les Français, 304. Bataifle
qui s'y livre, 318-329. Est
pris et pillé, 331 .
Ravestein (Philippe de Glèves,
S' de), nommé gouverneur de
Gênes, 62.
Reggio neir Emilia, occupé par
les Français, 229.
Renée de France, sa naissance,
221. Projet de mariage entre
elle et Cinarles-Quint, 370.
Revello, seule place qui reste
aux Français dans le marqui-
sat de Saïuces, 371.
Richebourg (Louis de). Un as-
trologue lui prédit qu'il sera
tué par la foudre, 260.
Richemont r Philippe de), à
A^adel, 139.
Rivail (Aymar du), cité 92,
119, 125,281,296, 379,386,
397, 403, 413.
Rivolta, mise à sac, 142.
Robecco. Bonnivet y envoie
Bayart, 406. Il y est surpris,
408.
Rocca d'Arrezo, mis à sac,
61.
Rochefort (Jean de), donné en
otage aux Suisses par la
Trémouille, 364.
Rochepot (René Pot, s' de la).
Il est tué en Roussillon, 125.
Rockandori (Ghristophe de),
fentilhomme de l'empereur,
84.
Roddes (Guy Pot, s' de), au
siège de Gênes, 132.
Rome. Les Français y sont re-
ivLS à leur retour de Naples,
125. ^
Roussillon. Expédition qu'y
font les Français, 125.
Roussillon (Jacques de Bourbon,
comte de), à Agnadel, 139.
Rovastre, porte -enseigne du
duc Philibert-le-Beau, combat
contre Bayart, 67.
î:
502
INDEX ALPHABÉTIQUE.
Rovere di Vélo. Le roi y enyoie
à la rencontre de Tempereur,
146.
Ru (le 8' du). Va rejoindre les
Français, 152. OccupeVérone,
187. Fait prisonnier, 251.
Rubbiera. Un couvent d'Anto-
nins y est respecté par la
protection de Bayart, 338.
S
Sacz (baron de), amène les
Suisses au duché de Milan,
258.
Sainte-Croix. Sa querelle, son
duel avec Azevedo, dans le-
quel il est battu, 252, 256.
Saint-Denis. Charles VlU le
visite, 57. Louis XII y est
couronné, 59.
Saint-Paul. François^*' y passe,
379.
Saint-Pol (François de Bour-
bon, comte de), charge les
Suisses à Marignan, 3o2.
Saint-Quentin (le s' de) , nom-
mé juge du tournoi de Ba-
yart, 48; prononce sa sen-
tence, 53.
San-Bonifacio, occupé par les
Vénitiens, 188 ; par la Palisse,
250.
Sancerre (Ciharles du Bueil,
comte de), tué à Marignan,
385.
Sandricourt (Louis de Hedou-
ville de). Prend part au tour-
noi de Vauldray, 37.
San-Felice sul Panaro. Le pape
s'y établit, 222.
San-Martino-Buonalbergo , oc-
cupé par Bayart, 189.
San-Severino (&aleas de), grand
écuyer de France, opine pour
la bataille de Ravenne, 312.
San-Severino (Jules de), va au
secours de Tempereur, 149.
Savigliano, rendez -vous des
armées françaises en Pié-
mont, 373.
Savoie (duc de), voy. Charles I
et (]iharles m.
Savoie (duchesse de), voyez
Blanche Paléologue.
Savone. Entrevue qui y a lieu
entre LouisXU et Ferdinand,
135.
Scanderbec. Capitaine albanais,
171. Est défait par Bayart et
fait prisonnier, 174. Fait
rendre Bassano, 176.
Schlabersdorf (Fabien de), son
exploit à Ravenne, 325.
Scotti (Nicolas et François).
Combattent à Ravenne, 314.
Sedan. Robert de la Marck s'y
enferme, 391.
Sforce (Maximilien), 8'emi>arede
Milan, 386 ; en est chassé, 387.
Sickinffen, voy. Francisque.
Soto-Mayor (Alonso de). Ren-
contre Bayart en campagne,
92. Combat où il est battu et
fait prisonnier, 93. Reçoit le
château de Minervino* pour
prison sur parole^ 95. Ck)r-
rompt un Albanais qui fuit
avec lui, 96. Est repris et
enfermé dans une tour, 98. Il
paie sa rançon et retourne à
Andria, 99. Il se plaint du
traitement que lui a fait su-
bir Bayart, 100. Est sommé
par lui de rétracter ses pa-
roles, 101. S'y refuse, 102.
Est appelé au combat, 103.
Annonce qu'il combattra à
Sied, 104. n est tué, 107.
on corps est emporté par
ses compagnons. 1()9.
Stin (Greorges de), lieutenant de
Tempereur, 249.
Stuart, voy. Aubigny.
Suffblk (Charles Brandon, duc
de), reçoit le commandement
de l'armée anglaise en Picar-
die, 352 ; épouse la yeuve de
Louis Xn, 370.
Suffblk (Richard Poole, duc de),
prend part à Texpédition de
Navarre, 346; demande à dî-
ner à Bayart, 349.
INDEX ALPHABÉTIQUE.
503
Talbot (Georges) , commande
Tarmèé anglaise en Picardie,
353
Talmont (Charles de la Tré-
mouille, prince de), tué à
Marignan, 395.
Tardes, voy. Basque.
Tardieu (Jean). Reçoit Bayart
à son arrivée à Aire, 44.
L'enffage à donner un tournoi.
45. Combat contre le bâtard
de Chimay, 50 ; contre David
de Fougas, 52. Concourt avec
Bayart à la prise d'un tréso-
rier ennemi, 115. Réclame
sa part du butin, 116. Son
droit est contesté par Bayart,
approuvé de ses chefs, 117.
Il reçoit en don de Bayart la
moitié du butin. Il fait un
riche mariage, 118.
Tartarin (Thierry d'Eurre, dit),
combat contre Bayart dans
un tournoi, 48.
Termini (duc de), envoyé au
secours de l'empereur, 206.
Théode ^ Albanais , consent à
faire évader Soto-Mayor, 97 ;
parvient à gagner Anaria, 98.
Thérouenne. Le siège y est
mis par les Anglais, 352.
Elle ne peut être secourue,
356. Elle se rend, 362.
Terrail (Aymon), père de Ba-
yart. Est blesse à Guinegate,
4. Envoie chercher Tévêque
de Grenoble, 6. Réunit ses
amis et leur demande conseil
pour faire instruire son fils
au métier des armes, 7. Ses
adieux à son fils, 10.
Terrail (Georges) , irère aîné de
Bayart. Demande à demeu-
rer dans la maison pater-
nelle, 4.
Terrail (Jacques), frère de Ba-
yart, choisit létat ecclésias-
tique. Est envoyé à son oncle
révoque de Grenoble, 5. De-
vient évoque de Glandèves, 6.
Terrail (Philippe), frère de Ba-
yart, choisit l'état ecclésias-
tique. Est envoyé à son cou-
sin l'abbé d'Amay; devient
abbé de Josaphat, 5.
Terrail (Théodore), abbé d'Ai-
nay. Reçoit la visite de Ba-
yart qui lui demande de l'ar-
gent, 27. Lui en accorde, 29.
iraint que Bayart n'abuse
de sa permission, 32. Envoie
son maître d'hôtel pour s'en
assurer, 33. Reconnaît que
Bayart s'est joué de lui, 34.
Theligny (François de^. Au
siège de Brescia , 274. La
défénse de la ville de Thé-
rouenne lui est confiée , 352.
Tortona, se révolte contre les
Français, 71; appartient au
S' de Liçny , 82 ; est menacée
d'être mise à sac, 82; obtient
sa grâce, 85.
Traie tto (duc de), fait prison-
nier à Ravenne, 331.
Treillina, occupé par les Suis-
ses, 212.
Trémouille (Louis de la). Fait
le siège de Novare, 79. En-
voyé avec une armée en Ita-
lie ; est battu par les Suisses,
351 ; est assiégé par eux dans
Dijon, 363. Fait avec eux un
traité aue le roi ne ratifie
pas, 364.
Trente (Georges de Neideck,
évêque de) , lieutenant de
l'empereur à Vérone, 151.
Trevise. Sa garnison inquiète
le camp de l'empereur, 165.
Trivulce (Alexandre), défend la
Mirandole, 222.
Trivulce (Françoise), refuse de
livrer la Mirandole au pape,
222.
Trivulce (Jean-Jacques). Entre
en Italie avec 1 armée fran-
çaise, 60. Nommé gouver-
neur de Milan, 62. Est en-
voyé pour reconquérir Milan,
72. Se renseigne sur l'état
des forces de Ludovic le
604
INDEK ALPHABÉTIQUE.
More, 78. Donne un banque
au roi de France. Ari
Tarmée de Tempereur, ïi
Parrain de Renée de France,
221. Reprend ia Mirandole,
25i . Bat l'armée pontificale,
ibid. Loue Bayard, ibid. An-
nonce à Nemours une des-
cente de Suisses, 311, 332.
Trivulce (Théode). Va au secours
de Tenipereur. 149. A Ra-
vennoi 313.
U
Urbin (François-Marie de la
Rovère, duc d*). Attaque la
Mirandole, 223. S'entremet
Cour sa capitulation, 229.
ue le cardinal de Pavie,
247.
V
Valeggio, assiégé par Baglione,
Yalentine de Milan, apporte
aux ducs d'Orléans ses aroits
sur le duché de Milan, 60.
Vallès, cité 410, 412, 414, 420.
Vaudemont (Louis de Lor-
raine, comte de). Accom-
gagne Bayart en Italie, 405.
a belle conduite, 442.
Vauldray (Claude de). Fait un
tournoi à Lyon, 24. Combat
contre Bayart, 38.
Vendenesse ou Vandenesse
(Jean de Chabannes, s' de)^
combat à Agnadel, 139; tue
à Biagrasso, 412.
Venosa, fief du s' de Ligny,
87.
Vergi (Guillaume de) , fait une
descente en Bourgogne, 363.
Vergne (Petit Jean de la). Prend
part à Texpédition contre la
garnison ae Bassano, 173.
Bayart l'envoie entrer par
une surprise dans une ville
de Navarre tandis qu'il l'at-
taque de front, 345.
Vérone, prise, 145; occupée
par myart, 187.
Verpillère (la). Le duc de Sa-
voie y passe, 16.
Vertot, cité 29.
Vicence , pris , 145 ; attaqué
{)ar les Vénitiens; sauvé par
a Palisse, 151 ; occupé par
les Français, 186.
Villafranca-Piemonte. Colonna
s'y arrête, 374. Combat qui
s'y livre, 376. Butin qu'y
font les Français, 377.
Villafranca di Verona. La Pa-
lisse y campe, 151.
Villars (Bernard de), déjoue les
embûches d'André Gntti,2*20.
Viverols (Jacques d'Alègre, s'
de) ; à Carpi, 262 ; est tué à
Ravenne, 327, 330.
Voghera, se révolte contre les
Français, 71 * est un fief du
s' de Liigny. 82; est menacée
d'être mise a sac, 82; obtient
sa grâce, 85.
Voltége (Baptiste), refuse de se
déclarer contre les Français,
197.
Y
Ymbault de Rivoire, combat
à Agnadel, 141.
YmbercourtjVoy. Humbercourt
Ymbert, dauphin, cède le Dau-
phiné à la France, 3.
Zemberc (Jacob), capitaine de
Suisses; 234, combat à la
Bastide, 236; est repoussé,
208.
Zwingli, cité, 329.
TABLE
PA0B8
Introduction. j
Prolo^e de l'acteur. f
CHAPITRES
I. Ciomment le seigneur de Bayart, père du bon chevalier
sans paour et sans reprouche, eut vouloir de sçavoir de
ses enfans de quel estât ilz vouloient estrc. 3
II. Ck)mment le père du bon chevalier sans paour et sans
reprouche envoya quérir son beau-frère Tévesque de Gre-
noble pour parler à luy, parce qu'il ne pouvoit plus partir
de la maison. 6
m. Gomment Tévesque de Grenoble présenta son nepveu le
bon chevalier sans paour et sans reprouche au duc
Charles de Savoye, qui le reçut joyeusement. 12
rV. Comment le duc de Savoye se partit de Chambéry pour
aller veoir le roy de France Charles huytiesme, en sa
ville de Lyon, et mena avec luy le bon chevalier sans
paour et sans reprouche, lors son paige. 15
V. Comment le duc de Savoye alla faire la révérence au roy
de France à son logis, et du grant et honneste recueil
qui luy fut faict. 18
VI. Comment ung gentilhomme de Bourgongne, nommé
messire Claude de Vaaldray, vint à Lyon par le vouloir
du roy de France faire faictz d'armes tant à cheval
comme à pied, et pendit ses escuz pour par ceulx qui y
toucheroient estre par lui receuz au combat ; et comment
le bon chevalier, trois jours après qu'il fut mis hors de
page, toucha à tous les escus. 24
VU. Comment Tabbé d'Ësnay bailla cent escus au bon che-
valier pour avoir deux chevaulz, et escrivit unes lettre à
ung marchant de Lyon pour luy délivrer ce qui luy seroit
nécessaire. 29
506 TABLE.
YlII. Gomment le bon chevalier sans paour et sans reprouche
et son compaignon se montèrent de chevaulx et gar-
nirent d'acoustremens; et comment ledit bon chevalier
se porta gentement, selon sa puissance, contre messire
Claude de Yaudray. 35
IX. Ck)mment le seigneur de Ligny envoya le bon chevalier
en garnison en Picardie où estoit sa compaignie, et fut
logé en une jolye petite ville appelée Ayre, et comment,
à son arrivée, ses compaignons allèrent au devant de
luy. 39
X. Ck)mment le bon chevalier fist crier dedans Ayre ung
tournoy pour l'amour des dames, où il y avoit pour le
mieulx faisant ung bracelet d'or et ung bel dyament pour
donner à sa dame. 46
XI. Gomment le roy de France Charles huytiesme fist son
appareil pour aller à la conqueste du royaulme de Naples,
lequel il gaigna par sa prouesse et vaillance, sans grande
effusion de sang. 55
XU. Comment Loys, duc d'Orléans, vint à la couronne
comme le plus prochain hoir et fut appelé Loys dou-
ziesme. 59
9
Xin. Gomment, après la conqueste de la duché de Milan, le
bon chevalier demoura en Ytalie, et comment il dressa
ung tournoy en la ville de Garignan en Pyémont, dont il
emporta le pris. 63
XrV. Gomment le seigneur Ludovic Sforce retourna d'Al-
maigne avecques bon nombre de lansquenetz, et reprint
la ville de Milan sur les François. 71
XV. Gomment le seigneur Ludovic voulut veoir le bon che-
valier sans paour et sans reprouche, et comment, après
avoir devisé avecques luy, le renvoya, et luy fifit rendre
son cheval et ses armes. 75
XVI. Gomment le seigneur Ludovic se retira dedans Novarre,
doubtant que les François entrassent dedana Milan par
le chasteau, et comment il fut prins. 79
XVn. Comment le seigneur de Ligny alla visiter Vaugayre,
Tortonne, et autres places en la duché de Milan, que le
roy luy avoit données ; et d'ung gentil tour que fist le
bon chevalier. 82
TABLE. 507
XVin. Cîomment le roy de France envoya grosse armée à
Naples, où il fist son lieutenant général le seigneur
d'Aubigny. 86
XIX. Gomment le bon chevalier sans paour et sans re-
prouche sortit de sa garnison de Monervyne; comment
il trouva Ëspaignolz sur les champs, et ce qu'il en
advint. 90
XX. Gomment domp Alonce de Boto-Maiore se voulut des-
rober par le moyen d'ung Albanoys qui le garnit d'ung
cheval; mais il fut repris sur le chemin et reserré en
plus forte prison. %
XXI. Gomment le seigneur domp Alonce de Soto-Maiore se
plaignit à tort du traictement que luy avoit fait le bon
chevalier, dont ilz vindrent au combat. 99
XXn. Gomment le bon chevalier sans paour et sans re-
prouche combatit domp Alonce de Soto-Maiore et le
vaincquit. 104
XXm. D'ung combat qui fut au royaulme de Naples de
treize Ëspaignolz contre treize François, où le bon che-
valier fist tant d'armes qu'il emporta le pris sur tous. iiO
XXrV. Gomment le bon chevalier print ung trésorier et son
homme, qui portoient quinze mille ducatz au grant cap-
pitaine Gonssalles Ferrande, et ce qu'il en fist. 114
XXY. Gomment le bon chevalier garda ung pont sur la
rivière de Garillan, luy seul, l'espace de demye-heure,
contre deux cens Ëspaignolz. 119
XXYI. De plusieurs choses qui advindrent en deux années,
tant en France, Ytalie que Ëspaigne. 126
XXYU. Gomment les Genevoys se révoltèrent et comment
le roy de France passa les monts et les remist à la raison. 129
XXYin. Gomment l'empereur Maximilian fist la guerre aux
Yénitiens; où le roy de France envoya le seigneur
Jehan-Jacques avecques grosse puissance pour les secourir. 135
XXIX. Gomment le roy de France Loys Xn« fist marcher
son armée en Ytalie contre les Yéniciens, et de la vic-
toire qu'il en obtint. 138
XXX. Gomment le roy de France Loys XII* gaigna toutes
les villes et places des Yéniciens jusques à Pesquere. 144
XXXI. Gomment le roy de France envoya le seigneur de la
Palisse au secours de l'empereur avecques cinq cens
508 TABLE.
hommes d'armes et plusieurs cappitaines, desquelz estoit
le bon chevalier sans paour et sans reprouche. 149
XXXn. Gomment Tempereur Maximilian alla mettre le
siège devant Padoue, et ce qu'il advint durant icellny. 153
XXX ni. Gomment l'empereur Maximilian planta son si^
devant Padoue, et des gaillardes approuches faictes par
les gentilzhommes François, et d'une grande hardiesse
que monstra le bon chevalier sans paour et sans re-
prouche. 156
XXXrV. De la grosse et lourde baterie qui fut devant Pa-
doue, et de la grande berche qui y fut faicte. 162
XXXY. Gomment le bon chevalier sans paour et sans re-
prouche, durant le siège de Padoue, fist une course avec-
ques ses compaignons, où il acquist gros honneur. 165
XXXYI. D'une course que fist le bon chevalier sans paour
et sans reprouche, où il fut pris soixante Albanoys et
trente arbalestriers. 171
XXXVn. Gomment l'empereur délibéra donner Tassault à
Padoue, et l'occasion pourquoy il demeura. . ^ 178
XXXVni. Gomment l'empereur se retira du camp de devant
Padoue quant il congn^ut que ses Almans ne vouloient
pas donner Tassault. ^ ' 184
XXXIX. Gomment le bon chevalier sans paour et sans re-
prouche, estant à Yéronne, fist une course sur les Vénl-
ciens, où il fut prins et rescoux deux fois en ung jour,
et quelle en fut la fin. 187
XL. Gomment le bon chevalier cuyda estre trahy par un
espie qui avoit promis au cappitaine Jehan Paule Mou-
fron le mettre entre ses mains, et ce qu'il en advint. 194
XLI. Gomment ceulx de la garnison de Lignago firent une
course sur les Véniciens par l'advertissement de quel-
ques espies qui les trahirent, parquoy ils furent desfaictz. 213
XLn. Gomment le pape Julles vint en personne en la duché
de Ferrare, et comment il mist le siège devant la Myran-
dolle. 221
XTiTTT. Gomment le bon chevalier sans paour et sans re-
prouche cuyda prendre le pape .entre Sainct-Félix et la
Myrandolle, et à quoy il tint. 225
XLIY. Gomment le pape envoya une bende de sept à huyt
mille hommes devant une place du duc de Ferrare, nom-
TABLE. 509
mée la Bastide, et comment iiz fureat defifaictz par Tadvis
du bon chevalier sans paour et sans reprouche. 230
XLV. De la mort du seigneur de Montoison et de plusieurs
menées que firent le pape Julleset le duc de Ferrare l'ung
contre Tautre, où le bon chevalier se monstra vertueux. 239
XLYI. De plusieurs choses qui advindrent en Ytalîè en deux
ans. 248
XLYII. Gomment deux Ëspaignolz combatirent à oultrance
dans la ville de Ferrare. 252
XLVin. Ciomment messire André Grit, providadour de la
seigneurie de Venise, par le moyen du conte Loys Advo-
gadre, reprint la ville de Bresse. 267
XUX. De la grande diligence que fist le gentil duc de Ne-
mours pour reprendre Bresse, et comment il deffist le .
cappitaine général des Yéniciens en chemin et cinq ou
six mille hommes. 272
L. Gomment le duc de Nemours reprist la ville de Bresse sur
les Yéniciens, où le bon chevalier sans paour et sans
reprouche acquist grant honneur, et comment il fut blessé
quasi à mort. 276
LI. Gomment le bon chevalier sans paour et sans reprouche
partit de Bresse pour aller après le duc de Nemours et
l'armée du roy de France ; de la grande courtoysie qull
fist à son hostesse au partir, et comment il arriva devant
la ville de Ravenne. 291
LU. Gomment le siège fut mis par le noble duc de Nemours
devant Ravenne, et comment plusieurs assaulx y furent
donnez le vendredy sainct, où les François furent re-
poussez. 299
LUI. D'une merveilleuse escarmouche qui fut entre les Fran-
çois et les Ëspaignolz le jour devant la bataille de Ra-
venne, où le bon chevalier fist merveilles d'armes. 307
LIY. De la cruelle et furieuse bataille de Ravenne, où les
Ëspaignolz et Neapolitains furent desconfitz, et de la
mort du gentil duc de Nemours. 311
LY. Des nobles hommes qui moururent à la cruelle bataille
de Ravenne, tant du costé des François que des Ëspai-
gnolz, et des prisonniers. La prinse de la ville de Ra-
venne. Gomment les François furent chassez deux moys
51 0 TABLE.
après d'Ytalie, en l'an mil cinq cens et douze. De la
griefve maladie du bon chevalier. D'une fort grande
courtoysie qu'il fist. Du voyage qui fut fait au royaulme
de Navarre, et de tout ce qui advint en ladicte année. 329
LVI. Ck)mment le bon chevalier prist ung çhasteau d'assatilt
ou royaulme de Navarre, cependant qii'on assist le siège
devant la ville de Pampelune, où il fist ung tour de sage
et appert chevalier. 342
LYII. Gomment le roy Henry d'Angleterre descendit en
France et comment il mist le siège devant Thérouenne.
D'une bataille dicte la Journée des Espérons, où le bon
chevalier fit merveilles d'armes et gros services en France. 351
LYIU. Du trespas de la magnanyme et vertueuse princesse
Anne, royne de France et duchesse de Bretaigne. Du
mariage du roy Loys Xn« avecques Marie d'Angleterre,
et de la mort dudit roy Loys. 366
LIX. Gomment le roy de France Françoys , premier de ce
nom, passa les montz, et comment il envoya devant le
bon chevalier sans paour et sans reprouche, et de la
prinse du seigneur Prospre Goulonne par sa subtilité. 370
LX. De la bataille que le roy de France François, premier
de ce nom, eut contre les Suysses à la conqueste de sa
duché de Milan, où il demeura victorieux; et comment,
après la bataille gaignée, voulut estre fait chevalier de la
main du bon chevalier sans paour et sans reprouche. 380
LXI. De plusieurs incidences qui advindrent en France, Yta-
lie et Espaigne, en l'espace de trois ou quatre ans. 387
LXn. Gomment messire Robert de la Marche fist quelques
courses sur les pays de l'esleu empereur, qui dressa
grosse armée, et ce qu'il en advint. 391
LXin. Gomment le bon chevalier sans paour et sans re-
prouche garda la ville de Maizières contre la puissance
de l'empereur, où il acquist gros honneur. 394
LXIY. Gomment le bon chevalier sans paour et sans re-
prouche, en une retraicte qu'il fist en Ytalie, fut tué
d'ung coup d'artillerie. 405
LXY. Du grand dueil qui fut démené pour le trespas du bon
chevalier sans paour et sans reprouche. 414
LXYI et dernier. Des vertus qui estoient au bon chevalier
sans paour et sans reprouche. 423
APPENDICE.
N* I. Note Bar la f9miUe de fiayort. 429
II. Ordonnance du roi de France relative à la conduite des
gens do pied et promesse des capitaines de l'observer
(12 janvier 1508). 430
m. Lettre de Bayart relative à la bataille de Ravenne (14
avril 1512). 432
IV. Lettre de Laurent Alleman, évéqae de Grenoble, à la
reine Anne de Bretagne relative à !a maladie de son
neveu Bayart (6 septembre 1513). 435
V. Lettre du duc d'Alençon au roi relative au siège de Mou-
zon (31 juillet 1531). 437
Sommation de Frantz de Sickingen au a' de Hont-
manr, gouverneur de Houzon, d'avoir à lui rendre la
ville (21 août). 438
Réponse négative du e' de Hontmaur (21 août). 439
Lettre de l'amiral de Cbàtillon au roi sur la conduite
du B' de Montmaur (3 septembre}. 439
Lettre du duc d'Alançoo au roi sur le même sujet
(4 septembre). 440
VI. Lettre du duc d'Alençon au roi sur les préparatifs du
siège de Mézières (4 août). 441
Lettres du s' d'Orval au roi sur le même sujet (4 et 8
août). 443
Lettre de Gh&tiUon au roi sur le même sujet (13 août). 444
Lettre de Bayart au roi par laquelle il accepte de dé-
fendre Mézières (13 août). 445
Lettre de Ch&tiUon au roi sur le siège de Mézières
(I" septembre). 447
Lettres de Montmorency et Bayart au roi sur le même
sujet. 447
Lettre de Robert de la Marck au bailli de Caen lui
donnant des nouvelles du siège (20 septembre). 448
Lettre du bâtard de Savoie à Montmorency le compli-
mentant sur sa défense (26 septembre). 449
Lettre de François I" & Montmorency et Bayart pour
le même objet (26 septembre). 450
Lettres de Chàlillon au roi lui annonçant la levée du
siège de Mézières (26 et 27 septembre). 450
512
TABLE.
Lettre de François I« annonçant anz pariemenU k
levée de ce siège (28 septembre). 451
Lettre de Louise de Savoie à Robertet lui annonçant
dos récompenses pour Montmorency et Bayart (12 octobre). 453
VIL Lettre de Bayart au roi relative à la camj^agne de Pi-
cardie (9 novembre 1521). 454
Vin. Lettre do Bayart au roi lui annonçant qu'il part pour
Gôncs, suivant ses ordres (7 décembre 1521). 455
Lettre de Lautrec à Francisque, comte de Pontramoiy,
demandant de lui envoyer Bayart (6 janvier 1522). 457
Lettres de Bayart au roi sur sa mission à Gènes (22 et
31 janvier 1522)! 458
IX. Lettres de Bayart à Montmorency écrites de Grenoble
(3 et 23 février 1523). 4M
Lettre du même à M. de Ghastelart (3 mars). 461
Lettre du même à M. de Vantolet (24 août). 4fiS
X. Lettre de François I^** à Bayart lui promettant de l'emme-
ner en Italie (10 décembre 1523). 463
XL Ijottre d'Adrien de Groy à Gharlcs-Qaint sur la mort de
Bayart (5 mai 1524). 463
XII. Quittances de Bayart du 12 décembre 1522 et des 19 juil-
let, 31 août, 28 octobre, !•' novembre 1523. 464
Xin. Montre do la compagnie de Bayart (24 octobre 1523). 468
XIV. Contrat do mariage de François de Bocsozel avec Jeanne
Terrail, fille naturelle de Bayart (24 août 1525). 474
Glossaire. 481
Index alphadétique. 485
CORRECTIONS.
Page 6, à la fin de la note 2. // n'existe de lui aucun autogr^he
authentique. Il est à remarquer toutefois que le posU^eriptism
de la lettre de Bayart à M. de Ghastellart (voy. p. 461) est
d*uuo autre main que le corps de cet écrit, ce qui donna à
penser que ces quelques lignes sont de Bayart.
Page G2, note 3. Jeanne de Ligny, lisez : Jeanne de Lierre,
Imprimerie Gouyernbue, G. Daupslit à Nogent-le4lotron.
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